économie

La République française et les Monarchies d’Europe : combien ça coûte ?

Depuis toujours (ou presque) j’entends l’argument qui se veut définitif et qui a largement imprégné les opinions publiques et les générations successives des XXe et XXIe siècles en France et dans la plupart des pays européens : « la Monarchie coûte cher », sous-entendant, par le même mouvement, que la République serait moins dispendieuse, si ce n’est frugale à suivre le modèle d’un Robespierre et de son régime austère (voire austéritaire…) ! Un argument qui, pourtant, ne tient pas vraiment au regard de notre histoire nationale et de l’actualité européenne, comme Stéphane Bern a eu de nombreuses occasions de le rappeler depuis les années 1980, et comme un récent article paru sur le site du quotidien Le Figaro (11 février 2015) le souligne à propos de la monarchie espagnole : « Lors de son intronisation en juin dernier, il avait promis d’avoir une conduite « honnête et transparente ». Felipe VI d’Espagne a fait mardi un nouveau geste en ce sens en dévoilant un budget gelé et en diminuant son salaire de 20 %. Le souverain recevra cette année 234.204 euros. » Le budget global du fonctionnement de la Maison royale atteint la somme de 7,7 millions d’euros pour 2015, soit « seize centimes par habitant, le plus faible d’Europe », comme le résume Le Figaro !

La suite sur « Nouvelle Chouannerie », le blog de Jean-Philippe Chauvin.

Comment peut-on être corporatiste aujourd’hui ?

(Article paru dans l’Action Sociale Corporative n°16)

Logo Vincit Concordia Fratrum 1Par un artisan-carreleur dirigeant l’active association corporatiste Sauvegarde et promotion des Métiers, issue de la Cité Catholique; quelques rappels utiles pour montrer que le corporatisme est toujours aujourd’hui une réalité vivante de l’ordre social.

Il est très difficile aujourd’hui de proposer le principe corporatif comme conception économique, tant les esprits sont imprégnés des idéologies dominantes : le libéralisme et le socialisme. Depuis que l’ordre naturel, fondé sur des communautés naturelles organiques, a été bouleversé par la loi Le Chapelier, qui ne reconnaît plus que les individus et l’État, nous baignons dans un système qui oscille entre la poursuite d’intérêts individuels, exaltés par l’idée de concurrence, où toutes les barrières qui régulaient l’économie sont abolies, et une défense d’intérêts de classe, où le principe d’opposition s’est substitué au principe d’union et d’organisation (1). Tout le problème est là. Cette philosophie de l’économie, a débouché sur l’ouverture des marchés à tous vents, au développement de la grande distribution tuant le commerce de proximité, à la mondialisation, aux multinationales et à la disparition des économies locales, qui reflétaient un art de vivre et qui ont fait toute l’originalité de notre civilisation. Que peu-t-on faire aujourd’hui pour reconstituer des structures d’organisation et de participation dans le domaine professionnel ?

Résister au discours libéral

Comment ? En diffusant la doctrine sociale de l’Église la plus traditionnelle, si mal connue. Au nom de l’efficacité économique, de la recherche du rendement, du profit, de la consommation effrénée de biens de consommation, on a oublié les impératifs du Bien Commun.
Deux axiomes pernicieux ont engagé l’économie dans cette fausse voie.
Le premier a été émis par un économiste libéral Adam Smith, à la fin du XVIIIè siècle : « La recherche par chaque individu de son intérêt personnel est le meilleur moteur de l’intérêt général. » Ce sont les mêmes termes que l’on retrouve dans la loi Le Chapelier, qui a généré le libéralisme et le socialisme, et annihilé les corps intermédiaires.
Le second, tout aussi pernicieux, de Jean-Baptiste Say, au début du XIX » siècle : « Si un pays peut vous fournir une marchandise meilleur marché, il vaut mieux que nous la lui achetions ». Ces deux axiomes ont été complétés par la théorie des spécialisations nationales et reprises par des économistes comme Frédéric Bastiat et Frédéric Havek.
On a ainsi inversé l’ordre des valeurs. Tout a été centré sur le prix au détriment de la qualité. L’intérêt particulier a généré un individualisme forcené et rompu un certain lien social qui unissait des hommes au sein de corps intermédiaires à échelle humaine, organisés selon le principe de subsidiarité. L’intérêt, qui sous-entend un concept d’argent, a été privilégié par rapport à la notion de bien commun, qui disparaît de fait.

