Jean-Philippe Chauvin

« Sans la curiosité, aucun savoir n’existerait »…

Sur ma table de café ou mon bureau de professeur au lycée, il y a toujours des journaux, des revues ou (et, en fait) des livres. Mes armoires, mon studio, ma voiture… sont envahis de livres de tous les formats existants et de tous les âges, les plus anciens remontant à la Restauration, peut-être même à la Révolution française si l’on considère les reliures de revues de cette période. Cet amoncellement de livres se fait parfois menaçant quand, dans le salon ou la chambre, il devient glissement de terrain et recouvre presque entièrement le sol en une multitude de couvertures mêlées, désordonnées et désespérantes pour celui qui doit les relever. Ainsi, les livres me sont indispensables et je ne puis m’en passer, même s’il faudrait parfois m’en distancier.

Dans ma jeunesse, les bibliothèques étaient des églises que je fréquentais aussi assidûment que je me promène dans les librairies désormais. Mais aujourd’hui, ces dernières se font plus rares, même à Versailles et à Paris, mais aussi à Rennes où, d’une certaine manière, le Marché aux livres de la place Sainte-Anne, régulièrement pris pour cible par les nihilistes d’une extrême-gauche fort peu lectrice (au contraire de celle de mes jeunes années qui se repaissait des livres publiés par Maspéro ou dans la collection 10-18), a pris la place des grandes boutiques de livres anciens ou d’occasion. J’ai le souvenir d’avoir acheté mes premiers livres d’Action française dans une librairie rennaise, place du Palais, qui exposait sur deux étages des milliers d’ouvrages jaunis et fragilisés par le temps, présentés dans des grandes boîtes en carton ou en bois, et où le curieux ou le bibliophile fouillait avec précaution, à la recherche de son bonheur. J’avais, un samedi midi, trouvé le mien sous la forme de vieux livres un peu dépareillés parce que beaucoup lus et feuilletés, qui avaient tous le cachet de la section d’AF de Laval, voire une étiquette blanche reproduisant la fleur de lys du mouvement maurrassien, mais sans les feuilles de chêne qui semblaient la porter : sans doute, cette étiquette était-elle postérieure à la dissolution de la Ligue d’Action française en février 1936, mais je n’étais pas encore connaisseur de ces subtilités liées à l’histoire agitée du royalisme français…

Aujourd’hui, l’une après l’autre, les librairies ferment leurs portes pour les rouvrir sur un magasin de vêtements, une agence immobilière ou une enseigne de restauration rapide. Ce vaste mouvement de remplacement commercial, commencé il y a déjà trois ou quatre décennies, semble s’accélérer et c’est désormais Gibert, la grande enseigne de librairie neuve et d’occasion, qui est menacée de disparition, au grand dam des lecteurs de ma génération et de quelques autres, précédentes comme suivantes. Pourtant, si je me réfère à la librairie de Versailles, elle paraît encore indispensable à nombre d’habitants de la cité royale et sa disparition entraînerait un vide difficile à combler, surtout après la fin des principales librairies « anciennes » de la ville : Cassandre, la librairie ancienne et moderne de la rue de la Paroisse, le Cheval bleu, etc. Autant de devantures aujourd’hui vides de livres après les avoir tant montrés et valorisés…

Bien sûr, il y a les difficultés économiques, l’augmentation des prix de l’énergie et des frais divers et variés attachés à la tenue d’un commerce dont les marges sont étroites, la concurrence des plateformes de ventes à distance comme Amazon… Mais il y a sans doute plus grave encore : au-delà du recul largement signalé et documenté de la lecture, il y a l’extinction progressive de la curiosité, au sens intellectuel du terme. La domination des systèmes numériques présentant tous les contenus possibles (ce qui, en fait, est une idée reçue, fausse de surcroît) et le recours de plus en plus systématique, systémique même, à l’Intelligence Artificielle, entraînent mécaniquement une moindre recherche des lecteurs tandis que le désir d’immédiateté neutralise toute velléité de réflexion personnelle et, même, d’efforts pour trouver, la solution étant à portée immédiate de clic. Si la réflexion intellectuelle y perd évidemment et naturellement autant que logiquement, la curiosité, elle, disparaît même du paysage intellectuel individuel, puisqu’elle ne semble plus avoir, en tant que telle, de raison d’être. Pourquoi aller chercher dans une bibliothèque, au détour de l’étagère d’une librairie ou dans un vieux livre poussiéreux et oublié, des réponses que le numérique nous offre, parfois même avant (miracle des algorithmes…) que nous l’ayons demandé ou que nous y ayons pensé ?

