Actualités

Quand la démocratie légale d’Etat oublie les citoyens… :

Les démocraties occidentales sont malades, et elles sont d’abord malades de leurs classes dirigeantes, de ce que nous nommons en France « le pays légal » et qui, depuis des décennies, prend la forme d’élites dirigeantes et dominantes, autant sur les plans financier et économique, autant que sur ceux de la politique et de l’idéologie, élites de moins en moins engagées par les notions de service et d’humilité. Depuis quelques années, la séparation entre les catégories sociales (doit-on parler de « classes » ?) se fait plus visible et, aussi, plus vive : le creusement des inégalités, conséquence sociale de la mondialisation et de son imposition au sein même des sociétés anciennement constituées, a débouché sur la montée des injustices, qui ne sont rien d’autre que des inégalités démesurées, bien loin des inégalités justes et protectrices qui ordonnent toute société humaine et politique.

 

Dans son éditorial de Marianne de cette semaine, Natacha Polony valorise la thèse de David Adler, chercheur en science politique, selon laquelle « ce sont les centristes qui sont les plus hostiles à la démocratie, pas les extrêmes » : une formule étonnante mais qui ne surprendra pas vraiment ceux qui connaissent leur histoire contemporaine et qui ont suivi les évolutions idéologiques des classes dirigeantes depuis la fin de la Guerre froide. Effectivement, et la récente crise des Gilets jaunes, à la fois crise sociale et éminemment politique, l’a amplement démontré, parfois au-delà de toute raison, les propos des partisans du président Macron et de ses « ralliés récents » n’ont guère brillé par leur sens de la nuance, au risque de jeter régulièrement de l’huile sur le feu quand il aurait fallu apaiser sans mépriser les révoltés des ronds-points. Bien sûr, il y a eu, au début décembre, ce « réflexe de la peur » qui a parcouru les catégories centres-urbaines des métropoles devant cette colère parée de jaune et qui a fait trembler jusqu’aux ors de l’Elysée : l’épisode de l’hélicoptère prêt à évacuer le locataire des lieux, le 8 décembre dernier, est aussi révélateur qu’il est triste… Mais les réactions des lecteurs des grands journaux sur leurs forums de discussion respectifs sont encore moins rassurantes sur l’état de division de notre pays, et la violence des propos des « assiégés » (comme certains se définissaient eux-mêmes) contre les manifestants « ignorants, vulgaires, gueux » ont pu légitimement choquer ceux qui cherchent plutôt le dialogue (même sans concession) que la brutalité. Les réseaux sociaux en ont aussi été la lice virtuelle, non moins parcourue des fureurs et tremblements que la rue, de Rennes à Paris, de Bordeaux à Lille…

 

L’article de Natacha Polony a choisi d’insister sur les violences et appels à la répression issus des rangs du « pays légal » macronien, ce qui, d’une certaine manière, rompt avec la doxa de la grande presse, inquiète de la tournure prise par des événements qui semblent échapper à ceux qui tiennent le Pouvoir depuis si longtemps sous des masques divers. Il est vrai que la nouvelle loi anti-casseurs n’a rien de rassurant, en fait, comme l’a souligné le député conservateur Charles de Courson, « centriste catholique » qui n’oublie pas ses racines ni les leçons de l’histoire, y compris celle de sa propre famille, au point d’apparaître en dehors de ce « centrisme totalitaire » dénoncé par Mme Polony. Cela rejoint d’ailleurs la réflexion des royalistes qui considèrent que les traditions (au sens premier du terme, « transmission » d’un héritage immémorial et toujours vivant) sont les meilleures protections contre les dérives du moment présent, plus « immédiates » et souvent moins mesurées, faute de prise de hauteur temporelle ou historique. (1)

 

La violence des casseurs des derniers samedis parisiens qui, par leurs actes étrangement impunis dans la plupart des cas, cassent d’abord de l’intérieur le mouvement des Gilets jaunes en s’en prenant de plus en plus aux manifestants « originels » de l’automne, donne des arguments faciles au Pouvoir dont ils sont les providentiels alliés pour déconsidérer le mouvement d’ensemble. Cela permet au gouvernement de M. Castaner de se poser en « garant de l’ordre et de la sécurité », ce qui est tout de même le comble quand on peut constater la montée incessante de la délinquance (et de sa relative impunité, faute d’une réponse adaptée et concrète) dans notre pays et son coût pour les victimes et la société ! Mais le gouvernement n’en a cure, et il renforce son arsenal répressif en visant explicitement les Gilets jaunes, ces « empêcheurs de politiser en rond » selon l’heureuse expression d’un orateur royaliste entendue il y a peu. Sans doute faut-il y voir effectivement un symbole, comme le souligne Natacha Polony qui ne prend guère de gants avec l’Etat macronien : « Derrière les mises en scène de démocratie participative, la volonté farouche de se prémunir contre un peuple qui a la fâcheuse tendance à mal voter. (…) Quand un candidat « raisonnable » propose de lutter contre les « prurits populistes », quels qu’ils soient, tous les moyens sont bons. Pourquoi ? Parce qu’il ne s’agit nullement de défendre la démocratie, mais de défendre un système économico-politique considéré comme le meilleur pour garantir la stabilité et la prospérité. Quitte à le défendre contre l’ignorance coupable des peuples, qui persistent à ne voir que le chômage de masse et leurs fins de mois difficiles au lieu de s’extasier sur le progrès garanti par l’avènement du grand marché global. Emmanuel Macron ne gouverne pas pour le peuple français mais pour la préservation de ce système, au besoin contre une large partie du peuple. » Ainsi, le Grand débat national, que les royalistes ne boudent pas car soucieux de présenter leurs points de vue et de crédibiliser leur force de proposition, n’est sans doute qu’une opération de diversion qui n’a pas pour vocation de remettre le système en cause mais de le remettre à flots, ce qui n’a pas exactement le même sens ni la même portée…

 

La sévérité de Mme Polony ne s’arrête pas à ses quelques lignes reproduites plus haut : « Nulle « troisième voie » dans le macronisme. La colère engendrée par quatre décennies de marche forcée vers la dérégulation, le libre-échange, l’abandon de toute protection non seulement des salariés, mais surtout des filières industrielles et agricoles, la financiarisation de chaque domaine de l’action humaine, et la paupérisation par la logique du low cost, aboutit à des formes diverses d’insurrection (…). Et ces insurrections deviennent le prétexte pour réduire les libertés publiques, mais aussi les capacités de décision de citoyens considérés comme des irresponsables, ou pis, des ennemis du bien commun. Ce faisant, on ouvre un boulevard aux extrêmes, dans un concours de radicalité. » Si la révolte vient de loin, et l’on pourrait s’étonner qu’elle vienne si tard (trop tard ? Souhaitons que non !), la répression s’attache à « maintenir l’ordre présent du système », ce qu’Emmanuel Mounier, personnaliste chrétien du milieu du XXe siècle, baptisait de cette formule définitive de « désordre établi ». Maurras parlait d’utiliser toutes les possibilités offertes par la contestation ou par le système lui-même pour établir la Monarchie, mais c’est la République actuelle qui pratique le mieux sa formule bien connue « Par tous les moyens, même légaux » pour préserver sa domination sur le pays…