Revenir à des pratiques plus réalistes

Les effets néfastes de cette économie libérale sont tels – pollution, destruction de l’environnement, exploitation sans mesure de richesses minérales, qui ne sont pas inépuisables, urbanisation à outrance – que, par nécessité évidente, on revient à des pratiques plus réalistes : bicyclette en ville, agriculture biologique, recherche d’énergies renouvelables.
C’est, d’une façon pratique, à travers la mise en oeuvre par chacun de différentes formules qui rapprochent les intérêts des producteurs et des consommateurs que l’on peut reconstituer un certain lien social : commerce de proximité, échange direct, qui limite les transports coûteux et polluants et conserve la valeur nutritive des fruits et légumes, réduite par la cueillette prématurée, achat régulier par les citadins d’un panier de fruits et légumes à un agriculteur.
Autre cas intéressant de solidarité corporative, en Vendée : dans les années 2003/2004, les actionnaires d’un groupe d’entreprises de fabrication de meubles voulurent renvoyer le directeur général d’une de leurs entreprises. Les ouvriers de cette entreprise se mirent en grève pour garder leur directeur qu’ils estimaient. Finalement, les salariés et le directeur décidèrent de se séparer du groupe et continuèrent l’entreprise. Des entreprises locales mirent la main à la poche, pour permettre à cette entreprise de retrouver les investissements financiers nécessaires pour reconstituer un capital et fonctionner de façon autonome, indépendamment du groupe. On sortait littéralement du concept de lutte des classes par une démarche corporative, tant à l’intérieur de l’entreprise qu’entre les entreprises locales.
De nombreux pays moins désorganisés que nous, comme l’Allemagne, ont gardé cette référence aux corps intermédiaires et ont davantage l’esprit corporatif. En matière de formation notamment, les jeunes Allemands récoltent les bienfaits d’une organisation très professionnelle de l’apprentissage, bien qu’ils soient eux aussi atteints par l’utopie du libéralisme économique.
Bien d’autres formes d’associations se rapprochent de l’esprit corporatiste. On pense aux A.O.C. (Appellations d’Origine Contrôlée) ou aux marques, qui tendent à préserver une qualité spécifique à certaines productions par un cahier des charges assez strict pour avoir droit à l’appellation.
Dans l’artisanat, le Code de l’Artisanat, réformé en 1962, a permis à n’importe qui d’exercer un métier, dès lors qu’il s’inscrivait au Répertoire des Métiers; le titre d’« artisan » était réservé à des professionnels justifiant d’une compétence reconnue. On s’est assez rapidement aperçu que certaines professions exigeaient, pour la sécurité des consommateurs et usagers, des garanties plus sérieuses. En 1991, pour exercer des métiers touchant les soins physiques, comme maréchal-ferrant, coiffeur, pédicure ou des métiers à risques comme électricien ou plombier, on exigea des compétences. Sans doute il n’y a pas de « corporation » structurée, mais on est quand même dans une démarche corporative et d’organisation de la profession dans l’intérêt du consommateur et indirectement du producteur lui-même. Il faut regretter que ces dispositions résultent d’une loi d’État, et non d’une décision concertée des professionnels, les plus aptes et les plus compétents à auto-contrôler et auto-organiser leur profession.
On mesure à ces exemples l’émoi et même la colère causés par le rapport Attali, d’inspiration libérale, qui a voulu remettre en cause des professions relativement organisées et protégées, comme les taxis et les professions libérales. Son seul souci est l’abaissement par le jeu de la concurrence, du prix des prestations, que la liberté totale d’exercice aurait entraînée, au détriment de la qualité du service pour les usagers et de légitimes garanties de revenus pour les professionnels.

