La Monarchie

Le Roi, pour quoi faire ?

Le royalisme a un message original qui ne cherche pas à promettre mais à fonder, à refonder même, un pacte civique autour d’un État arbitral, fédéral et éminemment politique. Il ne s’agit pas de prendre une revanche sur une République qui, au cours de son histoire, a pu s’incarner en des personnalités fort différentes, d’un Danton corrompu à un de Gaulle détestant l’Argent, et en des idées parfois très antagonistes, de la Terreur liberticide à un conservatisme opportuniste plus prudent, de la Gauche socialiste (ou prétendue telle…) à une Droite libérale-libertaire, etc. mais de créer, d’instaurer un « autre État ».

S’il s’agit bien de remplacer la République, il n’est pas question de faire une chasse aux sorcières qui nous renverrait aux années Valls ou Castaner et à leurs limitations légales de libertés « au nom de la République » ! La Monarchie n’est pas une « contre-République » car elle ne se définit pas, d’abord, par la négation mais par la fondation et l’affirmation : elle n’aurait d’ailleurs aucun souci à utiliser les compétences de tel ou tel ministre de la République trépassée, ne lui demandant pas un passeport idéologique mais une pratique économique ou politique au service de la France.

S’il y avait un roi, pour ce qui est de la crise actuelle de confiance envers l’État, il ne se comporterait ni en magicien ni en charlatan, mais en réaliste et en « imaginatif » : pas de « sceptre magique » mais, parfois, des solutions simples et « de proximité » en exploitant les possibilités d’un véritable aménagement du territoire (vivier d’emplois encore sous-utilisé, par exemple), rendu possible par l’existence de ce fédérateur-né, statutaire, qu’est le roi. Une grande politique d’État, politique royale, impulserait cette réforme territoriale que la République, encore plus bloquante que bloquée, n’ose pas faire, de peur de déplaire aux féodalités locales qui la tiennent.
 
Là encore, le roi n’a pas toutes les solutions mais sa présence en permet plusieurs à la fois, puisqu’il symbolise l’unité du pays, assez fortement pour permettre toutes les initiatives provinciales, locales, nationales possibles : on retrouve là la notion de « levier monarchique » rendu possible par l’indépendance du roi, « né roi » donc libre des jeux électoraux et des pressions patronales ou syndicales

L’ordre, mais quel ordre ?

Dans son intervention télévisée de lundi dernier, le président Macron a évoqué les soucis actuels, comme le rappelle Rémi Godeau dans les colonnes du quotidien L’Opinion, mardi 25 juillet : « Interrogé lundi sur les leçons qu’il tirait des émeutes urbaines, Emmanuel Macron ne s’est pas perdu en explications sociologiques et a répondu d’un seul mot, répété trois fois : l’ordre. Pour atténuer les accents autoritaires de l’injonction, il a précisé : « Notre pays a besoin d’un retour de l’autorité. » ». En somme, il n’a fait que reprendre le sentiment profond et le vocabulaire de ce que l’on peut nommer, sans emphase et sans risque de malentendu le pays réel, ce pays qui n’est pas celui des officines politiques ni des grandes entreprises mondialisées, des groupes idéologiques ni des replis communautaristes ; ce pays réel qui est celui des Français enracinés ou intégrés, travaillant, vivant et aimant en France, dans une pluralité qui se reconnaît une unité supérieure, ce « plus vaste des cercles communautaires qui soient (au temporel) solides et complets) » qu’est la nation, « famille des familles » et cité historique…

« L’ordre, mais quel ordre ? », interrogeait Gérard Leclerc dans l’un des premiers numéros de la Nouvelle Action Française, au printemps 1971 : la question reste toujours actuelle et, surtout, fondamentale. Ce que confirme le criminologue Alain Bauer dans Marianne (20-26 juillet 2023) en rappelant que tout ordre n’est pas forcément bon, et qu’il y a peu, parfois, de l’ordre à sa caricature, déformation profonde de son sens exact : « Le principe de réalité gagne toujours (…). L’ordre aussi. Mais pas n’importe lequel. Ordre criminel, ordre autoritaire, ordre républicain. Il y aura une puissante réaction citoyenne contre la dégradation des conditions de sécurité. Mais nul ne sait encore quel ordre s’imposera. » Déjà, dans nombre de lieux dits de « non-droit », ce sont les clans de trafiquants de drogue qui semblent fixer les nouveaux cadres de « leur » ordre, allant jusqu’à organiser des activités ludiques pour les populations de « leur » territoire quand, dans le même temps, ils structurent véritablement l’écosystème économique et social du lieu concerné, à leur indigne profit. Quant à la tentation de l’autoritarisme, elle répond surtout à un sentiment d’abandon des populations par les élites protégées dans leurs centres-villes. Reste ce que M. Bauer nomme « l’ordre républicain » qu’il conviendrait de renommer l’ordre civique, ce qui serait plus juste et moins ambigu, d’autant plus que, à bien y regarder, c’est bien la République elle-même qui est la principale cause du désordre et de l’insécurité actuelles, par sa démagogie et son inconstance. Un Etat dont la magistrature suprême est régulièrement l’objet de disputes d’ambitieux pour en prendre le contrôle quinquennal peut-il incarner durablement, civiquement et humainement l’ordre nécessaire et juste ?

