Agriculture & terroirs

Le drame des abeilles :

Sven Niel installé à Tréogat (29) lance un cri d’alarme. Comme de nombreux apiculteurs en pays Bigouden, ces ruches sont décimés par une mortalité hors norme. « Sur 22 ruches, il m’en reste une », témoigne t-il. « En 30 ans, 80 % des insectes ont disparu en Europe, les abeilles ne sont pas épargnés ». Si plusieurs facteurs peuvent être à l’origine de ce « syndrome d’effondrement des colonies », Dans le collectif pointe plus particulièrement l’utilisation des pesticides. Leur enquête auprès de 21 apiculteurs (196 ruches) de la région fait apparaitre un taux de mortalité moyen de 65 %. « Du jamais vu » selon eux.

Les agriculteurs sont-ils les nouveaux esclaves de notre temps ?

Chaque année, à la fin du mois de février, les médias se mettent à parler du monde agricole, de ses difficultés et des défis qu’il doit relever, tandis que les hommes politiques, du président au conseiller général, se préparent au marathon de quelques heures qu’ils vont effectuer au Salon de l’Agriculture. Chaque année, c’est donc le même rituel, les mêmes déplorations, les mêmes coups de menton, et cette année ne rompt pas avec cette tradition qu’il conviendrait pourtant de critiquer et d’amender, car chaque année, la situation globale des agriculteurs semble bien empirer et les campagnes paysannes poursuivre leur lent et inexorable mouvement de désertification et d’uniformisation paysagère… La surface agricole utile ne cesse de diminuer et, désormais, elle est bien en dessous de la moitié de la superficie totale de la métropole, ce qui peut, légitimement, inquiéter quand on sait que la population française, elle, poursuit sa progression numérique. Dans le même temps, la surface des exploitations, de moins en moins nombreuses, continue à grossir, et les projets d’agriculture intensive de type « ferme des mille vaches » se multiplient, au nom de la « nécessaire compétitivité », et suivant le modèle développé en Allemagne et aux Pays-Bas, modèle qui leur a permis de dépasser la France au rang des pays exportateurs de produits agricoles : la quantité, mais pas forcément la qualité, paraît privilégiée quand les statistiques sont en jeu.

 

Ainsi, le « pétrole vert » de la France semble-t-il s’épuiser, et le désespoir des agriculteurs n’est pas feint, même s’il semble vain au regard des mécanismes contemporains d’une société de consommation dont la mondialisation a aggravé encore les effets délétères sur le monde paysan, condamné à devenir le serf du Marché mondial et de la Grande Distribution, comme des désirs qu’elle suscite pour s’assurer encore de meilleurs profits sans, pour autant, vouloir les partager avec les producteurs agricoles de base. Bien sûr, tous les agriculteurs français ne sont pas logés à même enseigne, et quelques grands exploitants tirent très bien leur épingle du jeu quand les moyens et petits agriculteurs conventionnels sont trop étranglés par les dettes et les contraintes administratives pour pouvoir, à long terme, survivre dans ce monde concurrentiel. Que les produits agricoles du Mercosur (Marché commun du Sud, constitué de cinq pays d’Amérique du Sud, dont l’Argentine et le Brésil) arrivent bientôt sur les marchés européens et risquent de fragiliser un peu plus le monde agricole français, n’est que la conséquence d’un libre-échangisme que l’Union européenne a, depuis ses origines, favorisé et qu’elle ne remettra pas en cause, malgré les déclarations impérieuses du président Macron : ce dernier, qu’il le veuille ou non, reste et restera coincé par les mécanismes européens et leur logique « libéraliste » qui empêchent toute mesure « protectionniste » de nos marchés comme de nos producteurs. Et l’on entendra le chœur des pleureuses qui, après coup, viendra nous expliquer que tout cela est fort regrettable mais qu’il faut bien se résoudre à accepter cette règle générale pour ne pas faire le jeu des « populismes », bien plus dangereux (selon eux…) que les grandes firmes agro-industrielles mondialisées qui asservissent les agriculteurs à leur ordre maudit ! C’est d’ailleurs toujours le même processus et le même discours depuis quatre décennies au moins, et, pendant ce temps-là, le nombre d’agriculteurs diminue, encore et toujours, suivant la logique Mansholt qui visait, effectivement, à cette diminution : c’était aussi un moyen efficace de faire disparaître une opposition paysanne qui a toujours fait peur aux féodalités urbaines… Moins de paysans, donc moins de « fourches levées », pensait-on dans les couloirs de Bruxelles et des palais de la République !

