Actualités

Face au blocage des universités :

Le blocage matinal de l’université de Nanterre est-il vraiment une surprise, au regard de la volonté commémoratrice (encore plus que contestatrice) de quelques groupes activistes qui veulent « refaire Mai 68 » sans vraiment connaître autre chose que l’image d’Epinal que les médias en donnent depuis des années, y compris dans les manuels scolaires ? En tout cas, pour les étudiants condamnés à voir leurs partiels reportés à une date ultérieure et, pour l’heure, inconnue, c’est une bien mauvaise et douloureuse surprise, et ce n’est pas l’absurde revendication des bloqueurs d’une note de 20 « pour tous » qui pourra les rassurer, bien au contraire. D’autant plus que la même scène suivie de la même doléance risque fort de se répéter sur nombre de campus atteints par le même prurit nostalgique, et que les présidents d’université, soucieux d’éviter les affrontements (cela peut être louable, après tout, mais aussi dangereux à plus ou moins long terme), risquent de laisser pourrir la situation ou de céder à une part des revendications, particulièrement celles sur lesquelles ils ont compétence (dont la tenue ou la sanction des examens)…

Bien sûr, les blocages et les risques de blocages ne concernent que moins d’une dizaine de centres universitaires (sur soixante-dix environ en France) et une douzaine de départements d’études, ce qui affectent directement quelques dizaines de milliers d’étudiants sur environ 2,5 millions qui suivent des études supérieures (environ 1,5 millions en université), et aucune classe préparatoire n’est concernée ni « solidaire » des mouvements contestataires estudiantins. Mais cela serait une erreur de négliger le rôle politique des « minorités actives » (ce que Maurras appelait « les minorités énergiques », formule appropriée en l’occurrence pour saisir leur place centrale dans la contestation et, surtout, sa visibilité), et leur capacité à « attirer la lumière », principalement des médias qui jouent un rôle d’amplificateur par l’effet-loupe qu’ils assurent aux plus bruyants et à leurs actions. Sans oublier non plus le rôle des réseaux sociaux qui permettent une nouvelle mobilité des troupes et des idées contestataires... En cela, les groupes d’agit-prop (agitation et propagande) de l’extrême-gauche sont plutôt habiles et opportunistes s’ils ne sont pourtant pas très nombreux, en définitive, et ils savent aussi se nourrir d’un esprit du temps qui, lui, est bien l’héritage de Mai 68, et que Jean-Pierre Le Goff qualifie de « gauchisme culturel » dont l’écriture inclusive et l’intolérance « politiquement correcte » sont les aspects les plus irritants pour qui pense et écrit en ce pays.

Néanmoins, puisque l’on parle du sujet de l’accès à l’enseignement supérieur et des critiques sur les projets gouvernementaux sur l’éducation, cela peut être l’occasion de repenser la question de la place et du rôle de l’Université dans la société française de 2018, et de proposer, en bonne application de l’empirisme organisateur, des pistes de travail pour résoudre les problèmes posés par la mondialisation et les évolutions de notre société et de ses équilibres internes : la sélection-orientation ; l’autonomie véritable des universités et leur régionalisation-communalisation ; l’intégration de l’étudiant dans la Cité ; les missions intellectuelles, économiques et sociales de l’Université ; la séparation de l’Université et de l’État ; etc. « Sans la curiosité, aucun savoir n’existerait », affirmait Maurras, et nous y rajouterons l’imagination comme possible moteur de la réflexion, en évitant de tomber dans l’utopie qui mène souvent au pire…

Pour l’heure, et pour nombre d’étudiants affectés par le blocage de leurs examens, c’est l’inquiétude qui domine, mêlée à une colère qui pourrait bien déborder sous formes de claques et de coups de poing dont la légalité ne serait pas forcément avérée au contraire d’une certaine légitimité… Il y a un risque, si l’État républicain ne veut pas prendre ses responsabilités et assumer son rôle d’État (mais, « Tant vaut l’État, tant vaut sa raison », pourrait-on dire, et ce n’est pas forcément un compliment pour la République…), que les étudiants non-grévistes les prennent, et je serai bien en peine de les en blâmer. De plus, et pour répondre aux bloqueurs qui se croient des révolutionnaires (parfois de bonne foi, au demeurant, même s’il m’arrive de douter de l’honnêteté de leurs dirigeants du moment, déjà occupés à se loger dans quelque mouvement électoraliste, comme La France Insoumise ou Génération-s), il faut leur rappeler que l’insurrection la plus efficace contre le Système qu’ils prétendent combattre, c’est celle de l’intelligence : en cela, la lecture de Bernanos ou de Clavel est particulièrement utile, mais celle de « L’avenir de l’intelligence » de Maurras pourrait leur donner aussi de véritables débouchés de réflexion politiques « au-delà » de la simple contestation d’un mode d’entrée à l’université…  En d’autres temps, c’est le royaliste Gérard Leclerc qui le rappelait, à la suite de Pierre Debray, et y incitait : le conseil me semble encore valable, quelle que soit l’opinion que l’on puisse avoir sur Charles Maurras lui-même.