« L’ordre est la marque de la civilisation, la preuve manifeste que les individus ont soumis leurs passions aux mesures de la raison et qu’entre eux règne la concorde qui seule fonde le bonheur des cités. Il est donc un bien suprême. A sa qualité se juge le degré d’humanité d’une époque ou d’un peuple. » (1) Or, pour que cet ordre soit, encore faut-il un Pouvoir politique qui le permette, le garantisse et le pérennise, même si l’ordre ne peut évidemment pas se réduire à la seule dimension politique : puisque la République n’y parvient plus, ou pas autrement que par le déni (le meilleur moyen de ne rien résoudre du tout, en fait, tout en en donnant l’impression ou, plus exactement, l’illusion) ou par une violence d’Etat maladroite et, surtout, démesurée (comme au moment du soulèvement automnal des Gilets Jaunes en 2018, entre autres), sans doute est-il temps, à nouveau, de reposer la question institutionnelle. Arnaud Dandieu, jeune non-conformiste des années 1930, avait inauguré une formule que nombre de ses contemporains et successeurs allaient aussi faire leur : « Quand l’ordre n’est plus dans l’ordre, il est dans la révolution ». Encore faut-il que cette révolution, elle aussi, ne soit pas la caricature sanglante du retournement, de ce basculement nécessaire vers « autre chose que ce qui domine présentement », et qu’elle soit cette instauration d’un ordre qui, pour notre pays, ne peut être que politique d’abord et évidemment éminemment français. Plus encore qu’une révolution royaliste (qui peut être un passage sans être une obligation), c’est d’une révolution royale dont la France a besoin… Car c’est aussi par le « haut » que peut se faire la révolution politique qui vise à concilier, par la claire définition de l’Etat central et de ses attributions comme de ses limites, l’ordre et les libertés : l’ordre sans lequel les libertés sont impuissantes ; les libertés sans lesquelles l’ordre est indigne.

Jean-Philippe Chauvin





Notes : (1) : Gérard Leclerc, dans la Nouvelle Action Française, numéro 3, avril 1971.



Un remaniement pour rien…


Le gouvernement n’a pas changé de tête et le président n’a pas changé de politique : Mme Borne se succède à elle-même et des politiciens remplacent des techniciens de la société civile maladroits à leur poste, qu’il s’agisse de M. Pap N’Diaye ou M. François Braun. La République, fidèle à elle-même et dans la continuité du précédent gouvernement, montre le pitoyable visage d’un désordre sans fin qui se donne, sous la mine sévère de M. Darmanin, des apparences de fermeté : c’est confondre l’autorité légitime avec l’autoritarisme qui a le défaut de ne rien régler, ni dans les banlieues ni dans les centres-villes, désormais dévastés à chaque (ou presque) manifestation protestatrice ! Les vitrines de Rennes comme celles de Paris ou de Marseille portent les stigmates en contreplaqué de cette situation scandaleuse du « chaos toléré » faute d’être combattu efficacement… Quel échec !!


Pendant que la République fait joujou avec les maroquins ministériels, l’inflation alimentaire atteint les 13% sur un an, tandis que les prix de l’électricité augmentent encore de 10% au 1er août après avoir augmenté de 15% au 1er février, et que les prix des loisirs estivaux et des locations explosent allégrement ! Et M. Macron et Mme Borne discourent et paradent à la télévision en vantant le succès (sic !) des « Cent jours » de l’après-réforme des retraites… Quelles inconvenance et indécence sociales !


Pourtant, la France a tous les atouts pour réussir à passer le cap des difficultés actuelles : un territoire riche de ressources agricoles et d’un patrimoine à nul autre pareil ; un espace maritime qui est le 2ème mondial ; une matière grise d’une très grande qualité ; une inventivité formidable ; etc. Mais la République, aujourd’hui, gâche tout (ou presque), prisonnière des lourdeurs administratives et des taxes sans fin, mais aussi des féodalités politiciennes et financières, et toujours coincée entre deux élections, surtout présidentielles.


Une Monarchie royale, héréditaire donc libre des factions qui font l’élection parce que la naissance, elle, ne s’achète pas, pourrait valoriser toutes les qualités françaises, dans leur pluralité et leurs domaines d’application respectifs : sans être un « sceptre magique », la Monarchie royale a l’immense mérite de garantir l’indépendance de la magistrature suprême de l’Etat et la continuité d’Etat par la succession dynastique. C’est une proposition politique crédible pour répondre à la crise de confiance démocratique contemporaine : pensons-y !!

Pour une Monarchie sociale !


L’économie française ne crée plus de véritables emplois pérennes, constataient Le Figaro et Les échos il y a quelques mois : cela n’est guère rassurant, car cela signifie que le travail précaire se renforce au détriment des métiers enracinés et des emplois stables. Le triomphe du « nomadisme industriel » se marque aussi par des délocalisations de plus en plus fréquentes et des drames sociaux qui touchent, directement ou indirectement, de plus en plus de familles et de personnes, peut-être demain à Rennes avec les risques qui pèsent sur l’usine d’automobiles Stellantis, de La Janais. Certains, au nom du « Libre Marché », se satisfont de cette situation en comptant sur l’auto-régulation de l’économie: c’est faire preuve d’un grand optimisme, pas exactement confirmé par les faits jusqu’à présent.


Une Monarchie sociale « à la française » ne laisserait pas faire les seules forces du Marché, ne serait-ce que pour une raison simple: la Monarchie, qui repose sur la transmission familiale, sur le caractère le plus naturel de la condition humaine (la naissance au sein d’une famille), peut résumer son éthique sociale par la formule « L’économie doit être au service des hommes, et non l’inverse« . Cela signifie que la Monarchie, dont le principal devoir est d’assurer la protection (diplomatique et militaire, comme économique et sociale) du pays et de ses habitants, ne peut accepter que l’Economique s’impose au Politique et néglige ses obligations sociales premières.


Cela signifie-t-il dire que la Monarchie ne respecterait pas la « liberté économique » ou imposerait une « dictature étatiste » ? Bien sûr que non ! Mais il s’agit pour l’Etat monarchique de faire respecter et de valoriser, par l’action déterminée et raisonnée de ses institutions, conseils et organes, les grandes valeurs humanistes et personnalistes (au sens premier du terme, fort distinct de l’individualisme propre à l’idéologie libérale) et l’intérêt commun de notre pays et de ses citoyens.


