Kadou

Le déclin du monde moderne

Démocratisation2

Il serait bien trop long de faire le bilan général de la société actuelle dans ce qu’elle a de dégénérescente. Nul besoin d’être un grand penseur ou un observateur chevronné pour comprendre que notre société va de plus en plus mal. Allumez juste votre téléviseur et regardez une émission de téléréalité. Un genre de « divertissement » spécialisé dans la mise en valeur des plus médiocres. Le matérialisme et l’individualisme forgent désormais notre quotidien. Rien ne se fait sans ces deux fléaux dont les conséquences sont à tous les niveaux. Nos hommes politiques n’inspirent plus la confiance depuis bien longtemps aux yeux des français. Bref ! Sans chercher à rentrer dans les détails, une période de crise générale s’est amorcée depuis quelques années déjà, et l’avenir n’est pas vraiment prometteur…
Charles de Montalembert disait : « Les longs souvenirs font les grands peuples. La mémoire du passé ne devient importune que lorsque la conscience du présent est honteuse. » Difficile aujourd’hui de ne pas considérer la conscience du présent comme honteuse.

On comprend dès lors parfaitement, la raison pour laquelle l’Education Nationale cherche à expurger au maximum les contenus glorieux dans ses livrets scolaire d’Histoire de France. Ou également, pour tous ceux qui ont encore quelques réminiscences scolaires, qui se souviennent de l’expression rendue célèbre par les révolutionnaires lors de la « nuit du 4 Août », la nuit dite de « l’abolition des privilèges » : « faisons table rase du passé » !!!! Et oui ! Faire table rase du passé, comme si, déjà à cette époque, ils avaient hontes des grandes périodes les ayant précédées…
Il est difficile de porter un bon jugement sur quelque-chose si on ne prend pas la peine de se référer à des exemples passés.

Une personne qui fait une course de vitesse seule sera toujours satisfaite de son score. Mais si cette personne fait une course avec une autre personne plus performante, alors elle se rendra compte qu’elle n’est pas la meilleure et prendra conscience du travail qu’il lui reste à faire pour se perfectionner.
C’est à peu près dans cette logique que nous allons mettre en évidence les défaillances de notre civilisation moderne en la comparant aux enseignements de l’histoire, forgés et transmis par nos ancêtres. Le but n’étant nullement de conclure qu’avant c’était mieux et qu’aujourd’hui ne vaut plus rien. Non ! Notre objectif est de puiser tout ce qu’il y a eu de grand et de positif dans l’évolution des grandes civilisations aux files des millénaires, en commençant par la nôtre : La civilisation française. Cette pratique comparative est couramment désignée comme un « regard empirique ». Et c’est avec ce genre de comparaison que l’on pourra juger plus sereinement notre civilisation présente, et mettre en relief ses défaillances.