« Sans la curiosité, aucun savoir n’existerait », affirmait Charles Maurras dans l’avenir de l’intelligence, un ouvrage qu’il convient de relire aujourd’hui au regard des défis de la numérisation du monde et de la paupérisation intellectuelle des sociétés contemporaines de consommation. Cette curiosité qui nous incite à ne pas nous contenter de ce que l’on peut nous montrer et nous laisser à disposition, et qui nous pousse à chercher, le doigt courant sur les couvertures des livres bien rangés des étagères de librairie, le titre qui suscitera notre attention ou la quatrième de couverture qui, en quelques mots, nous entraînera dans un nouveau labyrinthe de mots, de sentiments et de raisons parfois déraisonnables. Cultivons la curiosité, pour mieux en recueillir les fruits multiples du savoir, sans doute, mais aussi de l’émotion, de la passion ou, même, de l’action. Aux algorithmes qui nous emmènent là où ils veulent bien, préférons la curiosité qui nous promène et le livre, ces pages assemblées que nous bousculons de nos doigts et de nos regards, non pour les vénérer, mais pour les apprivoiser, les maîtriser, parfois les critiquer. Maurras a raison : la curiosité n’est pas un défaut, elle est la nécessaire qualité de tout homme qui recherche la vérité sans renier sa liberté

Jean-Philippe Chauvin.





Présidentielle ? Plutôt le Roi !

La grande course présidentielle est lancée ! Mais n’est-ce pas une « présidentielle permanente » à laquelle nous assistons depuis des années, voire des décennies ?
Que d’énergies perdues pour conquérir le pouvoir suprême ! Que de millions d’euros dépensés, voire gaspillés… Que de disputes et haines manifestées !
Avec la Monarchie royale, c’est plus simple et moins onéreux :  » le roi est mort… vive le roi ! « .
En quelques minutes, la magistrature suprême passe du mort au vivant, de feu le père au fils présent. Quoi de plus simple, quoi de plus naturel ?
Alors, évitons à la France ces éternelles joutes féodales entre candidats (déjà une trentaine de candidats autoproclamés pour 2027, et ce n’est pas fini…), et travaillons à l’instauration d’un nouveau régime plus simple, plus économe et plus ouvert aux libertés françaises, de la commune à la région, du quartier à la profession, etc.

Non, les salariés ne doivent pas être les sacrifiés de l’économie.

Le mardi 31 mars est un jour de deuil pour l’emploi en France.

Dans cette seule journée, le transporteur routier Ziegler France et l’enseigne d’ameublement Alinea ont été placées en liquidation judiciaire et leurs activités totalement arrêtées dans le même mouvement.

2700 salariés (1500 pour Ziegler, 1200 pour Alinea) ont ainsi été mis sur le carreau, sans recours possible : c’est un véritable gâchis social et humain.
Entend-on les protestations du gouvernement français, ses questions sur les responsabilités et les gestions parfois peu appropriées aux enjeux et sur ce sort terrible qui frappe les 2700 travailleurs aujourd’hui ?

Que fait la République pour, au moins préserver l’avenir des salariés et des outils de travail aujourd’hui destinés à être dispersés sans que les travailleurs ne puissent s’y opposer ou en récupérer une partie ?

