Europe et NOM

La France et l’Europe. Partie 3 : La vaine Union européenne ?

La France et l’Europe ne sont pas les seules dimensions du monde, et le monde n’obéit pas à la France ni à l’Europe, ce qui n’est pas si mal, en définitive : les civilisations sont diverses dans l’espace comme dans le temps, et résumer le monde à un seul mode d’appréhension de celui-ci serait une négation de ce qu’il est, depuis que les hommes existent « en société » (ce qui est d’ailleurs la condition même de la vie humaine, hormis pour les Robinson Crusoé et les ermites qui, par le fait ou la volonté assumée, se retrouvent seuls à assumer les contraintes et les joies de la vie). Pour autant, ne pas être le monde ne doit pas signifier y être indifférent ou vouloir s’en isoler comme pour préserver une « pureté » originelle qui, en fait, n’a jamais existé depuis que les hommes et les générations se succèdent sur notre bonne vieille Terre et, pour ce qui nous concerne, sur l’espace français, fort variable dans le temps mais, au regard d’aujourd’hui, « ni fini ni finissable », comme le constatait Pierre Boutang. La France est vivante et, si elle peut être mortelle, elle n’est pas entrée en agonie même si sa santé peut paraître, parfois, vacillante : les grandes fièvres révolutionnaires et napoléoniennes qui faillirent l’emporter, mais aussi toutes ces douleurs hexagonales et ultramarines qui, de temps à autre, affectent voire handicapent le pays, ont aussi, paradoxalement, prouvé la solidité, la résilience, les capacités de sursaut de la France, quoiqu’il arrive. Cela n’empêche nullement qu’il faille veiller, autant que faire se peut, à sa bonne santé et aux conditions de sa prospérité. Sans négliger que, au regard de son histoire et de son ontologie propre, « la France ne peut être la France sans la grandeur », ainsi que l’a maintes fois souligné le général de Gaulle et qu’il a repris dans « L’Appel », confirmant par la plume ce qu’il pensait dans la vie et pour l’histoire…

Les propositions de M. Macron pour sa présidence de l’Union européenne sont-elles compatibles avec la vision d’une France forte et indépendante ? Il est possible d’en douter, ne serait-ce que parce « l’Europe » ne croit plus en elle-même, ni en la possibilité de peser, géopolitiquement, sur les destinées du monde, et qu’elle semble même un facteur d’affaiblissement des Etats politiques la constituant : « quand on attend l’Union européenne, on risque d’attendre longtemps… », peut-on dire avec une pointe d’ironie, et ce constat est partagé par M. Julliard, pour s’en affliger, d’ailleurs. Tout cela s’accompagne d’une forme de soumission à l’égard des Etats-Unis, qui se marque par les achats fréquents et parfois exclusifs par certains pays de l’UE de matériel militaire états-unien : la récente acquisition de 64 appareils chasseurs F-35 pour une somme de 8,4 milliards d’euros par la Finlande a d’ailleurs provoqué une réaction logique de la part de l’entreprise française Dassault Aviation qui « prend acte de la décision souveraine des autorités finlandaises ». Pour ajouter ensuite : « Une fois encore, nous constatons et regrettons une préférence américaine en Europe. » Que, dans cette ambiance particulière, le président Macron veuille relancer le « projet Union européenne », n’est pas condamnable, évidemment, mais semble faire preuve, en fait, d’une grande naïveté en un temps où il n’est plus possible de l’être… Il n’y aura pas d’Europe indépendante et souveraine dans le cadre de l’Union européenne actuelle, c’est un fait même si cela peut aussi être un regret !

Jacques Julliard en est-il conscient ? Ce n’est pas impossible, en définitive : son constat sur l’état de l’UE est absolument terrible pour celle-ci, quand il avance que, dans les faits, « on la sent plus encline à faire la police à l’intérieur de ses frontières qu’à l’extérieur, plus prompte à morigéner les Polonais et les Hongrois qu’à contenir les Turcs ou les Algériens. Faut-il rappeler que la Turquie d’Erdogan continue non seulement de faire partie de l’Otan, mais persiste à se porter candidate à l’Union européenne ? Une puissance digne de ce nom ne se laisserait pas ainsi ridiculiser ». Mais, que peut faire une UE prisonnière, concrètement, des choix de l’Otan qui se prennent, tout aussi concrètement, à Washington plutôt que dans les capitales européennes ? « L’américanotropisme » de la plupart des pays de l’UE, qui a survécu à la Guerre froide pourtant finie depuis 30 ans, est un obstacle, autant géopolitique que mental, à l’indépendance des nations européennes et à leur « Union » : or, à l’heure de la montée des périls, cette dépendance à une puissance extérieure à l’Europe, mentalement comme sentimentalement, (au sens historique du terme), met en danger la pérennité même des sociétés du Vieux continent et, par là-même, celle de la France. N’est-ce pas la compréhension de ce risque qui est, en somme, le début de la sagesse et l’occasion d’une nouvelle stratégie « nationale » plus encore qu’européenne ?

