Kadou

Docteur Dor, la mort d’un Juste :

Le docteur Dor n’est plus !

Le docteur Dor vient de nous quitter, frappé à l’âge de 91 ans par le Coronavirus le 4 avril dernier.

Il m’avait fait l’honneur de m’inviter chez lui où nous avons passé une après-midi à faire connaissance et à partager notre amour de la vie.

En 2017 j’avais donné une conférence à ses côtés à l’invitation de Media presse Info.

En 2018 je l’ai retrouvé au pèlerinage de Chartres au milieu des marcheurs.

Reposez en paix cher docteur, votre combat vous survivra.

Marion Sigaut

Tirer des leçons de 2020 sans oublier 2008 :

Le texte ci-dessous a été écrit et publié en octobre 2008 par le Groupe d’Action Royaliste, et il ne me semble pas incongru de le republier aujourd’hui, pour entretenir la mémoire et en tirer quelques leçons, au regard de la crise actuelle qui voit désormais la Chine tirer bénéfice d’une situation qu’elle n’a pas entièrement créée même si elle en porte une part de responsabilité indéniable. Après 2008, la mondialisation a continué et s’est même accélérée, et la Chine a conforté ses positions, aidée en cela par l’irresponsabilité ou la cupidité des actionnaires et de nombre de multinationales qui ne raisonnent qu’en termes « d’avantages comparatifs » : les conséquences sont là, et nous pouvons les mesurer, sans être bien certain, pour mon compte, que la République et les partisans de la mondialisation libérale aient la volonté réelle d’infléchir les choses et de revenir à plus de raison et, disons le mot, de « nation »…

 

La crise, transfert de richesses et de pouvoirs vers l’Asie. (9 octobre 2008)

 

La crise financière continue à se développer sans que l’on sache combien de temps elle va durer et quelles en seront toutes les conséquences. La dégringolade des places boursières donne l’impression d’une vaste panique incontrôlée et d’une perte de confiance généralisée dans le système financier mondial. Mais, au-delà des événements, il me semble important de chercher à comprendre ce qui se passe, condition indispensable à toute stratégie économique crédible et à toute réponse politique.

 

En fait, il n’est pas inutile de se rappeler que le terme même de crise est la traduction française du mot grec « krisis » qui signifie « séparation » : c’est bien de cela dont il s’agit, une séparation entre un avant et un après, une forme de transition en somme entre deux situations, deux réalités, deux mondes.

 

Ainsi, nous assistons au « passage de témoin » de la puissance financière et économique, des pays du Nord (Etats-Unis, pays européens, principalement) à certaines nations d’Asie, en particulier l’Inde et la Chine, ce que soulignent quelques (rares) articles qui évitent de tomber dans le piège d’une lecture simpliste et seulement idéologique, pas toujours suffisante pour comprendre la situation présente : si crise du capitalisme il y a, cela ne signifie pas la fin de celui-ci mais son transfert dans de nouveaux espaces dominants, dans de nouvelles zones de réalisation et d’expansion. Le centre du monde se déplace vers l’Asie et, comme tout déracinement de ce que l’on a cru éternel et inexpugnable, cela se fait dans de grands craquements et dans la poussière soulevée par ces grands arbres qui s’abattent sur un sol devenu aride… L’argent est désormais ailleurs que dans nos pays qui, en caricaturant un peu, se contentent juste de consommer des produits fabriqués en Asie, serrant par là-même la corde autour du cou de nos économies.

 

La question posée dans « Le Monde 2 » dans son édition du samedi 4 octobre : « Au décours de cette crise, les actuels maîtres du monde seront-ils toujours ceux de demain ? » trouve ainsi sa réponse dans un autre article du « Monde » du même jour : « La crise renforcera l’Asie », article de l’économiste Jean-Raphaël Chaponniere qu’il conviendrait de découper et de conserver dans son portefeuille, non comme un talisman mais comme un avertissement, et qui confirme mes prévisions déjà anciennes.