 

Et si ce calcul ne fonctionnait plus ? Si de nouveaux paysans « reprenaient la terre » plutôt que de la laisser « partir » entre les mains d’investisseurs spéculateurs chinois ou coréens, entre autres ? Si le monde agricole se « réinventait » en retrouvant le sens et la cause de la terre ? Si le « redéploiement rural » devenait réalité ?

 

Puisque la République est impuissante à protéger les terres et les agriculteurs de notre pays, non par manque de moyens mais par manque de volonté et de perspective à long terme, il n’est pas interdit de se poser la question d’une Monarchie royale dont le comte de Paris disait qu’elle devait reposer sur des bases paysannes et des bases ouvrières, et qui pourrait mener une nouvelle politique de réenracinement agricole, mieux adaptée au besoin d’équilibre et de partage de nos sociétés contemporaines. Utopie ruraliste, doublée d’une utopie monarchiste ? Si l’on se contente de quelques écrits sans conséquences, sans doute. Mais si l’on pense un nouveau projet de société sans oublier les réalités du présent, réalités qu’il s’agit, non seulement de changer, mais de bouleverser par une autre manière d’imaginer l’avenir et ses racines, et si l’on permet aux idées de s’incarner dans des projets multiples à l’échelle du pays et selon la grande diversité de ses particularités, tout devient, en ce domaine, possible… même le meilleur ! Encore faut-il le vouloir, et que la magistrature suprême de l’État le veuille aussi, ou le permette en rétablissant son autorité politique, autorité nécessaire et légitime sur les féodalités économiques et financières qui ne doivent plus imposer à notre société et à ses producteurs agricoles leurs dogmes et leur « règne d’or et de boue »… A la boue putride des scandales agro-alimentaires, nous préférerons toujours cette terre vivante et créatrice qui ennoblit les travailleurs des champs, et qui est source de « vraies richesses », de celles qui ne sont pas toutes économiques

 

Jean-Philippe Chauvin

Au nom du rendement…

Enfin des journalistes qui se mouillent au 12 45 de M6 ! Vitamine C : une pomme hier = 100 pommes aujourd’hui. Vitamine A : une orange hier = 21 oranges aujourd’hui. Calcium : quatre fois moins dans le brocoli etc.
Il est URGENT de PRENDRE CONSCIENCE, pour votre santé et celle de vos enfants que vos aliments sont devenus des coquilles vides… de nutriments !! Info : http://www.aloeverasante.net/
Être aussi conscient qu’il existe des solutions pour une santé durable. Avec notre délicieuse gamme FiguActiv de LR, nous sommes assurés d’apporter à notre organisme tous les nutriments nécessaires à notre santé ! Car OUI la complémentation en vitamines, minéraux, protéines, fibres etc sont devenus indispensables dans nos pays « civilisés » car pour retrouver les qualités nutritionnelles d’un fruit ou d’un légume des années 1950, il faudrait aujourd’hui en manger une demi-cagette ce qui est impossible ne serait ce qu’a cause du nombre de calories à ingérer ! Cela a été prouvé par l’étude SU.VI.MAX menée en France de 1994 à 2003.

L’ étude Suvimax à d’ailleurs été reconduite et de nouvelles comme l’étude SU.FOL.OM3 ont été également développé durant cinq ans et ont démontré l’importance de la supplémentation pour une bonne santé.
SU.VI.MAX (SUpplémentation en VItamines et Minéraux Anti-oXydants)
SUVIMAX nous montre la limite de notre alimentation et le rôle prépondérant joué par la supplémentation pour la prévention des pathologies.
Alors prenez des compléments alimentaire comme les boissons a l’aloe vera LR, Probiotic PRO 12, Colostrum, Super Omega 3, Probalance, Freedom Plus, Cistus Incanus, VitaActiv, Reishi Plus, …

Les compléments alimentaires sont des sources concentrées de nutriments (vitamines, acides aminés, sels minéraux, acides gras, plantes et extraits de plantes).

Pourquoi une pomme des années 1950 équivaut à 100 pommes d’aujourd’hui? Avec l’augmentation des rendements agricoles, nos aliments sont devenus des coquilles vides… de nutriments. Combien de pêches, d’oranges, de brocolis faut-il ingurgiter pour retrouver les bienfaits d’il y a un demi-siècle? Mordre à pleines dents dans une pêche et avaler… de l’eau sucrée. Manger toujours plus, pour se nourrir de moins en moins. Tandis que, dans les pays développés, nos apports en calories augmentent, la plupart des aliments non transformés que nous consommons – fruits, légumes et céréales – deviennent des coquilles vides sur le plan nutritionnel. Une dizaine d’études d’universités canadiennes, américaines et britanniques, publiées entre 1997 et aujourd’hui, font état d’une dégringolade de la concentration en nutriments dans nos aliments. Ces travaux résumés dans l’étude « Still no free lunch » de Brian Halweil, chercheur au Worldwatch Institute confirment l’essor de la « calorie vide » : grasse, sucrée, mais inutile pour la santé. Même dans les aliments réputés sains, vitamines A et C, protéines, phosphore, calcium, fer et autres minéraux ou oligo-éléments ont été divisés par deux, par vingt-cinq, voire par cent, en un demi-siècle. Pour retrouver les qualités nutritionnelles d’un fruit ou d’un légume des années 1950, il faudrait aujourd’hui en manger une demi-cagette !
Vitamine C : une pomme hier = 100 pommes aujourd’hui