En fait, l’une (nationale) n’est pas incompatible avec l’autre (européenne), ce que semble créditer Jacques Julliard dans un long paragraphe titré « La nation est de retour », évoquant cette donne politique et géopolitique européenne qui ne peut, désormais, être négligée par les dirigeants de l’Union, qu’ils siègent à Bruxelles ou dans les 27 capitales des pays « intégrés » : « C’est désormais un fait acquis et irréversible : l’Europe de demain ne sera pas, comme avaient pu l’imaginer ses fondateurs, une fédération d’individus dépassant les nations qui la composent, mais, selon l’expression de Jacques Delors, une « fédération d’Etats-nations ». » La formule « fédération d’Etats-nations » peut, certes, prêter à confusion et il convient alors de préciser (et de nuancer ?) les choses en reprenant la citation de M. Delors lui-même, comme le fait M. Julliard : « Grâce au mélange qu’elle incarne entre la légitimité des peuples et celle des Etats, entre unité et diversité, entre dimension politique et territoriale, une fédération d’Etats-nations est le seul modèle vers lequel devrait tendre la grande Europe ». Le terme « fédération » est-il, d’ailleurs, le plus approprié ou le plus souhaitable ? Les monarchistes français proches de l’Action Française ou ceux de la Nouvelle Action Royaliste sont restés hostiles à toute avancée du fédéralisme européen, et cela pour des raisons qui, le temps de l’expérience aidant, paraissent aujourd’hui plus que judicieuses et que, désormais, M. Julliard n’est pas loin de rejoindre : « Il faut même aller plus loin et affirmer que, sans des nations solides et fières de leur identité, l’Europe elle-même ne serait que la masse molle et flasque vers laquelle elle tend aujourd’hui. » En somme, cela rejoint la fameuse intervention du général de Gaulle du printemps 1962 sur l’Europe : « Dante, Goethe, Chateaubriand, appartiennent à toute l’Europe dans la mesure où ils étaient respectivement et éminemment Italien, Allemand et Français. Ils n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s’ils avaient été des apatrides et s’ils avaient pensé, écrit en quelques espéranto ou volapük intégrés… »

Mais la construction européenne contemporaine, déconnectée des peuples, est-elle capable de renouer avec les nations historiques et avec les cultures enracinées ? La récente polémique autour d’un livret « de travail » (sic) issu de la Commission européenne (plus exactement d’un membre de celle-ci, Mme Helena Dalli), livret qui proposait de remplacer « Noël » par « vacances » pour mieux « inclure » les populations ne se reconnaissant pas dans les cultures chrétiennes et européennes traditionnelles, tend à montrer le désordre des pensées à la tête même de cette « Europe » que, jadis, l’on qualifiait de « vaticane » parce que, entre autres, elle avait choisi comme emblème les douze étoiles de la Vierge Marie. Or, ne pas assumer ce que l’on est pour complaire à « l’étranger » est le meilleur moyen de s’attirer, non ses bonnes grâces mais bien plutôt son mépris : l’Union européenne, si elle entend rester « inclusive » (au sens ancien du terme, et non dans sa version anglosaxonne « négationniste » des histoires et des « romans » nationaux) et, tout simplement, « survivre » (je ne parle pas de l’Europe en tant que continent et ensemble de civilisations communément reconnus par autrui et en son sein même par ses peuples partenaires ou adversaires), doit justement écarter toute tentation de se renier et être fière de ses particularités qui la distinguent des autres ensembles géopolitiques et civilisationnels : mais comme je l’ai dit plus haut, je doute que l’Union européenne telle qu’elle est aujourd’hui conçue (en particulier idéologiquement parlant) soit le meilleur cadre pour faire ce qui, pourtant, lui serait nécessaire pour retrouver force et crédibilité !

Ce qui est certain, c’est que, Union européenne ou pas, la France doit rappeler ce qu’elle est, sans hostilité à l’égard de ses voisins mais sans faiblesse, et valoriser son « projet national » qui n’est rien d’autre que la condition de son existence, de sa liberté et de son épanouissement, et la condition, aussi, d’une « Europe des nations » qui, pour le coup, pourra regarder vers le haut et vers l’horizon, et non vers son seul nombril…



(à suivre)



La France et l’Europe. Partie 2 : La fin de l’espérance européenne ?

L’Union européenne se signale aujourd’hui par une impuissance qui pourrait faire penser à son inexistence pure et simple, s’il n’y avait un drapeau, une monnaie unique et des discours qui font à peine frémir ce grand corps inerte : « L’Europe va-t-elle sortir de l’histoire ? », comme Jacques Julliard en évoque, crûment et de la manière la plus simple, la possibilité ? Le constat est dur, amer pour celui qui a été, un temps, un ardent partisan de cette construction européenne qui, désormais, s’apparente plutôt à une « déconstruction » de l’intérieur : « Pour la plupart de ses habitants, elle n’est plus une espérance, mais une vieille habitude. Si elle disparaissait dans la nuit, qui donc, en dehors de Bruxelles, s’en apercevrait au matin ? ». Je me souviens du printemps 1979, lors de la campagne pour la première élection du Parlement européen au suffrage universel direct : de grandes affiches de Folon évoquaient l’envol de l’Europe mais, de façon assez prophétique, l’être qui s’envolait ainsi avait des bras-ailes beaucoup trop grands et ils ressemblait plutôt à un ptéranodon, ce reptile volant de la préhistoire d’une envergure de 9 mètres, immense planeur qui ne se risquait pas trop à s’aventurer sur la terre ferme car il était alors une proie facile pour de nombreux prédateurs… Visiblement, « l’espoir européen » s’est cassé la figure, et depuis très longtemps ! Autre souvenir, de la même époque : les partisans du Parti des Forces Nouvelles (classé à l’extrême-droite par les médias) avaient publié une belle affiche clamant « victoire pour l’Europe » illustrée de la statue de la Victoire de Samothrace : sans tête, donc… Là encore, difficile, quatre décennies après, de ne pas y voir un de ces intersignes chers à Léon Daudet !