couvasc27Comme cette année 2014 est l’année du centenaire de la Première Guerre Mondiale et des 800 ans de la bataille de Bouvines, nous allons commencer par un regard empirique sur la guerre.
La guerre de 14 fut particulièrement atroce et coûta la vie à près d’un million et demi de français. Au Moyen Âge, une guerre comme la Guerre de 14 aurait été parfaitement impossible. Et ce pour plusieurs raisons. La première, qui est la plus évidente, étant la technologie. Les mitrailleuses, les chars d’assaut, les avions, les grenades, les obus etc, n’existaient pas au Moyen Âge. Faire la guerre à cette époque-là, c’était un art et un honneur. Le corps à corps, si possible à l’épée, était de rigueur et une éthique de noblesse. Leurs tenues n’étaient pas camouflées, il fallait au contraire se faire remarquer par des actions d’éclats, avec des couleurs vives arborant les armes des diverses familles présentes. Jamais un chevalier au Moyen âge n’aurait accepté les 1/10ème de notre technologie actuelle tant elle lui paraîtrait honteux comme pratique de combat.
Tuer un homme au fusil à lunette à distance, atomiser une ville entière en appuyant sur un simple bouton ou mitrailler des centaines d’homme en appuyant une seule fois sur une gâchette planqué dans un bunker, pour un chevalier du XIIIème siècle cela aurait été le plus grand déshonneur et la honte absolue. Il faut dire qu’à cette époque, l’alliance entre la science et la guerre était quasi inexistante et il aurait été difficile qu’il en soit autrement lorsque l’on songe aux mœurs et aux règles qui régissaient les lois de la guerre à cette époque. Souvenons-nous les problèmes liés à la venue de l’arbalète sur le champ de bataille et les polémiques s’y rapportant…Aujourd’hui nous savons ce qu’il en est. L’éthique dans la guerre s’est dissipée au fil du temps depuis les théories révolutionnaires de la guerre totale, même si des survivances de chevalerie ont encore existés entre combattants lors de la deuxième guerre, notamment entre aviateurs (Douglas Bader, pierre Clostermann, mémoires…). Depuis les désastreuses expériences des conflits du XXème siècle, la science est au service de la guerre, nous voyons chaque jour, de plus en plus d’armes sophistiquées conçues pour la guerre d’usure et donc les massacres de masse. Les américains ont ouvert la voie avec Hiroshima et Nagasaki montrant un visage nouveau de la guerre, on massacre sans laisser aucune issue aux civils, femmes, hommes, enfants et vieillards, et ce dans le seul but d’économiser des soldats ! La science au service de la barbarie !
Voici un petit extrait de « Le matin des magiciens » de Louis Pauwels et Jacques Bergier ou il est question d’une mitrailleuse présentée à Louis XVI :
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Le Docteur Villermé et les esclaves du libéralisme

Louis René Villermé :
Né en 1782 et mort en 1863, fut parmi les premiers royalistes à se battre pour la cause sociale après la Révolution. Il fut médecin et se pencha sur les problèmes de mortalité selon les conditions sociales et très vite, avec d’autres, il se rend compte que le machinisme était pour quelque chose. En 1837 à l’Académie des Sciences Morales et Politiques, il prononce un discours public où les thèmes essentiels suivants furent abordés:
– Une quantité considérable d’ouvriers sont dans un état réel de souffrance
– Le travail est pénible, ils sont chargés de famille nombreuse
– Le salaire est en dessous du nécessaire
– Les vêtements sont hors d’état
– Les logements sont humides et malsains
– L’alimentation est grossière et insuffisante

Travail des enfants 6

Contre la misère des enfants :
– Ils vivent dans un excès de travail et de misère
– Chaque jour on les garde jusqu’à plus de 15h avec 13h de travail effectif
– Les loyers sont trop élevés et ils vivent parfois très loin du travail ou pour venir il faut marcher 7km…
– Certains enfants qui ont à peine 7 ans, d’autres moins « abrègent leurs sommeil et leur repos de tout le temps qu’ils doivent employer pour parcourir deux fois par jour cette longue et fatigante route »
– Les enfants sont maigres, couverts de haillons.
« sous leur vêtement rendu imperméable par l’huile des métiers tombée sur eux, le morceau de pain qui les doit nourrir jusqu’à leur retour »
– Les lieux de travail sont souvent des pièces fermées ou il faut tenir debout pendant plus de 10 heures,
« c’est une torture»
« Le remède…serait une loi qui fixerait un maximum à la durée journalière du travail »

Dans la région Lilloise, il constatera, après avoir observé une soixantaine de métiers que les ouvriers vivent dans des conditions repoussantes, entassés dans des caves ou des greniers. Il passe en revue la Haute Normandie, la Marne, l’Aisne, les Ardennes avec les industries lainières, cotonnières et toutes ses observations sont soigneusement consignées. Certains horaires de travail vont jusqu’à 17 heures par jour ! Il continu dans la Vallée de la Somme, Lodève et Carcassonne, les industries de la soie.
Dans les Cévennes ou il écrit en voyant les femmes :
« Il serait difficile de se faire une idée de l’aspect sale, misérable, de la malpropreté de leurs mains, du mauvais état de santé de beaucoup d’entre elles et de l’odeur repoussante « sui generis» qui s’attache à leurs vêtements, infecte les ateliers.» Les doigts de ces pauvres femmes étaient devenus insensibles à cause des bassines d’eau bouillante des ateliers de tissus.