 

Ainsi, est-il expliqué que « la crise financière, la plus grave depuis 1929, accélérera le glissement du centre du monde vers l’Asie », glissement commencé depuis les années 80-90 et freiné par la crise de 1997. « Cependant, tous les pays asiatiques ont tiré les leçons de la crise de 1997 et ont accumulé des réserves pour se protéger. Investis en bons du Trésor américain, elles ont permis aux Etats-Unis de maintenir des taux d’intérêt bas et aux ménages américains de s’endetter davantage. L’Asie a ainsi profité de la boulimie de consommation aux Etats-Unis. Ces excès ont conduit à la crise. (…)

Depuis l’été 2007, les Etats-Unis souffrent de la grippe des subprimes et, si les marchés asiatiques ont souffert, les économies réelles ont été épargnées. En 2009, elles seront bien sûr affectées par la récession qui s’annonce. Pour autant, elles connaîtront un rythme de croissance supérieur à celui des économies américaines, européennes et japonaises.

(…) L’attention portée aux échanges occulte l’essentiel : la croissance asiatique repose bien davantage sur la demande domestique. L’investissement et la consommation sont les principaux ressorts de ces pays. Ils ne seront affectés qu’à la marge par la crise. (…)

Les Etats et les ménages asiatiques qui en ont les moyens financiers continueront d’investir et de consommer. S’ils ont pâti de la crise financière, les fonds souverains asiatiques vont quant à eux probablement saisir cette opportunité pour acquérir des actifs aux Etats-Unis et en Europe.

(…) En accélérant le basculement vers l’Asie, la crise actuelle accouchera d’un monde multipolaire. ».

 

Comprendre ce transfert de richesses et de puissance économique, c’est en prévenir aussi les conséquences et en amortir le choc : le capitalisme libéral, s’il se retire de nos terres pour aller fleurir ailleurs, pourrait bien laisser la place à de nouvelles formes, traditionnelles ou inédites, d’économie et de société, mieux orientées vers le partage et la sobriété. Pour en finir, non pas avec l’Argent, mais avec son règne indécent et cruel…

 

Jean-Philippe Chauvin

 

 

 

 

Regard sur l’écologie :