Il ne s’agit pas de maintenir des secteurs économiques en activité à tout prix, mais d’accompagner leur mutation si cela est nécessaire, de préserver les écosystèmes locaux et les savoir-faire, et d’initier de nouvelles pistes de travail et de formation : or, c’est ce que la République ne fait pas…

Il est vraiment temps d’établir un État qui agit pour défendre les intérêts de la France et qui soutienne les entreprises et leurs salariés pour affronter les soubresauts des crises ; un État qui renforce le Travail sans le brider à tout prix ; un État qui évite l’étatisme tout en rappelant leurs devoirs sociaux aux grands groupes financiers comme industriels et aux actionnaires, trop souvent négligents à l’égard des salariés.
Cet État porte un nom : la Monarchie royale et sociale.





La république trahit la France, une fois de plus.

La grande braderie continue… Le gouvernement nous parle de souveraineté économique à longueur de temps mais fait exactement l’inverse en cédant des entreprises importantes pour quelques deniers vite dépensés dans le trou sans fond de la dette publique…

À chaque fois, la république assure qu’elle a pris des garanties qui s’avèrent, en définitive, concrètement inefficaces…

En vingt ans, la république a laissé partir l’essentiel des fleurons français pour les États-Unis… : Alstom, Technip, Alcatel, Latécoère… et tant d’autres !!

La république trahit la France, tout simplement : le matin, elle critique la politique de Washington, et l’après-midi, elle lui vend ses fleurons militaires…

Aujourd’hui c’est LMB Aerospace et cela concerne l’industrie de la défense.

Le Groupe d’Action Royaliste rappelle son attachement à l’indépendance industrielle comme militaire de la France.

Le corporatisme raisonné de La Tour du Pin (1)

Le 4 décembre 1924 décédait René de La Tour du Pin, théoricien du Royalisme social et du Corporatisme français. 101 ans après, il reste à lire, à relire, parfois à découvrir : son œuvre est un continent !

Il y a un an se tenait à Paris un colloque co-organisé par le Groupe d’Action Royaliste. Nous publions ici la première partie du texte de l’intervention de Jean-Philippe Chauvin sur le corporatisme raisonné de La Tour du Pin.



Le corporatisme raisonné de La Tour du Pin.


Un aveu, tout d’abord : quand j’ai appris qu’il y avait la possibilité de faire un hommage sous la forme d’un colloque à René de La Tour du Pin, j’en ai été ravi, et en même temps, un peu effrayé. Pourquoi ? D’abord, parce qu’il y a peu d’études qui ont été écrites ces dernières années sur La Tour du Pin. A ma connaissance, la dernière a été publiée en 2017 (1)… René de La Tour du Pin, « le très ignoré La Tour du Pin », selon Edmond Michelet, le ministre du général de Gaulle : ce n’est que trop vrai, malheureusement, et on le voit justement par cette faiblesse historiographique qu’il serait bon de corriger dans les années prochaines.