 

« On finira bien par restaurer la monarchie, un jour, contre la dictature et l’anarchie », écrivait jadis Eugène Ionesco dans un article célèbre du Figaro Littéraire paru en 1969. Si j’avoue ne pas considérer le président Macron comme un dictateur, à l’inverse de son ministre de l’Intérieur M. Castaner qui n’en est, pour l’heure, qu’un apprenti maladroit et violent, la situation de notre pays, elle, apparaît bien anarchique, entre le libéralisme sans frein (malgré quelques limites liées à notre histoire nationale et à celle de son Etat-providence) et les désordres urbains (à ne pas confondre avec les manifestations sur les ronds-points, entre autres), et, s’il y a dictature, c’est celle du règne de l’Argent, de cette « fortune anonyme et vagabonde » qui semble inaccessible aux notions de justice sociale et de partage équitable. Alors, oui, au regard de ce couple infernal qui asservit nos compatriotes et désordonne notre société historiquement constituée, c’est bien la Monarchie royale qui peut réaliser cette synthèse entre l’ordre nécessaire à toute cité pour être et durer, et les libertés publiques qui font battre le cœur de notre nation…

 

« La Monarchie est aussi, elle est surtout, la dernière chance de la liberté », affirmait Thierry Maulnier dans les années trente : n’attendons pas le pire pour nous rappeler de cette sage et si politique réflexion… (2)

 

Jean-Philippe Chauvin

 

Notes : (1) : c’est aussi ce qui explique que la Monarchie, par essence, est plus éloignée des tentations totalitaires que les Républiques qui s’appuient sur les « émotions de masse » et sur une sorte d’instantanéité sans mesure, privilégiant la passion à la justice qui, souvent, nécessite un enracinement dans le temps long pour être véritablement ce que l’on peut attendre d’elle, la légitimité de la décision arbitrale.

(2) : un prochain article évoquera la riche et profonde pensée de Thierry Maulnier sur la Monarchie, d’une grande actualité aujourd’hui pour « penser l’après-Gilets jaunes ».

 

 

Les Royalistes, ces gilets fleurdelysés :

 

En ce début février, les manifestations des Gilets jaunes n’ont pas cessé, et si le nombre des manifestants semble décroître, il n’est pas certain que les raisons de manifester, elles, sont moins nombreuses ou moins importantes. En ce sens, le grand débat national, pour motivant qu’il soit pour la réflexion et la proposition, n’est ni suffisant ni satisfaisant pour apaiser les colères multiples qui ont envahi le champ social et les lices politiques, ce qui ne signifie pas qu’il faille le déserter mais simplement qu’il ne faut pas en attendre grand-chose de concret, référendum ou non.

 

Désormais, le samedi est devenu, au fil des semaines, le marqueur des manifestations, et le calendrier passé en compte déjà douze depuis le 17 novembre, date inaugurale des promenades en jaune. Les royalistes y ont sorti régulièrement leurs drapeaux, comme nombre d’autres mouvances, et la photo d’un sacré-cœur chouan côtoyant le portrait de Che Guevara en est la plus récente illustration, inattendue autant que surprenante pour qui oublie les conjonctions paradoxales des temps d’épreuves et de tempêtes : en 1940, les royalistes d’honneur que furent Honoré d’Estienne d’Orves, le colonel Rémy ou le camelot du roi Luc Robet, et tant d’autres, ne se posaient pas la question des opinions de ceux qui partageaient leur aversion pour cette Occupation malvenue et choquante que tous subissaient. Bien sûr, et fort heureusement, nous ne sommes pas en 1940, mais, pour nombre de royalistes sans œillères et lecteurs de Bernanos, l’alliance des « Blancs » et des « Rouges » contre le Pouvoir en place et pour la revendication, fort légitime, de justice sociale (formule chère aux monarchistes qui n’oublient pas que c’est le roi Louis XVI qui l’a « inventée » !), peut justifier ces compagnonnages étranges et limités dans le temps. D’ailleurs, en réaction à cet état de fait, certains provocateurs se réclamant d’un nihilisme brutal ou d’un trotskisme suranné n’ont pas hésité à jouer les « épurateurs » contre les volontaires du Roi, au risque de faire le jeu d’un Pouvoir qu’ils disent combattre quand, concrètement, ils le protègent par leurs exclusives politiciennes.

 

Les royalistes, dont la fibre sociale s’est révélée plus sensible que chez nombre de « conservateurs » partisans d’un « ordre républicain » qui n’est rien d’autre, en définitive, qu’un « désordre établi », continuent à jouer une partition particulière dans cette contestation inédite : enracinés dans leurs terroirs et dans l’histoire longue de la nation France, cette nation qui n’est pas née en 1789 ni par la mort du « roi Capet », les royalistes évoquent la nécessaire justice sociale, préférant souvent le mot d’équité à celui, plus ambigu, d’égalité même si, en privant cette dernière d’une majuscule qui la pétrifie sans profit pour les citoyens et en la qualifiant selon les lieux et les corps publics, elle devient plurielle et légitime. Oui, l’équité territoriale, c’est-à-dire la reconnaissance d’une inégalité protectrice car prenant en compte les situations et les conditions particulières des provinces, des communes et des corps intermédiaires ; oui, la justice sociale, c’est-à-dire le refus des inégalités démesurées et injustifiées qui ne sont rien d’autre, alors, que des injustices, parfois légales mais toujours illégitimes ; oui, l’égale dignité des travailleurs et de ceux qui n’en sont plus, par la retraite ou par la rente, dans la société et dans la contemporanéité ; oui, l’ordre public, qui n’est pas forcément « républicain », pour que chacun soit préservé des effets dévastateurs des désordres et des incivilités qui sapent la bonne entente sociale au profit des plus méprisants ou des plus violents (qui sont parfois les mêmes)…

 

Le message royaliste n’est pas, pour autant, un message utopique ou seulement catégoriel : il est le rappel de ces quelques principes simples qui peuvent ordonner la vie sociale comme le débat politique et institutionnel. S’il peut offrir aussi un débouché à la contestation et à la discussion, c’est que, bien que partisan, il prône une magistrature suprême de l’Etat dont la légitimité ne repose pas sur des urnes présidentielles qui sont trop souvent de véritables boîtes de Pandore, mais s’appuie sur la longue suite des temps et l’indépendance statutaire ouverte par le mode même de transmission du sceptre de père en fils, sans que ni l’un ni l’autre ne puissent s’en échapper… Ce non-choix est la condition première de sa position d’arbitre institutionnel au-dessus des partis et des factions, au-delà des péripéties parlementaires et des pressions des nouvelles féodalités financières et économiques. Elle est, à l’heure des campagnes millionnaires et communicantes, la liberté possible et nécessaire de l’autorité suprême qui rend possible les nécessaires libertés publiques.