« J’ai pu constater la dégradation des fonds marins. Et l’on ne peut nier la réalité du réchauffement climatique, quelles qu’en soient les causes. J’en ai vu les effets dans l’Arctique, lors d’un voyage… La superficie de la banquise est aujourd’hui bien moindre qu’il y a cent ans et les glaces sont moins compactes.
Le réchauffement du climat est évidemment un phénomène planétaire, mais la France peut faire entendre sa voix dans les enceintes internationales et prendre les mesures qui s’imposent à l’échelle du pays, en faveur du transport ferroviaire et des énergies renouvelables, par exemple » (Jean, Un Prince Français)
L’environnement est trop souvent saccagé pour le besoin de « l’utile » (selon les critères de l’idéologie économique libérale comme la logique de la société de consommation) : destruction de la biodiversité, des forêts, bétonnisation des littoraux et des espaces ruraux, pollutions maritimes par les marées noires, pollutions atmosphériques, etc. Quant aux pollutions auditives, ondes, visuelles qu’elles soient de constructions où insolemment publicitaires (harcèlement publicitaire, où est la parole du citoyen !), etc., elles sont parfois complètement oubliées par les pouvoirs publics (complice ?) mais pourtant bien réelles !
Revenons à la nature qui nous offre tout sauf une société égalitaire, les espèces vivent dans un équilibre hiérarchique, complexe et réglé, dans des écosystèmes qu’il est délicat de bouleverser. Point de gâchis car tout (ou presque) y est mangé et biodégradable. Une autre règle régit la vie animale, c’est l’incontournable loi de l’espace de vie ou plus exactement le territoire d’évolution comme de survie de chaque espèce. On s’aperçoit selon certaines études que l’homme est aussi soumis à cette règle fondamentale. Ainsi chaque peuple est fait pour évoluer, vivre et prospérer dans un espace donné. Les études de l’ethnologue Konrad Lorenz ont apporté des lumières sur le comportement animal et humain : « Tout ce que l’homme vénère et révère par tradition, ne représente pas une valeur éthique absolue, mais n’est sacré que par rapport au cadre de référence de telle ou telle culture […] Si les normes sociales et les coutumes ne développaient pas leur vie et leur pouvoir autonomes particuliers, si elles n’étaient pas haussées à la valeur de fins sacrées en soi, il n’y aurait pas de vie commune basée sur la confiance, pas de foi, pas de loi ». Les théories cosmopolites détruisent l’identité des peuples, n’oublions pas que Dieu n’a pas voulu de Babel dans la Genèse :
« Le contraire donne irrémédiablement des conflits et les cultures viennent s’affronter pour amener comme résultat la soumission du perdant. La lutte collective d’une communauté contre une autre existe lorsqu’elles comportent trop d’individus pour que ceux-ci puissent se connaître tous individuellement » (Konrad Lorenz).
Eloignons-nous des dangereuses utopies intellectuelles.
QUELLE POLLUTION ?
« Ah, mes amis! levez les yeux, levez vite les yeux vers le ciel pendant qu’il est encore bleu. Touchez la terre avant qu’elle s’effrite. Courez boire à la source avant qu’on l’empoisonne, vous baigner dans la mer avant qu’elle soit infestée. Mais surtout regardez vos enfants jouer avant qu’ils tombent en langueur, avant que leur sang tourne, avant qu’ils brûlent à petit feu. Vous avez peur qu’ils se mouillent les pieds, pauvres petits! Vous avez peur qu’ils manquent leur examen, pauvres enfants ! Mais des plaies savantes que leur préparent les chipoteurs d’atomes, vous n’avez nul souci, n’est-ce pas ? »( Lanza Del Vasto).
Les puanteurs des voitures, des usines, de nos rues sales présagent de futures drames écologiques. Nos sociétés de consommation vivent dans l’opulence, qui n’a pas déjà vu jeter des tonnes de fruits parce qu’ils étaient simplement mûrs, donc déjà impropres à la vente ! Qui ne constate à maintes occasions le gaspillage, le mauvais recyclage et finalement le gâchis généralisé de tout ? Sait-on que l’on produit déjà dans le monde de quoi nourrir 13 milliards de personnes mais que près de la moitié de cette production est pourrie ou détruite avant d’avoir eu le temps d’être consommée. Le bruit aussi est une forme de pollution et n’est pas le moindre de nos maux, portant sur la santé psychique des habitants des grandes villes. La pollution des éléments naturels qui nous environnent ne cesse d’augmenter : son degré déjà alarmant sera multiplié à l’infini, par le simple principe de la Croissance. D’autant que cette pollution revêt de multiples formes, menaçant dangereusement nos santés comme nos vies : pollution atmosphérique des villes, plus insidieuse avec le nucléaire ; polluants dans nos eaux de robinets, régulièrement dénoncés en Bretagne ; nourriture dépourvue du nécessaire vital pour notre corps et souvent bourrée de produits chimiques (le cancer du tube digestif fait son chemin, cultures intensives appauvrissant les sols et détruisant l’humus, usage massif de produits phytosanitaires qui entraînent aussi la disparition des pollinisateurs, en particulier des abeilles, artificialisation des terres).
« Par écologie, nous entendons la totalité de la science des relations de l’organisme avec l’environnement, comprenant au sens large toutes les conditions d’existence » (Haeckel).
Or, justement, que constate-t-on, qui met en péril nos conditions d’existence ?
Les techniques modernes d’insecticides et de pesticides déshumanisent la terre et la vie
– pour faire du blé, aujourd’hui, il faut passer de trois à quatre traitements. Notre terre est déjà gravement malade. Le sol comprend 80% de biomasse vivante mais 90% des terres en chimie sont déjà mortes… La plupart des sols sont compactés, imperméables, l’eau ruisselle. Un sol sain, laisse respirer la terre, c’est un foyer de vie. Les paysages, la culture, la langue, comme notre alimentation subissent une volonté de standardisation, de normalisation. Il en va de même du calibrage des fruits et légumes, alors que la diversité, fruit de notre longue histoire commune fait notre spécificité comme notre richesse. Même les semences anciennes sont aujourd’hui marginalisées en France, voire interdites dans certains cas… Le désert avance sur les terres appauvries comme sur des campagnes remembrées. Celles-ci, ont vu la disparition des haies, talus, fossés qui, pourtant, assuraient une meilleure circulation des eaux et les catastrophes écologiques suivent (inondations, érosion, éboulements de terrain, coulées de boue…). L’appauvrissement des sols entraine une baisse de la production faisant suite à l’agriculture intensive, écoutons Claude Bourguignon : « Nous essayons de maintenir vivantes des plantes qui ne demandent qu’à mourir, tellement elles sont malades… Nous ne gérons plus la culture en Europe mais la pathologie végétale ». On nous vante un marché libre, en fait aux mains de multinationales qui utilisent le système libéral pour éliminer les petits producteurs, commerces et agriculteurs. Le consommateur n’aura bientôt plus le choix pour son alimentation. Où sera la liberté de choisir, lorsque sur les étals, il n’y aura plus qu’une seule sorte de pomme, de poulet, juste déclinées de façon multiple mais sans réelle diversité ??? Il en est de même pour le « prêt à penser ».
Frédéric Winkler 