Mais comment faire ? Sans doute l’une des premières tâches de la Monarchie sociale sera-t-elle d’impulser une grande politique d’Aménagement du territoire et de « relocalisation des activités productives » (y compris dans le domaine agricole, qui peut s’avérer très intéressant au regard des nouvelles tendances alimentaires et énergétiques) : il n’est pas à négliger que la France dispose d’un vaste territoire, doté d’un réseau fort complet de voies de communications et de transports, et d’un maillage communal qu’il serait dommage de ne pas mettre en valeur. Plutôt que regarder délocaliser les entreprises à l’étranger ou d’accepter qu’elles partent sans retour, il s’agirait, par une politique d’incitation fiscale ou financière plus audacieuse que celle d’aujourd’hui, de les maintenir sur notre territoire, et pas forcément dans les seuls grands centres urbains aux loyers trop élevés (en particulier pour les populations ouvrières). Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres propositions: ce ne sont pas les idées qui manquent en France, mais la volonté politique pour les mettre en pratique, pour briser un certain nombre de carcans administratifs inadaptés aux enjeux contemporains et pour « faire bouger les lignes »…


La Monarchie serait, non une fracture, mais une rupture avec la politique de la Démission propre à l’Etat actuel. Sans doute devra-t-elle prendre des risques, mais la Monarchie active « à la française » n’a pas vocation à l’immobilisme et à la facilité, et ce sera particulièrement vrai dans les premiers temps de « l’Instauration monarchique ». Face à la globalisation et au néo-nomadisme financier et industriel, la Monarchie, de par la continuité inscrite dans son principe dynastique, peut « parler de plus haut » et agir, non contre les forces économiques, mais au-delà des féodalités financières.


Dans l’Histoire de notre pays, l’Etat royal a montré, maintes fois et parfois contre le cours même de l’idéologie dominante (hier religieuse, aujourd’hui économique), ses capacités d’adaptation et d’action: c’est d’ailleurs ainsi qu’il a fondé la France, qui n’était pas encore une évidence au Moyen-âge, et qu’il a forgé sa puissance. La Monarchie, pour réussir son Instauration populaire, se devra d’être sociale. Les Français ne lui pardonneraient pas de renoncer à sa principale mission, à ce qui peut fonder une nouvelle légitimité: la justice sociale.


La Monarchie que nous voulons…

La Monarchie royale que nous souhaitons et pour laquelle nous militons, n’est pas qu’un intermède entre deux élections, qu’elles soient présidentielles ou législatives (ou les deux à la fois…), elle s’enracine dans une histoire et un temps long dont la dynastie représente le tronc et les racines parfois tourmentées…

Contrairement à la monocratie macronienne, elle n’est pas le « Pouvoir-Tout » mais le Pouvoir central, axe des autres pouvoirs nationaux, de l’Assemblée nationale et du Sénat, et des pouvoirs provinciaux, communaux et socio-professionnels. Ce que nous nommons « les parlements », ce sont tous les conseils, assemblées, chambres des métiers, etc. qui innerve le pays dans toutes ses particularités et tous ses aspects politiques et sociaux : en somme, les « républiques françaises », au sens traditionnel du terme, et non idéologique ou républicaniste. Dans ce cadre général et « fédératif », l’exercice démocratique (le terme civique serait d’ailleurs plus approprié…) aurait plus de sens et de portée, grâce à une subsidiarité garantie par la Monarchie royale et fédérative, centrale et arbitrale, et non omniprésente et oppressante comme l’actuelle République monocratique

Car, si l’on veut rendre aux Français le goût de la politique au sens le plus positif et actif du terme sans qu’il soit la simple expression d’un individualisme de masse, c’est par la remise en ordre d’institutions locales dans lesquelles le citoyen ne soit pas qu’un pion, mais un acteur et un animateur : en somme, de nouvelles agoras ou, mieux, de nouvelles « ecclésias » (au sens athénien du terme) appliquées aux décisions communales, provinciales ou socio-professionnelles (corporatives, en somme) par le biais de référendums locaux et, pourquoi pas, d’initiative citoyenne, comme cela avait été réclamé il y a quelques années par des Gilets jaunes alors peu écoutés par la monocratie macronienne.


La leçon politique de Jeanne d’Arc.

Les royalistes, en particulier ceux du Groupe d’Action Royaliste et, bien avant lui (chronologiquement parlant) ceux de l’Action Française, ont toujours accordé une grande importance à Jeanne d’Arc et à son culte, plus politique que religieux, et cela dès les origines du mouvement maurrassien. Aussi, chaque année, le second dimanche du mois de mai, a lieu le « cortège traditionnel » d’hommage à Jeanne d’Arc dans un Paris désert et largement indifférent et oublieux, malheureusement. Un défilé qui, invariablement et logiquement, se termine devant la statue de la « Sainte de la Patrie », place des Pyramides.

Cette année, la préfecture de police a cru bon d’interdire ce cortège qui existe pourtant depuis plus d’un siècle ! Bien mal lui en prit, puisque la justice a annulé cette scandaleuse interdiction et que plusieurs centaines de royalistes ont ainsi défilé sous l’objectif des caméras de BFM-TV, pourtant peu soupçonnable de sympathies monarchistes… Nombre d’articles de presse ont relaté le déroulement de cette « manifestation » royaliste traditionnelle.

Du fait de ses mésaventures préfectorales et judiciaires, le cortège n’a pas, cette fois, été parasité par les différents groupes d’extrême droite qui, à défaut d’exister les autres jours, profitent de celui-là pour bomber le torse et jouer la provoc’. Ainsi, les royalistes, et peu importe le nombre quand il y a la ferveur et l’ardeur, ont-ils rendu à Jeanne d’Arc son sens éminemment politique et national, au-delà des caricatures et des récupérations en tout genre malheureusement habituelles.

En effet, Jeanne d’Arc était « politique d’abord » comme Charles Maurras l’a démontré maintes fois : alors que la stratégie militaire aurait nécessité la poursuite des Anglais après ses premières victoires, Jeanne ouvre d’abord la « voie du sacre » à Charles VII. Instinctivement, ou rationnellement, elle comprend qu’il faut d’abord « fonder le Pouvoir et forger l’Autorité » par cette reconnaissance de la condition politique de l’incarnation et de l’action libre de l’État par le Souverain. D’abord le Roi pour que vive, en sa personne et par sa liberté, la France.