Malgré tout, l’espérance était là, et cela même si les gaullistes et les royalistes (de l’Action Française comme de la Nouvelle Action Royaliste) apparaissaient beaucoup plus circonspects, voire franchement hostiles à ce que dénonçait avec force Pierre Pujo (directeur de l’hebdomadaire maurrassien Aspects de la France de 1966 à sa mort, en 2007) sous la formule « Europe supranationale ». Mais, cette opposition restait marginale et trop peu écoutée, et la liste chiraquienne aux élections européennes de 1979 n’obtint qu’un score de 16 % des suffrages exprimés quand le Parti Communiste, aussi peu favorable (mais pour des raisons bien différentes) à cette construction européenne « capitaliste », en obtint 4 de plus. Les partis « européistes », dont M. Julliard était un soutien à travers son vote socialiste de l’époque, parurent alors l’emporter, et l’abstention restait minoritaire alors, à 39 % quand elle atteint, quarante ans après, 50 % après avoir culminé à 60 % en 2009… Mais la « forfaiture démocratique » intervenue au début de la présidence de M. Sarkozy, c’est-à-dire l’approbation presque unanime par le Parlement français d’un traité constitutionnel que les électeurs avaient rejeté trois ans auparavant en 2005 à près de 55 %, a sans doute « tué » l’espérance européenne, à moins que cela ne soit « l’éclatement diplomatique » de 2003 quand la France n’a pu rallier la majorité des pays de l’Union européenne à sa position (partagée par l’Allemagne de M. Schröder et la Russie de M. Poutine) de refus de l’intervention états-unienne en Irak, intervention qui fut, l’on s’en souvient, le « succès » (sic !) que l’on sait… Dans la salle des professeurs de mon lycée, un de mes collègues, géographe émérite et bon connaisseur des relations internationales et de la Construction européenne, avoua à haute voix son désarroi et annonça alors la « mort de l’Union européenne » en tant qu’espérance et que potentielle puissance. Seule la France avait eu l’audace de prôner l’idée et l’intention d’une « Europe-puissance » que nombre des capitales de l’Union ne prirent même pas la peine de traduire dans leurs langues respectives… Le rêve d’une alternative européenne à l’hégémonie états-unienne s’évanouit alors, et les dernières déclarations du secrétaire général de l’Otan, M. Jens Stoltenberg, semblent le dissiper définitivement, en expliquant en octobre dernier que « toute tentative d’affaiblir le lien transatlantique en créant des structures alternatives (…) va non seulement affaiblir l’Otan, mais (…) va diviser l’Europe » et qu’il ne croyait pas (comprendre : ne souhaitait pas…) « aux efforts pour créer quelque chose en dehors du cadre de l’Otan, ou pour concurrencer ou dupliquer l’Otan ». En somme, les pays de l’Union européenne ne doivent ni espérer ni même penser à une Défense propre de l’UE par ses propres forces militaires locales, et doivent accepter « pour leur bien » cette entière vassalisation aux Etats-Unis, les soldats des pays d’Europe étant appelés à servir « l’ost » otanien sous suzeraineté de Washington… Cela aurait dû faire bondir ceux qui parlent de « l’Europe » à tout bout de champ comme de notre seul horizon institutionnel et géopolitique possible : mais rien ne vint, rien ne vient de leur part, comme d’habitude en fait !

Si, comme l’évoque M. Julliard, l’espérance a disparu au profit de l’habitude, alors le sort de l’Union européenne est scellé : rien ne se fait sans un minimum de passion, au-delà même de la raison nécessaire pour la canaliser et, sans sentiment à son égard, c’est bien l’indifférence qui, insidieusement, mine tout l’édifice institutionnel et, au-delà, les fondations mêmes, historiques, littéraires et sentimentales de l’Europe millénaire, non pas ensemble administratif mais terres (au pluriel) de civilisations et de cultures, d’esprits et d’âmes au sens fort du terme, cet ensemble dont les frontières restent parfois bien difficiles à cerner et à définir. Mais, l’Union européenne est-elle encore cette espérance européenne dont rêvait, hier, M. Julliard ? A le lire, il est possible d’en douter. En fait, l’Union européenne est effectivement devenue une habitude, mais elle n’apparaît pas (ou plus ?) comme une évidence « naturelle » : le départ du Royaume-Uni ; le refus persistant d’entrer dans l’Union, régulièrement rappelé par les opinions publiques de pays comme la Suisse et la Norvège ; l’absence d’une unité (d’une identité ?) discernable ou définissable… tout cela (et beaucoup d’autres éléments) illustre cette absence d’espérance, autant pour aujourd’hui que pour le lendemain. Autant les nations sont visibles, intelligibles et sensibles, autant « l’Europe de Bruxelles » (dont le portefeuille est à Francfort et le téléphone à Berlin) n’évoque rien au cœur des Européens et encore moins, politiquement parlant, aux yeux de ses partenaires, concurrents ou (et ?) adversaires. Julliard en fait, d’une certaine manière, le constat : « (…) Les Européens convaincus confessent, au vu de ce qu’elle fait, et surtout de ce qu’elle ne fait pas, qu’elle n’est pas vraiment digne des espoirs qu’on avait mis en elle et des sacrifices qu’on lui avait consentis ». Qui, aujourd’hui, serait prêt à « mourir pour l’Europe » ? Comme disait un slogan issu de Mai 68, « on n’est pas amoureux d’un taux de croissance », et pas plus d’un « ensemble de bureaux », quels que puissent être ses moquettes et son papier peint étoilé…