La Tour du Pin, c’est un personnage et c’est une écriture d’une très grande richesse. Personnage riche au niveau de la pensée, particulièrement économique et sociale, et parfois tellement complexe qu’il faut souvent s’y reprendre à deux fois avant d’en saisir tout le sens et toute la portée. Une petite anecdote révélatrice, à ce sujet : il y a quelques jours, l’on me demande, pour faire un « visu » du centenaire de sa mort, une citation pas trop longue de La Tour du Pin. En fait, je n’en ai pas trouvée, tout simplement parce que les citations de La Tour du Pin ne sont pas des slogans, ni même des éléments de communication : ils sont d’abord des éléments de réflexion. Donc, il m’a fallu prendre quelques unes de ses phrases, les triturer, en faire une espèce de résumé, mais ce n’était qu’un résumé. La pensée de La Tour du Pin ne peut se réduire à quelques slogans, ni en quelques citations. Aussi, le thème que je vais aborder maintenant, en quelques phrases, c’est La Tour du Pin et le corporatisme. Soyons clairs : ce terme de corporatisme n’a pas très bonne presse aujourd’hui. Là encore, une anecdote : Mme Amélie de Montchalin, lors d’une conférence à laquelle j’assistais et qu’elle donnait au lycée Hoche de Versailles à la fin novembre, qui a été ministre (2), puis représentante permanente de la France à l’OCDE, a évoqué son refus, net, du corporatisme comme si c’était quelque chose d’extrêmement négatif, sans sursis aucun. Un refus définitif sans que le corporatisme soit simplement défini… C’est-à-dire que le corporatisme apparaît aujourd’hui comme un repoussoir sans même qu’on prenne le temps de le définir. C’est désormais un discours récurrent dans les cercles politiques comme économiques. Il y a quelques années, un universitaire états-unien, Steven L. Kaplan, s’était amusé de voir que le corporatisme semblait cumuler tous les maux économiques et sociaux de nos sociétés, et que lorsqu’il fallait dénoncer une revendication même légitime, on la taxait de corporatisme. Qui veut tuer son adversaire pourrait le taxer de corporatisme, au moins sur le plan social ou économique ! Et ce terme est réapparu encore lors des dernières grèves où ceux qui condamnaient ces grèves évoquaient des réflexes corporatistes. Or, Steven L. Kaplan montre que le mot corporatisme, en définitive, qui renvoie aux anciennes corporations, est un mot qui cache plusieurs types de réalités et ne mérite pas tant d’indignité (3)…

Tout d’abord, le corporatisme de la Tour du Pin n’est pas l’étatisme ou le « statocorporatisme » qu’on va pouvoir trouver dans certains pays qui se réclament du mot mais déforment le fait comme la définition. Alors, de quoi parle-t-on en définitive quand on parle du corporatisme de la Tour du Pin ou du corporatisme en France ? D’abord, il faut faire un détour par l’histoire sociale et économique de notre pays et tenter de définir, en quelques mots, ce que furent les corporations de l’Ancien Régime, ou sous l’Ancien Régime plus exactement. Pour commencer, le terme corporation lui-même est apparu très tardivement, au moment où ce qu’il est censé désigner est menacé de disparition ou d’abolition. Les premières occurrences du mot, c’est à la veille même des mesures de Turgot qui visent à abolir ces corporations. Auparavant, on emploie plutôt le terme de métier, de guilde, de jurande ou tout autre terme qui signifie en fait une sorte d’union au sein des professions, au sein des métiers. Cela peut être des métiers du cuir, des métiers de bouche, etc : c’est très différent selon les endroits. Et historiquement, ces corporations sont nées d’une manière spontanée, au milieu du Moyen âge ; puis, il y a eu des réorganisations à l’époque de Saint-Louis, à l’époque de Colbert qui les ont rendues plus efficaces dans certains cas. Et puis, évidemment, il y a une première abolition par le ministre libéral Turgot, en 1776, qui dissout brutalement les corporations, par idéologie mais aussi surtout pour récupérer le patrimoine de celles-ci (loin d’être négligeable) sans avoir à en répondre à qui que ce soit. Mais elles vont être restaurées par la signature de Louis XVI, qui évoque alors la nécessité de préservation des ouvriers.