– Il constate une grande mortalité infantile avec des enfants écrouelleux et de nombreux ouvriers dans les villes sont scrofuleux.
– Il demande l’instruction pour les enfants
– Il demande une loi interdisant le travail en dessous de 9 ans avec un travail graduelle selon les âges
– Il demande l’interdiction du travail de nuit avant 15 ans
– Il demande la nécessité d’un certificat médical
– Il pose des questions sur la misère en faisant porter attention sur la mortalité, les maladies, la garde des enfants etc…
– Il remet en cause le « Livret de travail » avec les avances sur salaire servant de moyen de pression sur les ouvriers
– Il propose la création de caisses de secours pour les accidents du travail
– Il porte l’attention sur les problèmes de sécurité des machines
– Il propose des indemnités journalières
– Il propose la création de caisses de maladie et de retraites
– Il porte l’attention sur les locaux industriels et la salubrité

Certaines de ses propositions aboutiront par la loi de 1841, signé par Louis-Philippe aux Tuileries. La durée de travail passait à 8 heures jusqu’à 12 ans et 12h de 12 à 16 ans. Le travail de nuit fut interdit avant 16 ans, le repos obligatoire, les jours fériés, 2 ans d’études primaires obligatoires avant l’usine avec des mesures de santé…
L’Archevêque de Rouen dit alors : « Il fallut une loi de fer pour défendre de tuer les enfants au travail»

Les débats furent houleux car le chimiste Gay Lussac s’y opposait en prétextant l’intrusion de l’Etat dans les industries, que l’on ne pourrait rien sur la salubrité et que tout cela serait un retour au St Simonisme.
Le Comte de Tascher répliqua : « C’est quand on nous révèle une telle immoralité qu’on refuserait d’y pourvoir…le nerf de bœuf est placé en permanence sur les métiers dans certains ateliers. Et c’est en présence de telles abominations qu’on voudrait refuser au gouvernement le droit de les faire cesser »

Il faudra attendre le vote à la Chambre des Députés le 29 décembre 1850.

La décadence en citations

Camisole

Florilège de citations :

« La théorie du genre, qui explique l’identité sexuelle des individus autant par le contexte socio-culturel que par la biologie, a pour vertu d’aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l’homosexualité, et de faire œuvre de pédagogie sur ces sujets. » Najat Vallaud Belkacem, interview accordée à 20 minutes, 31 août 2011

« La théorie du genre n’existe pas. » Najat Vallaud Belkacem, février 2014

« Oui le genre cela existe, et nous allons l’enseigner dans les écoles. » Laura Slimani, présidente des jeunes socialistes, 1 février 2014

« Ce texte sort la famille du fantasme papa, maman, enfant » Michelle Meunier (PS) Sénat 4 avril 2013, lors des débats sur la loi « mariage pour tous »

« Ce qui est cause, c’est l’hétérosexualité en tant que norme. Il nous faut essayer de penser un monde où l’hétérosexualité ne serait pas normale. » Eric Fassin, sociologue, promoteur de la théorie du genre en France, professeur à l’Ecole Normale Supérieure.

« Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents. » Laurence Rossignol, sénatrice PS, 5 avril 2013, en direct sur France 2, émission Ce soir ou jamais.
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Similitudes entre la décadence de l’Empire romain et la décadence moderne

Jeux du cirque

Extraits du livre de Ferdinand Lot, La fin du monde antique et le début du moyen âge :

P188. Inoccupée ou presque, cette population romaine pouvait être dangereuse, travaillée par des intrigants. La distraire est une nécessité primordiale : aussi, avec les distributions gratuites, les « jeux » constituent un des services publics les plus importants de l’État. Le nombre de jours fériés ne cesse de s’accroître. Il est porté de 65 sous la République, à 135 sous Marc-Aurèle, puis à 175 jours. A partir de cette époque, on peut dire que la population passe sa vie au théâtre, à l’amphithéâtre, au cirque. Au Ve siècle, plus tard encore, c’est au cirque, à l’amphithéâtre, que les Barbares surprennent la population (Trèves, Antioche). Pour se la concilier, les rois ennemis feront célébrer les jeux ; ils se continueront sous les Goths.
Quelques souverains (Marc-Aurèle, Julien) eurent, dit-on, l’idée de les abolir. Projet tout à fait chimérique. Toutes les tentatives pour réduire leur nombre ou leur importance échouèrent. L’empereur est tenu d’y assister et de ne point faire le dégoûté. Autrement, la populace témoigne son mécontentement. C’est pour gagner la popularité que Commode descend dans l’arène.

P189. Les jeux, par leur multiplication, entretenaient la population des villes et même celle des campagnes, car les théâtres et amphithéâtres sont pour le pagus (campagne) et non uniquement pour la ville, dans une fainéantise incurable. Mais leur pire malfaisance venait peut-être de leur nature. Ils provoquaient et développaient le goût de la cruauté et de la luxure. Les exhibitions d’animaux et de peuples exotiques étaient relativement innocentes ; elles tenaient la place de nos jardins exotiques. Mais le peuple se délectait surtout aux combats sanglants, non seulement de bêtes contre bêtes, mais d’hommes contre hommes (gladiateurs), ou d’hommes contre bêtes. On y employait des condamnés de droit commun, des prisonniers barbares. Faute de condamnés, la populace réclamait qu’on saisît les chrétiens pour les livrer aux bêtes et les magistrats obéissaient en tremblant. Les panégyristes célèbrent comme un haut fait que Constantin, ayant capturé des chefs francs, les jette aux bêtes pour amuser le peuple de Trêves. Au théâtre même, le public n’est pas content si, dans la représentation, la fiction ne fait pas place à la réalité sanglante. Il ne supporte la tragédie d’Hercule au Mont Oeta que si, à la fin, le héros est réellement brûlé. Le mime Laureolus est mis en croix, non pour rire, mais effectivement. Aux jeux sanglants succèdent les pantomimes obscènes. Il s’y joint les fêtes orgiaques de la Maiuma, au mois de mai, fêtes qu’un empereur romain essaya vainement de supprimer.
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Action Sociale Corporative N°26

SOMMAIRE :

Page 3 et 4 : Documentaire : Histoire de la Législation sociale
Page 5 à 12 : FAIRE SA REVOLUTION INTERIEURE – Par Frédéric Winkler
– Page 12 et 13 : Toute nation a le gouvernement qu’elle mérite – Par Augustin Debacker

Page 14 et 15 : Travail du dimanche et emploi : illusions et réalités – Par Jean-Philippe Chauvin
Page 16 et 17 : Les portiques de l’injustice fiscale en Bretagne – Par Jean-Philippe Chauvin
Page 18 : Une taxe maladroite et sans légitimité – Par Jean-Philippe Chauvin
Page 19 et 20 : La colère bretonne contre l’erreur fiscale de trop de la République- Par Jean-Philippe Chauvin
Page 21 : Dernier adieu à Guy Steinbach – Par Joseph Durandal et Jean-Philippe Chauvin
Page 22 : Les raisons d’un échec, les moyens d’une victoire – Par Romain Lasserre
Page 23 : La république contre le Catholicisme – Par Frédéric Winkler
Page 24 et 25 : Urbanisme – Par Frédéric Winkler
Page 25 : De la réfection politique à la réforme sociale – Par Augustin Debacker
Page 26 : Histoire de la Forêt française – Par Mauricette VIAL-ANDRU

