Religion

Commencer par soi :

Oui, pour reprendre le dessus en un monde qui dérive, il s’agit de changer de vie. Avec tout ce que cela comporte, et bien sûr l’on ne changera pas de vie sans avoir changé de pensée, sans avoir réformé ou recommencé son éducation si elle était trop complaisante envers le matérialisme idéologique du siècle (car au XXè siècle le matérialisme est devenu idéologie, mythe et religion, que ce soit l’idéologie matérialiste de l’Amérique ou celle, issue d’une origine analogue mais poussée jusqu’à son terme logique, de la Russie soviétique) ; on ne change pas de vie sans projeter et entreprendre par le fait même une révolution politique, économique, sociale, parce que l’organisation économique et politique de notre société constitue le plus grand obstacle actuel à une vie chrétienne. Mais, à un tel projet, à une telle pensée, ce qui manque aujourd’hui ce sont moins des hommes qui les professent que des hommes qui les vivent.

En d’autres termes, la question qu’à chacun de nous pose le monde contemporain n’est pas ou n’est plus simplement : « De quoi es-tu partisan ? » mais : « Qu’es-tu ? Qu’es-tu en réalité, dans le secret de ton cœur comme dans tes actes, que désires-tu être, qu’as-tu décidé d’être, que veux-tu être ?» Tua res agitur : réalise d’abord en toi les vérités que tu prétends servir.

Il s’agira un jour de rénover la société et de réformer les mœurs des autres. […] Mais à l‘heure actuelle, la petite élite capable d’entraîner les autres en leur construisant un cadre de vie où la vertu soit relativement facilitée au lieu d’être mise pratiquement hors la loi, cette petite élite doit d’abord faire la preuve qu’elle existe. Tout le monde parle de changer le régime politique et social, mais chacun attend que ce soient les autres qui le changent effectivement, parce que chacun sent bien à quelle exigence pratique il se heurte : pour la mise en œuvre du christianisme dans l’organisation temporelle, il faut des hommes qui aient commencé par le mettre en œuvre en eux. Et ces hommes seront les Chevaliers du XXè siècle.

Pour montrer que le christianisme intégral peut encore être vécu aujourd’hui par un homme moderne, il faut des hommes qui commencent par le vivre. La possibilité du mouvement se prouve  en marchant ; la possibilité d’une vie chrétienne malgré l’effroyable désordre du monde présent se prouve par la réalité de certaines vies chrétiennes. On suivra non point les chefs qui proposeront le but, mais ceux qui auront déjà commencé à le réaliser en eux-mêmes. Et c’est peut-être pour cela que dans notre société croulante l’on ne suit durablement personne. Ou bien il y a trop de tireurs de plans chrétiens et pas assez de chrétiens ; ou bien le dégoût (justifié) des chrétiens les fait renoncer (à tort) à tenter d’agir sur ce monde.

Il serait beaucoup plus facile de suivre un mouvement d’«action» plus ou moins catholique comme on s’enrôle dans un parti politique, beaucoup plus facile de travailler (mais en vain finalement) à réformer les autres que de se réformer soi-même. Mais voilà : la question est de savoir s’il y a encore assez de Français qui se soient réformés eux-mêmes pour qu’ils puissent en quelque sorte servir de garants devant Dieu pour les autres, la question est de savoir s’ il y a encore assez de français par qui passe la Grâce et qui puissent confirmer et sanctifier l’œuvre commune, et bénir l’apport tout extérieur de mains impures et de cœurs médiocres, et même la pierre qu’apporte le Diable. Nous voulons bien tous, avec nos cœurs restés médiocres et nos mains impures, que le christianisme agisse sur nous comme le sel de la terre et le levain dans la pâte, mais nous laissons à d’autres le soin d’être ce levain et ce sel de la terre, nous laissons à d’autres le soin d’être le support et l’incarnation de la grâce de Dieu, sans nous rendre compte que ces autres n’existent peut-être pas, que leur place est vide souvent, – et que l’on attend des hommes pour aller occuper cette place vide.

Il ne s’agit plus de prêcher, il s’agit de faire : et l’action intégrale est celle qu’aide, que féconde, et d’abord que suscite la Grâce. Croyons-nous en la Grâce, oui ou non ? Est-ce la foi qui nous manque, ou le cœur qui nous fait défaut ? Il ne nous appartient plus, à l’heure actuelle, de renouveler l’indispensable consécration au Christ de la France, les puissants de l’heure accepteraient tout plutôt que cela, – mais les puissants de ce monde, et qui ne sont que de ce monde, n’ont jamais le dernier mot. Pour le moment, nous n’avons plus que nous-mêmes à consacrer au Christ et, en face du monde moderne, il nous faut retrouver la décision farouche des premiers chrétiens en face de l‘Empire romain décadent, apôtres devenus «militants» et plus tard devenant peu à peu des soldats : c’est toujours miles, ce vieux mot latin était le seul qui servit à désigner ce que l’on nomma plus tard le Chevalier.

Le monde moderne manque de prêtres, comme il manque de chrétiens, comme il manque d’hommes. Et l’on prie dans les églises pour que Dieu nous donne des prêtres, pour que Dieu nous donne « beaucoup de saints prêtres ». Mais croit-on que Dieu ait abandonné son Eglise et qu’il suscite aujourd’hui moins de vocations qu’il n’en suscitait autrefois ?