Favoriser partout où cela est possible la constitution d’embryons de corporations professionnelles

Les organisations professionnelles reconstituées sont des embryons de corps professionnels, qu’une volonté politique pourrait faire évoluer en organismes corporatifs, en leur reconnaissant des pouvoirs législatifs dans les domaines de leur compétence.
Ce fut le cas entre les années 1940 et 1944 avec les chartes corporatives qui amorçaient une réforme en ce sens : leurs Conseils étaient composés à parité égale de 50%, de salariés et 50% de patrons.
Citons ces organismes de type corporatif maintenus depuis les organisations professionnelles patronales par branches, les Chambres de Commerce, d’Agriculture et de Métiers, les Ordres des professions libérales – architectes, médecins, pharmaciens -, les prud’hommes, le Conseil Économique et Social, le compagnonnage – avec les réserves qui s’imposent en ce qui concerne certaines branches fortement imprégnées de franc-maçonnerie. Tous ces organismes, qui entretiennent encore un très fort esprit de corps, ont élaboré un minimum de déontologie, auquel leurs membres doivent se soumettre. On est là aux antipodes des prétentions libérales au droit par n’importe qui d’exercer un métier sans règles. Toutes ces organisations ont contribué à la mise en place d’un arsenal d’organismes paritaires, qu’elles gèrent : des caisses d’assurance-maladie, chômage, des conventions collectives, des écoles d’apprentissage.
Il y a donc des points de résistance. Les taxis parisiens et les professions réglementées ont réagi aux propositions Attali. Les agents immobiliers, dont le métier est ouvert à n’importe qui, ont pris conscience des dérives et de la mauvaise image de leur profession. Ils souhaitent eux aussi s’organiser en « Ordre» et définir une déontologie, qui distingue les bons professionnels, qui devront s’y soumettre, afin de garantir leurs risques par une caisse de garantie et protéger en même temps le consommateur.
Ces organisations, se cantonnant à la défense de leurs membres, interviennent peu dans les décisions économiques, du fait de l’absence de structures organiques adéquates au niveau supérieur aux entreprises elles-mêmes, c’est-à-dire au niveau intermédiaire entre les entreprises et l’État.

Conclusion

Compte tenu de la puissance des forces financières qui dominent la scène politique mondiale, la reconstruction ne se pourra se faire que par la constitution de petits îlots de survie, qui resteront attachés au principe corporatif, en attendant que des événements plus dramatiques permettent à un pouvoir politique catholique de mener une politique favorisant les reconstitutions de véritables corporations professionnelles, permettant aux membres d’un même métier de gérer eux-mêmes ce qui relève de leur domaine de compétence.

1. Tout n’est pas négatif, dans l’évolution de la législation sociale. Depuis les lois d’Allarde et Le Chapelier, qui avaient supprimé tout droit d’association, il a bien fallu revenir à des pratiques plus réalistes. Des organisations patronales se sont reconstituées. Et du côté des salariés, des syndicats ont conquis des droits élémentaires à caractère social. Ils n’en demeurent pas moins séparés et entachés d’un esprit de lutte de classes. Comme le dit à juste titre Marcel CLEMENT dans L’économie sociale selon Pie XII : « Le syndicalisme est indispensable dans le capitalisme libéral en vue de limiter les dégâts; il rétablit dans les contrats de travail, la qualité de sujet des travailleurs salariés. Mais il est la réaction nécessaire d’une société gravement désordonnée. Il est donc toujours plus ou moins menacé de ne donner à l’homme salarié qu’une qualité de sujet de droit minimum; d’intervenir de façon négative pour empêcher les injustices. Il n’intervient pas encore normalement et organiquement, de façon positive, pour constituer l’économie. »

Benjamin GUILLEMAIN
www.alliance-sociale.org

L’escroquerie du FMI

(Article paru dans l’Action Sociale Corporative n°16)

FMIL’Affaire DSK, la crise politique du monde arabe et l’effondrement général des économies nationales depuis 2007 ont mis sous le feu des projecteurs une institution économique méconnue du grand public : le Fonds Monétaire International. Crée en 1944, le FMI avait pour objectif principal d’assurer la stabilité économique internationale et la lutte contre le paupérisme, ce rôle se trouvant véritablement renforcé depuis l’abandon du système de change fixe de 1976.
Pour autant, le FMI est loin de faire l’unanimité des pays, et nombre de politiciens, notamment Marine Le Pen, réclame la dissolution pure et simple de cette institution qui constitue à leurs yeux une « structure d’écrasement des peuples, démantelant les Etats et multipliant les catastrophes économiques ». Inquiétude logique et légitime, il s’agit donc de voir la place et le rôle accordés aux nations dans une économie aujourd’hui mondialisée, d’étudier la quatrième fonction régalienne de tout Etat souverain, à savoir celle de la souveraineté économique.