La colère bretonne contre l’erreur fiscale de trop de la République

Non à l'écotaxe

Tout d’abord, la question même de l’impôt, de sa légitimité et de son acceptabilité : tout Etat digne de ce nom doit trouver les moyens de se financer pour pouvoir maîtriser les territoires et aider les populations, engager de grandes politiques et être présent sur la scène internationale, tout simplement pour « être et durer » et représenter les intérêts de la nation, les défendre et les faire prospérer. En période de crise (qu’elle soit géopolitique comme en 1675 avec la guerre de Hollande – le pays, pas la personne…, ou économique et financière comme aujourd’hui, marque d’une mondialisation en cours, moins heureuse qu’espérée), trouver de l’argent est un art plus délicat encore que d’ordinaire, et qui nécessite un certain doigté si l’on veut éviter les réactions brutales : oublier les spécificités locales dans un pays aussi pluriel que la France, chatouiller les susceptibilités provinciales ou socio-professionnelles ou vouloir passer en force sans un minimum de concertation avec les parties concernées, en particulier celles appelées à s’acquitter de nouvelles taxes ou impositions, c’est risquer le mécontentement explosif, la contestation active et l’émeute revendicatrice. Colbert, en 1675, en négligeant la particularité de l’autonomie bretonne, a allumé, peut-être sans en saisir toutes les conséquences, un incendie qui mit bien du temps à s’apaiser et desservit l’Etat central sans satisfaire le Roi, obligé d’envoyer des troupes dans la province rebelle et risquant sa postérité… L’historien breton La Borderie, pourtant royaliste convaincu (il fut député monarchiste de Vitré de 1871 à 1876), n’hésita pas à parler, pour évoquer la répression royale de 1675, de « despotisme », même s’il cible plus Colbert que le souverain lui-même… Le gouvernement Ayrault devrait se souvenir de cela, sans doute, s’il ne veut pas perdre tout crédit (ou plutôt ce qui lui en reste…) dans une région qui, pourtant, lui était électoralement très favorable en 2012. Mais il est vrai que, contrairement à la structure institutionnelle étatique d’une monarchie qui restait encore « fédérative » à défaut d’être complètement fédérale, la République se veut « une et indivisible » et, donc, égalitaire, au risque de ne pas prendre en compte ce qui fait la diversité française et de se heurter à des réalités qui, elles, ne sont pas identiques d’un bout à l’autre du territoire national…

D’autre part, pour être acceptable et accepté, un impôt ou une taxe doit avoir une « raison d’être » et apparaître comme utile, voire nécessaire, aux populations qui doivent l’acquitter : or, qu’a-t-on avec cette fameuse « écotaxe », si mal nommée en fait ? C’est qu’elle devait plus rapporter à une société privée, baptisée Ecomouv, qu’à la Bretagne elle-même ! Cela nuit, évidemment, à la crédibilité de cette taxe qui apparaît plus devoir bénéficier à des actionnaires ou à des intérêts privés qu’à la collectivité elle-même : le principe de la « Ferme générale », déjà condamné sous l’Ancien régime parce qu’elle semblait trop profiter à quelques riches « percepteurs », n’est pas plus populaire ni compréhensible aujourd’hui qu’hier…

Mais là n’est pas le plus grave : en fait, cette taxe n’était accompagnée, pour lui donner crédit près de la population, que de vagues projets de transports ferroviaires, d’autant plus incompris en Bretagne que la SNCF a abandonné toute velléité de ferroutage dans cette province et qu’il n’a guère été évoqué d’alternative à la route en cette même région ! Pourtant, la reconstruction d’un réseau ferré dédié au transport de marchandises et de camions sur plateforme ferroviaire devrait être une priorité, mais aussi l’étude et la mise en place d’un système de cabotage ou de merroutage qui relierait les côtes de Bretagne aux grands ports nationaux (en particulier Le Havre, à l’embouchure de la Seine) pour éviter les routes et diminuer la pollution du transport routier… Or, rien de tout cela ! D’où l’incompréhension et l’absence de légitimité de cette nouvelle taxe, aggravées par les difficultés actuelles de l’économie en Bretagne, en particulier dans le secteur agroalimentaire.