La vérité, c’est qu’il y en a parmi nous qui n’ont pas répondu à leur vocation, qui ont entendu l’appel en eux, et qui ont voulu en être quittes en se contentant d’aller dans les églises répéter la prière : «Mon Dieu, donnes-nous des prêtres,  mon Dieu, donnes-nous beaucoup de saints prêtres.» Ils ont prié pour que d’autres soient prêtres et ils sont retournés à leurs jeux et à leurs soucis.

Nous demandons une Chevalerie. Nous prions pour qu’il y ait des saints. Nous ne dépassons pas le stade du désir et du vœu, et la prière, indispensable certes, devient une fuite et une démission. Nous laissons aux autres, avec nos bénédictions et nos bonnes pensées, le labeur réel. Nous courons allègrement le risque que Dieu nous dise un jour : « Les autres n’existaient pas : c’est toi que j’attendais.»

Ah ! comprenons que ce qui compte et ce qui comptera, ce n’est pas ce que nous savons et ce que nous disons, – on n’agit pas sur le monde actuel de la même manière que l’on passe un examen, – ce qui compte et comptera, c’est ce que nous sommes et ce que nous ferons. La grâce de Dieu et la réussite humaine ne sont pas données au savoir, mais à l’être ; ni à la parole, mais à la force. La Chevalerie médiévale fut une force mesurée par une vie intérieure.

Il ne s’agit pas de crier haro sur le savoir et sur la parole, mais simplement de faire ce que nous savons être vrai et ce que nous disons être nécessaire. Il s’agit, instance, de commencer par changer de vie.

Il y a des obstacles qu’il est impossible de tourner, il y a des difficultés avec lesquelles on ne ruse pas, et c’est en face d’obstacles de ce genre que nous nous trouvons présentement. La création ex nihilo, la création bien étiquetée et codifiée, à partir de l’état présent de la société, c’est-à-dire effectivement à partir de moins que rien, d’une nouvelle Chevalerie, en commençant par un siège social et des bulletins d’adhésion, n’est en réalité que l’expression d’une volonté et d’une habitude de truquage, de marchandage, d’arrangement en sous-main : substituer une création artificielle et aisée à une création vivante et difficile.

Pourtant, l’éducation sportive, qui a été largement répandue, aurait dû nous habituer à mesurer de l’œil ce genre d’obstacles bruts avec lesquels aucune conversation n’est possible, qui ne se laissent pas circonvenir et qu’il n’est qu’un moyen  de surmonter : les vaincre de face. Quand il faut traverser un torrent à la nage ou sauter lorsque le fil est tendu à bonne hauteur, il n’y a pas de moyen terme ni de ruse : il faut nager, il faut sauter. II ne s’agit plus alors de discourir sur les méthodes d’entraînement ou d’encourager le développement des associations sportives. Une association sportive ne vaut que si elle possède des membres actifs décidés à courir, décidés à nager, décidés à sauter. Une nouvelle Chevalerie ne vaudra semblablement que s’il se trouve des hommes décidés à courir, nager, sauter eux-mêmes, et qui fassent la preuve de ce qu’ils sont capables de faire, et d’abord de leur décision sans retour. Pour une nouvelle Chevalerie, nous ne manquons pas de gens capables d’en rédiger les statuts, mais justement nous n’avons pas besoin de statuts. Ce n’est pas avec la plume que s’écrivent les statuts des chevaleries, c’est par la réalité d’une vie. Nous n’avons pas à attendre qu’une nouvelle Chevalerie soit constituée pour nous comporter en chevaliers, mais tout au contraire l’équivalent d’une Chevalerie attend pour exister l’existence de chrétiens réels. Les statuts leur seront donnés par surcroît, et le prestige, et l’influence, et même l’occasion avec ses moyens positifs : car l’occasion, c’est Dieu qui la donne.

Répétons la formule de ce qu’il nous faut : la force conduite, mesurée par une vie intérieure. C’est par la vie intérieure que l’on doit commencer, parce qu’elle donne la plus grande force, celle qui confirme les autres et celle contre laquelle les autres sont finalement sans pouvoir. D’abord sainte Geneviève ; ensuite, à l’heure choisie par Dieu, viennent les armes pour la défaite matérielle d’Attila. C’est la vie intérieure qui est au début : primauté de valeur et primauté d’urgence.

Mais cette primauté ne signifie pas qu’il faille déserter la lutte matérielle – avec les moyens actuels, c’est-à-dire peu efficaces en eux-mêmes pour la défense du pain quotidien et contre le barbare : le suicide n’est jamais permis.

Jean-Louis LagorUne autre Chevalerie naîtra – Editions N.E.L. – 1949 – p54 à 60

La vocation de la France :

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« Inutile d’invoquer je ne sais quel fatalisme ou quel déterminisme racial. A la France d’aujourd’hui, qui l’interroge, la France d’autrefois va répondre en donnant à cette hérédité son vrai nom : la vocation. Car, mes Frères, les peuples,comme les individus, ont aussi leur vocation providentielle ;comme les individus, ils sont prospères ou misérables, ils rayonnent ou demeurent obscurément stériles, selon qu’ils sont dociles ou rebelles à leur vocation.Du jour même où le premier héraut de l’Evangile posa le pied sur cette terre des Gaules et où, sur les pas du Romain conquérant, il porta la doctrine de la croix, de ce jour-là même, la foi au Christ, l’union avec Rome, divinement établie centre de l’Eglise, deviennent pour le peuple de France la loi même de sa vie. Et toutes les perturbations, toutes les révolutions, n’ont jamais fait que confirmer, d’une manière toujours plus éclatante, l’inéluctable force de cette loi.