 

Puisque les questions institutionnelles s’invitent dans le débat après être descendues dans la rue, il n’est pas incongru que les royalistes conséquents et constructifs prônent l’instauration d’une Monarchie royale qui pourrait, de par sa nature et son statut, ouvrir la voie à la refondation des « républiques françaises », provinciales, locales, professionnelles, susceptibles de se gouverner par elles-mêmes dans le cadre protecteur de l’Unité française et sans le corset de « l’indivisibilité » qui, trop souvent, n’est que le synonyme de l’uniformité et de la contrainte venue d’un Etat parisien trop jacobin pour être honnête…

Jean-Philippe Chauvin

 

Libertés N°37 – Gilets jaunes une nouvelle chouannerie :

DE TOUS TEMPS NOUS FUMES REBELLES

« Notre société n’a que des banques pour cathédrales (…) Il n’y a, d’elle proprement dite, rien à conserver » – Pierre Boutang Injuste, le système l’est sans aucun doute ; mais le fait essentiel est qu’il s’attache à dépersonnaliser toute chose, à enlever toute signification aux actes de la vie, à anéantir toute valeur. Bien sûr, il sait aussi réprimer au besoin tout homme qui ose vouloir réclamer la justice et se prétendre libre, l’exemple des « Gilets jaune » le démontre aisément à chaque manifestation. L’étatisme étouffe le pays, les prélèvements directs et indirects, plus ou moins dissimulés appauvrissent les citoyens. La politique économique mené par le libéralisme de l’homme-marchandise, juste bon à consommer et vivre dans un système dont la seule valeur est le règne de l’argent, est le pire des esclavages. Doit-on tolérer que notre travail et nos impôts financent un système bancaire et économique injuste ? Ce monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, nous offre deux destinés possible : celui de vivre résigné, en esclave, ou celui qui consiste à reprendre son pouvoir de citoyen, décider et contrôler ceux qui prétendent nous représenter !

Nombreux sont aujourd’hui, ceux qui commencent à ouvrir les yeux face aux scandales de la pauvreté en France, des « smicards » comme des « vieux », qui n’arrivent plus à vivre de ce minimum qui faisait leur quotidien, mais pas seulement. C’est aussi des mères de famille et des Français handicapés et parfois malades, ces silencieux que l’on n’entend pas et que l’on feint d’entendre… Le « commis » des banques, président qui loge à l’Elysée, sait bien que la situation est compliquée et inextricable, le vent des insatisfactions a largement balayé plus de 30 ans de soupires et espérances déchues. Aucun président ne peut faire face à toutes les revendications qui ont éclos ces derniers mois et le « ras le bol » des « Gueux en Gilets jaune », risque d’emmener les quelques lambeaux qu’il reste de république, vers sa place légitime au rang du système antisocial par excellence ! Il nous faut revenir à la notion des Etats Généraux représentatifs des forces vives de la nation. Cette forme de démocratie direct était celle de l’ancienne France et il est vrai que nous ne pourrons y revenir qu’avec le retour du roi qui seul, pourra nous libérer de la dictature affairiste de la République ! Certes les « benêts » réclament une sixième ripoublique, et pourquoi donc ? Changeons tout et libérons-nous, laissons mourir cette caricature de gouvernement, toute tragédie comporte 5 actes et nous y sommes !

Notre jour viendra !

Nous ne sommes pas encore au « Bloody Sunday » ! :

Ce système dénonce les excès autoritaires de la Russie où autres pays d’Amérique latine, montrés comme « populistes », mais que voit-on chez nous ? Depuis 9 rendez-vous et blocages divers en semaine à travers la France, les « Gilets jaunes » montrent une détermination que « l’autorité macronite » des 24,01% (1er tour, 8.657.326) néglige et humilie. Le président essaie de se comporter en monarque mais encore faudrait-il en avoir les qualités humaines et sociales, là nous avons affaire à un despote en mal de légitimité, essayant d’être, comme incarner, ce qu’il n’arrivera jamais… 


Bref pour nous, le visage du système, que nous connaissons historiquement, n’est pas une surprise, celui-ci est permanent dans son caractère antisocial. Nous sommes attristés des victimes de ces derniers jours, sachant que la plupart de celles-ci venaient pacifiquement manifester leurs justes colères. Nous sommes loin de jeter l’anathème sur les forces de « l’ordre », Français comme nous en souffrance, mais de quel ordre au fait parle-t-on ? 


Il faut dire que de nombreuses vidéos montrant la totalité des scènes, non celles partiellement découpées des médias en tout genre aux ordres du régime, sont hautement scandaleuses. Autant sur l’injustice des actes que sur les répressions arbitraires dont se sont livrés certains éléments de la police. Quid des policiers en « Gilets jaune » dans les « manifs » ?
Mais quid aussi des « casseurs », oui bien sûr mais cela fait si longtemps que le régime tolère les zones de « non droit » et soumet la France des banlieues aux dictats des bandes et trafiquants et cela aux frais du contribuable, cela jusqu’à quand ? Et puis, ce n’est pas eux que l’on a inquiété lors des débordements, pourquoi ? Y-a-t-il des ordres ?
L’ordre républicain doit régner entend ’on ! 


A quel prix, devons-nous accepter cette résignation, des petits, des « sans-dents », des pauvres et des « gueux », devons-nous nous taire et subir dans cette parodie de Démocratie, « bonjour chez vous numéro 6 ».
Des représentants du « parti républicain » s’insurge que le « consommateur » ne puisse profiter de ces temps de soldes ! Et consommez, consommez, qu’ils disent et taisez-vous pour enrichir ce nouvel ordre mondial qui vit sur notre dos !
Vous comprenez il y a une France qui a peur de sortir à cause des « Gilets jaunes » mais que font-ils de la France qui souffre dans les banlieues insécurisées ? Que font-ils des « vieux » qui souffrent l’indifférence et la promiscuité, avec souvent pas assez pour vivre ? Que font-ils des mères de famille ne s’en sortant pas avec un travail pénible, des heures de transport, des garderies, la gestion des enfants et j’en passe ? Que font-ils des petits-salaires vivant « chichement », endettés à outrance et n’ayant plus de perspective d’avenir, les « smicards » et les « laissez pour compte » de cette France réelle, que les « politiques » méprisent ? Les dangers du « burnout » (dépressions) d’un travailleur sur trois ! Et les pauvres, ce « tiers-monde » de la France d’en bas, ces « sans-dents » oubliés, que le « tout-pourri » médiatique redécouvre chaque fin d’année afin de se redorer un blason bien élimé… Les professions de santé, pressé comme des citrons, aux heures supplémentaires aussi honteusement excessives que non-payés, avec une mobilisation qui ferait pâlir les armées de métiers…