Prisonnière de ses principes et de ses maladresses, la République se heurte désormais à une colère bretonne dont les derniers événements montrent qu’elle n’est pas qu’une simple flambée mais bel et bien une contestation plus profonde qui fait suite à un malaise lui aussi enraciné dans le tissu provincial, sur le plan social comme politique : au-delà de la politique fiscale, c’est aussi toute la politique d’aménagement du territoire mais aussi d’autonomie régionale que l’Etat doit repenser.

Mais la République peut-elle faire ce double effort à l’heure où la mondialisation menace la réalité même de l’Etat et avec un gouvernement qui apparaît désormais isolé et condamné à brève échéance ?

Jean-Philippe Chauvin

Les portiques de l’injustice fiscale en Bretagne

contre l'écotaxe

Les cafés rennais résonnaient dimanche et encore ce lundi matin des échos de la colère des agriculteurs bretons et de la bataille autour du portique de Pont-de-Buis destiné au prélèvement automatique de la fameuse écotaxe : les télévisions d’information passaient en boucle les mêmes images des fumées, des bonnets rouges défiant les gardes casqués ou des manifestants blessés, à terre… Et cela discutait sec en lisant « Le journal du Dimanche » ou « Ouest-France-dimanche » qui faisaient chacun leur couverture sur « Les révoltés de l’écotaxe » ou « Vent de fronde en Bretagne ». Sur le comptoir d’un bistrot, comme une sorte d’intersigne, il y avait aussi le numéro « hors-série histoire » du magazine « Bretons » qui titrait, insolemment, « La Bretagne contre la Révolution ? », un chouan montant la garde en couverture…

Ce qui a mis le feu aux poudres en Bretagne, c’est cette taxe supplémentaire qui doit entrer en application au 1er janvier prochain, au moment même où la Bretagne affronte une de ses plus graves crises de l’emploi, entre les licenciements dans l’industrie automobile (usine PSA de Rennes-La-Janais), dans celle des télécommunications (Alcatel-Lucent, là encore à Rennes mais aussi à Lannion), et, surtout, dans ce qui constitue encore l’un des principaux réservoirs de métiers et d’emplois de la province, le secteur agroalimentaire, avec la fermeture de nombreux abattoirs et d’entreprises de transformation de la viande et du poisson, en particulier dans le Finistère, là où la tension sociale est désormais la plus palpable et la plus explosive comme les jours derniers l’ont bien montré.
Cette écotaxe est donc bien mal venue : ce n’est ni le moment ni le lieu, si l’on peut dire, de l’appliquer, alors que la Bretagne subit de plein fouet les effets délétères d’une mondialisation qui respecte si peu (voire pas du tout…) les règles d’équité économique, de justice sociale et de souci environnemental ! Quelques exemples de cette folle et terrible mondialisation sans freins ni entraves : la concurrence déloyale des abattoirs allemands qui exploitent une population d’ouvriers misérables venus de l’Europe orientale et centrale, certains d’entre eux étant payés moins de 400 euros mensuels (!), et cela dans la première puissance économique de l’Union européenne, au cœur de celle-ci, sans que cela émeuve beaucoup la Commission européenne ; les multiples violations par les grandes multinationales de l’agroalimentaire des milieux naturels (destruction des forêts brésilienne ou africaine pour produire de l’huile de palme ou des agrocarburants, saccage des littoraux ou des fonds marins pour en tirer à moindre frais le maximum de ressources monnayables, etc.) et l’indifférence totale de celles-ci pour le bien-être animal ou la diversité des espèces végétales, etc.
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Travail du dimanche et emploi : illusions et réalités