La Monarchie de Droit Divin :

 « Car le Baptême de Clovis en 496 rattache notre histoire à l’univers des grands mythe de l’humanité. »                      

Paul Barba Négra

Une question assez récurrente nous est souvent posée lorsque l’on parle de royalisme. Quel type de Monarchie voulons-nous ? Absolue ? De Droit Divin ? Ou constitutionnelle ? Si nous répondons directement « constitutionnelle » alors c’est le soulagement pour l’interlocuteur qui se réfère directement à la Monarchie anglaise ou espagnole. Mais si on répond qu’elle sera par tradition de Droit divin, alors, dans un réflexe totalement pavlovien, les sourcils de notre interlocuteur se froncent et un profond sentiment de rejet instinctif se fait ressentir. L’interlocuteur rétorquera ensuite que la Monarchie de Droit Divin, n’a plus raison d’être, c’est un retour en arrière, personne à ce jour ne voudrait d’une telle Monarchie, c’est obsolète, cela donnerait une mauvaise image, c’est une cérémonie anachronique n’ayant plus sa place au XXIe siècle…etc.

Il est vrai qu’à l’heure actuelle, dans une France totalement déchristianisée, un tel réflexe peut se comprendre. Sachant d’autant plus que l’anticléricalisme des républiques successives depuis 1792,  y est pour beaucoup dans cette déchristianisation et le rejet du sacré.

Pourtant, au-delà de l’aspect purement religieux de la cérémonie du Sacre, ainsi que de l’irréligion de la grande majorité des français d’aujourd’hui, le Sacre offre une contrepartie plutôt avantageuse politiquement parlant.

Nous allons voir qu’au-delà des réflexes antireligieux que peuvent avoir certain à l’égard du Sacre, cette cérémonie religieuse exclusive aux Rois et Reines de France a surtout pour conséquence d’être un sérieux rempart aux dérives que l’on peut légitimement redouter de la part d’un souverain.

Pour mieux comprendre ce phénomène, prenons comme exemple, le cas de Bonchamps qui était un général vendéen durant les Guerres de Vendée. Le 17 octobre 1793, Bonchamps et ses hommes prirent part à la bataille de Cholet qui se terminera malheureusement par une défaite vendéenne. L’armée de Bonchamps se retira alors à Saint Florent le Vieil avec environ 5000 prisonniers républicains. Bonchamps était agonisant suite à ses blessures, il savait sa fin proche. Il apprit que ses hommes voulaient se venger des massacres orchestrés par les soldats républicains dans leurs villages, en les massacrant à leur tour. Faisant suite aux grâces de D’Elbée, des 400 prisonniers républicains relâchés après la bataille de Chemillé (11 avril 1793, le Pater de Mr D’Elbée), conscient qu’il allait comparaître devant le Créateur, Bonchamps ordonna sur le champ de gracier les 5000 prisonniers et de les libérer !

Les dernières volontés de Bonchamps furent bien évidemment respectées, et les prisonniers républicains furent libérés contre l’engagement de ne plus servir dans les armées républicaines. Cette attitude de la part de Bonchamps et des vendéens, fut telle que les révolutionnaires préférèrent jeter dans l’oubli cet épisode devenu totalement incompréhensible à leurs yeux, surtout depuis leur déchristianisation. Voilà ce qu’en disait le révolutionnaire Antoine Merlin de Thionville dans son rapport au Comité de Salut public : « Ce n’est pas révolutionnaire. Il faut donc ensevelir dans l’oubli cette malheureuse action. N’en parlez même pas à la Convention. Les Brigands n’ont pas le temps d’écrire ou de faire des journaux, cela s’oubliera comme tant d’autres choses » (« Les guerres de Vendée et de Bretagne 1790-1832 » – d’Eugène Veuillot (1847) p188)

Malheureusement pour lui, ça ne s’est pas oublié, fort heureusement !