L’énergie indomptable à poursuivre l’accomplissement de sa mission a enfanté pour votre patrie des époques mémorables de grandeur, de gloire, en même temps que de large influence sur la grande famille des peuples chrétiens. Et si votre histoire présente aussi ses pages tragiquement douloureuses, c’était aux heures où l’oubli des uns, la négation des autres, obscurcissaient, dans l’esprit de ce peuple, la conscience de sa vocation religieuse et la nécessité de mettre enharmonie la poursuite des fins temporelles et terrestres de la patrie avec les devoirs inhérents à une si noble vocation.

Et, néanmoins, une lumière resplendissante ne cesse de répandre sa clarté sur toute l’histoire de votre peuple ; cette lumière qui, même aux heures les plus obscures, n’a jamais connu de déclin, jamais subi d’éclipse, c’est toute la suite ininterrompue de saints et de héros, qui, de la terre de France,sont montés vers le ciel. Par leurs exemples et par leur parole, ils brillent comme des étoiles au firmament, «quasi stellæ in perpetuas æternitates» (Dan.XII, 3), pour guider la marche de leur peuple, non seulement dans la vie du salut éternel, mais dans son ascension vers une civilisation toujours plus haute et plus délicate.Saint Remy qui versa l’eau du baptême sur la tête de Clovis ; saint Martin, moine, évêque, apôtre de la Gaule ; saint Césaire d’Arles, ceux-là et tant d’autres, se profilent avec un relief saisissant sur l’horizon de l’histoire, dans cette période initiale qui, pour troublée qu’elle fût, portait cependant en son sein tout l’avenir de la France.

Et sous leur action, l’Evangile du Christ, commence et poursuit, à travers tout le territoire des Gaules, sa marche conquérante, au cours d’une longue et héroïque lutte contre l’esprit d’incrédulité et d’hérésie, contre les défiances et les tracasseries de puissances terrestres, cupides et jalouses. Mais, de ces siècles d’effort courageux et patient, devait sortir enfin la France catholique, cette Gallia sacra qui va de Louis, le saint roi à Benoît-Joseph Labre, le saint mendiant ; de Bernard de Clairvaux à François de Sales, à l’humble Curé d’Ars ; de Geneviève, la Bergère de Nanterre, à Bernadette, l’angélique pastourelle de Lourdes ; de Jeanne d’Arc, la vierge guerrière, la sainte de la patrie, à Thérèse de l’Enfant-Jésus, la vierge du cloître, la sainte de la «petite voie»….

Quand je pense au passé de la France,à sa mission, à ses devoirs présents,au rôle qu’elle peut, qu’elle doit jouer pour l’avenir, en un mot, à la vocation de la France, comme je voudrais avoir l’éloquence d’un Lacordaire, l’ascétique pureté d’un Ravignan, la profondeur et l’élévation théologique d’un Monsabré, la finesse psychologique d’un Mgr d’Hulstavec son intelligente compréhension de son temps ! Alors, avec toute l’audace d’un homme qui sent la gravité de la situation, avec l’amour sans lequel il n’y a pas de véritable apostolat, avec la claire connaissance des réalités présentes, condition indispensable de toute rénovation, comme je crierais d’ici à tous les fils et filles de France : «Soyez fidèles à votre traditionnelle vocation. Jamais heure n’a été plus grave pour vous en imposer les devoirs, jamais heure plus belle pour y répondre. Ne laissez pas passer l’heure, ne laissez pas s’étioler des dons que Dieu a adaptés à la mission qu’il vous confie ; ne les gaspillez pas, ne les profanez pas au service de quelque autre idéal trompeur, inconsistant ou moins noble et moins digne de vous !»

Extraits du discours de S. E M. le cardinal Pacelli, légat de S. S. Pie XI, à Notre Dame de Paris , le 13 juillet 1937

Consécration de la France à la Sainte Vierge

« Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.

Dieu, qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l’esprit qu’il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre Etat, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne sans y voir autant d’effets merveilleux de sa bonté que d’accidents qui pouvaient nous perdre.

Lorsque nous sommes entré au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d’en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause que l’on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l’artifice des hommes et la malice du démon ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables à notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice.

La rébellion de l’hérésie ayant aussi formé un parti dans l’Etat, qui n’avait d’autre but que de partager notre autorité, il s’est servi de nous pour en abattre l’orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels, en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques.

Quand nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes qu’à la vue de toute l’Europe, contre l’espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs Etats dont ils avaient été dépouillés.

Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins, pour faire voir à toutes les nations que, comme sa Providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve, et sa puissance le défend.

Tant de grâces si évidentes font que pour n’en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la sacrée croix, où nous vénérons l’accomplissement des mystères de notre Rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair, de  » nous consacrer à la grandeur de Dieu  » par son Fils rabaissé jusqu’à nous et à ce Fils par sa mère élevée jusqu’à lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n’étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables, et c’est chose bien raisonnable qu’ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.