En fait, la deuxième fois sera la « bonne » (sic), d’une certaine manière. Ce n’est pas en 1789, contrairement à ce qu’on aurait pu penser, que les corporations vont être abolies mais en 1791, à travers deux lois, l’une qui est d’abord un décret puis l’autre une loi pleine et entière : le décret d’Allarde de mars 1791 devenu loi d’Allarde, du nom d’un baron qui a toujours fait de très mauvaises affaires dans le commerce, puisqu’il sera ruiné sous la Révolution, puis à nouveau sous Napoléon, et la loi Le Chapelier, en juin. Le décret d’Allarde abolit les corporations, et le décret Le Chapelier interdit ensuite toute association ouvrière, toute grève, toute coalition qui serait alors une atteinte à la sacro-sainte Liberté du travail, qui n’est guère celle des travailleurs1791 date d’une certaine manière la naissance du prolétariat, c’est-à-dire le prolétariat comme condition d’ouvriers, de travailleurs qui n’ont plus la maîtrise de leur métier, de leurs outils, quand c’est désormais le capital (l’argent) qui domine et qui organise à sa façon le monde du travail sans tenir compte du sort des travailleurs eux-mêmes, considérés comme une simple main-d’oeuvre taillable et corvéable à merci. Alors, dans le courant contre-révolutionnaire des décennies suivantes, il y a d’abord ce refus de 1789. Mais 1791, cela semble moins simple à contester, et la Restauration et les monarchies qui suivront ne vont pas restaurer en tant que telles les corporations, ni remettre en cause les lois d’Allarde et Le Chapelier. Et cela même si le roi Louis XVIII les contourne avec la loi de sacralisation du Dimanche en 1814 pour rétablir un repos dominical supprimé par la Révolution, par exemple, tandis que le préfet Villeneuve-Bargemont, préfet de Charles X, évoque (et milite pour) la restauration souhaitable des corporations.

(à suivre)




Notes : (1) : Abel Rivener, En relisant René de La Tour du Pin, éditions Dominique Martin Morin, 2017.

(2) : Au moment du colloque sur La Tour du Pin, Amélie de Montchalin était ancienne ministre : quelques jours après, elle rentrait dans le gouvernement Bayrou, en tant que ministre chargée des Comptes publics.

(3) : Les premières pages du livre de Steven L. Kaplan intitulé « La fin des corporations » rappellent quelques préjugés fréquents sur le terme de corporatisme, et en souligne le peu de pertinence…


764 morts au travail : un scandale social !!

En 2024, les accidents du travail ont fait au moins 764 morts en France ; soit une augmentation de 213 par rapport à 2018, et cela sans compter les agriculteurs et les fonctionnaires (qui ne sont pas comptabilisés dans ces statistiques). Cette augmentation s’explique en partie par le recrutement de jeunes sans formation préalable et d’un relâchement sur les consignes et vérifications de sécurité dans un contexte de dégradation généralisée des conditions de travail : c’est un véritable scandale social ! et que fait la république actuelle ? Elle constate, elle regrette et… rien !

Les Royalistes sociaux dénoncent cette situation choquante et demande aux pouvoirs publics de reprendre la main sur ce dossier et d’associer les entreprises et tout le monde du travail à la nécessaire prise de conscience du problème des accidents du travail, pour les réduire au maximum !


Quand la république ne protège pas notre patrimoine.

La France a une très longue histoire qui ne commence ni ne s’arrête en 1789 : le vol audacieux des bijoux royaux et impériaux dans la galerie d’Apollon nous le rappelle en même temps qu’il signale, une fois de plus, le peu de moyens mis par la République à préserver le patrimoine qui appartient à la France et à tous ses habitants, cette mémoire longue des objets qui ont traversé le temps pour parvenir jusqu’à nous. Déjà, en décembre 1976, avait eu lieu, dans cette même salle, le vol de l’épée de sacre du dernier roi oint à Reims, Charles X. Certains disent qu’aucune leçon n’a été tirée de cette triste mésaventure dans laquelle deux gardiens du musée avaient été blessés…

La classe politique et le monde culturel et historien ont manifesté leur émoi, leur indignation et souvent leur colère devant l’impéritie de l’Etat, incapable de sécuriser les musées tout comme les églises et demeures historiques de France. D’autant plus que les alertes n’ont guère manqué ces derniers temps ! Doit-on se résoudre à voir piller les trésors du passé par des bandes sans foi ni loi, si ce n’est celle de l’argent ? Doit-on accepter que l’Etat, de plus en plus empêché par sa dette publique immense, abandonne des pans entiers de ce qui fait, y compris matériellement, la mémoire et l’âme de notre pays ? Faut-il renoncer à conserver ces traces d’un passé royal ou impérial qui a forgé notre pays, au-delà même des régimes et des révolutions ? Non, mille fois non et, en ce domaine comme en d’autres, le désespoir paraît être d’une sottise absolue ou d’un renoncement malvenu.