Bien sûr, les temps ont changé mais les conditions d’un État libre et durable restent les mêmes et il faudra bien s’en convaincre pour poser, à nouveau, la question institutionnelle, au-delà des blocages inhérents au régime des partis et de l’impuissance d’un État qui s’est laissé lier les mains par une Union européenne oublieuse des libertés des nations et des peuples qui les constituent : c’est le meilleur hommage que nous pourrons rendre à Jeanne, celui de suivre sa leçon éminemment politique !




Macron, l’inverse d’un roi de France

Décidément, cette réforme des retraites nous rappelle que, en France, le temps compte parfois plus que les affaires d’argent, et vouloir reporter l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans (1) n’est pas politiquement crédible, comme le souligne le politologue Jérôme Fourquet dans les colonnes du Point cette semaine : « (…) le fond de la réforme est particulièrement impopulaire. Sur le sujet des retraites, il y avait déjà eu de grandes mobilisations contre la réforme de 2010 voulue par Nicolas Sarkozy. Mais, à l’époque, 53 % des Français jugeaient « acceptable » le recul de l’âge de la retraite de 60 à 62 ans. L’Ifop a posé la même question la semaine dernière, sur le recul de l’âge de 62 à 64 ans… Il n’y a plus que 37 % de Français à considérer que c’est acceptable. Cet écart de 16 points change la donne et illustre un degré d’acceptabilité bien plus faible. » Or, il n’y a pas de politique possible sur le long terme s’il n’y a pas un accord minimal des populations avec l’Etat chargé de la pratiquer durant le quinquennat : non pas que le sentiment populaire soit divin, mais il importe d’en écouter les murmures, les battements de cœur, les colères. La République eurofrançaise (maëstrichienne selon l’expression mille fois répétée du philosophe Michel Onfray) ne raisonne plus « du pays vers le monde » mais, a contrario, suivant une logique de mondialisation et d’adaptation à celle-ci, logique terrible qui place les personnes après les intérêts économiques. Non qu’il faille oublier les contraintes de l’économie et nos devoirs nationaux à l’égard de nos partenaires, que cela soit dans le cadre de l’Union européenne ou, plus largement, à l’échelle du monde et de l’histoire, mais il s’agit de remettre les priorités dans l’ordre.

Le soulèvement des Gilets jaunes avait marqué le premier quinquennat de M. Macron mais le président avait habilement manœuvré et il a su profiter de la « grande peur des bien-pensants » pour reprendre la main et se faire réélire en suivant la même stratégie, non celle de l’élan démocratique mais plutôt de la défense républicaine contre un hypothétique péril pour la République incarné par celle qui se rêve en Giorgia Meloni française… Mais aujourd’hui la contestation de la réforme Borne s’est muée, comme le signale à raison M. Fourquet, en une contestation de la présidence Macron, et le fusible primo-ministériel est déjà grillé, plaçant le locataire de Mme de Pompadour en première ligne ! La dyarchie républicaine (selon le droit constitutionnel…) ne préserve plus le souverain électoral présidentiel, et c’est la monocratie républicaine (souvent confondue à tort avec la Monarchie royale) qui apparaît désormais menacée, dans un schéma de crise des institutions qui dépasse ceux qui les occupent aujourd’hui : « (…) c’est très compliqué de se sortir d’un tel bourbier. J’ai tendance à penser qu’un remaniement ne produirait rien. On peut changer les fusibles en nommant un nouveau gouvernement. Mais remplacer des inconnus par d’autres inconnus, ça n’a jamais servi à grand-chose. Le point de crispation s’appelle Emmanuel Macron, et sa lecture très jupitérienne des institutions. » (2) Jupiter, en imposant à son Premier ministre Mme Borne de frapper l’Assemblée nationale d’un 49.3 (49.3 qui, par essence, a foudroyé toute discussion sur le débat en cours) s’est transformé, aux yeux de nombre de nos concitoyens, en un incendiaire irresponsable et a réactivé une contestation qui semblait en passe de s’épuiser. Et son discours de justification de mercredi dernier a prouvé à qui en doutait encore que n’est pas de Gaulle qui veut, ou alors celui de l’intervention télévisée ratée du vendredi 24 mai 1968…

Néanmoins, certains manifestants, dans leurs slogans, ont confondu le président avec un roi, et lui ont promis le sort de Louis XVI qui, pourtant, fut l’inventeur de la formule « justice sociale » en 1784 et celui qui, sans le dire expressément, a mis en place la première expérience française de suffrage universel en même temps qu’il demandait à tous les peuples de France, dans leurs paroisses et leurs métiers, de rédiger des cahiers de doléances (il y en eut alors 60.000 sur tout le royaume) : en fait, il y a un grand malentendu sur ce qu’est un roi, ce que le philosophe Marcel Gauchet avait compris et explicité en quelques lignes qu’il importe de reprendre ici : « Un roi, ce n’est pas un manager, pas un patron de start-up qui secoue ses employés pour qu’ils travaillent dix-huit heures par jour pour que les Français, par effet d’entraînement, deviennent tous milliardaires ! Dans la tradition française, un roi, c’est un arbitre. Quelqu’un qui est là pour contraindre les gouvernants à écouter les gouvernés. Quand les gens accusent Macron d’être le président des riches, ils lui reprochent surtout de ne pas être l’arbitre entre les riches et les pauvres. » (3). La fonction arbitrale de Chef de l’Etat est, aujourd’hui, une demande forte des citoyens, ne serait-ce que parce qu’un arbitre aurait l’avantage, majeur à leurs yeux, d’écouter les doléances du pays tout entier, au-delà même d’un pays légal qui ne leur apparaît pas forcément le plus légitime pour les représenter… Puisque la République ne semble plus en mesure de répondre à cette attente des citoyens, il n’est donc pas interdit de penser qu’une nouvelle forme institutionnelle de la magistrature suprême pourrait être pensée, voire établie : une nouvelle, une vraie Monarchie royale ? Pour ma part, le point d’interrogation est superflu : il s’agit désormais de le faire savoir, autant que faire se peut, à nos compatriotes…



Jean-Philippe Chauvin




Notes : (1) : Ce fameux report de l’âge légal de départ à la retraite que certains peuvent voir ou vivre, dans les professions les plus exposées aux risques industriels ou fonctionnels, comme un âge désormais létal… Il est vrai que l’espérance de vie des travailleurs de force, par exemple, est inférieure d’environ 7 ans à celle d’un professeur, voire de 12 ans si on la compare avec les classes les plus aisées de notre société.