Le « désamour européen » est-il, au regard des réalités tristes et conformistes de cette Union sans grandeur et sans destin, une si mauvaise nouvelle que cela ? En fait, tout dépend évidemment de ce que l’on entend par « Europe », et si ce désamour ne s’applique qu’à la « superstructure de l’UE », à ce qu’il n’est pas incorrect de baptiser de la formule « Europe légale », c’est même une bonne nouvelle ! Que l’illusion européiste se dissipe enfin, au moins aux yeux de quelques « éveilleurs de conscience » comme M. Julliard, cela me sied. Pour autant, prenons garde de ne pas lâcher la proie pour l’ombre : une critique de l’Union européenne actuelle qui ne serait pas motivée et qui se contenterait d’être une simple manifestation de nihilisme « anti-européen » serait encore plus dangereuse pour l’avenir de nos nations et de ce que nous aimons.



(à suivre)




La France et l’Europe. Partie 1 : ce débat que la Présidentielle ne peut occulter.

Que dire de l’Europe sous sa forme actuelle de l’Union Européenne ? Dans un bel article intitulé « L’Europe va-t-elle sortir de l’histoire ? » (1), l’essayiste Jacques Julliard apporte quelques éléments de réponse qui méritent d’être rapportés et valorisés, ne serait-ce que parce que, tout en me situant dans une logique « d’abord française », il ne m’est pas possible de négliger le cadre européen dans laquelle la France depuis toujours évolue, parfois en s’en distinguant, en s’y confrontant même, mais toujours en « y pensant et y pesant ». C’est d’ailleurs dans cet état d’esprit que j’ai représenté, en 2009 et 2014, le parti royaliste Alliance Royale aux élections européennes, sans rencontrer aucun succès électoral d’ailleurs, mais en ayant eu, ainsi candidat en tête de liste, l’occasion de creuser quelques sujets européens et de mieux réfléchir sur la nature et l’avenir de l’Union et, bien au-delà, sur ceux de l’Europe en tant que sujet et acteur historique. J’en suis arrivé à la conclusion que la France n’est pas exactement européenne, c’est-à-dire qu’elle a des particularités difficilement solubles dans un grand Tout européen, ou plutôt qu’elle est une nation particulière en Europe, résumé de cette dernière sans se limiter à cette définition. Me revient alors la fameuse citation de Jacques Bainville, souvent évoquée sans être vraiment (ou totalement) comprise : « Le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race. C’est une nation. » Or, c’est, justement, ce que n’est pas l’Europe et encore moins l’Union Européenne : si l’UE promeut la diversité des hommes et des communautés (plus en tant qu’idéologie, d’ailleurs, qu’en tant que réalité, ne serait-ce que par sa communication législative et diplomatique qui se fait principalement en… anglosaxon, alors même que la patrie de Shakespeare n’appartient plus à l’ensemble supranational !), elle en oublie souvent la pluralité des nations la composant, se comportant, par le biais du Parlement européen et de la Cour européenne des Droits de l’Homme, comme la République jacobine « une et indivisible » de la France révolutionnaire et napoléonienne à l’égard des anciennes provinces déchues. De plus, au regard de son impuissance fondamentale (2), elle n’apparaît pas en mesure de « faire nation » et, d’ailleurs, elle ne semble pas le souhaiter, préférant une « Europe post-nationale » qui dissoudrait les anciennes nations historiques sans en refonder une nouvelle, avec l’idée que cela serait le modèle d’une mondialisation vertueuse et heureuse, utopie dont les deux dernières décennies ont pourtant fait litière…

L’article de Julliard mériterait d’être intégralement cité et valorisé, non seulement parce qu’il en finit avec quelques idées reçues et paresseuses sur la question européenne, mais parce qu’il paraît être un véritable manifeste pour la France de demain au sein de l’Europe et pour « l’Europe de demain (qui) ne saurait être fédérale, mais devra faire place aux nations », ce que le royaliste lecteur de Bainville que je suis (comme nombre de royalistes et de gaullistes, mais aussi comme quelques socialistes – Hubert Védrine ? – et, même, quelques ex-maoïstes…) ne peut négliger. En ces temps de confusion et d’agitations électorales, il est urgent de réfléchir sans céder aux sirènes (parfois plus hystériques qu’homériques, plus hurlantes que mélodieuses) d’un européisme atlantiste désormais aux abois quand il conserve, pourtant, tant de positions dominantes en Europe et en France, à travers médias, chaires et manuels d’enseignements, ou discours gouvernementaux (et pas seulement français). Réfléchir, oui, mais pour mieux agir, proposer, s’imposer dans ce débat que l’élection présidentielle ne peut occulter, particulièrement au moment où la question nationale est redevenue prégnante tout autant que préoccupante, au risque d’incompréhensions, voire de tensions et de confrontations pas toujours pacifiques ni très politiques… La question nationale n’est rien d’autre que vitale pour la France, du moins si l’on y répond par l’intelligence sans négliger la passion nécessaire à toute vie d’un pays et de ses composantes. Jacques Julliard, qui se définissait jadis comme « catho-proudhonien » et qui apparaissait naguère comme l’un des théoriciens de la « deuxième gauche », nous ouvre la voie d’une réflexion destinée à la proposition et à l’action : profitons-en !