L’opposition entre étatisme et libéralisme n’est pas seulement économique, mais également politique : l’étatisme (l’Etat est le centre de toute activité sociale ou économique) prôné par le Front National s’oppose avec virulence au libéralisme (l’Etat doit être écarté au maximum des affaires sociales et économiques) de la plupart des autres partis politiques (UMP, PS notamment). Ces deux théories, extrêmes et dangereuses, mènent à la même destruction économique de l’Etat, comme nous avons pu le voir avec la crise économique de 2007.
La doctrine sociale et économique du Royalisme, loin des excès centralisateurs de l’étatisme, loin de l’abandon de la souveraineté par le libéralisme, pourrait être une véritable force pour la France. Le corporatisme, prôné par Albert de Mun, René de la Tour du Pin notamment, se fonde sur un principe simple de subsidiarité, de liberté des corps intermédiaires. L’Etat n’a donc pas à intervenir sur les institutions économiques, mais garde sa fonction régalienne en jouant sur l’aspect monétaire, indispensable pour stabiliser l’économie nationale. Loin des monnaies privées défendues par Hayek ou Say, le contrôle de l’émission de la monnaie par l’Etat lui permet donc de placer la France au niveau international et surtout de pouvoir garantir la stabilité économique du pays.

Et le FMI dans tout cela ? Il apparaît que le FMI n’a pas vocation à disparaître mais à évoluer : son principe de recherche de stabilité internationale et de lutte contre le paupérisme est viable. Malheureusement, placée dans un Etat libéral qui laisse la seule « main invisible » opérer en économie, l’injection de milliards de dollars ressemblent à s’y méprendre non pas à une bouée de sauvetage, mais tout simplement à des coups d’épées dans l’eau…

« Il y a trois écoles irréductibles en économie sociale : celle ou l’on considère l’homme comme une chose, celle où l’on le considère comme une bête et celle où l’on le considère comme un frère. »

Augustin DEBACKER
http://franceroyale.e-monsite.com/

L’euro, disiez-vous ?

(Article paru dans l’Action Sociale Corporative n°12)

T-shirt citation Boutang

Depuis quelques semaines, la Grèce est à la « une » de l’actualité de l’Union européenne mais aussi, par voie de conséquences, la monnaie unique de la zone euro, désormais fragilisée au point que la presse et les analystes s’interrogent sur sa pérennité ou sur sa « nouvelle géographie » (avec ou sans les pays méditerranéens, en somme) ! Ainsi, samedi dernier (28 mars 2010), « Le Journal du Dimanche » titrait : « L’euro va-t-il exploser ? » tandis que le site de l’hebdomadaire « Marianne » a déjà consacré de nombreux articles et tribunes à ce sujet avec des titres parfois surprenants, non au regard de sa ligne éditoriale mais de ce que le discours officiel (et les manuels de géographie et d’éducation civique, mais aussi d’histoire de Terminale) n’a cessé de proclamer depuis plusieurs d’années…

Qui nous aurait dit que, un jour, l’euro serait menacé dans ses fondements mêmes et que « l’Europe », ou plutôt sa caricature actuelle baptisée « Union européenne », ferait mentir la formule « l’union fait la force » ? Qui ? Mais, nous ! Je veux dire la poignée de militants royalistes qui, au sein de l’Action Française et parfois bien au-delà d’elle ou ailleurs, ne cessait de répéter « casse-cou » dans les années 90 et apposait des autocollants fleurdelysés « L’euro c’est le mark », constat dénié à l’époque d’un haussement d’épaules par les européistes et « progressistes » de tout poil, constat aujourd’hui répété dans tous les journaux, du « Figaro » aux « Echos », et sur toutes les radios !