 

Hier, quand nos grand-parents croquaient dans une transparente de Croncel, ils avalaient 400 mg de vitamine C, indispensable à la fabrication et à la réparation de la peau et des os. Aujourd’hui, les supermarchés nous proposent des bacs de Golden standardisées, qui ne nous apportent que 4 mg de vitamine C chacune. Soit cent fois moins. « Après des décennies de croisements, l’industrie agroalimentaire a sélectionné les légumes les plus beaux et les plus résistants, mais rarement les plus riches sur le plan nutritif », déplore Philippe Desbrosses, docteur en sciences de l’environnement à l’université Paris-VII et militant pour la préservation des semences anciennes.
Vitamine A : une orange hier = 21 oranges aujourd’hui
Précieuse pour notre vue et nos défenses immunitaires, la vitamine A est en chute libre dans 17 des 25 fruits et légumes scrutés par des chercheurs canadiens dans une étude synthétisée pour CTV News. Le déclin est total pour la pomme de terre et l’oignon qui, aujourd’hui, n’en contiennent plus le moindre gramme. Il y a un demi-siècle, une seule orange couvrait la quasi-totalité de nos besoins quotidiens – les fameux AJR (apports journaliers recommandés) – en vitamine A. Aujourd’hui, il faudrait en manger 21 pour ingurgiter la même quantité de la précieuse vitamine. De même, une pêche des années 1950 équivaut à 26 pêches aujourd’hui. etc

Quand le darwinisme agroalimentaire fait le malheur des agriculteurs :

Le Salon de l’agriculture vient d’ouvrir ces portes samedi dans un climat morose pour les campagnes françaises et ceux qui en travaillent la terre : 2016 a été une « année noire pour la « ferme France » », comme le titre La Croix dans son édition dominicale. Ce que l’on peut illustrer, par exemple, par le fait inquiétant que « le nombre de défaillances dans le secteur du lait n’a cessé d’augmenter l’an dernier. (…) Elles ont fait un bond de 30 %, la Bretagne étant même en première ligne avec 100 entreprises d’élevage en redressement ou liquidation, deux fois plus qu’en 2015 » (Le Figaro, samedi 25-dimanche 26 février 2017). « Nombre d’agriculteurs travaillent à perte », est-il écrit dans ce même article… Et La Croix de renchérir en soulignant que « près de 132.000 (exploitants agricoles) – soit le tiers de l’effectif global – auraient touché, cette année-là (2015), un salaire inférieur à 354 euros mensuels, soit moins que le Revenu de solidarité active (RSA) ». Oui, vous avez bien lu : moins de 354 euros mensuels pour des personnes qui travaillent souvent plus de 50 heures par semaine ! Un véritable scandale qui ne s’est pas démenti en 2016, bien évidemment… C’est une situation économique et sociale difficilement tenable, mais qui, malgré tous les plans et toutes les promesses gouvernementales, est devenue structurelle, comme si la République avait, là aussi, baissé les bras et cédé devant des pressions et des habitudes économiques liées à la mondialisation et au capitalisme dominant et « néo-féodal » (le sens du service en moins).

Car il faut bien désigner ce qui a rendu possible cette situation épouvantable pour les hommes et femmes des champs et des étables : un capitalisme débridé qui ne compte qu’en termes comptables et de profits démesurés, aux dépens du travail et des travailleurs, mais aussi des animaux, des végétaux et des espaces rapportés à leurs potentialités productives, sans regard ni pour l’environnement ni pour la biodiversité locale, pourtant souvent adaptée, sur le plan agricole, à son milieu d’origine et d’exploitation parfois multiséculaire. Ce capitalisme prend les formes du productivisme et d’une sorte de « darwinisme agroalimentaire » qui réduit à quelques espèces seulement le catalogue des plantes et des bêtes agricoles : sait-on que, chaque année, plusieurs dizaines de milliers d’espèces végétales et animales disparaissent de par le monde et que, pour la plupart, ce sont des espèces agricoles ? En France même, si l’on s’intéresse au bétail, il sera facile de constater les ravages de cette sélection qui n’a rien de naturelle… D’ailleurs, la vache Bretonne Pie-noire, dont Fine, la tête d’affiche du Salon de l’agriculture 2017, est issue, a bien failli disparaître il y a quelques années alors que l’on en comptait environ 1,4 millions de spécimens en 1850 et seulement 2.500 en 2010. D’autres, comme la Brayonne, la Cotentine ou la Bretonne Pie-rouge, n’existent plus du tout, et seules quelques photos de foires et marchés anciens attestent de leur existence passée…