(2) : Toujours Jérôme Fourquet, dans Le Point, 23 mars 2023.

(3) : Entretien avec Marcel Gauchet, dans le journal belge Le Soir, le 25 décembre 2018.


La Monarchie royale, forcément sociale.

Et si la Monarchie royale était ré-instaurée ? Bien sûr, cette situation semble relever, à ce jour, de l’hypothétique, mais cela ne préjuge en rien de la possibilité monarchique pour les prochaines années ou décennies. Il me semble d’ailleurs que, en l’évoquant, cela permet de la rendre plus compréhensible à ceux qui, pour l’heure, n’en connaissent rien d’autre que ce que les manuels scolaires d’histoire en disent ou, trop souvent, en médisent… En tout cas, il paraît nécessaire, autant que « faire la Monarchie », de la penser et d’en tracer les grands axes d’action et de projection. L’article ci-dessous porte ainsi sur la Monarchie sociale et sur ses raisons comme sur ses capacités propres.



La Monarchie française est éminemment sociale, ou a le devoir impérieux de l’être, ne serait-ce que pour légitimer sa nécessité et son autorité : c’est un élément que je ne cesse de mettre en avant, suscitant parfois une certaine circonspection de la part de mes contradicteurs mais aussi parfois des sympathisants monarchistes eux-mêmes…
 
Sans doute faut-il expliquer ce point de vue, et l’approfondir sans cesse, au regard de l’actualité, malheureusement cruelle aujourd’hui envers ceux qui travaillent ou qui cherchent un emploi : si la Monarchie n’est pas un remède miracle, elle est le régime qui peut permettre, avant tout, de garantir la justice sociale et de ne pas abandonner ceux qui souffrent d’une crise (en fait, d’un processus de mondialisation…) dont ils ne sont guère, en tant que tels, responsables !
 
L’indépendance de l’institution royale, de par le fait que la naissance ne doit rien à la fortune, lui donne l’occasion (qui est, en fait, un devoir) de parler au-dessus des simples intérêts privés, y compris des plus riches, que ceux-ci soient des individus ou des sociétés privées. Un Louis XIV n’hésita pas, en son temps, à embastiller Nicolas Fouquet, l’homme le plus riche du royaume, sans doute plus comme un rappel que l’Argent ne faisait pas le bonheur et, en tout cas, ne commandait pas à l’État royal en France, que comme le règlement d’une simple affaire de corruption…
 
De plus, le Roi n’est pas le représentant des classes dominantes (une sorte de suzerain capitaliste, en somme) mais un souverain qui s’impose à tous et encore plus à ceux qui possèdent, et qui a le devoir de n’oublier personne dans son souci politique. S’imposer ne veut pas dire être un dictateur qui terroriserait les riches et flatterait les autres, mais simplement rappeler à tous que l’État n’est pas « une place à prendre » mais un pays à servir, au-delà des différences et des libertés particulières qu’il faut organiser, ou plutôt laisser s’organiser dans le respect des équilibres sociaux et de la justice nécessaire à toute œuvre sociale. Dans un monde où l’Argent a pris une telle importance, cela ne sera sans doute pas facile mais la Monarchie a ainsi quelques atouts et il serait dommage pour le pays de ne pas les utiliser… L’indépendance royale, certes menacée par les jeux des groupes de pression financiers dans cette mondialisation qui cherchera à fragiliser l’État politique, est un levier important dans la capacité de l’État et de son gouvernement, quelle qu’en soit la couleur électorale, à faire accepter les réformes à ceux qui, d’ordinaire, cherchent à s’en abstraire ou à en fuir les conséquences quand elles ne leur conviennent pas. Mais la Monarchie n’oublie pas de permettre à tous, y compris les groupes de pression, de s’exprimer et de proposer, voire de contester : néanmoins, c’est bien aussi la Monarchie qui arbitre et préserve l’État et l’intérêt commun, tout en laissant le gouvernement faire son travail et œuvrer au quotidien.
 
La Monarchie active « à la française », de par son rôle majeur (sans être omnipotent ni même omniprésent) d’arbitrage politique et  de protecteur social, marque son territoire d’action par sa capacité de décision dans quelques grands domaines, ceux que l’on nomme régaliens (ce qui, d’ailleurs et même en République, veut dire … « royaux » !) : la grande finance, la diplomatie et les affaires militaires, et la garantie de « la protection de tous », en particulier sociale.
 
Si la Monarchie instaurée (le plus tôt sera le mieux !) veut s’enraciner sans se renier, il lui faudra assurer et assumer son rôle éminemment social : dans un monde incertain, face à une mondialisation menaçante, elle doit tracer un sillon social profond en rappelant aux puissants d’aujourd’hui, d’ici comme d’ailleurs, que toute politique crédible et efficace passe par la prise en compte des populations et par le souci de préserver la justice sociale, ciment des sociétés et facteur d’unité nationale. Il lui faudra aussi lancer le grand chantier d’une nouvelle organisation sociale, par le biais d’un syndicalisme vertical qui prenne en compte, dans ses structures, tous les échelons de la hiérarchie, et par la mise en place d’espaces de réflexion et de décision, voire de redistribution dans certains cas (intéressement, actionnariat salarial ou populaire, patrimoine « corporatif », etc.), espaces qui réunissent tous les acteurs de l’activité économique locale, communale, régionale ou nationale, y compris en y intégrant des acteurs extérieurs et étrangers (mais qui ne devront pas avoir vocation à diriger ce qui doit rester aux mains des producteurs locaux) comme les investisseurs ou les représentants des institutions internationales (ceux de l’Union européenne, par exemple) ayant une part dans l’activité économique concernée.
 