Jean-Philippe Chauvin

Le dernier Adieu à Jean-Marie Keller :

Journée du 3 avril 2018
En cette journée de messe pour le repos de l’âme de Jean Marie Keller, le Groupe d’Action Royaliste était présent pour accompagner la famille dans la douleur de sa disparition. Deux gerbes de fleurs étaient déposées parmi les autres autour de son cercueil. On pouvait y lire « Souvenir des Camelots du Roi » et « Groupe d’Action Royaliste ». La famille, entourée des Camelots du GAR, par l’intermédiaire de son petit-fils Fabien, autorisa Frédéric Winkler à dire quelques mots sur le parcours politique de Jean Marie, ces dernières années. Frédéric par ses quelques paroles fort appréciées fut remercié chaleureusement par l’assistance présente. Il termina en disant que Jean Marie devait être désormais entre Jehanne et Du Guesclin, non loin de notre bon roi Baudouin IV, le roi lépreux, puis il déposa un œillet blanc qu’il avait à la boutonnière, sur le cercueil. Cette fleur, comme le rappela Frédéric était le signe de reconnaissance des royalistes durant l’occupation. Une personne glissa cet œillet sous la croix fixé sur le cercueil afin de ne pas la perdre. Les drapeaux du GAR firent la haie d’honneur à la sortie de l’Eglise pour le cercueil et la famille émue. C’est avec grande émotion que la famille remercia les Camelots du Groupe d’Action Royaliste saluant une dernière fois Jean Marie. Frédéric confia au fils de Jean Marie un drapeau que celui-ci déposa sur le cercueil de notre Président d’honneur avant que celui-ci soit déposé dans le caveau…
Adieu Jean Marie

 

Adieu Jean Marie Keller,
Tu avais 16 ans en 1934 et 18 en 1936, puis ce fut la « Drôle de guerre », mal préparée où les Français payèrent une nouvelle fois de leur sang les trahisons de la ripoublique. Ce fut l’emprisonnement pour toi dans les camps de concentration Allemands où nombreux de tes compagnons moururent. Guy Steinbach, ancien du 7e Bataillon des chars légers (BCL) de 1940, disait qu’il était arrivé pour vous délivrer, lorsqu’il vint à l’est avec l’armée de Patton…
Tu entras aux Camelots du Roi et tour à tour dans la 27e équipes du Quartier Latin, à la 37e du 8e Ardt de Pitard au 4e Groupe de Peret Gentil, la période était chaude et tu faisais partie des vaillants défendant les lys dans la rue.
Dès nos débuts du Groupe d’Action Royaliste, tu fus présent à nos nombreux banquets où nous fêtons, cette année les 10 ans. Tu vins chez moi avec Axelle ta fille, à notre « Table ronde camelot » de juin comme à l’enterrement de Guy en 2013 (1917-2013). Tu devins notre président d’honneur et comme Guy, les jeunes vous réclamaient car votre présence était toujours agréable de rires et souvenirs. Tu n’as jamais manqué pour chanter fièrement…

Lorsque nous avions célébré Jehanne avec les cornemuses, tu voulus te tenir fièrement en tête, fanion Camelot rivé entre tes mains sur cette longue marche du Carrousel à la statue de Jehanne, de la statue à l’Opéra puis de l’Opéra où nous avions rallié le cortège royaliste à de nouveau la statue de Jehanne pour déposer les fleurs. Tout cela sans montrer aucune fatigue malgré ton âge avancé, fanion devenu lourd par la longue marche mais déterminé dans le regard. Camelot parmi les Camelots, doyen donnant l’exemple aux jeunes dont l’esprit chevalier se reflétait en toi, suivant ton digne exemple dans les rangs. Tu accompagnas, nombre de nos banquets durant sept années sans faillir, t’amusant et partageant avec nos jeunes tes souvenirs et tes rires. Tu pris la parole quelquefois avec Guy Steinbach, ton vieil ami qui aussi comme toi, nous accompagna comme président d’honneur du GAR et doyen des Camelots du Roi. Tu étais avec Guy, toujours de bon conseil et je suis désormais votre route que vous avez bien voulue nous tracer. Nous savons la tache difficile, en ces temps de superficialité et d’indifférence dans le manque d’engagement. Mais qu’importe, nous continuons « Nous-mêmes », comme toujours humblement cette route dans la rénovation des idées. Du Chevalier d’Orgeix approché aux longues discussions avec Maître Antoine Murat, vieil ami sur le domaine social et économique, Guy Steinbach fut l’animateur dans l’organisation, désignant la succession de l’esprit des Camelots du Roi pour continuer cette tradition en notre sein. François Marie Algoud saluait en nous, larmes aux yeux les successeurs, tu fus Jean Marie le dernier à nous accompagner, doyen comme président, dans cette longue chaîne de tradition.

Le départ d’Arielle en 2015 entraîna par la peine subit, ton absence puis ton effacement, malgré nos conversations téléphoniques et nos gars te réclamant. Notre seul souhait par empirisme nous désigne la monarchie comme salutaire pour la France et nous donne l’espérance nécessaire car notre jour viendra pour ceux à naître demain…

Tu resteras à jamais dans nos cœurs comme dans nos pensées, Camelot tu fus, chevalier de toujours, la foi bien ancrée. Je te sais bien entouré là-haut, autour des plus grands, précédemment désignés avec Jehanne, Du Guesclin et notre bon roi Baudouin IV de Jérusalem, roi lépreux. Nous savons notre place réservée près de vous…

F. Winkler

 

Le point de vue africain sur l’immigration :

Après le Burkina Fasso, où le président français a tenu un discours indigne, puis la Côte d’Ivoire, Emmanuel Macron a conclu sa visite de trois jours en Afrique par un passage au Ghana, pays anglophone. Autant le président burkinabé n’a pas pu ou pas su afficher ses points de désaccords autrement qu’en s’éclipsant brièvement de la salle, autant le président ghanéen Nana Akufo-Addo, lui, a choisi de parler franchement, d’égal à égal, avec son homologue français… Un acte de souveraineté et d’indépendance que l’on aimerait voir plus souvent chez les dirigeants des anciennes colonies françaises.