(suite…)

Aux origines de la Question Sociale 2 :

Après un rapide tableau de la situation économique de la France royale avant la fin du XVIIIe siècle et l’évocation des corporations et de l’ordre socio-professionnel de cette époque, il n’est pas inutile d’évoquer succinctement l’état d’esprit dominant sous les Lumières, véritable révolution dans la pensée du service et du temps (entre autres), à rebours de la conception royale de la justice : le règne de l’Argent et de la classe qui en vit et qui en fera système s’annonce…

 

L’organisation corporative de la société et de la production françaises a longtemps convenablement fonctionné et la puissance avérée et significative de l’économie nationale sous la royauté fondatrice et fédérative est indéniable. Mais cela signifie-t-il, pour autant, que la Monarchie d’Ancien Régime ne connaissait pas de problèmes sociaux ou qu’elle était un système parfait et intangible, insensible aux temps et à leurs contraintes, leurs évolutions ? Bien sûr que non !

Nous connaissons tous les révoltes paysannes mais aussi urbaines qui émaillent les temps les plus difficiles du Moyen âge, en particulier après le XIIIe siècle. Elles traversent aussi l’époque dite moderne, et peuvent nous laisser une image plus que contrastée des temps anciens. Nous savons également que ce qui nous semble simple et naturel aujourd’hui (comme la disponibilité – payante, généralement – des produits de consommation alimentaire ou technique), ne l’était pas forcément hier : mais ne confondons pas les progrès techniques, souvent utiles et même salvateurs quand ils sont maîtrisés (1), avec les questions sociales, sans pour autant négliger les rapports et les tensions que les uns et les autres, dans toute société humaine, peuvent entretenir.

Or, ce qui est marquant dans l’exercice et la justification de la Monarchie, c’est son souci politique de la justice, symbolisé par la main de justice remise au roi lors du sacre de Reims et par l’histoire exemplaire (et présentée comme telle par les historiens de la dynastie) du roi Louis IX, devenu saint peu de décennies après sa mort devant Tunis. (2) C’est aussi le souci de garantir « le plus grand bien » aux peuples du royaume, ceux-ci étant indissociables de l’essence même de la Monarchie, ce que symbolisait l’alliance remise au roi, toujours lors de la cérémonie du sacre. Sans oublier sa fonction thaumaturgique qui voit le roi toucher les écrouelles (3) et laver, à l’imitation du Christ, les pieds de quelques miséreux à Pâques…

Or, l’idéologie des Lumières va remettre tout cela en cause, et c’est ainsi que la justice sociale va en être, au niveau des principes en attendant que cela soit au niveau des pratiques, la grande victime expiatoire, tout comme l’équilibre des sociétés et les classes populaires que les Lumières se chargeront, bientôt, d’invisibiliser.

Dans un récent article passionnant de La Nouvelle Revue Universelle (4), Antoine de Crémiers décrit le processus idéologique qui se met en place au XVIIIe siècle, sous un titre de paragraphe particulièrement évocateur, « La liberté du travail, « valeur » suprême de l’oligarchie » : « Comme l’a si bien démontré Karl Polianyi, qu’il s’agisse du mercantilisme ou des formes antérieures de régulation du travail, la valeur du travail – comme l’économie en général, d’ailleurs – est toujours subordonnée à d’autres exigences – religieuses, morales, politiques – qui en forment le cadre et viennent « l’encastrer » dans le social. C’est le libéralisme qui, peu à peu, va dégager l’économie de ces encastrements pour la rendre autonome et indépendante de tout lien avec la religion, la morale et la politique. Et c’est au nom de la liberté du travail que ce processus de dégagement va s’accomplir. C’est une fantastique et redoutable révolution.

 Hannah Arendt résume très clairement les étapes de cette conception nouvelle : « L’ascension soudaine, spectaculaire du travail passant du dernier rang à la place d’honneur et devenant la mieux considérée des activités humaines, commença lorsque Locke découvrit dans le travail la source de toute propriété. Elle se poursuivit avec Adam Smith qui affirma que le travail est la source de toute richesse ; elle trouva un point culminant dans le système du travail de Marx où il devint la source de toute productivité et l’expression même de l’homme. » Adam Smith élabore une idée promise à un grand avenir et qui triomphe aujourd’hui, celle d’un marché « libre » permettant la libre circulation des marchandises et l’accumulation sans aucune limite des richesses. Pour que ce marché puisse se constituer, il faut que les produits du travail puissent s’y échanger en fonction de leur coût et cela ne peut se faire que si le marché du travail est également « libre » et indépendant de toute considération d’ordre moral, religieux et social susceptible d’en perturber le fonctionnement. Le travail est désormais une marchandise vendue comme tous les autres produits au prix strictement déterminé par la sacro-sainte loi de l’offre et de la demande.