A l’heure où la République tremble devant les oukases de la Commission européenne et les injonctions d’un Marché devenu incontrôlable, il est temps d’en appeler, fortement, à l’instauration d’une Monarchie sociale pour la France, non par caprice ou utopie, mais par réalisme et nécessité !
 
C’est, d’ailleurs, sur le terrain social, que le royalisme a, aujourd’hui, le plus de chances de faire entendre sa « musique particulière », au travers de la contestation des mesures antisociales de cette « Europe-là » et de cette République (aujourd’hui macronienne après avoir été hollandaise et sarkozienne) si oublieuse de ses promesses électorales de justice sociale… Mais, au-delà de cette régence sociale que nous assumons, il faut poser, ici et maintenant, les conditions d’une vraie politique sociale inscrite dans le marbre des institutions à venir…

Jean-Philippe Chauvin
 
 

« La voie capétienne », par Axel Tisserand.

Dans un ouvrage fort complet et dans lequel l’auteur s’efface devant rois et princes de France, Axel Tisserand présente, par grands thèmes, la pensée capétienne au fil de l’histoire, non comme un recueil du passé mais comme des leçons pour aujourd’hui et, plus encore, pour demain.


Les programmes scolaires d’histoire comme les manuels de Sciences Politiques sont souvent fort ingrats à l’égard de notre histoire nationale et oublieux des raisons de celle-ci, travestissant notre mémoire politique en un récit officiel de la République qui, à l’image de son école, n’est pas toujours le plus juste ni le plus honnête qui soit. Déjà, en son temps, Marcel Pagnol ironisait sur les mensonges des livres d’histoire qu’il définissait comme les livrets de propagande de la République, à l’époque troisième du nom et du nombre. Pourtant, une simple et rapide plongée dans l’histoire de France nous rappelle que notre pays, cet ensemble de territoires ordonné autour d’un Etat, doit peu de choses au hasard mais beaucoup à la volonté inscrite dans la durée des rois qui se sont succédé sur un trône qui, sans être de fer, était bien celui du « faire », du « faire France » en particulier : quand Hugues Capet, roi « fondateur » dès 987, initie le mouvement d’enracinement de la magistrature suprême au-delà des seules règles féodales par la décision de pérenniser le domaine royal en un seul ensemble dirigé par un seul de ses fils (l’ainé) pour éviter la dispersion, et que Philippe-Auguste rassemble autour de son sceptre les classes productrices du royaume en ce que l’on n’appelle pas encore une nation mais qui se manifeste déjà par un sentiment d’appartenance à une même communauté de destin couronnée (et c’est la bataille de Bouvines, le 27 juillet 1214, bien avant Valmy), c’est la France qui, ainsi, naît et grandit, Etat et nation. Et ce sont bien les monarques sacrés à Reims qui, en huit siècles d’affilée, bâtissent la France sans négliger ce que Jacques Bainville dit d’elle et de ses habitants, en la page d’entrée lumineuse de son Histoire de France : « Le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race. C’est une nation. Unique en Europe, la conformation de la France se prêtait à tous les échanges de courants, ceux du sang, ceux des idées. (…) Le mélange s’est formé peu à peu, ne laissant qu’une heureuse diversité. De là viennent la richesse intellectuelle et morale de la France, son équilibre, son génie. »

Axel Tisserand, dans « la voie capétienne » (mais n’est-ce pas aussi la « voix » capétienne qui porte au-delà des siècles et à travers son ouvrage ?), ne dresse pas un catalogue des rois et des règnes, mais bien plutôt un manuel théorique et pratique de l’œuvre capétienne à travers les siècles passés et pour les siècles à venir, non en l’attente résignée d’une restauration hypothétique mais en l’espérance renouvelée d’une instauration nécessaire qu’il s’agit de penser aussi pour qu’elle advienne dans les meilleures conditions. L’originalité de cet ouvrage est aussi d’accorder une place importante aux écrits et paroles des princes n’ayant (malheureusement) pas régné mais ayant assumé les devoirs de leur charge politique, même dans les douleurs de l’exil : les trois Henri, du comte de Chambord à ceux de Paris, mais aussi Jean III, duc de Guise (1926-1940), et, en toute actualité, le présent comte de Paris, Jean IV de jure, qui porte, avec son fils le dauphin Gaston (auquel le livre est d’ailleurs dédié), les espérances d’une future et nouvelle aventure capétienne… Ainsi, la continuité capétienne perdure au-delà même des vicissitudes de l’histoire sans pour autant les méconnaître : d’ailleurs, comme le rappelle Axel Tisserand, les rois n’ont pas de revanche à prendre sur l’histoire, mais juste à l’assumer toute entière sans, pour autant, en accepter tous les aspects ou toutes les dérives dont la République, sous ses cinq numéros, a pu se rendre responsable et, même, coupable. Sans être historiens professionnels, les rois et princes français ont su tirer des leçons de l’histoire, en une forme d’empirisme qui, pour être utile et efficace, se devait d’être organisateur : les pages (citées et valorisées par l’auteur) consacrées à la Révolution française par le comte de Chambord, puis les comtes de Paris, montrent qu’ils ont bien saisi la source et la forme des principes qui ont défait le « faire-France » autant que la royauté qui en était le meilleur outil politique institutionnel. Le roi Louis XVI lui-même, victime du torrent révolutionnaire, avait pressenti, avant même la Révolution, les dangers de l’idéologie dominante de l’époque portée par les philosophes et leurs lecteurs plus ou moins bien intentionnés, tout comme il avait compris, sans doute mieux que quiconque, le sens et l’intérêt des fameux cahiers de doléances que les bourgeois urbains de la Révolution, ivres de leurs préjugés économiques et sociaux, s’empressèrent de remiser dans les caves de l’histoire et de leur régime « nouveau » : s’appuyant sur les écrits de l’historien Pichot-Bravard, Tisserand peut raisonnablement écrire que « La Révolution fut ainsi menée au nom du peuple, mais contre l’avis exprimé par ce même peuple. Car Louis XVI approuvait la plupart des réformes voulues par le peuple à travers les cahiers. En effet, le 23 juin, il se déclara favorable à une monarchie plus décentralisée encore, « tempérée par la consultation régulière des Etats généraux, appelés à se prononcer sur la levée des impôts ». Il approuvait également (…) une réforme générale de la fiscalité « permettant l’égalité de tous devant l’impôt », (…) la liberté de la presse, « sous réserve qu’elle respectât la religion et la morale ». « En réalité, Louis XVI semble être le seul à s’être préoccupé des attentes exprimées par les Français dans les cahiers de doléances. » ». Henri V, comte de Chambord, voulut reprendre ce grand mouvement de 1789, non pour « refaire 1793 » mais, justement, pour l’éviter et reprendre la route tracée par les rois précédents. Les années et les décennies s’écoulant, et la Révolution-fait s’éloignant sans pour autant éloigner la Révolution-principes, les princes des temps contemporains, ceux d’après 1848, n’ont eu de cesse de réfléchir sur les conditions nécessaires à l’unité et à la pérennité de la France, à cet « avenir que toute âme bien née souhaite à sa patrie ».