Dans son livre « L’agriculture assassinée » publié dans les années 1980, le journaliste agricole royaliste Jean-Clair Davesnes, connu aussi sous le nom de Paul Serry dans les colonnes d’Aspects de la France (l’ancien titre de l’Action française), dénonçait avec une virulence particulière le processus des années 1950-1970 qui avait mené l’agriculture française à la dépendance aux marchés mondiaux et à l’endettement qui en avait, par le même mouvement, résulté, mais aussi fustigeait  l’imposition d’un modèle d’agriculture de moins en moins paysanne et de plus en plus « rentable » (surtout pour les grands groupes agroalimentaires) à défaut d’être de qualité : « En une génération, des dizaines de races bovines ont été anéanties ou réduites à quelques unités de musée, des éleveurs indépendants et responsables sont devenus des agents d’exécution appuyant sur un bouton pour distribuer de la nourriture en granulés ou mettre en marche un tapis roulant évacuant le fumier.

« Pour en arriver là, il a fallu mettre en œuvre une politique violente de contrainte et de destruction dont les trois éléments furent la Loi de l’élevage de 1966 (1) – qui a fait proliférer une bureaucratie inutile, sclérosante et parfois stupide -, la dictature de l’insémination artificielle – qui a anéanti l’indépendance des éleveurs en leur enlevant le moyen même de cette indépendance c’est-à-dire la sélection de leur cheptel et le choix des géniteurs -, enfin l’utilisation généralisée de la Frisonne-Holstein – qui a transformé la vache laitière en usine à lait, « robotisé » le travail de l’éleveur et appauvri de façon dramatique tout le potentiel génétique du cheptel bovin français. (…)

« La réduction des races dans les différentes espèces animales domestiques a toujours été l’objectif de certains esprits simplificateurs voulant appliquer à l’agriculture et à l’élevage les méthodes de production employées dans l’industrie. (…)

« Dans l’espèce bovine, c’est l’insémination artificielle qui a été le vecteur de l’élimination des races. (…) Un autre facteur d’élimination des races bovines fut le développement de la production laitière, la constitution d’énormes complexes industriels laitiers, privés ou coopératifs, ou les deux à la fois, où s’enchevêtrent de multiples intérêts n’ayant rien à voir avec ceux des producteurs de lait mais pour lesquels une seule chose compte : la production de masse. »

Ce darwinisme agroalimentaire, qui semble mineur à première vue, est l’une des causes de la crise actuelle des éleveurs français (mais elle n’est évidemment pas la seule !), et il s’inscrit dans une logique qui est celle de la massification et de la Grande distribution : celle-ci prend les traits, en France, des élevages suréquipés en informatique (2), mais aussi de ces hangars qui enferment des dizaines de milliers de poulets ou de cette « ferme des mille vaches », ferme concentrationnaire de bovins, que dénonce régulièrement Alain Finkielkraut et les syndicalistes de la Confédération Paysanne, malheureusement en vain…

Si l’on veut sauver les agriculteurs français, il faudra bien un jour penser un autre modèle que celui qui orchestre depuis trop longtemps le malheur des campagnes… L’agriculture biologique et locale, encore faible en poids économique et social, peut participer de ce nouveau modèle souhaitable et nécessaire d’une agriculture paysanne qu’il s’agit de promouvoir et d’étendre, au bénéfice des femmes et des hommes qui veulent vivre de leur travail, à la terre comme à l’étable, mais aussi des consommateurs.

Notes : (1) : La Loi sur l’élevage du 28 décembre 1966, signée par Edgar Faure mais préparée sous son prédécesseur Edgard Pisani par Jacques Poly, un généticien, compte 18 articles qui organisent la sélection et l’insémination des bovins, ovins, caprins et porcins selon des critères appréciés, en définitive, par les généticiens et le Ministère de l’agriculture, et les rendent obligatoires, sous peine d’amendes : c’est la mise sous tutelle de la reproduction animale agricole pour les espèces sus-citées, au nom de « l’amélioration génétique du cheptel »… A relire les articles de cette loi, j’avoue un certain malaise et une certaine inquiétude : c’est une loi qui peut rappeler bien des souvenirs à ceux qui ont lu les textes d’anticipation d’Orwell et d’Huxley…

(2) : un équipement informatique et de robots, désormais très « tendance », mais rarement rentabilisé : « c’est encore une source importante et supplémentaire d’endettement », me disait un agriculteur de la vieille école il y a quelques années, en signalant aussi que « la mise aux normes, principalement européennes » grevait aussi lourdement le budget des éleveurs.