 Ainsi, la véritable découverte que promeut le XVIIIe siècle n’est pas celle de la nécessité du travail – on la connaissait depuis toujours -, mais celle de la nécessité de la liberté du travail et, pour y parvenir, la destruction, la disparition des modes d’organisation du travail qui venaient la limiter et la contraindre. » C’est aussi ce que promeut Turgot à travers ses écrits et ses actes lorsqu’il sera lui-même aux commandes de l’économie française, avant que le roi ne mette fin à cette « expérience libérale » (sur le plan économique) qui avait entraîné la première dissolution des corporations, en 1776, ensuite rétablies avant que la Révolution, éminemment libérale, ne les interdisent purement et simplement par les lois de 1791 : « Dans un article de L’Encyclopédie, Turgot résume fort bien la philosophie politique du libéralisme : « Ce que l’Etat doit à chacun de ses membres, c’est la destruction des obstacles qui les gêneraient dans leur industrie ou qui les troubleraient dans la jouissance des produits qui en sont la récompense. » Pour Turgot comme pour Adam Smith, l’intérêt est le véritable régulateur économique et c’est l’économie qui fait société. » Ainsi, les libéraux légitiment ce que l’on pourrait nommer l’égoïsme économique contre les solidarités professionnelles incarnées par les corporations.

Autre révolution issue des Lumières, celle du temps, ou plutôt de sa conception et de sa compréhension, synthétisée et symbolisée par le raisonnement d’un Benjamin Franklin qui va « financiariser », « marchandiser » le temps, le ramener à une simple dimension utilitaire et matérielle : « Le temps, c’est de l’argent », traduction un peu maladroite mais explicite de son « Time is money » (5). Une formule terrible qui va légitimer la destruction de tout ce qui n’apparaît pas « utile » ou rentable aux yeux des possédants ou des actionnaires, et va permettre, en toute « bonne conscience » et dans le cadre de la Loi, l’imposition de rythmes inhumains, mécaniques et réglementés aux travailleurs d’usines comme de la terre…

Jean-Philippe Chauvin

 

(à suivre : les grandes dates de la naissance de la question sociale en France)

Notes : (1) : la Technique est-elle toujours un « progrès » ? S’il s’agit de la meilleure connaissance (et de sa pratique) des savoirs et des moyens de les maîtriser sans en devenir totalement dépendant, la réponse sera positive ; mais s’il s’agit d’une Technique qui s’imposerait aux hommes et serait aux mains de ceux qui la possèdent sans les garde-fous du « Bien commun » et de la nécessité du « partage du meilleur », il est évident que notre réponse sera négative ! C’est ce que le républicain Michelet évoque en partie dans son ouvrage peu connu intitulé « Le peuple », dans lequel il dénonce le machinisme, idéologie « patronale » de la Machine… C’est aussi ce que dénonce le royaliste Bernanos dans la série d’articles de « La France contre les robots », véritable charge contre le règne des Machines étendu aux sociétés modernes toutes entières.

(2) : Louis IX est ainsi représenté comme celui qui rend la justice sous le chêne de Vincennes, et qui conseillait à son fils d’être d’abord du côté des plus pauvres quand un procès les opposait à de plus riches, et cela pour permettre, non d’influer sur le verdict, mais d’assurer l’équité du procès lui-même et éviter que la puissance des uns ne favorise ceux-ci au détriment de la justice elle-même. Aujourd’hui, saint Louis passerait, près de certains, comme un odieux gauchiste…

(3) : les écrouelles se marquent par des fistules purulentes, localisées principalement dans le cou, et que les rois de France, sans doute depuis les carolingiens, étaient censées guérir en les touchant : le seul roi Louis XIV en touchera plus de 200.000 durant son règne… Mais, en fait, ce n’était pas le roi lui-même qui était guérisseur, mais son intercession entre Dieu et les malades qui devait permettre à Dieu de décider qui devait guérir…

(4) : Nouvelle Revue Universelle, 1er trimestre 2019, numéro 55.