Mais il est bon aussi de se souvenir que ces malfrats maudits peuvent être considérés comme les héritiers méconnus (et malheureusement inconnus, à l’heure où nous écrivons) de la République des vandales de 1792 et des années suivantes, pillant, détruisant, fondant les trésors royaux et ecclésiastiques du passé pour nourrir leurs guerres aux monarchies d’Europe et pour assurer leur table rase des siècles de règne d’une royauté honnie. Ce mouvement, qui a vu la disparition de tant de trésors patrimoniaux, ne s’est pas arrêté à Thermidor et la Troisième République naissante y a aussi eu sa part, comme le rappelait le chercheur et professeur au Muséum national d’histoire naturelle François Farges en 2018 (1) : « Sadi Carnot sous la IIIe République décida de vendre les diamants de la Couronne afin d’éviter que les monarchistes ne reviennent au pouvoir. » En somme, le président de la République a été le grand receleur des joyaux de la Couronne, pour des raisons politiciennes avant même que d’être économiques ! Ce scandale oublié nous en dit tout de même long sur l’état d’esprit d’une République qui semble n’aimer l’histoire que si celle-ci sert ses propres intérêts…




Notes : (1) : Le Figaro, 4-5 août 2018.

La Monarchie, arbitrale et non arbitraire.

Si la Monarchie royale se veut arbitrale, elle ne se fait pas arbitraire : sous l’Ancien Régime, elle se doit de respecter les lois fondamentales du royaume, sorte de constitution coutumière qui encadre l’exercice du pouvoir, mais aussi les multiples lois particulières qui « hérissent la France de libertés ».

L’intérêt de la Nouvelle Monarchie, une fois instaurée, serait de permettre de desserrer l’étau d’acier de la centralisation toujours effective sans être, pourtant, efficace pour garantir la pérennité et la force du pays. Il n’est pas certain que cela soit facile à faire, car l’État républicain, par sa centralisation et son assistanat organisé et coûteux, a asservi les citoyens-contribuables à « tout » (ou presque) attendre de lui, des services publics au pouvoir d’achat : un assistanat qui n’est pas l’assistance mais une forme de déresponsabilisation des citoyens et de forte dépendance à l’argent versé plutôt qu’aux moyens de le gagner.

La grande faute de la République qui s’est voulue « Providence » est d’avoir enfermé les Français dans une prison dorée, confortable sans doute mais destructrice des libertés concrètes de ce que Charles Maurras, « le plus ancien fédéraliste de France », nommait le pays réel.


Macron, ce n’est pas un roi !

La Cinquième République n’est pas la Monarchie et le président n’est pas le roi, comme l’a signalé avec justesse le philosophe Marcel Gauchet il y a quelques années : « Mais [Macron] s’est trompé sur ce que l’on attendait d’un roi. Un roi, ce n’est pas un manager, pas un patron de start-up qui secoue ses employés pour qu’ils travaillent dix-huit heures par jour pour que les Français, par effet d’entraînement, deviennent tous milliardaires ! Dans la tradition française, un roi, c’est un arbitre. Quelqu’un qui est là pour contraindre les gouvernants à écouter les gouvernés. Quand les gens accusent Macron d’être le président des riches, ils lui reprochent surtout de ne pas être l’arbitre entre les riches et les pauvres. (1) » En quelques lignes, le philosophe fait litière de la confusion savamment entretenue par certains doctrinaires d’une Gauche qui se veut républicaine façon Révolution française pour éviter de se pencher sur les limites de leur modèle idéologique, souvent plus idéalement fantasmé que réellement convaincant, au regard de l’histoire comme de la promesse du lendemain…