Jean-Philippe Chauvin

L’avenir de l’agriculture biologique :

De tous les siècles qui se sont succédé depuis Clovis, le XXème siècle reste celui qui demeure le plus funeste pour la civilisation paysanne. Et c’est aussi le seule siècle qui dans l’histoire de la France n’aura connu que la république comme régime politique. Hasard nous diriez-vous ? Non ! L’un étant la conséquence de l’autre !
Les campagnes françaises sont aujourd’hui délaissées, dévitalisées, comme asséchées par une République qui, fondamentalement, n’a jamais aimé le monde paysan, qualifiant, à l’instar de la bourgeoisie urbaine soutenant Jules Ferry, la campagne de « cambrousse », terme méprisant issu du langage colonial, mais faisant, au moins le temps des élections, les yeux doux aux électeurs ruraux qu’il fallait arracher jadis au pouvoir du clergé et des notables monarchistes du XIXe siècle…

Mais ce qu’un gouvernement de décadence a détruit, un gouvernement de salut de la patrie peut le refaire. On peut revenir l’avortement, on peut arrêter la décadence des mœurs, on peut interrompre l’immigration massive. Pour cela il faudra un sursaut d’énergie nationale qui, avant tout, remettra en honneur la société paysanne, la terre qui ne ment pas et, sur le plan agronomique s’inspirera des principes de l’agriculture biologique, c’est-à-dire renouera avec les traditions paysannes de toujours.

Une monarchie qui romprait avec les féodalités financières et l’esprit d’abandon, qui retrouverait le souffle et la pratique d’un Sully et valoriserait l’agriculture « à taille humaine » sans négliger les enjeux de l’économie, serait plus efficace que cette République aux abois qui ne sait que faire des agriculteurs si ce n’est de roucouler devant eux chaque année au salon de l’agriculture !

La lutte pour l’emploi en Bretagne.

agriculteurs bretons

Les agriculteurs bretons sont, une fois de plus, sur les routes de l’Ouest pour défendre leur emploi, tout comme, dimanche 24 janvier, des milliers de personnes étaient à Brest pour la même raison, pour maintenir des emplois, ceux du Crédit Mutuel Arkéa, troisième employeur de la région avec 6.500 salariés, emplois aujourd’hui menacés par un projet de fusion avec la branche de l’Est du Crédit Mutuel que souhaite réaliser la Confédération nationale de ce groupe bancaire : c’est un vent de colère qui souffle à nouveau en Bretagne, et qui pourrait, une fois de plus, décoiffer Marianne…

Il faut être clair : depuis l’été, rien n’a vraiment changé pour le monde agricole, piégé par un système qui demande toujours des prix plus bas aux producteurs alors qu’ils ne rentrent déjà plus dans leurs frais de production. Le gouvernement n’arrive pas à faire entendre raison au monde des transformateurs, eux-mêmes frappés durement par la concurrence déloyale des abattoirs allemands (qui utilisent une main-d’œuvre étrangère à très bas coût, parfois moins de 600 euros mensuels), ni au secteur de la Grande distribution, du moins la partie la plus mondialisée de celle-ci. Le problème n’est-il que français ou européen ? Même pas, car c’est tout le système de la mondialisation qui, en définitive, est vicié, et qui détruit plus d’emplois qu’il n’en crée dans notre pays et dans nos régions. Une mondialisation globale qui n’est plus, désormais, que « la guerre de tous contre tous », au moins sur le plan commercial, économique et social. Cela signifie-t-il que l’internationalisation des échanges était forcément destinée à tourner ainsi ? Peut-être pas, et il me faudra en reparler…

Pour l’heure, la Bretagne souffre, une fois de plus, et elle doit se battre, à nouveau, pour « Vivre, décider et travailler au pays », comme le clamaient, il y a déjà plus de quarante ans, les affiches des militants bretons, y compris des royalistes de la Nouvelle Action Française, solidaires des ouvriers du « Joint français » de Saint-Brieuc en 1972 ou de ceux de l’industrie de la chaussure à Fougères en 1977. Un combat qui pourrait bien rappeler les responsabilités de la République centrale dans les multiples crises sociales qui affectent la Bretagne et, au-delà, notre pays tout entier…

Jean-Philippe Chauvin

Pierre Rabhi ou la sagesse paysanne :