Adieu Jean-Marie Keller fidèle Camelot du Roi :

Adieu Jean Marie….
Jean Marie Keller, doyen des Camelots du Roi vient de nous quitter. c’est avec une profonde tristesse que je viens de l’apprendre. Il fut, après Antoine Murat, Guy Steinbach celui qui accompagna nos pas au sein du Groupe d’Action Royaliste, depuis maintenant 10 ans. Comme Guy toujours alerte et de nombreux jeunes gardent des souvenirs avec lui, devant la statue d’Henri IV où lors de nos présences à la Jeanne, comme lors de nos nombreux Banquets… Nos archives débordent de moments de complicités et d’ententes sur ce dure chemin de la renaissance que nous avons entrepris et que nous continuerons de mener. il avait, depuis le décès de sa fille si présente et appréciée de nos banquets, perdu le goût des sorties et s’était retiré de nos activités… nous garderons de lui cette vivacité et cet entrain comme sa présence parmi nous et savons que de là-haut il nous regarde désormais… Sachons garder le sens de son esprit et montrons, chaque jour notre fidélité par notre détermination. Gardes-nous Jean Marie, une place près de Jehanne et Du Guesclin, lorsque nous te rejoindrons…

Frédéric Winkler

 

La biodiversité animale en danger : comment réagir ? :

En matière de biodiversité, les mauvaises nouvelles s’accumulent ces temps-ci : ainsi, le premier jour du printemps a vu l’annonce de la mort du dernier rhinocéros blanc mâle du Kenya (ils étaient encore 2.360 il y a cinquante ans, mais seulement 15 en 1984), dont les congénères ont disparu en quelques décennies sous les effets d’un braconnage intensif motivé par les vertus aphrodisiaques supposées de la corne de rhinocéros (une superstition asiatique sans fondement scientifique avéré), et l’évocation désolée de la très forte diminution du nombre d’oiseaux des champs, qui rappelle que ceux des villes ne sont pas en meilleure position. Dans le quotidien libéral L’Opinion, ce mercredi 21 mars, Michel Schifres résume la situation : « Premièrement : dans les campagnes françaises, les oiseaux sont en voie de disparition. En quinze ans, leur population s’est réduite d’un tiers. L’alouette décline et la perdrix n’existe plus guère. Deuxièmement : en vingt-cinq ans, 421 millions de volatiles ont disparu en Europe. Troisièmement : au Kenya, Sudan est mort à 45 ans. C’était le dernier rhinocéros mâle blanc de la planète. Cette sous-espèce est donc éteinte. » On pourrait rajouter la mort brutale de 350.000 chauves-souris chaque année en France à cause des… éoliennes ! Sans oublier la quasi-disparition des papillons dans nos campagnes, celle des petits mammifères comme les hérissons, principalement victimes de la circulation automobile, ou celle des crabes, bigorneaux ou anémones de mer que j’ai pu observer à Lancieux, sur la côte d’émeraude, depuis une vingtaine d’années… Le constat du déclin rapide et apparemment définitif pour certaines espèces animales (mais la biodiversité végétale est aussi en danger) n’est pas catastrophiste, comme voudraient le faire croire certains, il est, d’abord et concrètement, une catastrophe !

« Et que faisons-nous devant cette hécatombe, devant cette extinction (…) ?, poursuit Michel Schifres. La réponse tient en un mot, glaçant : rien. » En quelques lignes, tout, ou presque, est dit ! L’indifférence de nos sociétés de consommation, individualistes et anthropocentriques, est terrifiante mais elle s’inscrit dans la logique du système qui, par essence, ne considère que l’utilité économique, le profit immédiat et la satisfaction instantanée des « besoins suscités », sans tenir compte, en définitive, du temps long et de la transmission du capital terrestre, minéral, végétal comme animal. Si la biodiversité animale est ici évoquée et menacée, n’oublions pas, comme nous le rappelait Claude Lévi-Strauss, que la diversité culturelle humaine est, elle aussi, victime d’un système qui se veut à la fois global et illimité, attractif et uniformisateur…

Mais le constat désabusé de Michel Schifres doit-il nous décourager d’espérer et d’agir ? Non, bien au contraire ! En ce domaine comme en d’autres, il n’y a pas, il ne doit pas y avoir de fatalisme, et le rôle des royalistes, attachés à la transmission des trésors du patrimoine et à leur actualisation permanente comme à leur usage mesuré, est d’alerter, de sensibiliser mais aussi d’intervenir et de proposer, dans une perspective de long terme et, parfois, dans un contexte d’urgence.

Il faudra, un jour, écrire un « Que faire ? » de l’écologisme intégral qui n’oubliera pas sa dimension forcément politique et stratégique… Pour l’heure, et en attendant une hypothétique Monarchie qu’il faudra bien faire réellement advenir en France pour un véritable enracinement de l’écologie dans l’être même de l’État et de sa magistrature suprême, il serait fort nécessaire que le ministère de la Transition écologique réagisse en prenant quelques mesures urgentes de sauvegarde des paysages dits « naturels » et de limitation des projets d’artificialisation des terres qui ne cessent de réduire l’espace de vie des espèces d’oiseaux, en particulier dans nos campagnes. La replantation organisée de nouvelles haies et la limitation des coupes printanières le long des routes et fosséspourraient être rapidement décidées et pratiquées, pour permettre la recréation de « pouponnières d’insectes » (et les pollinisateurs ne sont pas les moins importants s’ils ne peuvent être les seuls protégés et favorisés) et les possibilités de nouvelles nichées, mais elles ne sont que quelques uns des éléments d’une politique qui se doit d’être beaucoup plus large et de poser les bases d’un nouveau rapport agricole à la nature, fondée sur l’accord entre production économique et pratique écologique, et bannissant, autant qu’il est possible, l’usage des produits chimiques hérités de M. Von Liebig et vantés par des multinationales plus intéressées à leurs profits qu’à ceux de la biodiversité.