A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, que, soit qu’il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés à ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l’église cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui tienne entre ses bras celle de son précieux Fils descendu de la croix ; nous serons représentés aux pieds du Fils et de la Mère, comme leur offrant notre couronne et notre sceptre.

Nous admonestons le sieur Archevêque de Paris, et néanmoins lui enjoignons, que tous les ans, le jour et fête de l’Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la grand’messe qui se dira en son Eglise cathédrale, et qu’après les Vêpres dudit jour, il soit fait une procession en ladite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines, et le corps de la ville, avec pareille cérémonie que celle qui s’observe aux processions générales plus solennelles. Ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales, que celles des monastères de ladite ville et faubourgs ; et en toutes les villes, bourgs et villages dudit diocèse de Paris.

Exhortons pareillement tous les Archevêques et Evêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales, et autres églises de leurs diocèses ; entendant qu’à ladite cérémonie les Cours de Parlement, et autres compagnies souveraines, et les principaux officiers des villes y soient présents. Et d’autant qu’il y a plusieurs églises épiscopales qui ne sont point dédiées à la Vierge, nous exhortons lesdits archevêques et évêques en ce cas, de lui dédier la principale chapelle desdites églises, pour y être faite ladite cérémonie ; et d’y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre, et d’admonester tous nos peuples d’avoir une dévotion toute particulière à la Vierge, d’implorer en ce jour sa protection, afin que, sous une si puissante patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu’il jouisse longuement d’une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés ; car tel est notre bon plaisir.

Donné à Saint-Germain-en-Laye, le dixième jour de février, l’an de grâce mil-six-cent-trente-huit, et de notre règne le vingt-huitième. »

Louis.

Une messe au Krak des Chevaliers pour la deuxième fois en 8 siècles.

En 1271, le sultan des Mamelouks avait dépossédé les Francs de la forteresse…

Les volontaires français et syriens de l’association SOS Chrétiens d’Orient ont eu une chance inouïe, celle d’assister à la messe dans la chapelle du Krak des Chevaliers, célèbre forteresse croisée exceptionnellement préservée en Syrie. En 1940 déjà, pendant le mandat français, une messe des rameaux avait été célébrée entre ces murs épais. C’est donc la deuxième fois seulement en 745 ans qu’une prière catholique s’élevait du mont syrien.

« C’est l’unité dans le temps qui se refait », réagit le père Augustin-Marie Aubry, prêtre de la fraternité Saint-Vincent-Ferrier et conseiller religieux de l’association française. L’unité dans le temps était particulièrement complète : sa fraternité célèbre en effet la messe selon le rite dominicain traditionnel, celui-là même qui était célébré par les latins en Orient au XIIIe siècle ! Les mots qui ont raisonné ce 31 juillet étaient donc les mêmes que sept siècles plus tôt. « Nous avons prié pour la paix, et pour les habitants de la région dans laquelle le Front al Nosra a commis de terribles exactions », poursuit le jeune religieux.

Messe au Krak des Chevaliers © Blandine Verrier

L’ordre des Hospitaliers tient le Krak pendant 129 ans

On devine les horreurs commises lorsque l’on traverse les villages alentours dévastés par d’âpres combats. Cette merveille architecturale avait été conquise par les djihadistes du groupe terroriste le 8 mars 2012, avec l’aide d’islamistes libanais venus en renfort. Il avait ensuite fallu deux ans et deux mois à l’armée syrienne pour récupérer la forteresse justement réputée pour être… imprenable !

Conçu à l’époque des croisades, le Krak était aux mains des Kurdes lorsque fut lancée la première croisade en 1099. Conquise puis abandonnée par Raymond de Saint-Gilles, elle fut finalement récupérée par le régent d’Antioche Tancrède, en 1115. Mais le coût de l’entretien d’une telle forteresse était si élevé que Raymond II la confia finalement à l’ordre des Hospitaliers. C’est à cette époque que l’on commence à l’appeler le « Krak des Chevaliers ».

Il faudra alors 129 ans pour que la forteresse retombe entre des mains ennemies : en 1271, le sultan des Mamelouks Baybars 1er se saisit du château qui ne sera jamais repris par les Francs.

La messe n’y sera donc plus jamais dite…

La suite de l’article sur Aleteia.

Photo : « Messe au Krak des Chevaliers » © Blandine Verrier

21 juin 2016 – 587ème anniversaire de la Triple Donation.

Aujourd’hui, 21 juin, nous fêtons le 587ème anniversaire de la « Triple Donation » faite par Ste Jeanne d’Arc et le Dauphin Charles.
 
Cet événement majeur de notre l’histoire fut le premier renouvellement du Pacte de Reims.
 

Espérons et prions que la France renoue par un (p)acte similaire le fil coupé de sa vocation.

 

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Jehanne dit à Charles : «Sire, me promettez-vous de me donner ce que je vous demanderai?» Le Roi hésite, puis consent. «Sire, donnez-moi votre royaume».

Le Roi, stupéfait, hésite de nouveau ; mais, tenu par sa promesse et subjugué par l’ascendant surnaturel de la jeune fille : «Jehanne, lui répondit-il, je vous donne mon royaume». Après quoi, voyant celui-ci tout interdit et embarrassé de ce qu’il avait fait : «Voici le plus pauvre chevalier de France : il n’a plus rien».