Pierre Rabhi

« Il y a aujourd’hui à repenser la vie sur un mode qui soit à la fois sobre et puissant. Je crois beaucoup à la puissance de la sobriété. Je ne crois pas à la puissance des comptes en banque. La vraie puissance est dans la capacité d’une communauté humaine à se contenter de peu mais à produire de la joie. Notre société déborde de tout, mais nous sommes un des pays les plus consommateurs d’anxiolytiques, pour réparer les dégâts que produit la « société de la matière » ! Nous sommes une espèce de planète psychiatrique. Combien de souffrances produisons-nous? Les citoyens ne sont pas véritablement conscients de l’enjeu de l’écologie que nous sommes obligés d’avoir une écologie politique pour lui donner une place au forceps. (…) La civilisation moderne est la civilisation la plus fragile de toute l’histoire de l’humanité. Plus d’électricité, de pétrole, de télécommunications et la civilisation s’écroule. Elle ne tient sur rien du tout. »

« Le progrès ne libère pas. (…) Il faut que l’humanité se pose la question: le progrès, pour quoi faire ? Et avant : qu’est-ce que vivre ? S’il s’agit juste de consommer, je n’appelle pas ça la vie, cela n’a aucun intérêt. Nous sommes devenus des brigades de pousseurs de caddies. Cela me terrifie. Nous sommes revenus au néolithique : nous sommes des cueilleurs, nous passons dans les rayons et nous cueillons. Tout cela n’est pas bon. On a évoqué la décroissance, qui est considérée comme une infamie dans le monde d’aujourd’hui : remettre en cause la croissance ! Au Moyen Âge, j’aurai été brûlé vif. Le progrès technologique ne rétablit pas de l’équité dans le monde, au contraire. Une minorité en bénéficie. Ce ne sont pas les pays en voie de développement qui consomment le plus de voitures ou de frigos. C’est un leurre de dire que la planète ne pourra pas suffire, parce que nous serons plus nombreux. C’est une injustice totale : sur 7 milliards d’humains aujourd’hui, la moitié n’a pas accès à la nourriture pendant que les autres se bâfrent et gaspillent à outrance. Un cinquième de l’humanité consomme les 4/5 ème des ressources produites. Ce serait très pernicieux d’invoquer la démographie pour dire qu’on ne va pas s’en sortir. Non! Plusieurs milliards d’humains ne s’en sortent déjà pas. Ce ne sont pas les pauvres qui épuisent les ressources. La démographie n’est pas en cause. Je sens cet argument s’insinuer de façon vicieuse. Aujourd’hui, les jeunes ne savent pas quelle place ils auront et s’ils auront une place dans l’avenir»

« Vous pouvez manger bio, recycler votre eau, vous chauffer à l’énergie solaire, tout en exploitant votre prochain, ce n’est pas incompatible! Le changement radical de la société passe par une vision différente de la vie. L’humain et la nature doivent être au cœur de nos préoccupations. (…) Voilà ce qu’une civilisation digne de ce nom devrait pouvoir fournir à tout le monde. Aucun bonheur n’est possible sans la satisfaction des besoins vitaux. Notre civilisation a la prétention de nous libérer alors qu’elle est la civilisation la plus carcérale de l’histoire de l’humanité. De la maternelle à l’Université, nous sommes enfermés, ensuite tout le monde travaille dans des boîtes. Même pour s’amuser on va en boîte, assis dans sa caisse. Enfin, on a la boîte à vieux quand on n’en peut plus, qu’on est usé, avant de nous mettre dans une dernière boîte, la boîte définitive ». « Ceux qui ont de l’argent, commettent un hold-up légalisé sur le bien de tous. Un vol illicite mais normalisé par la règle du jeu. L’argent rend l’humanité complètement folle et démente. Aujourd’hui, on achète le bien des générations futures. Je possède de la terre, mais je suis prêt à dire que ce n’est pas la mienne. Je l’ai soignée pour qu’elle soit transmise à mes enfants ou à d’autres gens. (…) Ce que je regrette, c’est qu’on ne se mette pas sur la voie du changement. Ce modèle a été généré par l’Europe. La première victime de ce nouveau paradigme, cette nouvelle idéologie, c’est l’Europe elle-même. (…) Nous sommes dans un système «pompier-pyromane»: il produit les dégâts et prétend en plus les corriger. On met des rustines au lieu de changer de système : ce n’est pas une posture politique intelligente. »

Pierre Rabhi

La République n’est pas l’avenir de la ruralité :

villagelemonnal

Le président et quelques membres du gouvernement étaient lundi en HauteSaône pour évoquer la ruralité : en fait, il s’agissait surtout de faire « campagne à la campagne » sans apporter de vraies réponses aux problèmes du monde rural et aux défis qu’il doit relever en ces temps de mondialisation et de métropolisation effrénées, l’une entraînant l’autre. Et pourtant ! Je ne suis pas loin de penser que l’avenir de notre pays se joue en grande partie au-delà des villes et des aires urbaines, comme le déclarait plus vivement que moi il y a plus de deux décennies le journaliste agricole Jean-Clair Davesnes, royaliste impénitent qui écrivait sous le nom de Paul Serry dans les colonnes d’Aspects de la France, alors hebdomadaire de l’Action Française.