travail-dimancheLa question du travail le dimanche revient sur le devant de la scène sociale, mais dans de mauvaises conditions pour le débat sur ce sujet, au regard de la situation de l’emploi en France et dans le cadre d’une société de consommation qui survalorise la croissance quantitative quand il faudrait penser plutôt en termes qualitatifs, et pas forcément en termes de croissance, comme le rappelait Patrice de Plunkett dernièrement.

J’ai déjà écrit ici mes réserves, voire mon hostilité marquée au travail le dimanche, plus précisément pour le secteur de la Grande distribution, tout comme je dénonce régulièrement la disparition des jours fériés dans ce même secteur, le plus souvent au détriment des salariés eux-mêmes : on pourra le constater encore le jour de la Toussaint, cette année un vendredi, et le 11 novembre, un lundi… Ne restent plus fériés que Noël et le Jour de l’An dans le calendrier des grandes surfaces ! Toutes les autres fêtes, jadis occasions de fermetures, sont oubliées, et c’est la même affichette que l’on retrouve sur la porte de Parly2 et de beaucoup d’autres : « ouverture exceptionnelle » (sic !) quand c’est la fermeture qui, elle, est devenue exceptionnelle, voire rare !

Pour en rester à la question de l’ouverture ou de la fermeture le dimanche des magasins, plusieurs points sont discutés sur lesquels il n’est pas inutile d’y revenir : d’abord la question de l’emploi, évidemment primordiale en ces temps de chômage de masse structurel. Ainsi, les partisans de l’ouverture dominicale arguent que celle-ci permettrait la création de nombreux emplois, entre 32.000 jusqu’à 102.000 si l’on se réfère aux exemples des pays étrangers qui ont libéralisé l’ouverture des magasins le dimanche (Canada, Etats-Unis, etc.) : néanmoins, dans un article paru samedi 28 dimanche dans les pages économie du « Figaro », Cécile Crouzel relativise cette projection mirifique : « Reste que tout dépendrait de la souplesse des nouvelles règles et du nombre de magasins concernés. Les effets pourraient être différents selon les secteurs, une étude du Credoc de 2008 ayant estimé que 6.800 à 16.200 emplois postes seraient détruits dans l’alimentaire, les grandes surfaces cannibalisant le petit commerce. » J’ai d’ailleurs constaté que, lorsque Parly2 (grand centre commercial aux portes de Versailles) est ouvert les dimanches précédant Noël ou lors des soldes, le marché dominical de Versailles, mais aussi celui, un peu plus lointain, de Saint-Germain-en-Laye, étaient beaucoup moins attractifs et fréquentés : la déperdition de fréquentation du marché de Versailles a été estimée à environ 30 % (près d’un tiers d’un dimanche habituel !), ce qui est énorme ! Il est à noter que, depuis l’ouverture dominicale de plusieurs petites et moyennes surfaces alimentaires le dimanche de 9 heures à 13 heures (celles-ci appartenant à de grands groupes de distribution…), une partie des jeunes consommateurs s’est détournée du marché traditionnel pour lui préférer le « leader price » ou le « franprix » le plus proche…
(suite…)

Hommage à nos grands hommes politiques…

Aux fumiers d’la première heure
Qui font la loi comme elle leu plaît
Qui bourrent le mou de l’électeur
Pour s’poser l’cul dans un palais

Puisque ces gens n’s’emmerdent plus
A faire VIP pour pointer
Crois-moi s’ils se sont bougé l’cul
C’est qu’y’avait d’quoi flipper

Vous m’faites plus gerber que rire
Grands ripoux d’la nation
Les deux pieds d’dans pour en sortir
Vous avez mis l’pacson.