Et cela avec le sourire, dans des ambiances rythmées par la débile invention des technocrates nommée « Amélioration continue », calculant le temps passé par chambre de malade ! Je passe sur les difficultés que rencontrent les policiers, agents de la RATP et SNCF, sans oublier les chômeurs de nos anciens fleurons économiques, comme la sidérurgie, activités portuaires et marins-pêcheurs. Nous ne parlerons pas des « fuites de cerveaux » d’une jeunesse ne pouvant plus rêver d’une réussite en terre de France, jadis pays de cocagne. Inutile de s’étendre sur le thème des suicides déjà mentionné pour les agriculteurs (1 tous les 2 jours) mais pas que, pour la jeunesse aussi dans un pays drogué à coup de calmants, symptômes du « mal vivre ». Il vaut mieux ennuyer l’automobiliste sur les routes ! A côté de cela, il est scandaleux de voir les « privilèges » des anciens présidents, des ministres et députés, à vie, pas franchement fatigués par le travail ! 


Il y aurait tant à dire malgré les sermons et conseils des représentants du système appelant au calme sur les médias. Il est vrai qu’ils n’ont pas les mêmes urgences ni les mêmes difficultés dans la vie… Alors oui, si les « Gilets-jaunes » sortent dans la rue, c’est qu’ils n’ont plus que cela pour exprimer un mécontentement qui, par la goutte d’eau des taxes galopantes (carbone et essence), ont fait jaillir, plus de 30 ans de « mal-vivre » et revendications non satisfaites. Certes les solutions existent mais c’est un changement de système qui pourra résoudre l’ensemble. 


Il faut sortir des diktats européens et reprendre notre destin de citoyens Français, reprendre nos pouvoirs dans nos familles, métiers, cités, provinces, jusqu’aux pieds du pouvoir. L’Etat doit incarner le caractère populaire de la nation par l’intermédiaire des référendums et non confisquer les décisions sans consulter le peuple. Il a fait le contraire en 2005, lorsque contrairement à l’expression de celui-ci, il a considéré l’inverse et il vient de refaire de même en décidant à Marrakech sans notre avis. L’histoire est pour cela un enseignement et c’est ainsi que se constituaient jadis les Etats Généraux, il serait bien temps d’en retrouver l’esprit pour les grandes affaires comme pour les métiers…Ce chemin emprunté par l’ensemble des « doléances » émises montre la voie qu’un gouvernement sain doit suivre, afin de faire de demain, ce jour tant attendu de notre libération ! 


Frédéric Winkler

Nos doléances royalistes pour le grand débat national ! :

Depuis quelques semaines, les cahiers de doléances sont de retour, et cela nous rappelle aussi à notre propre histoire nationale et politique : le précédent de 1789 a ouvert la période révolutionnaire, dénaturant d’ailleurs rapidement le sens même des doléances rédigées dans les 60.000 cahiers issus de tous les coins et recoins du pays. Il est intéressant de noter que certains républicains pur jus s’inquiètent de ce « retour » d’une forme de consultation « pré-révolutionnaire », voire « contre-révolutionnaire » car ne s’inscrivant pas exactement dans le cadre de la démocratie représentative qui, parfois, porte si mal son nom ! En fait, c’est la première fois depuis l’audacieuse demande du roi Louis XVI adressée aux « peuples du royaume », que l’État prend, à une telle échelle et sous cette forme ancienne, la responsabilité de demander à tous les Français, dans leur commune, leurs souhaits, leurs revendications, leurs propositions, au moment même où les colères, multiples et parfois incontrôlées, débordent et s’affirment en tumultes parfois incontrôlables. 230 ans que ce que l’on pourrait qualifier de « pays réel », entier et pluriel, n’a pas été ainsi appelé par « l’État légal » à prendre la parole

 

Dans les cahiers de doléances finistériens et yvelinois étudiés par le quotidien Le Monde en son édition du dimanche 13-lundi 14 janvier 2019, et même si, à ce jour, la participation reste fort modeste et souvent œuvre de retraités, sans doute plus mobilisés par l’exercice du fait de la dévalorisation progressive des retraites, quelques revendications ressortent régulièrement, entre rétablissement de l’ISF (déjà repoussée par l’exécutif) et maintien, voire amélioration du pouvoir d’achat des gens modestes, entre suppression des avantages des anciens présidents de la République et mise en place du désormais célèbre Référendum d’Initiative Citoyenne, le RIC… Des revendications principalement matérielles avec une pointe de demande institutionnelle, comme pour rappeler que le « divorce » de plus en plus flagrant entre les classes dominantes « parisiennes » (au sens législatif du terme) et les classes dominées, souvent travailleuses et provinciales (sans méconnaître la part des populations franciliennes qui se sent aussi marginalisée au cœur même du système « parisien » mondialisé), mérite d’être évoqué et, surtout, surmonté.

 

Le grand débat national ne fait que commencer, et les cahiers de doléances n’en sont qu’un des aspects, mais que nous aurions tort de négliger ou de laisser à d’autres. Pourquoi bouder cette initiative, même si l’on peut légitimement être sceptique sur ses débouchés concrets et que l’on peut, même, s’inquiéter de certaines dérives liées aux effets de masse ou aux manipulations des groupes « féodaux », politiques comme syndicaux ? L’idée d’associer les maires à l’organisation du débat, ceux-là mêmes qui sont souvent les plus proches des préoccupations quotidiennes et qui forment, d’une certaine manière, « le pays réel des notables légaux » (mais sans grand pouvoir législatif, faute d’une décentralisation mieux ordonnée et plus poussée), est une bonne idée dont il faut souhaiter qu’elle ne soit pas le moyen de « court-circuiter » les citoyens actifs, ceux qui proposent et s’engagent dans les « discussions du concret ».