Les campagnes françaises sont aujourd’hui délaissées, dévitalisées, comme asséchées par une République qui, fondamentalement, n’a jamais aimé le monde paysan, qualifiant, à l’instar de la bourgeoisie urbaine soutenant Jules Ferry, la campagne de « cambrousse », terme méprisant issu du langage colonial, mais faisant, au moins le temps des élections, les yeux doux aux électeurs ruraux qu’il fallait arracher jadis au pouvoir du clergé et des notables monarchistes du XIXe siècle… Désormais, le nombre décroissant d’agriculteurs et leur dépendance, parfois plus subie que voulue, aux logiques du Marché en ont fait, non des agneaux, mais des vassaux malgré eux d’un système dont il leur est difficile de s’échapper sans encourir les foudres de l’Administration ou de la Commission européenne, et la hargne de quelques journalistes prompts à les traiter de « poujadistes » ou de « populistes », termes censés les discréditer aux yeux de l’Opinion : la République a atteint son but, croit-elle, désarmant les agriculteurs et les autres ruraux de leur capacité d’efficace révolte et les cantonnant, non sans la sourde crainte d’une chouannerie toujours possible, au rôle d’émeutiers éphémères vite rappelés aux devoirs de la terre.

J’ai croisé cet été de ces exploitants agricoles désespérés de ce rôle auquel la République voudrait bien les limiter avant que de les réduire définitivement, au prétexte de la productivité et d’une modernité pourtant piégeuse, à un souvenir folklorisé, comme elle l’a fait pour les provinces anciennes. Désespérés et néanmoins conscients, mais politiquement isolés car n’ayant plus de véritables relais au cœur des institutions, si ce ne sont quelques élus de bonne volonté, de toutes les tendances, mais souvent impuissants à renverser les pesanteurs de l’idéologie dominante, « libérale et urbaine »

Pourtant, la messe n’est pas dite : les initiatives au sein du monde rural se multiplient depuis quelques années et les propositions ne manquent pas, ni même les réalisations, parfois en marge des mécanismes du Marché et de la société de consommation. Jean-Clair Davesnes militait pour le développement de l’agriculture biologique et une forme de « retour à la terre », formule aujourd’hui déconsidérée non pour ce qu’elle signifie mais pour l’usage qui a pu, en d’autres temps tragiques, en être fait, et à laquelle je substitue celle de « redéploiement rural » : ces pistes sont sans doute à suivre et à creuser encore, et elles ne pourront donner leur pleine mesure que lorsque l’Etat sera assez solide pour oser une véritable politique nationale d’aménagement du territoire, s’inscrivant aussi dans une sorte de fédéralisation de notre pays qui permettra à chaque collectivité, de la commune à la région, de pouvoir poursuivre et amplifier, à son rythme et avec ses particularités propres, cette « remise en vie » des territoires ruraux. Il y a fort à parier que cet Etat-là ne sera pas la République actuelle, ni la République tout court…

Jean-Philippe Chauvin

 

La crise agricole : la République incapable et impuissante.

Le monde agricole est à nouveau en crise : en fait, il n’a jamais cessé de l’être depuis ces dernières décennies, et la baisse régulière, dramatique en fait mais révélatrice, du nombre d’exploitations agricoles en France (comme en Europe), en administre la preuve la plus visible tout comme la disparition de la présence paysanne dans les campagnes, de plus en plus désertifiées dans celles qui, néanmoins, gardent une vocation d’abord agricole. En même temps, le chômage qui touche les zones rurales entraîne le départ des populations les plus jeunes vers les villes ou leurs périphéries, ce qui accentue encore ce mouvement de désertification.

Aujourd’hui, c’est la question des prix de la viande et du lait qui jette les éleveurs dans la rue, ou plutôt sur les routes. Mais, au-delà, c’est ce sombre désespoir et cette peur de mourir qui animent la colère des éleveurs, victimes d’un système absurde et mortifère pour les plus faibles, ce système agroalimentaire mondialisé et libéralisé qui privilégie l’argent et la manipulation des cours et des prix plutôt que le labeur et la peine des hommes : est-il normal que des agriculteurs qui travaillent parfois plus de 70 heures par semaine soient réduits à mendier des subventions et ne puissent pas vivre des produits de leur ferme ?