Et, justement, l’ouvrage d’Axel Tisserand dresse un véritable inventaire des qualités et de la valeur ajoutée de la monarchie royale « à la française », dans la lignée de cette « tradition critique » qui, avant même d’être théorisée par Maurras, inspirait et animait les politiques royales au fil de l’histoire. Dans le même mouvement, l’auteur a la judicieuse idée d’en finir avec quelques idées reçues qui, trop souvent, gênent la bonne perception de ce qu’a été et de ce que serait la monarchie : ainsi, sur la définition, par exemple, de la monarchie absolue, trop souvent confondue, plus par facilité ou par malhonnêteté que par raison, avec un régime autoritaire ou une dictature. En s’appuyant sur la mise au point contemporaine de l’actuel comte de Paris, de ses prédécesseurs, et du constitutionnaliste Maurice Jallut, Axel Tisserand souligne les fondamentaux de la monarchie : « C’est le prince Jean qui rappelle : « On parle de monarchie absolue, mais gare au contresens ! « Absolue » ne veut pas dire que le Prince se mêle de tout. Cela signifie simplement qu’il exerce un pouvoir indépendant des pressions et des passions. » En son ordre, en effet, mais uniquement en son ordre, la souveraineté est absolue, tout en étant, donc, limitée. (…) Comme le précise encore Maurice Jallut : « C’est au fond la structure même du corps politique et social de la France qui fait de la monarchie un gouvernement modéré. On peut dire qu’absolue dans son principe, elle est tempérée dans son application par les corps intermédiaires et limitée dans son extension par les libertés provinciales, municipales et corporatives. » » Nous voilà bien loin de cette République contemporaine capable de confiner sans contrôle toute une population sans que les régions, les communes ou les entreprises, et encore moins les citoyens, puissent avoir leur mot à dire et leurs raisons à avancer face à un Pouvoir discrétionnaire et parfois abusif ! La République semble avoir gravé la Liberté dans la pierre comme pour mieux la figer, quand la monarchie, plus respectueuse sans être faible, s’adresse aux libertés plurielles et vivantes… « Le roi n’est pas un monocrate », peut affirmer sans erreur l’auteur, et l’histoire de la monarchie ancienne comme de la République majusculaire contemporaine ne cesse de le démontrer à l’envi !

Les rois anciens n’ont pas seulement fondé, agrandi et pérennisé le royaume de France, ils ont façonné, non pas un « homme nouveau », rêve de tous les régimes « parfaits » (c’est-à-dire totalitaires, en fait), mais un ordre enraciné dans lequel la justice, la concorde civile, la paix ne sont pas de vains concepts mais de concrètes réalités, garanties par le pouvoir royal lui-même. Bien sûr, il y eut des difficultés, parfois des erreurs et des drames, mais le bilan n’est rien d’autre que la France, quasiment dans ses frontières métropolitaines présentes et dans sa civilisation qui doit plus à Reims et à Versailles qu’aux urnes et à leur sortie… Mais la monarchie n’est pas que politique dans le sens où elle peut être aussi la condition d’une justice sociale efficace et soucieuse de tous quand, aujourd’hui, la République prend de plus en plus les apparences d’une oligarchie méprisante et trop mondialisée pour savoir entendre les plaintes légitimes du pays réel, cette oligarchie qui s’appuie sur un pays légal né, en définitive, à la veille de la Révolution sous le « patronage » d’un Turgot et, plus tard, d’un Sieyès, comme le rappelle Axel Tisserand avec raison. L’œuvre des rois et les projets des princes depuis le comte de Chambord jusqu’au comte de Paris actuel vise à établir, en la magistrature suprême de l’Etat, l’arbitre-né, celui que nous regrettons, non comme une nostalgie, mais comme un ensemble d’occasions manquées, celles que la République incarne désormais, de notre diplomatie à notre politique énergétique, et qu’il nous faut surmonter…

L’ouvrage d’Axel Tisserand ne peut, en fait, être résumé et il mérite d’être lu de la première à la dernière ligne, non pour pouvoir nous vanter d’avoir raison, mais pour faire connaître les fortes raisons historiques, politiques mais aussi économiques et sociales, voire écologiques, qui font de la monarchie royale la meilleure réponse, venue du fond de notre mémoire nationale, aux enjeux et défis contemporains. Il nous rappelle aussi, d’une certaine manière, qu’il ne s’agit pas pour nous de mourir royaliste, mais de tout faire pour vivre en monarchie : non pour le simple plaisir de parader triomphalement un drapeau tricolore fleurdelysé en main, mais par devoir envers ceux qui ont fait de nous des héritiers et, peut-être plus encore, envers ceux à qui il s’agit de transmettre un héritage vivant, riche, prometteur…




La République ? Non merci…

La revue royaliste de l’Action Française a publié un fort dossier sur la Monarchie royale dans son numéro de l’été. Nous en publions ici quelques extraits sous forme de feuilleton.