 

Il est des thèmes que les cahiers de doléances n’ont pas encore, semble-t-il, abordés et qui peuvent l’être en ces deux mois de débats et de rédactions, et que les royalistes auront à cœur d’évoquer : sur les questions régionales, par exemple, la nécessité d’un nouveau découpage territorial qui prenne aussi en compte les particularités historiques, comme en Alsace ou en Bretagne, avec le rattachement souhaitable de la Loire-Atlantique à la région administrative bretonne ; sur les questions d’aménagement du territoire avec un véritable « redéploiement rural » qui permette de redonner vie et vitalité à nos villages, et les nouvelles techniques de communication peuvent favoriser, par le télétravail par exemple, cette nécessaire politique ; sur les questions environnementales avec une meilleure prise en compte des intérêts locaux pour la préservation des paysages, ce qui éviterait bien des conflits et des blocages, comme on l’a vu jadis à Notre-Dame-des-Landes, dont la population a longtemps été tenue à l’écart des décisions prises « d’en haut » quand elles concernaient aussi les gens « d’en bas » ; sur les questions économiques, avec un soutien, étatique comme régional, plus actif au « Produire français » et un meilleur contrôle des pratiques de la grande Distribution ; sur les questions agricoles, avec le soutien aux agriculteurs qui veulent se dégager du productivisme et des jeux mortifères d’un Marché qui ne favorise plus que les « gros » quand il faut permettre à tous de vivre du travail de la terre et de la ferme ; sur les questions patrimoniales, avec une politique de rénovation et de valorisation à grande échelle de ce qui fait la richesse de notre pays en tous ses territoires, et pour lesquelles Stéphane Bern et tant d’autres ne cessent de se mobiliser malgré les petites manœuvres de Bercy ; sur les questions scolaires, avec la nécessité d’une plus grande autonomie de fonctionnement des établissements, de la maternelle à l’université, dans le cadre de la commune et de la région plutôt que dans celui de l’État qui ne doit jouer qu’un rôle d’arbitre et, éventuellement, d’investisseur (ou de facilitateur) pour certaines branches de la Formation des intelligences françaises…

 

Ne laissons pas à d’autres le monopole du débat et sachons, en tant que royalistes politiques et enracinés, soucieux du Bien commun et des libertés françaises, saisir l’occasion qui nous est donnée de faire entendre des idées que nous ne cessons de défendre depuis des décennies, non pour le plaisir mais pour le bien de la France, de ses territoires comme de ses habitants…

 

 Jean-Philippe Chauvin

 

De quelle violence parlons-nous, Monsieur le Président ? :

La violence d’un régime qui s’est imposé par un génocide, celui des vendéens ?
La violence de ceux qui mirent en place les inventaires et la spoliation des biens de l’Eglise à la suite de la loi de 1905, envers et contre le peuple ?
La violence d’un matraquage intensif des esprits par l’éducation nationale pour désapprendre tout, y compris notre Histoire au profit de la théorie du genre et des « droits sexuels » ?
La violence des législateurs qui osent décréter la liste des sujets tabous ?
La violence du mépris de 54.8 % des français contre le traité de Lisbonne lors du référendum du 29 mai 2005 ?
La violence qui crée le déséquilibre partout et culpabilise ceux qui osent dire que l’immigration est un malheur pour tout le monde ?
La violence qui consiste à imposer ce qui serait bon pour les familles, à imposer le choix de l’école, les vaccins, le médecin et la médecine… ?
La violence qui consiste à rendre la vie des petites villes et villages impossible (loi NOTRe) ?
La violence qui consiste à ignorer, mépriser des millions de français qui manifestent pour le retour du bon sens et contre la loi Taubira ?
La violence qui consiste à défendre des hystériques aux seins nus (Femen), anges noirs de George Soros, contre des militaires français ou les gardiens de la cathédrale Notre Dame de Paris, fidèles à leur vocation de protecteur ?
La violence impliquée par la « marchandisation » de la vie à travers la PMA, la GPA, la manipulation génétique sans vergogne ?
La violence qui consiste à faire passer un chevalier pour un voyou et un voyou pour un chevalier ?
La violence qui transforme les femmes, « sentinelles de l’Invisible », en porteuses de matraques ?
La violence qui est hypocritement voilée sous le terme « plan de restructuration » des entreprises et qui masque le chômage et le déclin de l’investissement pour satisfaire les pulsions malsaines de quelques-uns ?
La violence qui installe la loi du plus gros (Uberisation) contre les petites entreprises ?
La violence qui détruit le service public ?
La violence qui est complice de la médecine qui rapporte ?
La violence qui pousse au suicide nos paysans ou à les faire tuer de deux balles dans le dos parce qu’ils s’opposent à l’industrialisation de l’agriculture, comme Jérôme Laronze le 20 mai 2017 à Sailly ?
La violence qui taxe à mort le travail pour financer l’idéologie dominante ?
La violence du soutien aux terroristes d’Al Nosra en Syrie ?
La violence qui consiste à tout faire plier devant l’argent ?
La violence qui a eu pour but de contrôler ce qui était vital (politique, économie, énergie, agriculture, santé, éducation, instruction, …) et qui maintenant a pour ambition ultime de contrôler la Vie elle-même ?
La violence qui finalement vous pousse à votre propre destruction ?

Si oui, Monsieur le Président, alors nous sommes d’accord, la violence est à combattre de toutes nos forces.

Stéphanie Bignon
Terre et Famille
Janvier 2019

Le paon, l’autruche, et les poulets :

Il y avait une fois en royaume de France
Évoluant aux côtés de ses contemporains
Un banquier jouvenceau oui mais plein d’élégance
Qui de son beau pays se rêvait souverain.

Son air benjamin, informel, bien élevé
Plaisait aux citoyens, par la vieillesse lassée
Sa rhétorique désuète et puis tantôt farceuse
Ravissait fort les nobles, et flattait bien la gueuse.

Et si jeune notre homme ne l’était qu’à moitié,
Il faut savoir qu’usée, certes, était sa moitié
Car se voulant moderne ne prenant point maîtresse
Il épousa la sienne malgré sa vieillesse.

Mais même si la valeur n’attend point les années
Et bien qu’ le jeune banquier ait la gouaille bien aisée
On ne s’improvise point chef d’un grand État
Et bientôt cet enfant, cet angelot remarqua
Que d’un noble ignorant c’est la robe qu’on salue
On n’ l’admira bientôt que d’un étron pas plus.

Après l’avoir léché ils le lâchent puis le lynchent
Comme font les hommes souvent gâtés comme des enfants
Jupiter bientôt n’eût pas plus à leurs yeux
que l’aspect fatigué d’une simple corde à nœuds.

Mais le jeune banquier, sûr de lui, plein de frime
Pour continuer de plaire à ses chers richissimes
Pressa la populace tant et tant comme citrons
Qu’elle en prit la couleur aussi celle des mignons
Le jeune freluquet tout à ses réjouissances
Ne remarquât même pas la moindre différence.

Heureux dans son palais, il est loin du tracas
Sa mégère dépensant son or à tour de bras
Rien n’est pour elle trop beau : vaisselle, tissus, bibelots
Le peuple avait bien faim, elle leur tournait le dos.

Ils s’offrirent mieux encore, les rois des animaux
Des daims, ils les appellent ho seigneur qu’ils sont beaux.