Il ne s’agissait pas alors, de notre part, de « germanophobie » facile ou d’« euroscepticisme » frileux mais simplement de l’application de cette fameuse méthode de « l’empirisme organisateur » chère à Maurras : dans une fédération, fut-elle monétaire, il faut un fédérateur, et dans le cas de l’euro, ce ne pouvait être, au regard des finances et des économies des pays de l’UE mais aussi des stratégies de chacun, que l’Allemagne qui, d’ailleurs, vantait alors par la bouche des politiques allemands la monnaie unique sous le nom de… « europamark » ! Alors même que le premier nom de la monnaie européenne, voulu par le président Giscard d’Estaing dans les années 70, était « l’écu », récusé par ces mêmes Allemands car… « trop français » !

Ainsi, ceux qui découvrent aujourd’hui les « choses » (je parle de tous ces experts économistes qui ne juraient que par «l’Europe, l’Europe, l’Europe !!! » en négligeant les réalités, même les plus visibles et évidentes) manquent-ils souvent d’humilité et l’on pourrait, cruellement, les rappeler à leurs propres textes et déclarations. Il faudra le faire, mais non par revanche, toujours mal placée et, en définitive, inutile (car il n’est de pire sourd qui ne veut entendre, comme le dit le proverbe), mais pour éviter de refaire certaines erreurs et surtout pour sortir de la crise actuelle, par le haut ou par le côté, mais en évitant, autant que faire se peut, le pire, c’est-à-dire l’affaissement définitif de notre France et de ses partenaires européens, ou l’asservissement aux puissances financières, qu’elles soient étrangères ou non.

En tout cas, dans cette crise qui n’est pas « finale », contrairement à ce que certains affirment avec une sorte de joie malsaine à défaut de proposer des solutions de rechange, l’on peut constater que la solidarité européenne n’existe pas vraiment et que l’Allemagne est le vrai maître de l’UE sur le plan économique mais aussi financier, au point que c’est elle et elle seule qui semble détenir, sinon les cordons de la bourse, du moins les « réponses »… Que la crise ait révélé avec autant de force cette réalité que nous n’avons eue de cesse de répéter avant même la naissance de l’euro ne nous réjouit pas forcément, mais elle ne nous surprend pas non plus. L’urgence est, sans doute et le plus tôt possible (formule peut-être maladroite, mais qui rappelle que certains oublient « l’ordre des choses », même lorsqu’il y a le feu à la maison…), d’en tenir compte pour donner à la France les moyens de rétablir l’équilibre au sein de la zone euro, en attendant éventuellement mieux : c’est une urgence qui n’est pas qu’économique ou budgétaire, mais d’abord et avant tout politique !

 Jean-Philippe CHAUVIN

NON à la retraite à 67 ans

(Article paru dans l’Action Sociale Corporative n°15)

L’Allemagne veut l’imposer au nom de l’euro…

« L’allongement de l’âge de la retraite se généralise », titrait un article du « Figaro » il y a quelques jours. On pourrait ajouter qu’il se « précise » pour toute la zone euro, au regard des informations qui (discrètement, trop discrètement même…) filtrent des débats entre gouvernements européens et des cénacles et assemblées économiques et politiques allemands…

Ainsi Jean Quatremer, spécialiste de l’Union européenne pour « Libération », n’hésite-t-il pas à titrer sur son blogue, ironiquement sans doute : « Bientôt la retraite à 67 ans pour tous ! ». De larges extraits de son article daté du 28 janvier méritent d’être cités, surtout qu’il est l’un des rares à y consacrer quelques lignes, comme si le sujet était trop périlleux pour être évoqué plus largement dans la presse…

« Les Français n’ont pas aimé la retraite à 62 ans, ils vont détester la retraite à 67 ans. Mais ils n’y couperont pas. Ceux qui souhaitaient une harmonisation sociale européenne ne s’attendaient sans doute pas à ce qu’elle se fasse dans ce sens… Mais la crise est passée par là.