Le régime chinois de Xi Jinping a inscrit la « révolution écologique » au programme de ces prochaines décennies, conscient des enjeux environnementaux de demain qu’il ne sépare pas des enjeux économiques : la France, avec sa richesse écologique certaine et ses particularités propres, ne devrait-elle pas aussi envisager cette révolution-là qui lui serait beaucoup plus profitable que celle qu’elle a subie à la fin du XVIIIe siècle et qui, à bien y regarder, fut alors si peu favorable aux paysages forestiers et aux espèces animales sauvages ? Le Breton Michel Duval, dans les dernières pages de son ouvrage « Forêts bretonnes en Révolution », soulignait que « la correction immédiate des nouveaux déséquilibres internes provoqués par le contrecoup de l’instauration d’un nouvel « ordre économique mondial », est inséparable désormais du retour aux valeurs qui ont assuré longtemps à notre pays son harmonie, son originalité, sa richesse et sa diversité ». Si nous pouvons aller plus loin encore dans la critique de ce qui fonde ce nouvel ordre mondial et libéral, et remettre en cause le principe même d’une société de consommation et de croissance illimitée, nous faisons nôtre l’appel de Michel Duval à ce nécessaire « retour du Roi », pour que vive la vie, dans nos campagnes, nos forêts et nos villes, et que nous puissions revoir voler les papillons et entendre chanter les oiseaux, éternels compagnons de saint François d’Assise et de nos souvenirs heureux…

Jean-Philippe Chauvin

D’où peut venir le « nouveau Mai » ? :

Cinquante ans après, la grève du 22 mars sera-t-elle à l’origine d’un grand « soulèvement de la vie » tel que l’évoquait Maurice Clavel à propos de Mai 68 ? Si le choix de la date par les syndicats peut ne pas être entièrement le fruit du hasard et renvoyer au souvenir du comité du même nom qui « inaugura » ce fameux mois de Mai, il est peu probable (même si l’histoire n’est jamais complètement écrite avant de se réaliser) que ce mouvement de jeudi change la donne en France : à écouter « le peuple des comptoirs », je ne sens pas vraiment se lever la tempête. Les lycéens sont calmes et semblent, même, largement indifférents aux événements sociaux et politiques, malgré les tentatives renouvelées depuis fin janvier de mobiliser ces masses scolaires sans lesquelles il n’y a généralement pas de recul gouvernemental (exception faite de la grève de 1995), et les professeurs parlent d’autre chose, sans savoir, pour l’heure, comment considérer exactement les réformes annoncées, de celle de l’entrée en université, de l’organisation du cycle d’études lycéennes et de la nouvelle configuration du baccalauréat : cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas d’inquiétude ou de mécontentement, mais cela tient plus des conditions locales d’application possible de ce qui est annoncé que d’une contestation globale.

Bien sûr, les revendications des retraités sont sans doute légitimes, et il me semble que l’un des enjeux des décennies prochaines sera l’accueil de ceux-ci dans une société qui semble vouloir de plus en plus les négliger, et cela au-delà des questions financières ; bien sûr, la grogne de certaines catégories de fonctionnaires est compréhensible, tout comme l’est la volonté politique de réformer la Fonction publique ; bien sûr, les cheminots ont beaucoup à perdre, au moins statutairement, au regard de la libéralisation du rail exigée par les directives de l’Union européenne… Mais tout cela ne fait pas une révolution, ne serait-ce que parce que les intérêts des uns et des autres ne s’accordent pas facilement dans une situation de mondialisation et de libéralisation globale, et dans le cadre et contexte d’une société de consommation qui « tient » mieux les populations que les dictatures classiques ne sauraient le faire : Huxley avait déjà saisi, avant même que ce globalitarisme mondial ne soit définitivement en place, les possibilités de celui-ci et la « servitude volontaire » (pour plagier La Boëtie) qu’il suscite et entretient. Ainsi, la « convergence des luttes », ce jeudi 22 mars, ne peut être qu’extrêmement temporaire, et il est peu probable qu’elle débouche sur un mouvement plus général et plus visible ou actif.

Néanmoins, le gouvernement ferait bien de se méfier, car il est un sujet qui pourrait enflammer les lycées et universités et, ainsi, « prendre la rue » au risque d’affaiblir la capacité de l’État et de remettre en cause son autorité : c’est celui du service national universel que le président a annoncé et que défendait l’autre jour dans les médias l’ancienne socialiste Juliette Méadel avec la ferveur des nouveaux convertis au macronisme. Bien sûr, pour l’heure, les contours de ce service national universel sont flous : une partie obligatoire devrait s’accompagner d’une partie facultative, et une tranche d’âge (de 16 ou 18 ans à 25 ans) serait d’abord concernée ; ce service pourrait être civique plutôt que militaire, et durer un, trois ou six mois, mais rien n’est sûr… Or, c’est le caractère obligatoire de ce service qui inquiète une grande part de mes élèves qui y voit, à tort ou à raison, un obstacle au bon déroulement de leur parcours scolaire après le baccalauréat. Cette inquiétude pourrait vite devenir la source d’une véritable mobilisation des nouvelles générations contre les projets du gouvernement… S’il y a un risque de « printemps chaud », c’est bien là qu’il se trouve, ce qui explique la discrétion gouvernementale et présidentielle sur ce sujet, et il est fort possible que ce projet de service national universel ne soit pas présenté tout de suite pour éviter une explosion lycéenne et étudiante qui pourrait tout remettre en cause des réformes en cours d’adoption et d’application.