(à suivre)









Notes : (1) : article publié dans le quotidien Le Figaro et daté de ce lundi 6 décembre 2021.

(2) : Il n’y a de puissance, faut-il le rappeler, que s’il y a volonté de puissance, ce dont ne veulent aucunement les Allemands, préférant s’en remettre à la puissance militaire des Etats-Unis à travers l’OTAN… La France a beau avoir développé le concept de « l’Europe-puissance » et l’avoir vanté depuis une bonne vingtaine d’années, approximativement depuis le ministère de Dominique de Villepin et l’opposition française à la guerre états-unienne en Irak, elle n’a pas réussi à convaincre les autres pays de l’Union Européenne, beaucoup trop frileux et juste soucieux de participer à un « grand ensemble pacifique de consommation » : la leçon romaine du « Si vis pacem, para bellum » (Si tu veux la paix, prépare la guerre) est oubliée par les Européens comme elle l’avait été par les Romains eux-mêmes dès le IIIe siècle après Jésus-Christ, avec les conséquences que l’on sait, pas forcément heureuses…



Le Nouvel Ordre Mondial n’existe pas ? :

 

Faisons un petit exercice en analysant une version officielle d’un sujet précis suscitant quelques interrogations. Prenons le cas d’un thème récurrent souvent associé au conspirationnisme : le Nouvel Ordre Mondial. Le site « conspiracywatch » qui se dit être un observatoire du conspirationnisme, a fait une vidéo traitant du sujet. Cette vidéo, soutenue par la DILCRAH, présente le sujet de la façon suivante : « Ce mythe est né dans les années cinquante, aux Etats-Unis, au sein de l’extrême droite anticommuniste. Dans les années qui suivent, il fusionne avec d’autres croyances conspirationnistes et commence à essaimer bien au-delà de l’extrême droite traditionnelle, séduisant aussi bien dans la gauche radicale que dans les sphères religieuses intégristes. Thème de prédilection de la mythologie conspirationniste contemporaine, le « Nouvel Ordre Mondial » renvoie à un très grand nombre de significations différentes. Pour nourrir leurs obsessions, de nombreux conspirationnistes n’hésitent pas à sortir de leur contexte ces trois mots lorsqu’ils sont prononcés par des personnalités politiques de premier plan. » Donc officiellement le NOM n’existe pas, ce n’est qu’un mythe issu de l’extrême droite ou des milieux religieux intégristes. La vidéo se termine même en disant que le NOM n’est qu’un banal phénomène de croyance… Très bien, voilà en gros pour la version officielle telle que nous devons la croire. Alors sans remettre en cause cette version, nous allons simplement poser une série de questions qu’elle suscite. Il ne s’agit que de simples questions conséquemment à notre esprit critique, rien de plus. Alors allons-y :

Pourquoi cette version officielle ne mentionne-t-elle pas le fait que l’expression « Nouvel Ordre Mondial » a été utilisée pour la première fois par l’écrivain britannique H. G. Wells dans son roman « The New World Order » en 1940 ? Pourquoi ne parle-t-elle pas non plus de Jean-Baptiste Cloots, dit Anacharsis Cloots (1755-1794) révolutionnaire allemand, qui fut le premier à défendre l’idée de citoyenneté mondiale et d’une constitution qui vaudrait pour tous les hommes ? Sans oublier ses trois œuvres exprimant ouvertement l’élaboration d’un gouvernement mondial appelé « République universelle » qui sont : La république universelle ou adresse aux tyrannicides, 1792. Bases constitutionnelles de la république du genre humain, 1793 et Appel au genre humain, 1793.

Pourquoi cette vidéo de la version officielle de ce qu’est le NOM n’a-t-elle pas mentionné Pierre Hillard et tous ses travaux sur le sujet ? Ce dernier étant un spécialiste reconnu sur ce sujet, le minimum aurait été de parler de lui ! Mais là rien !

Et pourquoi cette vidéo ne mentionne-t-elle pas aussi le discours de Nicolas Sarkozy du 16 janvier 2009, présentant ses vœux aux corps diplomatiques étrangers ? Il disait : « Je puis vous dire une troisième chose : on ira ensemble vers ce nouvel ordre mondial et personne, je dis bien personne, ne pourra s’y opposer. » Mettant en évidence l’aspect totalement antidémocratique de la mise en place de ce NOM, corroborant d’ailleurs ce qu’en disent ceux qui sont qualifiés de complotistes…

Sans oublier l’économiste passe-partout Jacques Attali qui n’a que « Nouvel Ordre Mondial » à la bouche et qui n’hésite pas aussi à préciser que la Capitale de ce NOM serait Jérusalem…

Bref, voilà  en gros quelques petites questions qu’on est en droit de se poser face à la propagande officielle sur ce sujet. Néanmoins cela peut suffire aux inquisiteurs de la bien-pensance pour nous taxer de complotistes à défaut de répondre clairement à ces questions. Un peu comme Manuel Valls avec les Bilderberg ! Ce qui serait de leur part une forme d’aveu de leur manipulation, car comme nous l’avons déjà dit : on ne pratique jamais le terrorisme intellectuel lorsque l’on a la vérité !