Ce recul de l’âge de la retraite va concerner non seulement les Français, mais l’ensemble des Européens afin d’alléger les contraintes pesant sur les budgets de l’Union. C’est le prix à payer pour la solidarité financière que la zone euro a été obligée d’instaurer sous les coups de boutoir des marchés inquiets des dérives des finances publiques (…). L’Allemagne, la plus réticente face à cette véritable révolution de la gouvernance de la zone euro, s’est résolue à payer pour venir en aide aux États les plus fragiles, mais à condition qu’ils restaurent leur compétitivité, ce qui passe par une harmonisation sociale (par le bas, faute de moyens) et fiscale (afin de supprimer la concurrence fiscale). Un document interne du gouvernement allemand révélé aujourd’hui par l’agence de presse Reuters prône l’instauration d’un « pacte » qui imposerait, outre l’obligation constitutionnelle de l’équilibre budgétaire, un recul de l’âge de la retraite. « Vous ne pouvez avoir une monnaie unique et des systèmes sociaux complètement divergents », a martelé tout à l’heure au forum de Davos, la chancelière allemande Angela Merkel. Paris est exactement sur la même longueur d’onde, parfaitement conscient qu’une politique monétaire unique ne peut plus survivre avec dix-sept politiques économiques et budgétaires. »

Ainsi l’euro, monnaie unique commune à 17 États de l’UE (mais aussi à quelques autres pays non-membres de l’Union), au lieu de protéger l’Europe comme les gouvernements et les européistes nous l’avaient promis au moment des débats sur le traité de Maëstricht, écrase un peu plus chaque jour les populations européennes : beau résultat !

Et, désormais, l’argument pour justifier les nouvelles contraintes qui pèsent sur les États et leurs contribuables est toujours le même, comme une litanie entêtante et rituelle : « il faut sauver l’euro ! ». Ainsi, comme pour préparer l’opinion française, M. Sarkozy a rappelé la semaine dernière que « jamais nous [Angela Merkel et lui-même] ne laisserons tomber l’euro. », ce qui laisse entendre que tout est envisageable au regard de l’objectif ultime, «sauver l’euro ! »… Et élever l’âge de la retraite est une possibilité, voire une obligation sociale si, nous dit-on, l’on veut la pérennité de « notre » monnaie unique et de « notre » Europe… Ah, décidément, que de sacrifices il faut consentir pour une monnaie unique qui semble ne profiter qu’à quelques uns !

Cela peut-il continuer ainsi longtemps ? Ce n’est ni souhaitable, ni même possible, et il faudra bien que les populations le disent haut et fort, y compris au-delà du système partisan et politicien, au-delà même des élections !

Car peut-on accepter ce que nous préparent les eurocrates de Bruxelles, sous la pression des marchés et l’injonction de la Banque centrale européenne et de son âme damnée, Jean-Claude Trichet ?

Citons la suite de l’article : « Pour l’instant, seule l’Allemagne a instauré la retraite à 67 ans dans la zone euro et même dans l’Union. Mais l’Espagne, menacée par les marchés, a annoncé cette semaine un projet de loi afin de faire passer l’âge légal de 65 à 67 ans et le Danemark a mis le sujet à l’étude. La plupart des pays de la zone euro sont déjà à 65 ans (dont la Grèce qui a dû se plier à l’injonction de l’Union et du FMI), à l’exception de Malte, de la Slovaquie, de la Lettonie, de la Slovénie et, bien sûr, de la France. Autant dire qu’après 2012, l’Hexagone n’aura guère d’autre choix que de suivre ce mouvement, comme on le reconnaît à l’Élysée. ». D’ailleurs, l’Allemagne demande que la décision soit prise ou au moins discutée avant le prochain Conseil européen de mars…

Alors, non, mille fois non ! Cette élévation de l’âge légal de départ à la retraite à 67 ans ne doit pas passer, avant ou après 2012, avec ou sans l’euro ! Car il est fort injuste de demander toujours des efforts à ceux qui travaillent, tandis que les spéculateurs continuent leurs manipulations et que les grands « décideurs » industriels et financiers engrangent des profits toujours plus exorbitants au mépris de toute considération sociale.