Etre attentif à ce sujet si peu évoqué aujourd’hui n’est évidemment pas suffisant, et il convient, dès maintenant, de réfléchir sur les projets qui peuvent permettre aux jeunes générations de s’intégrer complètement à une société et de s’y épanouir, dans l’espérance de cet avenir que tout Français conscient et soucieux de la nécessaire pérennité de la nation plurielle française souhaite à son pays, à notre pays…

Jean-Philippe Chauvin

Adieu Patrick de Villenoisy :

Patrick de Villenoisy s’en est allé, après un malheureux accident, lui qui me demandait encore récemment la date du prochain Banquet. Ce sera bien triste de ne pas l’y voir, alors que pendant des années il nous accompagnait dans ces moments conviviaux. Il avait ce côté « vieille France » qui venait du fond des âges, dans la distinction, l’éducation et l’extrême courtoisie, rappelant la classe de l’aristocratie Française. Nous nous étions connu au sein de l’Alliance royale et depuis, il se tenait toujours au courant de nos rassemblements et banquets, dont vous pouvez entendre, dans nos archives, quelques prises de paroles. Il aimait être présent, discrètement souvent, nous encourageant dans notre travail comme nous félicitant toujours pour notre dévouement à la cause du Roi. Nous souhaitons Paix à son âme et que Dieu le garde en son Royaume. Nous présentons toutes nos condoléances à sa famille.

Adieu cher ami, notre jour viendra !

Frédéric Winkler

Quelques discours de Patrick de Villenoisy lors de ses passages à nos Banquets Camelots :

 

Les agriculteurs sont-ils les nouveaux esclaves de notre temps ?

Chaque année, à la fin du mois de février, les médias se mettent à parler du monde agricole, de ses difficultés et des défis qu’il doit relever, tandis que les hommes politiques, du président au conseiller général, se préparent au marathon de quelques heures qu’ils vont effectuer au Salon de l’Agriculture. Chaque année, c’est donc le même rituel, les mêmes déplorations, les mêmes coups de menton, et cette année ne rompt pas avec cette tradition qu’il conviendrait pourtant de critiquer et d’amender, car chaque année, la situation globale des agriculteurs semble bien empirer et les campagnes paysannes poursuivre leur lent et inexorable mouvement de désertification et d’uniformisation paysagère… La surface agricole utile ne cesse de diminuer et, désormais, elle est bien en dessous de la moitié de la superficie totale de la métropole, ce qui peut, légitimement, inquiéter quand on sait que la population française, elle, poursuit sa progression numérique. Dans le même temps, la surface des exploitations, de moins en moins nombreuses, continue à grossir, et les projets d’agriculture intensive de type « ferme des mille vaches » se multiplient, au nom de la « nécessaire compétitivité », et suivant le modèle développé en Allemagne et aux Pays-Bas, modèle qui leur a permis de dépasser la France au rang des pays exportateurs de produits agricoles : la quantité, mais pas forcément la qualité, paraît privilégiée quand les statistiques sont en jeu.

 

Ainsi, le « pétrole vert » de la France semble-t-il s’épuiser, et le désespoir des agriculteurs n’est pas feint, même s’il semble vain au regard des mécanismes contemporains d’une société de consommation dont la mondialisation a aggravé encore les effets délétères sur le monde paysan, condamné à devenir le serf du Marché mondial et de la Grande Distribution, comme des désirs qu’elle suscite pour s’assurer encore de meilleurs profits sans, pour autant, vouloir les partager avec les producteurs agricoles de base. Bien sûr, tous les agriculteurs français ne sont pas logés à même enseigne, et quelques grands exploitants tirent très bien leur épingle du jeu quand les moyens et petits agriculteurs conventionnels sont trop étranglés par les dettes et les contraintes administratives pour pouvoir, à long terme, survivre dans ce monde concurrentiel. Que les produits agricoles du Mercosur (Marché commun du Sud, constitué de cinq pays d’Amérique du Sud, dont l’Argentine et le Brésil) arrivent bientôt sur les marchés européens et risquent de fragiliser un peu plus le monde agricole français, n’est que la conséquence d’un libre-échangisme que l’Union européenne a, depuis ses origines, favorisé et qu’elle ne remettra pas en cause, malgré les déclarations impérieuses du président Macron : ce dernier, qu’il le veuille ou non, reste et restera coincé par les mécanismes européens et leur logique « libéraliste » qui empêchent toute mesure « protectionniste » de nos marchés comme de nos producteurs. Et l’on entendra le chœur des pleureuses qui, après coup, viendra nous expliquer que tout cela est fort regrettable mais qu’il faut bien se résoudre à accepter cette règle générale pour ne pas faire le jeu des « populismes », bien plus dangereux (selon eux…) que les grandes firmes agro-industrielles mondialisées qui asservissent les agriculteurs à leur ordre maudit ! C’est d’ailleurs toujours le même processus et le même discours depuis quatre décennies au moins, et, pendant ce temps-là, le nombre d’agriculteurs diminue, encore et toujours, suivant la logique Mansholt qui visait, effectivement, à cette diminution : c’était aussi un moyen efficace de faire disparaître une opposition paysanne qui a toujours fait peur aux féodalités urbaines… Moins de paysans, donc moins de « fourches levées », pensait-on dans les couloirs de Bruxelles et des palais de la République !