P-P Blancher

L’argent Dette documentaire :

La dette des gouvernements, des entreprises et des ménages a atteint des proportion astronomiques. D’où vient tout cet argent ? Comment peut-il y avoir tant d’argent à prêter ? La réponse est simple : Il n’y en a pas !
Si tout ceci vous laisse perplexe, rassurez-vous. Très peu de gens comprennent ce système, même si nous sommes tous touchés.
Ce long métrage d’animation, dynamique, pédagogique et divertissant va vous expliquer, de manière compréhensible par tous, les effets magiques et pervers du système actuel d’argent-dette.
Un film indispensable pour comprendre les sources de la crise mondiale !

Les Royalistes contre la mondialisation contemporaine :

J’ai jadis écrit que « la mondialisation est un fait, mais pas forcément un bienfait », mais, sur cette question, je suis sans doute moins conciliant désormais, et je n’hésite plus à écrire que la mondialisation est, en définitive mais dès ses origines, un méfait, ce qui ne m’empêche pas de rappeler, et la nuance mérite aussi d’être entendue, que « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Ces quelques semaines d’été passées à Etel, sur la côte morbihannaise et à l’écoute permanente des habitants locaux comme des voyageurs de vacances, ont renforcé cette conviction, en plus de mes lectures estivales, et de quelques informations récentes glanées sur tous les médias.

 

Précisons néanmoins le vocabulaire pour éviter tout malentendu : la mondialisation n’est pas la simple internationalisation des échanges ou le dialogue entre les voyageurs et les sédentaires locaux, mais bien plutôt, et comme son nom semble l’indiquer, la réduction du monde à une seule entité globale. Est-il si surprenant, d’ailleurs, que les Anglo-saxons utilisent principalement le terme de « Globalization » pour désigner cette fameuse mondialisation et non un terme qui pourrait être la traduction de la « planétisation » évoquée par le théologien chrétien Teilhard de Chardin dans les années 1920 ? Le terme de globalisation serait aussi mieux adapté pour saisir le phénomène d’extension de la Société de consommation à la totalité du monde (société de consommation née et surtout développée aux États-Unis dès le début du XXe siècle) mais il était considéré, il y a quelques années, comme plus anxiogène que celui, apparemment plus « neutre » de mondialisation : comme le soulignait quelques linguistes, le terme de mondialisation a une connotation favorable et une résonance plutôt positive dans les sociétés francophones quand le terme de globalisation est plus « alarmant », le globe étant parfois ressenti comme l’enfermement dans un bocal aux parois glissantes, une impression qui avait, chez les royalistes rennais d’Action Française du début des années 1990 (précurseurs du Groupe d’Action Royaliste des années 2010), provoqué en réaction la naissance du terme et de la notion de « globalitarisme ».

 

Ainsi, la mondialisation, dont le discours officiel et dominant nous rebat sans cesse les oreilles et qui nous en fait une obligation au nom d’une modernité et d’un progrès eux aussi valorisés avant même que d’être définis et expliqués ou simplement débattus, paraît bien être ce processus, non de simple communication entre des civilisations ou des sociétés reconnues et se reconnaissant les unes les autres, mais d’imposition d’un modèle né en un lieu « nationalement institué » et d’une société qui se veut, ou se prétend, au nom d’un « Bien » qui est d’abord le sien et ne peut être commun à tous, le modèle « universel et unique » à suivre pour être « sauvé » ou, simplement, « accepté »… Mais ce modèle a une grande propension à être assimilé par nombre de récepteurs et pas forcément sous les mêmes traits et formes que l’émetteur premier, ce qui explique que, désormais, la Chine revendique plus encore que les pays d’Europe « la » mondialisation, comme on a pu le constater lors du dernier forum mondial de Davos en janvier 2017, profitant aussi du fait que les États-Unis, longtemps promoteurs d’une mondialisation qu’ils avaient suscitée et abondée, semblaient, au moins à la tête de l’État politique, plus « réservés » envers leur « créature »… Pourtant, que la mondialisation échappe aux mains de Washington (du moins du Pouvoir de la Maison Blanche), elle n’en reste pas moins fidèle à ses grands principes qui voient surtout le triomphe de l’Économique sur le Politique ; de l’Individu sur la personne et la société ; de la Consommation illimitée sur la « mesure » humaine et les lois de la nature ; du « globish » sur les diversités linguistiques et langagières ; de l’Argent sur tous et tout…

 