Et pendant que le peuple assemblé dans les rues
vers son précieux palais plein de rage se rue
Notre jeune banquier à l’égo invincible
Qui de la bourse des pauvres s’était fait une cible
Refuse encore d’entendre le grondement sonore
Comme celui d’une rivière quand de son lit elle sort
Aucun barrage n’y fait si elle est bien dehors.

Et les poussins alors se mettent à crier
Empêchant les puissants dans leur couche de ronfler
Mon roi faites les taire, par pitié muselez-les
Ils meurent de faim, ils crient, et nos nuits sont gâchées.
Ho sir ! regardez les, leur piètre éducation
Ne leur sert même pas à crever sans un son
Mourrez chichement, dites et mettez la sourdine
Leur râle lorsqu’ils trépassent est une porte qui couine
Ils sont las, ils se tordent, comme ils sont ridicules
Ces illettrés ignobles dans la boue gesticulent.

Mes amis n’ayez crainte leur répond le rusé
ils leur arrivent parfois un peu fort d’aboyer
Mais ils sont mes moutons, mes agneaux mon troupeau
Ils finiront d’eux mêmes par rentrer bien au chaud.

Mais voici maintenant qu’il retournent les carrosses
Et détruisent nos maisons, deviendraient-ils féroces ?

Alors le grand seigneur dans une allocution
Le dos droit bien tendu comme une institution
Les deux mains pleines de doigts bien à plat sur la table
Leur jeta quelques miettes avec un air aimable
Croyant en faisant taire leur petit estomac
Calmer aussi la rage dans leur cœur scélérat.

Je ne vous ai pas compris, je ne vous écoutais point
Récita-t-il au peuple qui serrait les poings
A renard endormi rien ne tombe dans la gueule
Retournez au labeur je vous trouve bien veules
Ha vous aimez la rose ? Supportez en l’épine
Mais ne troublez donc point la quiétude citadine
Dans notre ordre social chacun reste à sa place
Vous voulez en changer ? Je vous ris à la face
Cassez, cassez, cassez et nous reconstruirons
Et je vous répondrais d’ la bouche de mes canons.

Vous voulez un discours ? Je peux en écrire cent
Je peux même faire en sorte que vous m’aimiez quand j’ ments
Je vous endormirai à grand coup d’entourloupes
Car c’est toute une armée que je garde sous ma coupe
Vous vous fatiguerez et rentrerez aux champs
Bien avant que je tremble pauvres petites gens.

Il est vrai que le paon peut oser faire l’autruche
Se pavaner gaîment tout en gâtant sa cruche
Mais si un jour lassée comme le peuple citron
Son armée de poulets abandonne le patron.

Alors le jeune souverain saura, bien entendu,
qu’même sur un trône en or, on est bien qu’sur son cul
L’injustice est une graine que plantent les puissants
Et qui pousse sans peine dans les yeux d’ leurs enfants
Elle leur apprend la haine et à serrer les dents
Elle leur fournit le bois, le manche et même la lame
Elle fait durcir leurs muscles et dévore leurs âmes.

S’ils perdent des batailles
Ils reviennent à la charge
On les traite en racaille
On s’étonne qu’ils enragent ?

Donnez leur le bâton
Ils relèvent le menton
Opposez leur des chars
Ils reviennent plus tard.

Ils se tairont dix ans, vingt ans, trente ans, peut être
Mais toujours la révolte finit par renaître
Regardez en arrière dans notre propre histoire
Car c’est là que se cachent les leçons et l’espoir.

Elodie Poux

Des Gilets jaunes à la Monarchie nécessaire :

L’année 2019 débute comme la précédente avait fini, sur la confrontation entre le gouvernement et les Gilets jaunes, et la violence n’en finit pas, là encore, de rebondir dans les médias et les commentaires des internautes, dans cette spirale qui ne cesse de m’inquiéter par son aspect vertigineux. Mais la mémoire courte des démocraties émotionnelles peut-elle satisfaire la réflexion politique ? Bien sûr que non, et nous aurions tort de négliger l’histoire des peuples de France qui retentit encore des révoltes passées, parfois anciennes mais qui peuvent nous fournir quelques éléments d’explication, non seulement pour comprendre ou saisir le moment, mais aussi pour proposer et agir, au-delà des slogans et des postures, souvent trop simplistes et peu compatibles avec l’inscription d’une politique dans la durée nécessaire à son efficacité.

 

Les Gilets jaunes sont un moment fort de la vie politique et, paradoxalement sans doute, participent de la recomposition en cours depuis quelques années : le « dégagisme » qui empêche désormais toute alternance paisible et toute continuité depuis le début des années 2000, trouve là une nouvelle et forte manifestation, après celle qui, en balayant les anciens monopoles politiques (les partis modérés de Droite et de Gauche) lors de la dernière élection présidentielle, avait placé M. Macron à la tête de l’Etat. Mais, comme le disait le « prince de la jeunesse » du Quartier Latin Henri Lagrange, ce royaliste passionné mort à vingt ans lors du premier conflit mondial, « 1789, c’est la toilette du condamné », et le président est la victime de la « deuxième lame » après celle de 2017 qui a tranché tant de têtes, de Montebourg à Hollande, de Sarkozy à Fillon, de Valls à Juppé, sans oublier celle de Duflot ou de Hamon… Le dégagisme poursuit sa course folle, comme une boule de flipper, désarçonnant les uns et les autres, y compris les mieux établis des pouvoirs, politiques ou syndicaux, et provoquant les peurs, immenses, des bourgeoisies mondialisées qui, tout d’un coup, voient ceux qui se proclament, sans le droit électoral et hors de toute « légalité » républicaine parlementaire,  « le peuple », formule rituelle des banquets républicains d’antan détournée par le « petit peuple des ronds-points ».

 