 

Et si ce calcul ne fonctionnait plus ? Si de nouveaux paysans « reprenaient la terre » plutôt que de la laisser « partir » entre les mains d’investisseurs spéculateurs chinois ou coréens, entre autres ? Si le monde agricole se « réinventait » en retrouvant le sens et la cause de la terre ? Si le « redéploiement rural » devenait réalité ?

 

Puisque la République est impuissante à protéger les terres et les agriculteurs de notre pays, non par manque de moyens mais par manque de volonté et de perspective à long terme, il n’est pas interdit de se poser la question d’une Monarchie royale dont le comte de Paris disait qu’elle devait reposer sur des bases paysannes et des bases ouvrières, et qui pourrait mener une nouvelle politique de réenracinement agricole, mieux adaptée au besoin d’équilibre et de partage de nos sociétés contemporaines. Utopie ruraliste, doublée d’une utopie monarchiste ? Si l’on se contente de quelques écrits sans conséquences, sans doute. Mais si l’on pense un nouveau projet de société sans oublier les réalités du présent, réalités qu’il s’agit, non seulement de changer, mais de bouleverser par une autre manière d’imaginer l’avenir et ses racines, et si l’on permet aux idées de s’incarner dans des projets multiples à l’échelle du pays et selon la grande diversité de ses particularités, tout devient, en ce domaine, possible… même le meilleur ! Encore faut-il le vouloir, et que la magistrature suprême de l’État le veuille aussi, ou le permette en rétablissant son autorité politique, autorité nécessaire et légitime sur les féodalités économiques et financières qui ne doivent plus imposer à notre société et à ses producteurs agricoles leurs dogmes et leur « règne d’or et de boue »… A la boue putride des scandales agro-alimentaires, nous préférerons toujours cette terre vivante et créatrice qui ennoblit les travailleurs des champs, et qui est source de « vraies richesses », de celles qui ne sont pas toutes économiques

 

Jean-Philippe Chauvin

Quand l’Etat décide l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes :

Ainsi, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ne verra pas le jour, et c’est tant mieux ! Ce projet qui ne correspondait plus aux enjeux économiques ni aux problématiques environnementales de l’Ouest de la France a, enfin, été abandonné, même si, en définitive, les précédents gouvernements n’avaient jamais vraiment pris les moyens de l’imposer, comme si eux-mêmes n’y croyaient pas… La décision de l’État est raisonnable et elle signale, au contraire de ce que disent MM. Alain Duhamel et Bruno Retailleau, une reprise en main par l’État de la « décision politique » quand les prédécesseurs de M. Macron à l’Élysée avaient renoncé à faire preuve d’autorité tout en se plaignant désormais de la décision prise, non par une assemblée parlementaire ni par quelques bureaucrates ministériels, mais par la magistrature suprême de l’État et par son chef de gouvernement. Un vieil ami royaliste me soufflait tout à l’heure que ce retour de la décision d’État s’apparentait à la prise du pouvoir du jeune Louis XIV après que son « parrain » Mazarin ait rendu son âme à Dieu : désormais, le maître, c’était lui, et aujourd’hui, l’État c’est Macron, rajoutait-il, avec un air amusé. Et de soupirer, tout d’un coup mélancolique d’un temps ancien qu’il avait bien connu, entre La Nation Française et la Nouvelle Action Française : « Ah, mais qui sera le Maurice Clavel des zadistes, et le Pierre Boutang du président de la République ? Ils manquent au royalisme, ces deux-là ! ». Cette formule, qui peut sembler bien sibylline à tous ceux qui ne connaissent pas l’histoire du royalisme de la seconde moitié du XXe siècle, méritera, un jour prochain, une plus large explication… Mais je sais qu’elle parlera déjà à quelques vieux monarchistes qui ne désespèrent pas, mais s’impatientent…

La colère des partisans de la construction de l’aéroport dans le bocage nantais se comprend, et je ne m’en moquerai pas, mais elle révèle bien le manque de hauteur de quelques élites politiques qui oublient le réel et s’en remettent à l’utopie de quelques grands travaux qui devraient régler les mille problèmes d’emplois, d’aménagement du territoire et d’attractivité qu’elles sont bien incapables de résoudre par une politique à la fois plus locale et plus ambitieuse, plus imaginative : l’opposition que celles-ci font entre économie et écologie démontre une absence de pensée stratégique sur le long terme qui reste celui à privilégier, pour transmettre aux générations qui viennent et sont encore à venir un pays habitable, agréable et tout simplement vivant, dans tous ses coins et recoins, et pas seulement dans de grandes métropoles « connectées » et mondialisées.

Là où le président de la République a montré qu’il concevait sa fonction de manière verticale et dans la tradition régalienne de l’arbitrage qui tranche quand les opinions et les passions s’affrontent depuis tant d’années, c’est qu’il n’a pas hésité à revenir sur une promesse électorale et à prendre, même, le contre-pied, rappelant ainsi que le Chef de l’État n’est plus le candidat, comme le Roi n’est plus le prétendant ou le simple dauphin, ce que le roi français Louis XI a su démontrer, roi sérieux et responsable quand il avait été jadis un dauphin agité et conspirateur…