(5) : quand Benjamin Franklin écrit cette phrase, il ne pense alors qu’au temps du travail et à sa productivité. La société de consommation, qui est la deuxième grande phase de développement et d’imposition de cette conception utilitariste du temps, va étendre la formule au temps libre, faisant de celui-ci une des plus importantes sources de revenus contemporaines, des parcs d’attraction aux films d’Hollywood, des jeux électroniques au tourisme international…

 

 

Cercle Lutétia : Aux origines de la Question sociale :

Le Cercle Lutétia a pour vocation de faire connaître les fondements et les raisons du royalisme et de la Monarchie en France, et d’étudier ceux-ci, avec l’aide des travaux et des réflexions menés sur la société française, ses évolutions et ses institutions, selon une perspective historique mais aussi et surtout politique. Le texte ci-dessous est la première partie d’un cercle d’études sur les origines de la question sociale en France, et il doit être l’occasion de discussions, de précisions ultérieures et de critiques constructives : il n’est donc qu’une ébauche, celle qui appelle à la formulation et à la rédaction d’une étude plus vaste et mieux construite sur cette question qui préoccupe tant nos contemporains et à laquelle les royalistes sociaux du Groupe d’Action Royaliste consacrent aussi tant de temps et d’énergie, dans leurs réunions et publications comme sur le terrain, dans la rue ou sur leur lieu de travail…

 

Lorsqu’on évoque la question sociale en France, on oublie souvent ses racines, ses origines, son histoire tout simplement, et l’on se contente trop souvent de quelques idées reçues, confortant l’idée, largement fausse, que seule « la gauche » (1) s’y serait intéressée et s’y intéresserait encore, comme une sorte d’avant-garde revendiquée des travailleurs ou de la « classe ouvrière ». Mais il est tout à fait possible, et encore plus convaincant, de rétorquer que la première mention de la « justice sociale » est attribuée au… roi Louis XVI, celui-là même qui va affronter la tempête révolutionnaire et, malheureusement, être emportée par elle, tout comme l’édifice social et corporatif qui, jusque là, constituait un modèle original et une alternative véritable et tout à fait crédible au modèle anglosaxon pas encore totalement dominant quand il avait, pourtant, conquis déjà les esprits des nobles et des bourgeois éclairés, anglophiles et libéraux.

(suite…)

La république e(s)t le drame paysan :

« Jusqu’à l’aube de XXème siècle, la France était une nation paysanne. Depuis plus d’un millénaire, des générations de paysans français ont su, en pratiquant une agriculture respectueuse de la nature, diversifiée et adaptée aux multiples terroirs, créer une société harmonieuse et auto-suffisante : un monde cohérent. »
Jean-clair Davesnes – L’Agriculture assassinée

Nous allons analyser la façon dont la république, ainsi que ses valeurs issues du siècle dit des « Lumières », ont traité ce monde paysan multiséculaire.
Le 14 juillet 1789, la révolution dite « française » éclata à Paris ! A peine 4 ans plus tard, en mars 1793, éclateront les fameuses Guerres de Vendée. Les paysans, échaudés par l’exécution du roi Louis XVI et les mesures antireligieuses des révolutionnaires parisiens, assaillent les autorités municipales. Ces Guerres de Vendée ne sont ni plus ni moins, qu’une violente répression contre la France paysanne de cette époque. Pour tout dire, lorsque les Français ouvriront les archives, ils constateront que la révolution fut tout simplement une véritable révolte contre le peuple, bref qu’elle fut avant tout antisociale. La France réelle, largement incarnée par la paysannerie, s’opposa à une poignée d’agitateurs « bourgeois » sortis de l’idéologie de la secte jacobine, incarnée par les penseurs révolutionnaires parisiens.