La colère des manifestants du « Mai jaune » est violente, et ne s’embarrasse guère des circonvolutions langagières du « politiquement correct », au risque d’effrayer un peu plus ceux qui se pensaient intouchables et cultivaient le mépris, parfois intellectuel mais souvent « inné », à l’égard des « classes laborieuses » (celles qui travaillent, mais souvent sans le filet protecteur des aides sociales ou d’un statut acquis et « immobile »), celles-là mêmes qui, précarisées ou menacées par les mutations contemporaines, ruent dans les brancards d’une « modernisation » et d’une mondialisation qui semblent se faire sans leur avis ni même le respect qui devrait être dû à toutes les personnes de ce pays. Terrible choc de deux mondes, pourtant se partageant le même grand-espace (mais sans réel mélange ni véritable concorde) et le même temps (mais sans le même usage ni le même calendrier de vie), et qui, désormais, se regardent en chiens de faïence : plus encore qu’une lutte des classes (bien réelle désormais, mais surtout des plus aisés, « les gagnants », à l’égard des moins pourvus, considérés comme « les perdants » au regard des processus contemporains), sans doute est-ce une « lutte des autres contre les autres », l’altérité sociale et la différenciation (de mentalité) culturelle devenant, a contrario, les critères d’appartenance d’un groupe ou de son « contraire ». D’où la difficulté grandissante pour les pouvoirs publics de trouver un terrain d’entente avec leurs opposants qui ne parlent pas, ou plus, le même langage, la mondialisation ayant brouillé les repères de formation et de consolidation des nations et des citoyens, au risque de créer et d’entretenir conflits et révoltes dans une suite sans fin entre ce que d’aucuns pourraient qualifier de « pays réel(s) » (même si le pluriel est sans doute nécessaire pour être bien exact) et de « pays légal », les deux groupes de pays n’ayant plus de souverain commun reconnu et unificateur, alors que c’était encore le cas à la fin du XXe siècle, avant que « l’Europe » ne vienne se « surajouter » à la souveraineté de l’Etat national, au risque de la fragiliser et d’en opacifier la nature aux yeux des populations.

 

Retisser le lien social aujourd’hui bien défait, telle est l’ardente obligation politique des temps qui viennent pour éviter que ceux qui s’annoncent ne portent en eux de nouvelles tempêtes peut-être encore plus violentes et, à terme, dévastatrices : l’histoire nous enseigne que l’on ne joue pas avec les révolutions, et que le meilleur moyen d’en éviter les errements sauvages et terribles, c’est de les apaiser, de les accompagner, de les ordonner, parfois de les détourner, ce que le général de Gaulle, en 1958 et au cœur de l’ouragan qui était en train de balayer la Quatrième (le Pouvoir ne pouvant même plus compter sur ses forces de l’ordre, ouvertement « dissidentes »), réussit à faire en évoquant une légitimité qui devait plus à l’histoire (et à sa propre histoire…) qu’à un pays légal discrédité, affolé et cherchant une porte de sortie à peu près honorable pour éviter le mauvais sort que lui promettaient certains, militaires patriotes, pieds-noirs d’Algérie ou Camelots du Roi anti-parlementaristes. Aujourd’hui, nous sommes plus en 1958 qu’en 1940 ou en 1789, sans doute, et la crise est aussi (et peut-être d’abord) une crise de confiance et une révélation des défiances dont la République, au moins sous sa forme actuelle, risque bien de ne pas sortir totalement intacte, quelle que soit le destin de « l’émeute jaune ».

 

S’il n’y a pas de politique miracle, il peut y avoir un miracle du politique : c’est par ce moyen, « par le haut » beaucoup plus encore que par la base qui, elle et dans son extrême diversité, révèle le malaise et les défauts du système institutionnel, s’agite (et c’est parfois bienheureux et salutaire !) et bouscule mais sans pouvoir, à elle seule, refonder l’ordre politique souverain, que les espérances de ce qui « est et forme peuple » peuvent se trouver, sinon toujours comblées, du moins entendues et favorablement appréciées, sans démagogie ni exclusive. Encore faut-il une magistrature suprême de l’Etat qui ouvre cette possibilité du dialogue au-delà des contraintes de la légalité mais en fondant une « heureuse légitimité » susceptible d’accepter et d’ordonner le dialogue entre les composantes de l’ancien pays légal et celles des pays réels, au sein d’institutions qui soient appelées, d’une manière ou d’une autre, à inscrire la discussion civique dans un cadre pérenne.

 

Ce n’est pas en « républicanisant la République » ou en changeant à tout prix de numérotation pour celle-ci que la situation peut se dénouer, bien au contraire. Certains royalistes, dans la logique de la Cinquième, souhaitent une réactivation de l’élément monarchique et populaire des institutions issues de 1958, et la fin du quinquennat pourrait ouvrir favorablement, à leurs yeux, un nouveau cycle « gaullien et républicain » dans le respect de la tradition monarchique française ; d’autres, dont je suis (et cela sans être indifférent à la précédente option évoquée), pensent qu’il est sans doute temps de « dépasser la République » (certains diraient, en un clin d’œil sémantique, « couronner la République »…), non pour revenir à un mythique et obsolète « Ancien régime », définitivement mort en 1789, mais pour faire advenir un « nouveau régime » fondé sur un renforcement monarchique de la magistrature suprême de l’Etat, qui pourrait, par l’inscription dans une logique de continuité dynastique, permettre un desserrement du carcan administratif et la revitalisation, par des institutions législatives plus décentralisées (voire « autonomes ») et le recours à des « votations » locales plus fréquentes sans être anarchiques, de la citoyenneté populaire.

 

La nécessité d’une nouvelle concorde française, qui assure aussi à la France une visibilité heureuse et une crédibilité véritable aux yeux du monde, impose de refonder le pacte royal qui, jadis, a fondé ce que nous sommes, au fil de l’histoire et en face du destin, en tant que Français…

Jean-Philippe Chauvin

 

 

Ordonnances Macron, qu’en dire pour l’instant ? :

Les méthodes de travail dites « améliorations continuent » aussi subjectives que castratrices des réalités humaines avoisinent une robotisation plus que de raison. Prenons la secrétaire qui lorsqu’elle va faire quelques mètres pour une photocopie, fait de la relation sociale en parlant avec ses voisins, en échangeant sur divers sujets dont certains d’ailleurs permettent d’arranger des problèmes organisationnels comme des informations diverses ou tout simplement, peut être le besoin de parler d’autre choses, parce qu’elle est aussi humaine ! Mais des réactions parfaitement « débiles » vont imaginer visser cette photocopieuse près d’elle, pour gagner du temps et de l’argent parce que c’est toujours le mobile, le gain comme la réduction du personnel. Mais voilà qu’elle va être dérangée par du passage parce que cette imprimante n’est pas que pour elle et que le bruit va la perturber infiniment. Elle deviendra peut-être dépressive, ne trouvant plus le temps, car il est compté, de discuter avec ses voisins ou voisines, l’ambiance du service se dégradera, mais l’amélioration continue, fruit de la pensée d’intellectuelles en mal d’inventions aura fait un grand pas. Bref la pénibilité en prend aussi un coup, sont supprimés des critères d’attentions : la manutention de charges lourdes, les vibrations mécaniques comme les risques chimiques et les postures pénibles : « Le bon sens a prévalu » (Alexandre Saubot, vice-président du Medef)… Nous parlerons bientôt aussi des retraites …


Ceci n’est qu’une économie jalonnée de combats sociaux, tous plus destructeurs les uns que les autres, résultat d’un libéralisme essaimant la guerre et la domination, par le choix de toujours plus de gains financiers. Le bon sens naturel quant à lui, est axé, sur l’entente en vue de créations de qualité, au service des consommateurs, en protégeant les travailleurs, patrons, cadres et employés comme ouvriers par des structures et lois qu’eux-mêmes auraient décidées, sans que l’Etat n’ait à intervenir, sauf en cas d’abus : « Le capital n’est pas… l’unique forme de propriété dont un homme puisse tirer légitimement avantage en vertu d’un droit propre. La possession d’une carrière, d’un métier peut aussi revêtir le caractère d’une propriété quand elle est garantie par la loi, c’est-à-dire quand elle constitue un droit propre à qui l’a acquise, qu’elle lui ouvre un privilège, et qu’elle ne peut lui être enlevée que par jugement » (La Tour du Pin, Jalons, II Economie sociale).