Il est, dans les manuels scolaires et universitaires, évoqué des mondialisations plus anciennes, le terme s’appliquant à des processus historiques que l’on nommait autrement jadis, de la romanisation du bassin méditerranéen sous l’Antiquité à l’occidentalisation des Amériques après leur « découverte », jusqu’à la colonisation de l’Asie et de l’Afrique au XIXe siècle par quelques puissances européennes et « l’achèvement » de l’exploration de toutes les terres habitées (ou non) par les géographes et autres scientifiques navigateurs et voyageurs… Toutes ces mondialisations sont des conquêtes et pas seulement des découvertes, et aucune ne fut pacifique en tant que telle. Elles ont même entraîné des exterminations massives, volontaires ou non (le choc microbien n’est pas toujours le résultat d’une intention du conquérant), et la fin de grandes et anciennes civilisations, pour le meilleur parfois comme pour le pire souvent : si la romanisation des Gaules pouvait être considérée comme une « chance » par un Jacques Bainville (en réaction aux discours chauvinistes et « néo-Gaulois » des républicains et des bonapartistes du XIXe siècle), la destruction des peuples indiens par les Conquistadores peut bien être compris comme un ethnocide culturel doublé d’un populicide humain…

 

Aujourd’hui, la mondialisation rencontre de multiples résistances de par le monde mais sa capacité d’attraction paraît la plus forte : elle est l’illusion de la prospérité générale quand elle n’est, en fait, que la justification des injustices sociales et de la démesure, en particulier financière, dont l’épisode Neymar de cet été n’est qu’un exemple parmi d’autres…

 

Pour les royalistes, la mondialisation doit être combattue : non pour se replier sur une forteresse « France » mais, au contraire, pour que notre pays soit capable de jouer son rôle international et éminemment politique de puissance arbitrale et qu’il reste, mieux qu’un hexagone, une civilisation aux racines multiples et aux fleurs diverses et colorées…

 

Jean-Philippe Chauvin

 

 

Quand Varoufakis dévoile les coulisses de l’Europe

Dans son dernier livre, l’ancien ministre des Finances grec lève le voile sur les coulisses européennes. Un témoignage décapant. En voici deux épisodes.

Isabelle COUET

Deux ans après avoir été poussé à la démission, Yanis Varoufakis, ancien ministre grec des Finances, réputé pour son anticonformisme a publié un livre choc révélant les dessous des négociations entre son pays et la Troïka pendant ses six mois au gouvernement. Il décrit notamment sa rencontre avec Michel Sapin et son premier Eurogroupe vécu comme une expérience kafkaïenne.

MICHEL SAPIN, l’HOMME AUX DEUX DISCOURS

En préparation de son premier Eurogroupe, le nouveau ministre des Finances grec Yanis Varoufakis fait la tournée de plusieurs capitales européennes. Il rencontre Michel Sapin à Paris pour lui expliquer son plan pour la Grèce.

Le Grec et sa petite délégation sont accueillis à Bercy par un homme jovial et chaleureux, « typiquement latin dans sa gestuelle et son langage corporel ». Tout le monde s’assoit, y compris les traducteurs appelés en renfort car Michel Sapin est « le seul ministre de l’Eurogroupe ne parlant pas anglais », rapporte Varoufakis. Le ministre d’Alexis Tsipras est invité à exposer ses idées  : il évoque son plan de restructuration de la dette grecque et, espérant sans doute faire mouche, propose de bâtir « une nouvelle relation entre son pays et l’Union européenne inspirée du contrat social de Jean-Jacques Rousseau ».

La réponse de Michel Sapin le comble au-delà de ses attentes : « Le succès de votre gouvernement sera aussi le nôtre. Il est important que nous changions l’Europe ensemble et que nous remplacions cette obsession de l’austérité par un agenda pro-croissance. La Grèce en a besoin, la France en a besoin, l’Europe en a besoin ». Encouragé, Yanis Varoufakis se met à détailler des mécanismes un peu complexes par lesquels la BCE et BEI pourraient efficacement soutenir l’économie européenne, en réduisant la dette et encourageant l’investissement. Son interlocuteur acquiesce et réaffirme avec emphase la promesse de François Hollande « Ensemble, nous devons redémarrer l’Europe.»

Victoire ! Yanis Varoufakis sent un vent de révolution se lever dans l’enceinte de Bercy. « C’est tout juste si Michel ne m’a pas attrapé la main pour qu’on aille prendre la Bastille en chantant la Marseillaise », raconte-t-il avec une pointe d’ironie.

Mais l’atmosphère va rapidement changer et le souffle révolutionnaire retomber….

La suite de l’article d’Isabelle COUET, sur Les Échos.

Quand l’Union européenne trahit les ouvriers français… et les autres ! :

Dimanche soir, toute l’Europe (du moins les gouvernements européens de l’Union et ses institutions) était « macroniste » : l’ancien ministre de l’économie de François Hollande était celui que tous semblaient espérer et tous voyaient en lui le nouveau sauveur de la construction européenne, et le disaient, le clamaient à l’unisson. Mais, une fois les lampions précocement éteints, l’Union européenne, comme dégrisée, dénonce la volonté affirmée dans son programme d’une certaine régulation de la mondialisation, ce qui est tout de même fort de café au regard de la situation actuelle, en particulier de l’usine Whirlpool et de la délocalisation spéculative pratiquée par la multinationale états-unienne, opération qui laisse plus de 280 personnes sur le carreau, sans compter les intérimaires et les sous-traitants.