Surprise par la vivacité d’un mouvement qui embrase tout l’Ouest et bien au-delà, le gouvernement de la République cherche d’abord à éteindre l’incendie mais il avoue vite son impuissance devant des règles économiques qui le dépassent et dont il ne peut pas se déprendre, prisonnier d’une Union européenne trop libérale pour être favorable aux travailleurs de la ferme et d’une société de consommation qui privilégie toujours le bas coût et le court terme à la qualité, autant des produits que de la vie des campagnes et de ses bras. La grande distribution n’a guère de sentiment quand il s’agit de faire des affaires (à quelques exceptions près, certains directeurs de magasins privilégiant des produits locaux et des producteurs proches), et elle favorise des méthodes de production indignes de notre civilisation et du nécessaire respect autant de la nature que des hommes !

Quand j’entends un éditorialiste télévisuel déclarer qu’il faut « moderniser l’agriculture française », je bondis ! Car, après tout, n’est-ce pas ce que l’on a fait depuis les années 1950, pour le meilleur mais aussi (et au final, surtout…) pour le pire ? Et il faudrait continuer sur cette voie d’une agriculture qui, désormais, sacrifie les agriculteurs aux profits de quelques grandes sociétés, et qui ne voit la nature que comme une source de revenus financiers alors qu’elle est d’abord nourricière, vivante mais aussi fragile et digne d’être respectée, aimée et non violée !

Alors, quelles solutions à la crise actuelle ? Certes, des mesures conjoncturelles sont nécessaires, tout d’abord, pour éviter le drame d’une faillite massive d’exploitations agricoles en France et, à terme, le déclassement de l’agriculture française : des aides financières, des hausses de prix agricoles et des remises de dettes et de charges, entre autres. Mais il faut surtout repenser rapidement et sûrement l’agriculture en France, pour éviter d’autres crises et redonner à ce secteur du souffle tout en le pérennisant : un néocolbertisme agricole est possible en France, pratiqué par un État qui doit permettre aux agriculteurs de vivre de leur métier tout en produisant en quantité et de bonne qualité pour de multiples marchés et, d’abord, ceux qui concernent les consommateurs français eux-mêmes. Favoriser au maximum les circuits courts ; aider les producteurs à diversifier leurs sources de revenus en privilégiant, au-delà de leurs grandes spécialités, des formes de polycultures locales ainsi que l’agroforesterie ; mettre en place, avec les producteurs locaux, de véritables aires de production autour des villes, aires qui fournissent les commerces de bouche locaux (y compris de la grande distribution, avec obligation pour celle-ci d’acheter une part significative de la production agricole locale à de bons prix) ; pratiquer une politique de « redéploiement rural » pour accompagner un mouvement plus général de revitalisation agricole et villageoise… Voilà quelques propositions, et c’est une liste bien incomplète assurément (ce ne sont pas les idées qui manquent !), mais rien ne peut se faire de concret et de durable sans une politique d’État qui rappelle celle de Sully quand, au sortir des guerres de religion, il fallait reconstruire l’agriculture en France. Une politique sur le long terme, audacieuse et ferme face aux grands acteurs financiers de la mondialisation, aux multinationales de l’agroalimentaire et aux pressions des partisans d’un Libre marché globalisé qui n’est rien d’autre qu’un vaste champ de bataille de tous contre tous… Un État qui soit actif sans être intrusif, qui soit ferme sans être dictatorial, qui soit fédéral sans être dispersé…

Il ne s’agit pas de faire de l’étatisme (qui serait aussi dévastateur et vain que le libéralisme sans limites) mais de promouvoir, de soutenir, d’arbitrer, de protéger l’agriculture française et ses acteurs, tout en leur laissant « libre voie » pour s’organiser eux-mêmes pour mieux s’intégrer (et, cette fois, dans de bonnes et justes conditions) aux circuits économiques contemporains sans en être les esclaves ou les victimes.

La République a toujours été ambiguë avec le monde paysan : les amis de Jules Ferry employaient un terme d’origine coloniale, la « cambrousse » pour désigner la campagne, tout en faisant les yeux doux aux agriculteurs électeurs pour gagner les élections… Aujourd’hui, cette même République ne sait comment résoudre la « question agricole », par fatalisme, acceptation totale du libéralisme, ou simple impuissance politique. Là encore, la République n’est pas la mieux placée pour préserver l’agriculture française tout en la rendant à ses fonctions et ses qualités premières : une monarchie qui romprait avec les féodalités financières et l’esprit d’abandon, qui retrouverait le souffle et la pratique d’un Sully et valoriserait l’agriculture « à taille humaine » sans négliger les enjeux de l’économie, serait plus efficace que cette République aux abois qui ne sait que faire des agriculteurs…

Jean-Philippe Chauvin