C’est cela que nous dicte l’histoire empirique et c’est d’une étonnante actualité, seule la guerre sociale comme le profit d’une minorité sur la souffrance du plus grand nombre est rétrograde. On nous parle de population vieillissante mais où se trouve la politique familiale qui, hardie, pourrait multiplier les naissances, et donner cette richesse à notre pays, par une forte jeunesse acquise… 


Frédéric Winkler

Ce Système que nous combattons ! :

En juin 1980, le journal Royaliste titrait, sur fond de Marianne vacillante : « Qui croit encore au système ? » : nous étions en pleine Giscardie, et les contestations restaient vives, dans le même temps que les Gauches s’apprêtaient à accéder au pouvoir, pour la première fois sous la Cinquième République, et soufflaient constamment sur les braises, s’enivrant de grands mots et de slogans qui se voulaient encore « révolutionnaires ». Les royalistes n’étaient pas les derniers à contester la présidence de « Foutriquet », selon le mot du philosophe Pierre Boutang, et à prôner un changement de tête, en attendant et en préparant un changement dans les institutions, certains en approfondissant celles de la Cinquième, « de la monarchie élective à la monarchie héréditaire et arbitrale » et d’autres, plus rudement, en renversant l’ordre centraliste, « de la République jacobine à la Royauté fédérale des peuples de France ». Mais tous pouvaient se reconnaître dans le titre de Royaliste, et, près de quarante ans après (ces fameux « quarante ans » que les Gilets jaunes évoquent comme un véritable mantra), après ces quatre décennies sans doute perdues pour la France (sauf peut-être sur la question de la décentralisation, avec les lois de 1982 et de 2004), ce titre paraît tout à fait adapté à la situation !

 

Bien sûr, il paraît nécessaire de définir ce que l’on peut nommer « système » pour éviter tout malentendu et toute illusion, et ne pas se tromper ni de cible ni d’enjeu. Le « système », c’est d’abord un état d’esprit libéral (au sens le plus extrême du terme) mis en pratique par le jeu d’institutions de moins en moins politiques et de plus asservies par les féodalités financières et économiques, de la République à l’Union européenne, et c’est surtout l’imposition d’une « gouvernance mondialisée » symbolisée et représentée par le pouvoir de grandes villes-monde ou d’immenses zones métropolisées qui n’ont plus guère de rapports avec les pays et les populations historiques sur lesquelles elles vivent, souvent à leur dépens, comme du temps de la romanisation antique. Le système, c’est ce carcan de la démocratie dite représentative de plus en plus lointaine pour ceux qu’elle prétend représenter sans leur laisser le droit à la libre parole, et qui est aux mains de partis et de notables de moins en moins représentatifs des réalités sociales de notre pays ; c’est ce que l’on pourrait nommer « le pays légal », celui des élus, des parlementaires (qualifiés souvent de « parlementeurs », comme en février 1934 ou dans les années 1950, avant le retour du général de Gaulle) et des ministres, mais aussi des syndicats, des médias ou des artistes de la société du spectacle, vitrine de la société de consommation.

 

Au regard des derniers événements, l’on peut aisément constater que ce système, qui porte aujourd’hui le nom « synthétique » de « République » et qui a peu à voir avec le sens premier de ce mot, la « Res publica » (la chose publique, ou la communauté publique, de la Cité), se défend bien à défaut de bien gouverner : la célèbre formule d’Anatole France, l’auteur du conte si peu républicain « L’île des pingouins », reste actuelle, et les méthodes du Sinistre de l’Intérieur, M. Castaner, démontrent à l’envi ces procédés de « basse police » qui vont si bien à ce système qui, à défaut d’être bien aimé, entend forcer les citoyens à l’accepter sans contester. Les diverses limitations de la liberté d’expression, les censures insidieuses ou les manipulations nombreuses, sans oublier les nouveaux moyens de la répression courante, des charges en moto (que j’avais, un des premiers, évoqué dans mon témoignage sur les événements parisiens du samedi 1er décembre) aux blocages de bus de manifestants bien en amont de Paris, de l’usage (inédit en ville depuis 2005) des blindés frappés de l’écusson de l’Union européenne (tout un symbole !) aux jets inconsidérés de gaz lacrymogène sur des manifestants un peu trop joyeux (comme place de l’Opéra samedi 15 décembre), sans oublier les projets ministériels et gouvernementaux de limitation légale du droit de manifester, tout cela marque une radicalisation d’un Système aux abois, furieux de s’être laissé bousculer par des « manants en gilets jaunes », sortis des profondeurs d’un « pays réel » négligé, voire oublié des « élites » (sic) tout d’un coup empêchées de « mondialiser en rond », selon l’heureuse expression d’un commentateur radiophonique…

 

En d’autres temps, Jean de La Varende, écrivain enraciné de Normandie, avait réhabilité le sens du mot « manant », en rappelant sa véritable et historique signification : « des manants, le beau mot qui réunissait gentilshommes et terriens… de maneo : je reste, je persévère et j’attends. Les autres pouvaient fuir ; pouvaient courir où l’on se divertit : à eux, les manants, de continuer, d’assurer. »

 

Alors, oui, en nous souvenant d’où nous venons et qui nous sommes, il nous est possible et fort légitime de revendiquer, face à un système féodal-libéral inquiet de ne plus être « la seule alternative » chère à Margaret Thatcher, d’être « les manants du roi », non pour détruire ce qui s’effondre, mais pour fonder un nouveau pacte social et politiquement royal, à l’écoute et au service de tous, cette alliance de l’Autorité nécessaire au sommet et des libertés garanties à la base, cette nouvelle arche française prête à affronter les tempêtes de ce « monde global » et de son « globalitarisme » néfaste pour les hommes comme pour la planète toute entière : pour ramener les Fouquet contemporains à la raison, il nous faut un « Louis XIV institutionnel », non un tyran mais un roi « protecteur des hommes et défenseur de la paix ».

 

La Monarchie n’a pas de sceptre magique, mais elle est la meilleure arme contre les spectres d’une mondialisation devenue folle d’avoir toujours eu tort…

 

Jean-Philippe Chauvin