Dans son édition du mercredi 10 mai et en ses pages économiques, Le Figaro (sous la plume de Jean-Jacques Mével) évoque de quoi il retourne, sans donner tort à M. Macron dans ce qui s’annonce comme l’un des premiers bras de fer du nouveau président avec Bruxelles et, peut-être, Berlin : « Emmanuel Macron jure qu’il ne soutient ni « la mondialisation naïve », ni le libre-échange à tout va. Et c’est un projet littéralement protectionniste du président élu qui commence à semer le trouble à Bruxelles, à Berlin et dans d’autres capitales du nord de l’UE : réserver les marchés publics du Vieux Continent aux entreprises qui localisent la moitié au moins de leur production sur le sol européen. » Fichtre ! Le grand mot est lancé, celui que M. Hollande vouait l’autre jour aux gémonies : protectionnisme.

En fait, ce « protectionnisme » évoqué par Le Figaro n’est pas un protectionnisme national mais bien plutôt un protectionnisme européen, que le journal rebaptise, comme pour enfoncer le clou, « patriotisme économique », formule jadis utilisée par M. de Villepin, aujourd’hui soutien du nouveau président. Mais, européen ou non, c’est toujours un sacrilège économique pour les grands prêtres de la mondialisation, qui voit dans cette proposition de M. Macron « une solution de facilité d’inspiration populiste », selon la formule lâchée, à en croire le quotidien de droite, « au plus haut de la Commission » (Juncker ? Moscovici ?). « C’est surtout le credo libéral que suit rigoureusement la Commission Juncker, en publiant ce mercredi ses « Réflexions sur une reprise en main de la mondialisation » (…).

« Le document (…) reconnaît que « le revenu réel des classes moyennes a stagné dans l’UE durant la dernière décennie », avec un risque réel que « les inégalités s’accroissent encore, en même temps que la polarisation sociale ». La mondialisation et l’accélération technologique ne sont pas des mutations de tout repos. »

Ainsi, la Commission, dans sa grande bonté, « reconnaît » les conséquences sociales ennuyeuses de la mondialisation mais, surtout, pas question de toucher à ce tabou des temps (et des élites, ou supposées telles ?) contemporains : le dogme avant tout, l’idéologie d’abord, et tant pis pour les nouveaux « vaincus de l’intégration mondiale », qui pourront toujours se recycler dans une profession uberisée ou numérisée… Ce cynisme fait froid dans le dos, et il prépare les colères de demain, que cette même Commission qualifiera, avec une moue dégoûtée, de « populismes ».

Les dirigeants des institutions de l’Union européenne affirment ainsi que les évolutions en cours, y compris dans leurs aspects les plus socialement injustes, « ne peuvent être ni stoppées, ni inversées », ce qui me semble faire preuve d’un grand fatalisme et d’une absence de volonté (et de courage) dont, pourtant et a contrario, les mêmes n’hésitent pas à faire montre quand il s’agit d’appeler les États (dont, au premier rang, la France) à mener les fameuses « réformes » qui doivent libéraliser un peu plus la vie économique et sociale, au risque de créer de nouveaux déséquilibres et de nouveaux drames sociaux sur nos territoires.

Le texte de la Commission poursuit : « Si nous fermons nos frontières, les autres feront de même et tout le monde se retrouvera perdant », argument désormais classique des libre-échangistes et qui semble oublier que, hors d’Europe, la plupart des pays protègent leurs industries et leurs marchés des intrusions qui leur semblent menacer leurs propres populations et souveraineté économique. C’est ce dernier point que, d’ailleurs, souligne le journaliste : « L’idée, inscrite noir sur blanc dans le programme du candidat à l’Élysée, n’est pas nouvelle. L’État chinois et d’autres géants pratiquent le patriotisme économique sans arrière-pensée. Les États-Unis appliquent leur Buy American Act depuis 1933, quand l’instauration de barrières commerciales devait accélérer la sortie de la Dépression. Lors d’un autre passage à vide, un demi-siècle plus tard, le président Reagan a élargi la préférence nationale à l’industrie du transport de masse.(…)

« La classe politique française, à défaut de maîtriser la mondialisation, se remémore à chaque élection qu’elle pourrait user de la commande publique comme un bras armé, notamment dans les transports et les chantiers d’infrastructure. » Cette proposition, si elle ne peut assurer à elle toute seule une stratégie économique face à la mondialisation, a au moins le mérite de remettre le politique et l’État au cœur du jeu, permettant la préservation des intérêts de l’économie nationale et des salariés français, ce qui n’est tout de même pas négligeable, me semble-t-il !

En tout cas, ce qui est certain, c’est que le nouveau président va devoir batailler ferme pour tenir ce qui n’était jusqu’alors qu’une promesse de campagne : si le protectionnisme européen n’est pas la solution idéale (et les salariés de Whirlpool en sont bien conscients, puisque le pays, la Pologne, qui va accueillir leurs machines et leurs emplois délocalisés appartient à l’Union européenne…), il peut apparaître comme une première protection utile pour maintenir une part du travail en France et garantir des règles sociales un peu plus favorables aux ouvriers français qu’aujourd’hui.

A l’inverse, si M. Macron cède aux oukases libre-échangistes de Bruxelles (et de Berlin ?), son quinquennat ne sera que la triste continuation du précédent et il n’aura aucune excuse à mes yeux et à mon cœur de royaliste social. Le test est d’importance : au-delà du président fraîchement élu, il concerne l’avenir économique et, en particulier, industriel de la France pour les décennies à venir.

Mais, il faudra sans doute penser plus loin que ce protectionnisme-là, pas totalement satisfaisant, et, dans le même temps, produire et consommer plus local…

Jean-Philippe Chauvin