Cela ne suffit pas : la Pucelle exige qu’un acte notarié en soit solennellement dressé et signé par les quatre secrétaires du Roi. « Notaire, écrivez dit la pucelle inspirée : le 21 juin de l’an de Jésus christ 1429, à 4 heures du soir, Charles VII donne son royaume à Jeanne. Ecrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à  Jésus-Christ. -Nos Seigneurs dit-elle d’une voix forte, à présent, c’est Jésus-Christ qui parle : « moi, Seigneur éternel je la donne au Roi Charles ».

 

En Nom Dieu, Notre jour viendra !
Yves Delacroix.

Matérialisme ou l’essentiel ?

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Retrouver l’homme et la part de l’invisible.

« C’est pourquoi nous ne faiblissons pas. Au contraire, même si notre homme extérieur s’en va en ruine, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour ». (2 Corinthiens, ch.IV,16) « A nous qui ne regardons pas aux choses visibles, mais aux invisibles ; les choses visibles en effet n’ont qu’un temps, les invisibles sont éternelles » (2 Corinthiens, ch.IV,18)

L’ « essentiel » est invisible parce que les yeux ne peuvent le percevoir. La majorité des gens ne voient que le palpable, parce que l’esprit et le cœur sont obstrués par le matérialisme ambiant. L’essence même de la vie ne se distingue pas. Comment percevoir les choses lorsque l’on priorise l’argent, le gain et tout ce qui tourne autour : profit, usure avec ses avatars le mensonge et la fourberie. Ce nouveau Dieu a remplacé ce qui pour les yeux des hommes jadis était primordial : la vie communautaire, telle qu’elle était vécue par les anciens, pétrie de valeurs, tourné vers l’élévation et l’exemple. Nous avons simplement remplacé le Christ par Juda…

Qu’a-t-on fait de l’amour, de la communion des êtres, de cette rencontre entre deux âmes. Ces instants de courtoisie et d’approche, de passion. Ce jeu des sens, d’amitié, de dialogue et de partage. Apprivoiser un esprit en respectant son caractère, sans le frustrer. Du mystère qui fait que deux êtres choisissent de faire ce chemin de la vie ensemble jusqu’à se confondre…

Prenons-nous le temps pour faire chaque chose, ce temps en dehors du temps qui file dans notre monde moderne avec la montre qui nous emprisonne. Avons-nous assez de recul pour apprécier encore le chant naturel des oiseaux, le bruit des arbres sous le vent où le clapotis des ruisseaux… Qu’avons-nous fait de la gratuité, ce service cher à nos aïeux, qui entretenait les rapports entre les humains et assurait la charité indispensable à la société organique…

Oh, je sais, certains diront : encore du passéisme champêtre ou de l’écologie, mais réfléchissons un peu, n’est-ce pas indispensable à l’équilibre de tout être humain que de pouvoir se ressourcer et trouver à un instant de sa vie, cet espace nous redonnant toute notre dimension humaine ?
Une sorte de confrontation entre nous-même et la création. Le dos collé à un arbre, regarder ce ciel comme une fusion entre le sang qui nous irrigue et la sève qui va des racines aux branches. Une sorte de sérénité nous envahit devant les merveilles qui s’offrent à nous, la paix de notre être et le silence qui suit la profondeur des bois. Voit-on cette tranquillité intérieure que l’on trouve en nous, comme un apaisement recherché mais que l’on ne trouve plus dans nos vies bruyantes, minutés d’un quotidien pollué et stressant. Sait-on encore trouver cet apaisement, cette plénitude que l’on avait autrefois et que l’on redécouvre par des pratiques venues de l’Asie !

Où se trouve la richesse essentielle de l’homme, si ce n’est dans son regard envers l’autre, la charité et la compassion, quand la justice s’est au préalable épuisé. Ce qui fait partie de l’invisible, de ce qui est en nous, la beauté intérieure supérieure au visible. Ce qui est vrai, le bon, le bien, la richesse que l’autre dégage semblant sortir du fond de son être. Ce trésor qui ne se quantifie pas, dont l’or du monde ne peut acheter fera souvent d’un ami qui le possède, la perle rare d’une vie. Ces valeurs sont celles qui firent la grandeur de notre civilisation, dont nous nous sommes détournés lorsque nous avons préféré le visible à l’invisible, l’argent à la spiritualité, Juda au Christ. C’est à la portée de chacun de redécouvrir ce jus précieux, cette essence qui est en nous. Redynamiser cette énergie intérieure, la nature même de l’homme qui donne un sens à sa vie. Ce pourquoi il est né, d’où il est venu et la fin qui l’attend, tout le respect envers la création et les êtres qui l’on bâtit, conseillé. Cette part qu’il prendra envers ceux à qui, il transmettra ces connaissances et son appui…

F. Winkler

Le code de chevalerie (3/10) : tu ne reculeras pas devant l’ennemi

« Le salut d’un roi n’est pas dans son armée, ni la victoire d’un guerrier dans sa force ».