Dans le même temps, Marcel Gauchet peut nous permettre de préciser ce qu’il ébauche de la nature et de la forme de la Monarchie royale en France, qui ne peut être confondue avec la « monocratie » (2), qui est sans doute un terme plus exact pour définir la Cinquième République fondée par le général de Gaulle. Quand la monocratie est le pouvoir d’un seul sans contre-pouvoirs effectifs et efficaces, nous sommes bien loin d’une Monarchie royale à la française où le pouvoir central ne peut s’émanciper complètement des pouvoirs locaux (provinciaux et communaux) ou sociaux (socioprofessionnels, corporatifs et syndicaux, entre autres). En Monarchie, le pouvoir royal « ordonne » l’ensemble, il n’intervient pas forcément dans le fonctionnement et les décisions des organes et des corps intermédiaires : il est, d’abord, un arbitre, et il laisse « jouer les ordres et libertés » selon le principe de subsidiarité, rappelé régulièrement par Maurras, reprenant la vieille formule héritée des légistes médiévaux, « Sous le Roi, les Républiques » : ce qu’il faut bien entendre ici, ce n’est pas un rapport de soumission des républiques locales, professionnelles ou universitaires à l’État central, mais le fait qu’elles se trouvent à l’abri de l’État royal, leurs libertés étant garanties par cet État qui les surplombe sans les plomber. Tout l’inverse de cette République qui, en se disant aujourd’hui inclusive, se fait de plus en plus intrusive, au risque d’étouffer toute initiative libre ou non-conforme aux dogmes de l’idéologie dominante.






Notes : (1) : Marcel Gauchet (Entretien à Le Soir du 25 décembre 2018).

(2) : La monocratie, qui vient du grec monos (le seul) et kratein (l’emporter sur, dominer), c’est le pouvoir, la domination sans partage d’un seul, sans contre-pouvoirs (au contraire de la tradition monarchique française et de ses lois fondamentales) et sans légitimité autre que celle de Créon…

Face à la République désespérante.

La République est désespérante… Alors que la situation géopolitique et les diverses crises qui affectent notre société (en particulier la crise de la dette et celle de la confiance des Français à l’égard des institutions et du monde de l’économie) devraient forcer les principales forces politiques à penser un peu plus (et un peu mieux, surtout) au bien commun et au destin du pays, celles-ci ne s’intéressent qu’à leur « bout de gras » et aux places qu’elles pourraient espérer dans un prochain gouvernement ou après une prochaine dissolution, dans la longue suite des désordres parlementaires comme de la rue : triste, et révélateur de cette idéologie du « toujours plus » mâtinée de cette insatisfaction permanente qui, en définitive, constitue le fonds de commerce des partis du pays légal. Quant au gouvernement, en attendant celui constitué officiellement par M. Lecornu, il n’a guère brillé par son efficacité ces dernières années, et cela malgré quelques personnalités parfois très impliquées (les plus communicantes n’étant pas les plus travailleuses, d’ailleurs). L’instabilité gouvernementale, au gré des souhaits présidentiels ou des aléas électoraux et parlementaires, ramène la France aux temps contrariés de la Quatrième République, ceux-là mêmes que le général de Gaulle avait tenté, avec un certain succès tout de même, de faire définitivement oublier !



Le triste spectacle des ambitions des féodaux du pays légal, pour qui l’élection présidentielle est « la reine des élections », nous impose de réfléchir au-delà de ce modèle républicain, au-delà de 2027 : le temps républicain est aujourd’hui l’ennemi de la politique utile parce qu’il limite l’horizon à de simples échéances électorales et aux jeux d’appareil pour confisquer le pouvoir, au moins pour quelques années. Alors qu’il faudrait à la fois l’unité et les libertés pour relever les défis contemporains et pour assurer « l’avenir long », la République empêche l’une et limite les autres, dans un tango qui étourdit les citoyens sans les satisfaire dans leurs demandes légitimes (1), au risque de bloquer la situation ou de fâcher ceux qui, alors, se considèrent comme les « oubliés de la République ». Le soulèvement des Gilets jaunes, dernier grand mouvement populaire français, portait cette double revendication (parfois de manière maladroite, colérique ou outrancière (2), malheureusement) qui, à ce jour, n’a pas été satisfaite.