Certains ont vu dans la décision de l’État, décision officiellement prise et assumée par le Premier ministre quand c’est bien le Président qui a tranché dès lundi soir, un « déni de démocratie », comme M. Ayrault, l’ancien maire de Nantes, et Mme Rolland, qui y siège désormais, et l’argument mérite examen, tout compte fait, car il y a bien eu une consultation démocratique sur le projet d’aéroport, en juin 2016, et une majorité d’électeurs du seul département convié à s’exprimer (quand l’aéroport était censé concerner deux régions…) l’avait approuvé, même si la géographie du vote montrait les forts clivages liés au lieu de résidence des votants, et que les tout premiers concernés, les habitants de Notre-Dame-des-Landes, avaient très largement marqué leur forte opposition au goudronnage de leur bocage…

En fait, plusieurs remarques me viennent à l’esprit : d’abord, il est tout de même ironique de constater que ceux-là mêmes qui, après le référendum national sur le projet de constitution européenne, n’ont eu de cesse de contourner le vote des électeurs français avant que de faire approuver ce même texte par le seul Parlement, évidemment moins rétif que le corps électoral, se drapent aujourd’hui dans les plis d’une démocratie qu’ils méprisaient et trahissaient alors, comme le confirment les propos du M. Ayrault de l’époque… Ensuite, cette bronca contre la décision étatique s’inscrit dans la remise en cause de la légitimité de l’État à décider, au-delà des opinions du moment et en dehors des seuls jugements de la foule, fût-elle électorale : c’est la même qui se lève contre le droit de grâce du président, condamné par nombre de démocrates contemporains comme un reste de l’Ancien régime, un vieux droit régalien obsolète, mais que je défends aussi avec vigueur comme l’expression d’une « plus haute justice » qui n’est plus celle des « vengeurs » mais bien celle du « pardon », qui est chose royale comme elle est, aussi, de nature religieuse, divine, pour ceux qui croient en Dieu.

Dernière chose (mais il y aurait encore beaucoup à dire sur ce sujet) : s’il y a le « déni », ce n’est pas de la démocratie en soi, ne serait-ce que parce que, qu’on l’ait souhaité ou non, c’est bien M. Macron qui est sorti vainqueur des joutes électorales, démocratiques donc, du printemps 2017, soit après juin 2016 et le vote de Loire-Atlantique, et que la démocratie représentative, depuis la Révolution de 1789 et le moment où les états-généraux se sont transformés en Assemblée nationale constituante, ne reconnaît pas le mandat impératif, ce que, pour ce qui concerne les élections législatives, je regrette personnellement, mais que je ne souhaite pas, en revanche, pour l’élection présidentielle (en attendant la succession royale…). De plus, en démocratie, et on peut parfois le regretter, une élection « efface » souvent la précédente, ce qui, d’ailleurs, est la cause d’une instabilité de la magistrature suprême de l’État que la Monarchie résout par son mode de succession tranquille et assurée.

Ainsi, l’État, dans cette affaire, a repris l’avantage et, comme tout arbitrage, il s’agit d’un choix qui n’a pas vocation à plaire à tous mais à servir l’ensemble, au-delà des oppositions de la veille. Cela suffit-il à faire une politique ? Sans doute pas, et la République, en ce domaine comme en d’autres, montrera vite ses limites et ses incapacités, mais, pour l’heure, le vieux royaliste que je suis s’avoue satisfait de la décision gouvernementale : il n’est pas certain que j’éprouve la même satisfaction pour les autres et prochaines décisions du pouvoir en place…

Alors, le temps de quelques heures, savourons, et promenons-nous dans les bois, à Notre-Dame-des-Landes comme à Versailles !

Jean-Philippe Chauvin

Les écologistes intégraux contre l’aéroport Notre-Dame-des-Landes :

Revoici, une fois encore, le dossier de Notre-Dame-des-Landes… Le rapport remis au Premier ministre ce mercredi ne tranche pas exactement pour l’une ou l’autre des solutions (soit la construction du nouvel aéroport nantais, soit l’aménagement de l’actuel), et ce n’était pas son rôle car c’est celui du Président de la République de prendre la décision finale. Souhaitons que celle-ci, forcément clivante et désagréable pour l’une ou l’autre des parties engagées dans le débat, prenne en compte les enjeux environnementaux et la nécessité d’en finir avec une politique et une économie du tout-béton qui n’est plus, à l’heure actuelle, ni viable ni même acceptable au regard de nos paysages et de leur aménagement.

 

Dans cette affaire, je me suis toujours trouvé, en tant que militant royaliste et traditionaliste critique, dans le camp des opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, camp effectivement très hétérogène dont certains ne veulent voir et reconnaître que les fameux « zadistes », devenus l’obsession d’une Droite et d’une Gauche, toutes deux libérales, qui, en bien d’autres lieux et envers d’autres groupes autrement plus dangereux (y compris idéologiquement), sont beaucoup plus « prudents », pour ne pas dire lâches… Hypocrisie d’un système politicien qui se cherche des ennemis pour éviter de se confronter à ses propres contradictions et à la paresse de son idéologie dominante, fondée sur la mondialisation, la métropolisation et la société de consommation. Ne sont-ce pas, d’ailleurs, ces mêmes « Messieurs » de Nantes et de Loire-Atlantique qui sont à l’origine d’un plan de circulation autour de la ville qui laisse pourtant largement à désirer, comme peuvent le constater les automobilistes du matin, du soir et des périodes vacancières, et qui militent pour un aéroport dont les accès « rapides » ne sont même pas pensés et encore moins financés ? Il y aurait beaucoup à dire sur ce qui apparaît, non comme une maladresse, mais bien comme une inconséquence de la part de notables qui raisonnent en hommes d’un monde fondé sur les énergies fossiles quand il faut réfléchir à celui qui saura s’en passer… La courte vue de ces politiciens républicains et socialistes peut-elle vraiment surprendre quand on connaît les arcanes de la « société de connivence » que dénonçait jadis un certain Philippe de Villiers, et que l’on sait l’absence de prise en compte du « temps long » (ce temps qui n’obéit pas aux seules oukases de l’Économie et aux nécessités du calendrier électoral) par les « élites » autoproclamées du Pays légal ?