À quoi peut bien ressembler le chevalier des temps modernes ? Pour répondre à cette épineuse question, Aleteia a remis au goût du jour un ancien code de chevalerie en vigueur au XIIesiècle. Ces dix commandements, à l’image du décalogue de l’Église catholique, dictaient la conduite des chevaliers désireux de cultiver les saintes vertus et d’éveiller en eux les sentiments les plus nobles. Répondant aux problématiques médiévales, un tel code peut à première vue sembler désuet ou inapproprié à l’époque moderne. Vraiment ? Largement imprégnés par la morale chrétienne, ce seront des prêtres, bien dans leur époque, qui revisiteront et réactualiseront pour vous les préceptes de ce code dont notre société moderne gagnerait beaucoup à s’inspirer. Faisons naître ensemble un nouvel esprit chevaleresque ! 

Cette semaine, c’est au tour du père Bertrand Monnier, curé de la paroisse Val de Marie, dans le diocèse de Verdun, d’apprendre à notre aspirant chevalier comment faire face à l’ennemi. Difficile de deviner à la célébration traditionnelle de ses offices que l’abbé Monnier, né en 1979, est fan de musique metal, ainsi que des mondes fantastiques et médiévaux. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi d’ajouter quelques références cinématographiques originales à ce nouveau code de chevalerie pour mieux illustrer son propos.


Tu ne reculeras pas devant l’ennemi

Mon jeune apprenti,

Aujourd’hui, je vais te parler de l’ennemi du chevalier : le côté obscur de la Force. Tu sais qu’un chevalier Jedi combat le côté obscur avec courage et bravoure. Il est d’ailleurs même prêt à mourir au combat. C’est là une belle et noble chose, qui permet de faire grandir ce monde. Je ne doute pas de ton courage et de ta bravoure, ni de ta générosité. Je sais à quel point tu es motivé pour participer à cette grande aventure humaine qui est la construction du Royaume des Cieux.

Sache cependant que le côté obscur de la Force sait se jouer de nous et fort bien utiliser cette motivation à nos dépends. Ainsi, au nom de notre courage et de notre bravoure de chevaliers, il nous arrive de tomber dans les pièges qu’il nous tend. Alors, pour mieux éviter les traquenards, je t’invite aujourd’hui à te poser cette question : qui donc est mon ennemi ?

La réponse va te sembler rude, mais il faut pourtant que chaque chevalier Jedi se le redise bien souvent : je suis mon premier ennemi. Rappelle-toi l’initiation de Luke Skywalker par Maître Yoda, quand il entre dans sa caverne intérieure pour combattre son ennemi Dark Vador : il triomphe de lui certes, mais le masque tombe et il réalise alors que le visage de son ennemi n’est autre que le sien. Le premier ennemi du chevalier est donc lui-même. N’oublie pas qu’il est impossible de changer les autres, mais que l’on ne peut se changer que soi-même. La tentation est grande de succomber au côté obscur de la Force. C’est plus facile, plus rapide, plus avantageux à bien des égards… surtout matériels. Mais c’est bien ton âme que tu risque de perdre. Tout le monde s’imagine le côté obscur tel un seigneur Sith, sombre combattant. Les manières de succomber sont hélas bien plus nombreuses.

Il existe en effet une tout autre tentation pour le chevalier : celle de devenir un Moldu. Le Moldu qui sommeille en chacun de nous est certainement notre pire ennemi. Il est là, avachi devant son ordinateur et ne sait rien faire d’autre que de consommer, râler contre ce qui ne dépend pas de lui et faire des choix orientés uniquement vers la facilité et la rapidité, vers son confort et sa sécurité. Il refuse toute sorte d’aventure et ne réfléchit jamais aux choses qui dépendent de lui, en parfait rouage d’une machine économique. Telle est la sombre tentation qui habite chaque chevalier : basculer progressivement vers une vie facile et confortable, mue par l’ignorance et la peur, le consumérisme et la paresse.

Voilà, mon cher padawan, où est ton ennemi. Caché au fond de toi, il te murmure des paroles qui semblent être sages et prudentes, mais qui te font glisser lentement vers la mollesse d’esprit. Ce monde contemporain te changera en véritable guimauve si tu n’y prêtes pas attention. Et tu sais parfaitement qu’il est impossible de construire quoi que ce soit avec de la guimauve. Je vais donc maintenant te donner quelques exercices pour combattre l’ennemi moldu qui est en toi, en suivant ce précieux précepte des chevaliers : prier avant de réfléchir, réfléchir avant d’agir. Car tu sais bien que la première arme du chevalier n’est pas dans sa main mais dans son esprit.

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Mathieu Bock-Côté : «L’homme sans civilisation est nu et condamné au désespoir»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – A l’occasion de la sortie de son nouveau livre,Mathieu Bock-Côté a accordé un entretien fleuve à FigaroVox. L’intellectuel québécois y proclame son amour de la France et fait part de son angoisse de voir le multiculturalisme détruire les identités nationales.

Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologie et chargé de cours aux HEC à Montréal. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l’auteur d’Exercices politiques (VLB éditeur, 2013), de Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) et de La dénationalisation tranquille: mémoire, identité et multiculturalisme dans le Québec post-référendaire (Boréal, 2007). Mathieu Bock-Côté est aussi chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Son dernier livre, Le multiculturalisme comme religion politique vient de paraître aux éditions du Cerf.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio@Alex_devecch

En tant que Québécois, quel regard portez-vous sur la société française?

Je m’en voudrais d’abord de ne pas dire que j’aime profondément la France et que j’hérite d’une tradition très francophile, autrefois bien présente chez nous, qui considère encore un peu votre pays comme une mère-patrie. La France, en un mot, ne nous est pas étrangère. Vous me pardonnerez ces premiers mots, mais ils témoignent de mon affection profonde pour un pays avec lequel les Québécois entretiennent une relation absolument particulière. En un mot, j’ai le sort de la France à cœur!