N’attendons pas que l’Union européenne, au nom de « l’Europe » et de la sauvegarde de cette monnaie pourtant si peu protectrice des économies des pays d’Europe, nous impose cette nouvelle contrainte ! C’est dès maintenant qu’il faut réagir, et fortement !

Il y a quelques semaines, le Groupe d’Action Royaliste publiait sur son site un article pour avertir nos concitoyens du mauvais coup qui se préparait dans les couloirs du gouvernement allemand d’Angela Merkel : au nom de la sauvegarde de l’euro, l’Allemagne réclamait une «harmonisation européenne » sur la question des retraites, harmonisation qui doit se traduire par l’élévation de l’âge légal de départ à la retraite à… 67 ans ! Une information passée inaperçue en France, faute d’avoir été développée dans les médias français…

Le Groupe d’Action Royaliste a décidé, dès lors, de réagir et de dénoncer ce chantage antisocial qui trouve un écho pourtant favorable dans les instances économiques et politiciennes de l’Union européenne.

Alors que les syndicats sont muets sur ce sujet ; que les partis évitent tout autant d’en parler, y compris ceux de l’opposition à l’actuel président de la République, sans doute pour ne pas écorner un peu plus le « rêve européen » (sic !), les Royalistes, eux, réagissent et descendent dans la rue, tracts et affiches en main pour protester contre cette mesure antisociale que l’Union européenne, à la suite de l’Allemagne, veut mettre en place pour toute la zone euro, y compris en France, sans doute après l’élection présidentielle de 2012 : ils sont, à ce jour, les seuls à l’avoir fait !

Samedi 5 février 2011, des militants du Groupe d’Action Royaliste ont, durant près d’une heure, distribué des centaines de tracts contre la retraite à 67 ans, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, à Paris.

Cette distribution n’est que la première action de rue sur ce thème qu’organise le Groupe d’Action Royaliste : ce n’est pas la dernière !
Dès maintenant, face aux menaces de régression sociale et contre « l’Europe punitive », il faut réagir, fortement !

Jean-Philippe CHAUVIN

Qu’est ce que le corporatisme ?

(Article paru dans l’Action Sociale Corporative n°8)

Un ami médecin s’inquiétait de l’avenir de sa profession sous un régime socialiste. Je lui dis :

– La solution pour la France est dans l’ordre corporatif.
– Le corporatisme ? Ah ! non, la réglementation rigide, l’abandon des libertés,…
– Vous êtes donc pour le libéralisme, docteur ?
– Je suis pour la liberté.
– Disons que vous voulez garder votre cabinet, votre clientèle, votre façon d’opérer et ne voulant pas que tout se ramène à l’hôpital, vous refusez le socialisme. Est-ce cela ?
– Exactement.
– Cependant, si grande que soit votre indépendance, elle ne va pas jusqu’à vous faire les médicaments, les injections, les analyses de vos malades.
– Non
– C’est ici qu’intervient un caractère propre à votre profession. Vous êtes en droit de prescrire ce que des auxiliaires exécutent : le pharmacien vendant sous sa responsabilité, le laboratoire, à condition d’être compétent, analysant, l’infirmière diplômée faisant les piqûres. Bref, une organisation surveillée et contrôlée complète l’acte médical.
– Parfaitement.
– Vous souhaiteriez même, à l’inverse du socialisme, que les Hôpitaux vous apportent leur aide. Grâce à des appareils trop coûteux pour vous.
– Mais oui.
– En somme, votre profession est organisée et elle l’est sous contrôle. Même pour vous médecins, il y a des règles, parfois sévères. Règles de déontologie, serment d’Hippocrate. Règles de compétence qui supposent l’acquit des connaissances et la conformité de vos traitements à des normes imposées.
– Règles parfois un peu étroites.
– Peut-être. Elles sont cependant nécessaires. Le contraire où n’importe qui pourrait faire n’importe quoi et soigner à sa guise serait grave.
– Bien sûr.
– Résumons-nous. Votre cabinet je le compare à une entreprise. Vous le voulez indépendant. Disons que c’est une entreprise libre. Par contre la profession, vous la voulez organisée et règlementée, ce qui revient à dire que vous voulez l’entreprise libre dans la profession organisée et réglementée. Est-ce cela ?
– Oui, c’est cela.
– Eh bien Docteur, nous venons de trouver une définition du corporatisme, une définition que je reconnais incomplète, suffisante toutefois pour nous donner du corporatisme un premier aperçu.