Armés de faux et de fourches, résolus et enthousiastes, parce qu’ils défendaient leurs familles et leurs terres, les insurgés, dans un premier temps, chassent les « Bleus » (les soldats de la République étaient ainsi nommés en raison de leur uniforme) et rétablissent le culte catholique dans leurs villages. Culte renié car comme la monarchie, il empêchait le monde de la finance de détruire les protections ouvrières (corporations) et d’établir l’usure…
Prenant de l’assurance, ils constituent une « armée catholique et royale » avec environ 40 000 hommes indisciplinés et sans expérience militaire, issus de la terre, à l’exception d’une dizaine de milliers d’anciens soldats.
Cette résistance paysanne fut vaine face à un appareil d’Etat usant de tous les moyens, même les pires : l’armée vendéenne fut anéantie à Savenay le 23 décembre 1793. La république n’était donc plus en danger. Pourtant un plan d’extermination massive et systématique, fut alors mis en place par cette même République qui revendique sa légitimité au sein du peuple mais qui n’est que l’expression politique d’une large part de la bourgeoisie, d’abord soucieuse de ses propres intérêts. La manipulation de l’information ne date pas d’hier. Il suffit de rappeler la « prise de la Bastille » dans sa réalité, qui fut le massacre des invalides, avec la tête du gouverneur sur une pique, alors qu’il avait ouvert les portes ! Puis ce fut le mythe de la mort du petit « Bara », criant « vive la république », alors que l’affaire était un vol de chevaux et qu’il n’avait rien crié de politique, le tout instrumentalisé par Robespierre pour servir l’idéologie au pouvoir !

(suite…)

Français souviens-toi…

« Souviens-toi que tu dois mourir… Et paraître devant ton créateur… » En chevalerie, tout est beau, aventure, passion et joie… « A l’heure où le mal a souvent droit de cité parmi les hommes, et jusque dans les plus hautes institutions, le réveil de la vocation chevaleresque est une urgence, à laquelle le ciel n’a jamais tardé à répondre. » P. Philippe-Emmanuel Rausis

Il s’agit donc de trouver voir de retrouver l’esprit qui animait les hommes épris de libertés et d’indépendance qui, sous l’ombre du chêne royal se réunissaient, organisaient la vie de la cité et de leurs communautés, légiféraient, créaient les lois, les perfectionnaient. Que ce soit pour l’autonomie des métiers, des familles, des villages et villes, par l’enchevêtrement des représentations librement désignés jusqu’aux conseils du roi. Cet amalgame naturel, cette juxtaposition de ce qu’Aristote considérait comme l’équilibre des pouvoirs : démocratie dans la commune, aristocratie dans la province, couronnées par la monarchie dans l’Etat. Il ne s’agit pas de revenir dans le temps passé mais de recréer l’esprit qui permit aux hommes de s’élever, par cet empirisme productif, riche que fut notre histoire capétienne, où « peuple et roi » étaient de droit divin, disait Marcel Jullian, vieil ami disparu…
« Moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28,20)

Nous allons souvent chercher ailleurs ce que nous avons oublié chez nous. On découvre des cultures, voir des religions exotiques autres, afin de trouver une voie spirituelle qui, chez nous fait défaut mais qui pourtant fut jadis riche et prometteuse. Il ne s’agit pas de parler d’une bigoterie mal placée, ni d’une interprétation catholique de façade, trop souvent actuelle aujourd’hui, qui ressemble quelquefois plus à du puritanisme qu’à la foi de nos ancêtres.
Malheureusement, certains se comportent, par l’air du temps, en donneur de leçons. Ils paradent devant l’Eglise comme les bourgeois du XIXe, strictes et hypocrite bon teint, machisme mal placé, femmes objets avec un ou deux enfants bien sages, tout cela sentant un peu la naphtaline aurait dit Bernanos. C’est aussi, ceux qui redécouvrent la religion en réaction à d’autres, allant chercher la croix de la grand-mère perdue dans une boite au grenier, afin de se créer une identité, depuis longtemps perdue. Tout cela sans grande conviction et parfaitement éloigné de ce que pouvait donner une foi vécue dans les temps anciens…
« Melissent la sereur le conte de Triple qui mout estoit sage pucele et de grant biaute » (Guillaume de Tyr)

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La paysannerie victime des multinationales destructrices de notre sol :

On ne nourrira pas le monde avec l’agriculture biologique : on entend souvent cette allégation au sujet de la sécurité alimentaire mondiale. Cette phrase revient comme un leitmotiv. Lydia et Claude Bourguignon microbilogistes des sols et fondateurs du LAMS (Laboratoire Analyses Microbiologiques Sols), donnent leurs points de vues. Alors info ou intox ?

Site internet du LAMS : www.lams-21.com