 

Que la Droite (une certaine Droite en fait…) soit la plus acharnée, contre sa tradition profonde et sa propre histoire, à défendre le projet d’un aéroport qui sera une verrue polluante de béton et de verre au milieu de ce qui reste d’une campagne de plus en plus étrangère à sa propre vocation, nourricière et accueillante aux hommes qui savent la respecter et lui obéir pour mieux lui commander, selon la formule de Bacon, voici bien une des absurdités de ce monde contemporain enivré de sa propre suffisance et des abus qui le font « vivre » ! Que le catholique Retailleau oublie les leçons de l’encyclique Laudato Si’ et préfère la Sainte Économie au message de la Sainte Église sur la question environnementale en dit long sur les errements de la Droite qui se veut « moderne » à défaut d’être enracinée et « durable »…

 

Dans l’édition du Figaro de ce matin, Philippe de Villiers, fondateur et promoteur du parc à thème du Puy-du-Fou, et retraité (actif) de la politique, dénonce le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes avec des arguments qui peuvent même faire réfléchir ceux qui pensent en termes purement économiques : « C’est un projet des années 1960 qui est complètement obsolète. A l’époque on pensait que les lignes transcontinentales viendraient se poser sur des plateformes régionales. Or on constate qu’aujourd’hui les low-costs, qui sont ultrasensibles au surcoût aéroportuaire, ne voudront jamais s’installer à Notre-Dame-des-Landes. Les lignes transcontinentales qui font rêver les propagandistes du nouvel aéroport ne viendront jamais là-bas, pas plus qu’elles n’iront à Lyon ou à Nice. C’est un projet utopique et une escroquerie. » De plus, l’économie de la Vendée serait fortement dégradée par l’installation du nouvel aéroport, ce que soulignaient nombre de chefs d’entreprise vendéens au mois de juin dernier, craignant un enclavement aérien définitif de la Vendée, préjudiciable aussi au parc du Puy-du-Fou, comme le rappelle Villiers : « Évidemment le transfert de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes entraverait gravement le développement du Puy-du-Fou. Dois-je rappeler qu’il s’agit d’une des premières concentrations touristiques françaises et la première des Pays de la Loire ? ». L’AFP, reprenant il y a quelques jours des propos du même Philippe de Villiers, synthétisait ses arguments en quelques lignes : « Le temps de trajet, actuellement d’environ une heure entre l’aéroport de Nantes et le parc d’attractions du Puy-du-Fou qu’il a créé, serait, argumente-t-il, triplé en raison d’un « périphérique souvent trop encombré » (je confirme !) et du « pont de Cheviré, fermé en cas de mauvaise météo ». » Quand on sait que le parc du Puy-du-Fou a enregistré en 2016 plus de 2,2 millions de visiteurs et qu’il est au deuxième rang des plus fréquentés de France derrière Disneyland-Paris, et qu’il est une des plus belles réussites françaises sans coûter un seul sou au contribuable (ce qui n’est pas totalement anodin), il ne semble pas inutile de réfléchir aux conséquences concrètes et plutôt néfastes de la construction d’une nouvelle plateforme aéroportuaire à Notre-Dame-des-Landes. D’autant plus que, comme le souligne le Vendéen, en prenant en compte les difficultés récurrentes de circulation autour de Nantes, « les Vendéens « renonceront à aller à Notre-Dame-des-Landes et prendront le train pour aller à Roissy » et « Notre-Dame-des-Landes ne trouvera jamais son point d’équilibre économique », ajoute-t-il. ». Sans oublier que les coûts de construction risqueraient bien d’exploser lorsqu’il faudra créer de nouveaux accès routiers et ferroviaires à cet aéroport pour chercher à le rentabiliser, ce qui promet aussi bien des conflits à venir, de Vannes à Rennes, de Redon à Angers, entre autres… Qu’en pensent et qu’en penseraient alors les contribuables de l’Ouest de la France, appelés à financer de tels équipements condamnés à n’être jamais rentables, du moins pour eux ?

 

Sans être villiériste ni me reconnaître complètement dans l’étiquette de « droite », je ne peux que souscrire à ses propos qui dépassent la seule question de l’opposition à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes : « Non seulement j’ai la fibre écologiste, mais je ne comprends pas pourquoi la droite ne s’empare pas du sujet de l’écologie. L’écologie est profondément une attitude de droite. Car qu’est-ce que la mission de la droite, si ce n’est l’enracinement, la préservation de nos paysages intimes ? (…) Je suis pour la liberté d’entreprendre, le Puy-du-Fou en est la preuve, mais aussi pour la préservation des écosystèmes. »

 

« L’enracinement, la préservation de nos paysages intimes, la préservation des écosystèmes » : voici un programme que défendent, depuis toujours et longtemps dans le silence assourdissant de la République machiniste et « progressiste », les écologistes intégraux que sont les royalistes héritiers de Chateaubriand, Bourget ou Bernanos, entre autres, et qui se reconnaissent aussi dans les textes de Bertrand de Jouvenel et de JRR Tolkien

 

Notre opposition à la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes n’est pas qu’une position politique, elle est d’abord et surtout un combat de civilisation, et de civilisation française, « à la française » : il n’est pas inutile de le rappeler, et de le faire savoir.

Jean-Philippe Chauvin