Reprenons-la. L’entreprise libre dans la profession organisée et réglementée. Qu’est-ce à dire sinon que la liberté et la réglementation vont s’ordonner, se disposer chacune à la place qui leur convient. Autrement dit : la liberté d’entreprendre avec toutes les initiatives que cela implique à condition toutefois de respecter certaines règles fondamentales du métier, puisque ce sont ces règles qui protègent et garantissent le client. Quoi de plus naturel et de plus normal ?

Par cette définition, le corporatisme nous apparaît intermédiaire entre libéralisme et socialisme. Il présente en outre des qualités de diversité, souplesse et adaptation qui expliquent sa longue durée et son immense extension. Or cette nécessité d’une combinaison heureuse de libertés et de règlements vaut pour tout le régime politique ou économique, et elle était fort bien sentie de nos anciens chefs d’État ou ministres. A commencer par M. Giscard d’Estaing qui déclarait : « Je gouverne au Centre ». Le centre de quoi ? Sans doute au centre du libéralisme et du socialisme, un mélange, une mixture des deux doctrines que son auteur baptisa : « libéralisme avancé ». Lequel libéralisme s’avançant lentement vers son contraire, sans doctrine aucune ni aucun souci du réel, finit dans les bras de François Mitterrand.
Quant à M. Chirac, il a lui aussi son centre. C’est la fameuse troisième voie. Qu’est-elle au juste ? Je cherche en vain à le découvrir.

Ces messieurs rêvent d’une doctrine centrale. Elle existe. Elle n’est pas un simple mélange, elle est un ordre et se nomme : l’ordre corporatif.

Une dénomination qui le définit. Le corporatisme ordonne, autrement dit il situe liberté et réglementation comme on l’a vu plus haut. Mais il peut aussi les combiner de façons diverses en les adaptant à chaque cas. Il le fait selon la nature du métier ou de la profession, compte tenu des contraintes techniques ou naturelles et selon les conditions d’époque et le lieu. Il peut suivre les désirs et préférences de ses membres sous la seule réserve de respecter l’intérêt public. Dans le cas contraire, l’État interviendrait. En quoi chacun fait ce qu’il doit. Ce qu’oublient trop souvent nos adversaires et ce pourquoi je dis que le corporatisme a un caractère naturel, tellement naturel qu’on en saisit souvent mal les principes ; car ce qui crève les yeux se voit mal. Mais c’est aussi la raison pour laquelle il s’adapte si bien à toutes les circonstances. Alors que le libéralisme, que le XVIIIe siècle tenait pour l régime typiquement naturel, est en fait artificiel et primitif.

C’est une conception abstraite, une construction de l’esprit qui aide à la compréhension de certains phénomènes économiques ; ce n’est nullement une bonne doctrine. Bien sûr, il y a la réussite américaine. Mais elle s’explique. Elle s’explique par la rencontre d’immenses richesses et d’immenses besoins avec l’énergie laborieuse d’immigrants venus d’Europe qui changèrent une terre déserte en une formidable puissance économique. Elle a fait l’étonnement du monde.
Précisément cet exemple influe sur la pensée de nos économistes : critiquez devant eux le libéralisme, ils regardent Outre-Atlantique. Ils ont tort. La France a grandement pâti à vouloir suivre un système si peu fait pour elle. Pourquoi n’avoir pas tout simplement réformé le corporatisme au lieu de le détruire ? Pourquoi en 1789 se jeter follement dans un libéralisme effréné qui nous valut la crise de 1830 et la évolution qui s’ensuivit sans parler de tous les maux politiques des XIXe et XXe siècles ? Un corporatisme libéral, ouvert, comme le nomme M. Salleron, n’eut-il pas été la vraie solution ? On peut rêver et refaire l’Histoire. On ne peut s’empêcher de penser que le choix ne fut pas bon.