L’actualité politique française de l’année écoulée a démontré, s’il en était encore besoin, les profondes fractures de notre pays et, au-delà même de la séparation entre un « bloc élitaire » et un « bloc populaire » (séparation théorisée par Jérôme Sainte-Marie), le fractionnement entre « trois France » électorales qui semblent se détester sans que cela n’empêche les alliances de circonstance, temporaires et le plus souvent par défaut. De plus et selon un mouvement plus lointain et profond lié à l’affirmation de la société de consommation et à son aggravation par le déracinement contemporain (aux formes multiples mais toujours malheureuses), la pluralité ancienne de la France issue de l’histoire cède la place à une logique diversitaire (qualifiée de « communautarisme », voire de séparatisme) qui, si l’on y prend garde, pourrait bien entraîner la France vers un éclatement fort peu souhaitable, ni pour les temps contemporains, ni pour les générations présentes et à venir. Sans négliger que, dans le même temps, près d’un Français sur deux prétend n’avoir aucun repère social ou identitaire, comme le signale une enquête du Cevipof de cette année, ce qui, selon le chercheur Luc Rouban, « révèle bien plus un isolement social qu’une capacité d’autonomie » : « La France, fragile et désunie, est-elle devenue une « République anomique », comme l’affirme Rouban ? « Si la République est menacée, elle l’est sans doute plus par cette anomie que par l’intégration de minorités dans des groupes séparatistes », avertit le politologue. D’où ces révoltes protéiformes, ces contestations violentes qui ponctuent l’actualité française depuis des années. » (1). Cette « déconstruction en marche » de la société française n’est pas un accident ni un hasard : elle est la conséquence de l’échec politique de la République contemporaine qui, désormais et malgré son centralisme toujours agressif (comme les Français ont pu le constater lors de la gestion de la crise sanitaire de 2020-2022), n’est plus le « liant » de la société française qu’elle prétendait être


La réélection à la présidence de la République de M. Macron, quant à elle, n’a rien résolu des problèmes qu’il n’a pas été en mesure de surmonter en son quinquennat précédent, si heurté et conflictuel malgré les espérances de sa nouveauté et de son irruption disruptive en 2017 dans le paysage si bien rangé jusqu’alors du pays légal (2). La campagne présidentielle elle-même a déçu ceux qui pensaient y trouver le moyen de « sortir le sortant » et qui y croyaient dur comme fer et qui, pour certains, ont du « aller à Canossa » en votant lors du second tour pour celui qu’ils disaient détester et combattre, en un vote de rejet et non de projet, dans un réflexe pavlovien de « défense républicaine » qui n’a jamais cessé d’être depuis Jules Simon et ses comparses des années 1870-1880… Nombre de déçus du macronisme, de contestataires du système libéral, de partisans nationalistes, socialistes, populistes ou écologistes, etc. l’ont été ensuite du résultat de l’élection présidentielle, voire du système de cette élection en attendant que cela soit de la République elle-même, pourrait rajouter le royaliste farceur et conséquent… « Les électeurs sont décevants », murmurent certains en ajoutant à leur acte d’accusation la Cinquième République mais en en proposant une Sixième, dans une logique qui, au regard de l’histoire, pourrait être considérée comme une forme de masochisme !


Non, la Sixième République n’est pas une solution ! A lire les programmes qui la revendiquent, elle ne serait en fait que le retour d’une sorte de synthèse de la Troisième et de la Quatrième, et guère plus nouvelle ni efficace que ces deux modèles anciens qui, dans l’un et l’autre cas, ont mené à l’échec le pays qui, pour se sauver, ne trouva d’autres maîtres, d’autres « dictateurs » au sens romain du terme, que des militaires, dans une geste qui reprenait, en somme, celle de la République initiale des années 1790 se livrant au sabre protecteur du général Bonaparte… Cette Sixième promise par M. Mélenchon et ses amis aurait tous les défauts de la République sans en avoir les avantages ou les atouts de la Cinquième, ces derniers étant liés à une lecture monarchique de l’État à défaut d’en être une pratique : c’est d’ailleurs cette semble-Monarchie (pour paraphraser Pierre Boutang) qui est attaquée avec le plus de virulence par les adeptes de la « République des républicains » qui caricature M. Macron sous les traits d’un Louis XVI sévère et insensible (ce que n’était pas l’original, comme l’ont largement démontré les événements et les historiens).






(à suivre)

Jean-Philippe Chauvin




Notes : (1) : Le Figaro, lundi 17 janvier 2022, page 29.


(2) : Le pays légal peut se comprendre comme l’ensemble des groupes sociaux et politiques qui apparaissent dominants et structurants du régime en place, tout en profitant de l’existence de celui-ci et participant à celui-ci, parfois dans un cadre légal de conflictualité organisée (la sphère médiatique et les systèmes électoraux), mais préservé des atteintes du « dehors » (c’est-à-dire des groupes dissidents de l’ordre établi (2bis), marginalisés, voire ostracisés) : le pays légal de la République fait d’autant plus référence aux « valeurs de la République » que c’est lui qui les fixe et en garde jalousement la définition et le vocabulaire…

En 2017, le pays légal a procédé à une sorte de « purge » ou, plutôt, de réévaluation de lui-même, donnant l’apparence du changement quand il n’était que le transfert de pouvoir de « groupes déclinants » (les partis traditionnels de la Cinquième République) au bénéfice de « groupes ascendants » (la jeune génération européo-mondialisée issue principalement des études de Finance et de Commerce, entre autres…) : « Il faut que tout change pour que rien ne change », n’est-ce pas là la méthode du pays légal pour passer à travers les époques et les contestations sans se remettre vraiment en cause ?


(2bis) : L’ordre établi, ou plutôt, selon le personnaliste Emmanuel Mounier et le royaliste Bertrand Renouvin, le « désordre établi », l’ordre républicain n’étant souvent que la caricature grinçante de l’ordre au sens noble du terme…