Il est facile de contester après avoir constaté, mais cette attitude n’est vraiment utile que si elle s’accompagne de propositions réfléchies et non de « y’a qu’à » ou de « faut qu’on » qui, trop souvent, font tomber dans la démagogie ou l’irréalisme même les meilleures intentions ou causes. Quelques pistes alors peuvent être avancées pour répondre aux crises actuelles : une refonte territoriale qui puisse concilier subsidiarité et unité supérieure française, par une nouvelle cartographie moins administrative et plus enracinée (voire historique) des régions-provinces ; la création, dans les cadres territoriaux locaux (quartiers, communes, pays, régions), de nouvelles agoras qui puissent concilier discussion, représentation et décision (les unes n’étant pas forcément toujours les autres, selon les cas considérés : là encore, la nuance, la mesure et les sentiments doivent être considérés pour servir au mieux l’intérêt public, le bien commun et l’efficacité locale) ; une logique associative et corporative pour mieux intégrer les travailleurs dans leurs cadres et missions de travail, et cela en leur donnant la propriété du métier tout comme en valorisant la qualité du travail et la dignité du travailleur, parfois toutes deux foulées aux pieds selon des considérations purement économiques ; une meilleure inclusion de la formation dans la profession, pour pouvoir s’approprier rapidement les nouvelles conditions techniques là où celles-ci évoluent très (voire trop) vite, tout en facilitant l’enracinement (professionnel et territorial) des classes travailleuses (du patron à l’apprenti) ; etc. Ces quelques pistes pourront donner, dans les mois qui suivent, des développements plus importants et argumentés, en n’oubliant pas la possibilité et la faisabilité des choses : rien ne serait pire que de bâtir sur du sable, et il importe de partir de ce qui est (quelles que soient les qualités et les défauts de la chose considérée) pour faire évoluer dans le bon sens ou changer profondément les réalités insatisfaisantes. Cela n’empêche pas l’imagination de venir au soutien des réalisations nécessaires, et celle-ci peut aussi se nourrir de l’étude et de la réflexion, comme de l’expérience : n’est-ce pas, après tout, le sens même de ce que les maurrassiens et post-maurrassiens nomment « empirisme organisateur », en rappelant toujours que « toute vraie tradition est critique », ce qui est le gage de son efficacité et de sa vitalité ?




(à suivre : les conditions politiques et institutionnelles d’une rénovation française)



Notes : (1) : Toutes les demandes populaires, si elles peuvent être entendues, n’ont pas le même degré de légitimité : certaines sont parfois oublieuses de l’intérêt général ou de la possibilité, et il est juste de les discuter, voire de les repousser. En revanche, certaines autres demandes méritent non seulement l’attention mais aussi la promotion, en particulier celles qui touchent à la valorisation du travail, et à la préservation et à la qualité des cadres de vie et de société des populations.



(2) : Cela n’enlève rien à la légitimité de la révolte, mais brouille le message et indispose quelques alliés potentiels, alors réticents à rejoindre le mouvement : du coup, la jonction entre deux parts du pays réel, que l’on pourrait grossièrement séparer entre une part périphérique et rurale, composée d’artisans, de travailleurs de proximité et d’agriculteurs mais aussi d’exilés urbains, et une part plus proche des grandes métropoles (voire en leur sein) mais appartenant aux classes populaires enracinées et aux classes moyennes craignant le déclassement social induit par la mondialisation métropolitaine et numérique, ces deux parts se retrouvant à partager à peu près les mêmes soucis et, parfois, les mêmes territoires, mais surtout les mêmes colères.