La pénétration de l’idéologie multiculturelle, que vous dénoncez dans votre livre, est-elle en France aussi forte que dans les pays d’Amérique?

Le multiculturalisme prend un visage tout à fait singulier au Canada. Au Canada, le multiculturalisme est inscrit dans la constitution de 1982, imposé de force au Québec, qui ne l’a jamais signé. Il a servi historiquement à noyer le peuple québécois dans une diversité qui le privait de son statut de nation fondatrice. Pierre Trudeau, le père de Justin Trudeau, était radicalement hostile au peuple québécois, à son propre peuple, qu’il croyait traversé par une tentation ethnique rétrograde. C’était faux, mais c’était sa conviction profonde, et il voulait désarmer politiquement le Québec et le priver de sa prétention à constituer une nation.

Dans l’histoire du Canada, nous étions un peuple fondateur sur deux. Avec le multiculturalisme d’État, on nous a transformés en nuance identitaire parmi d’autres dans l’ensemble canadien. Il faut rappeler ces origines oubliées du multiculturalisme canadien à ceux qui n’en finissent plus d’idéaliser un pays qui a œuvré à oblitérer sa part française.

Je vous donne au passage ma définition du multiculturalisme, valable au-delà du contexte canadien: c’est une idéologie fondée sur l’inversion du devoir d’intégration. Traditionnellement, c’était la vocation de l’immigré de prendre le pli de la société d’accueil et d’apprendre à dire nous avec elle. Désormais, c’est la société d’accueil qui doit se transformer pour accommoder la diversité. La culture nationale perd son statut: elle n’est plus qu’un communautarisme parmi d’autres. Elle devra toutefois avoir la grandeur morale de se dissoudre pour expier ses péchés passés contre la diversité.

Retour au Canada. Au fil du temps, le multiculturalisme canadien s’est autonomisé de sa vocation antiquébécoise et en est venu à représenter paradoxalement le cœur de l’identité canadienne. Il a remplacé ce qu’on pourrait appeler l’identité historique canadienne par une identité idéologique fondée sur la prétention. Ce qui tient lieu d’identité commune au Canada aujourd’hui, et cela plus encore depuis l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau, que la France regarde étrangement d’un air enamouré, c’est le sentiment d’être une superpuissance morale, exemplaire pour l’humanité entière, une utopie réussie représentant non seulement un pays admirable, mais la prochaine étape dans le progrès de l’humanité.

L’indépendantiste québécois que je suis a un regard pour le moins sceptique devant cet ultranationalisme canadien qui conjugue la fierté cocardière et l’esprit post-moderne.

Plus largement, au Canada, le multiculturalisme sert de machine à normaliser et à banaliser les différences les plus extrêmes, les moins compatibles avec ce qu’on appellera l’esprit de la civilisation occidentale ou les mœurs occidentales. C’est le pays du communautarisme décomplexé, c’est aussi celui où on peut prêter son serment de citoyenneté en niqab avec la bénédiction des tribunaux et du premier ministre, qui y voit une marque admirable de tolérance.

C’est le pays qui banalise sous le terme d’accommodements raisonnables un relativisme généralisé, qui peut aller très loin. C’est le pays où certains iront même jusqu’à dire que le niqab est peut-être même le symbole par excellence de la diversité canadienne, puisque son acceptation par les élites témoigne de la remarquable ouverture d’esprit de ceux qui le dirigent et des institutions qui le charpentent. Pour le dire autrement, le Canada pratique un multiculturalisme à la fois radicalisé et pacifié.

En France, le multiculturalisme semble moins agressif …

Il domine aussi l’esprit public mais n’est pas nécessairement revendiqué par les élites, qui entretiennent, à travers la référence aux valeurs républicaines, l’idéal d’une nation transcendant sa diversité. On sait bien que la réalité est autre et que la référence républicaine s’est progressivement désincarnée et vidée de sa substance nationale depuis une trentaine d’années.

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Pour une écologie chrétienne :

À Noël, le Christ vient « pour redonner à la création, au cosmos, sa beauté et sa dignité » a déclaré Benoît XVI. Au cœur de la nuit et de l’année solaire, cette nuit de Noël renferme une théologie de « l’écologie humaine ». Que faut-il penser de la prédilection avec laquelle le pape évoque l’urgence écologique. Est-il, ce faisant dans sa fonction de pape. Nous avons posé cette question à Alexis Arette.

Jardin d'Adam

Alexis Arette, cela fait des années que le paysan béarnais que vous êtes parle d’écologie à qui veut l’entendre. Quels sont vos titres pour évoquer cette question ?

C’est par l’effet d’une vocation contrarié que je suis devenu écologiste. Dans la famille, on était tous militaire ou paysan. Personnellement, j’aurais préféré l’armée, mais, après une expérience militaire en Indochine, je suis redevenu paysan. Il fallait bien reprendre la terre ! J’habite aujourd’hui, à Momas, ce qui est sans doute la plus vieille maison béarnaise : 1194 est la date inscrite au fronton de la porte. Dans cette maison, j’ai fait longtemps de l’élevage biologique. C’est en tant qu’agrobiologiste que je peux parler d’écologie.