(suite…)

Les raisons d’un échec, les moyens d’une victoire

Rassemblement la manif pour tous

L’homme de droite est content : il a eu «son mai 68 ». Au-delà de la position réactive d’une répétition en miroir et du contentement de soi, qu’en est-il aujourd’hui ?
On a souhaité l’abrogation de la loi Taubira. On a mis plus d’un million de Français dans la rue, par trois fois. Quand ces Français ont gagné les Champs-Élysées, on les a retenus, on les a sagement renvoyés chez eux. Certains ont fait preuve de courage, se sont retrouvés en garde à vue, n’ont rien lâché. On a rationalisé a posteriori, on a parlé de transgression non violente. En ce début d’octobre, il est temps de dresser un bilan.

Celui-ci est clair : c’est un échec. Un échec, car la loi Taubira n’a pas été abrogée. Un échec, car le gouvernement a refusé d’entendre une partie non négligeable du peuple. Le pouvoir avait pourtant reculé lors de l’affaire du CPE ; qu’a-t-il manqué ici ? Nous avons voulu la fin, mais non les moyens.
De bonnes choses ont eu lieu : une prise de conscience ; des rapprochements féconds entre une jeunesse catholique conservatrice et une frange plus révolutionnaire ; un élargissement du discours dont le Printemps français et les Veilleurs ont été les fers de lance.

Après la radicalisation du discours vient la question des moyens. On a voulu se représenter l’inaction de la France bien élevée lors du 26 mai comme une leçon de sagesse : notre non-violence serait écoutée, elle permettrait l’enracinement du mouvement dans la durée, gagnerait l’opinion. Mais des activités de lobbying ou des listes aux municipales ne sont pas un moyen adéquat pour obtenir l’abrogation de la loi Taubira qui, déjà pour une partie non négligeable de l’opinion, est admise comme un état de fait. La guerre d’usure n’est pas une solution, car plus le temps passe, plus une loi est acceptée, et l’usure gagne souvent les troupes qui trouvent vite un autre cheval de bataille ; elle doit faire place à une guerre de mouvement.

Certains parlent de gramscisme de « droite » : cela supposerait, pour être un bon gramscisme, d’investir tous les lieux de pouvoir culturels : médias, associations, écoles, universités…
Il faut bien voir trois choses. Dans le gramscisme, la guerre de position idéologique et culturelle est une solution de deuxième ordre quand la guerre de mouvement a échoué. La guerre de mouvement, pour ce qui nous concerne, n’a même pas été tentée : à peine commencée le 24 mars, elle a vite avorté. (Faut-il préciser que s’agiter, crier et lancer des fumigènes ne constitue pas une transgression violente réelle ?)

La guerre de position idéologique envisagée par le gramscisme est employée par l’extrême gauche, à haute intensité, depuis près de cinquante ans. Son objectif était de sortir de la société de marché capitaliste. A-t-elle réussi ?
La guerre d’usure idéologique, quand la guerre de mouvement a échoué, est un bon moyen pour instaurer un mouvement social de fond. Est-ce un bon moyen pour réclamer la pure et simple abrogation d’une loi ? Veut-on obtenir l’abrogation dans trente ans ?

Le CPE fut retiré parce que la population tenait la rue, souvent de façon violente. La France bien élevée a échoué parce qu’elle est bien élevée. La transgression non violente, la transmission d’un discours, de Péguy et Bernanos à Debord et Michéa, ont joué leur rôle. Vient aujourd’hui le temps de l’autocritique et de l’adoption de moyens nouveaux, non pas simplement en vue de l’abrogation de la loi Taubira, mais d’une certaine conception de la civilisation. En sommes-nous capables ?

« Nous avons plus de force que de volonté ; et c’est souvent pour nous excuser à nous-mêmes que nous nous imaginons que les choses sont impossibles. »

Romain Lasserre
http://www.bvoltaire.fr/