Vous vous revendiquez comme écologiste ?

Je crois que dans l’écologie, il y a deux écoles rivales. Il y a d’abord une école matérialiste dont le fondateur est Ernst von Haeckel, célèbre biologiste allemand, mort en 1919, qui pensait que « la politique c’est de la biologie appliquée ». Darwinien résolu, ses théories ont été récupérées pour justifier le racisme ou l’eugénisme. Et puis il y a une autre école à laquelle je m’honore d’appartenir. Si l’on se réfère à l’étymologie, oikos désigne l’habitat. Et logos, c’est la science bien sûr, mais pour nous chrétiens, c’est aussi le logos. Le Verbe, « par qui tout a été fait » et qui est présent dans la création. Il nous faut raisonner selon ce logos, en sachant que la création nous ramène toujours au Créateur. Je préférerais d’ailleurs parler d’écosophie : il s’agit d’examiner avec sagesse la nature de manière à l’empêcher de déchoir. Lorsque je parle de la nature, j’envisage bien sûr d’abord la nature qui nous entoure, mais j’y inclus notre propre nature. Qu’on le veuille ou non, il y a une dimension morale de l’écologie, qui consiste à aimer ce qui nous fait vivre et à détester ce qui nous fait mourir. Toute la Bible, la Loi et les Prophètes, c’est cela !

Pourquoi faut-il tant tenir à la nature ?

La création telle qu’elle se présente à nous est réglée par une loi homéostatique et on peut dire que la nature, c’est cela. Lorsqu’il y a un coup de chaleur par exemple, on constate que ce sont plutôt des fleurs claires qui poussent et qui repoussent la chaleur. Au contraire, dans le froid, on a plutôt une végétation sombre. C’est lorsque l’homme ne respecte pas cette autorégulation qu’apparaît le désert, que ce soit au Sahara ou au Negueb. C’est le professeur Louis Kervran, qui, à la fin des années 1950, a découvert cette propriété de la matière vivante, que sont les transmutations biologiques à faible dégagement d’énergie, à partir d’éléments naturels stables pour aboutir à d’autres éléments naturels. Il a observé par exemple que dans un sol où manque le calcium, on voit proliférer les ravenelles, qui en contiennent beaucoup et qui, en mourant le lui restituent. Il fait la même remarque à propos des prêles, qui apportent de la silice. Les plantes sont de véritables laboratoires, qui sont capables de transmuter certains éléments du sol en d’autres. Elles peuvent aussi apporter beaucoup à notre organisme. On peut dire qu’on touche du doigt le rêve des alchimistes, qui était de transformer le plomb en or : en ajoutant ou en retirant une particule à un atome, on change un corps. Les travaux du professeur Kervran n’ont pas encore été exploités selon leur véritable portée !

Vous croyez vraiment qu’il est question de cette régulation homéostatique dans la Bible ?

Non bien sûr, ce n’est pas à la Bible de nous parler de cela. Mais la Bible (comme d’ailleurs le livre iranien de l’Avesta) nous présente Adam, au commencement, sous les traits d’un jardinier. Son rôle est d’entretenir la création et Dieu le prévient que dans le jardin, il y a un fruit venimeux. Le Créateur le prévient qu’il ne faut pas le manger, mais lui ne veut pas l’écouter. Il croit que le Jardin, c’est sa chose à lui. Et du coup aujourd’hui, il ne nous reste plus que le souvenir de cet état bienheureux, alors que sur la terre en ce moment la ronce est plus fréquente que l’arbre à pain. Cette image d’Adam comme jardinier de l’univers est corroborée dans le Nouveau Testament. Lorsque le Christ apparaît après sa résurrection à la personne qui nous ressemble le plus, cette pécheresse de Marie-Madeleine, il lui apparaît sous les traits du jardinier. Il est le nouvel Adam, qui est là pour rédimer la création qu’Adam a perdue.

Vous voulez dire que nous devons nous aussi cultiver notre jardin ?

Je crois que c’est à partir de notre service de la nature que nous revenons au Créateur de la nature, pour lui rendre ce qu’il nous a donné. C’est le circuit de l’amour, qui est toujours la restitution du don. Rendre à Dieu ce qui nous a été donné par Dieu. Pour nos ancêtres, qui étaient des agriculteurs itinérants, le circuit de l’amour a pu commencer par la méditation d’une bouse de vache. On constate que la touffe d’herbe qui sort de la bouse de vache est plus vigoureuse que celle qui sort du sol. En rendant ce qu’on lui a donné, la vache contribue à l’amélioration du sol. Eh bien ! Nous aussi, il nous faut rendre tout ce que Dieu nous a donné et c’est lui qui va nous transmuter dans la résurrection. Regardez la résurrection du Christ : n’est-ce pas une transmutation atomique du corps physique du Christ en un corps de gloire ?


 

Alexis Arette en huit dates :

Né en 1927. Part en Indochine en 1949 (blessé, légion d’honneur médaille militaire). 1953 : reprend la ferme de ses parents. 1957 : premier paysan de France, interviewé à ce titre par Jacques Chancel. 1967 : crée le festival de Siros, dédié à la chanson béarnaise. 1970 : vice-président de l’Académie de Béarn. 1984 : président de la Fédération Française de l’Agriculture. 1988 : conseiller régional d’Aquitaine.

Objection