Kadou

Le nucléaire est mort, vive Jérémy Rifkin

dechets-nucleairesSARKOZY : « La France doit se montrer à la hauteur de ses responsabilités de pays ayant fait le choix de l’énergie nucléaire. Pour la France, le nucléaire civil est un élément essentiel de son indépendance énergétique et de la lutte contre les gaz à effet de serre. »
JEREMY RIFKIN : L’industrie nucléaire était arrêtée pendant 25 ans après les catastrophes de Three Mile Island et de Tchernobyl. On en trouvait encore en France, car la France était une puissance nucléaire assez importante. Mais la raison pour laquelle le nucléaire a connu une renaissance et à cause du réchauffement climatique. Et donc l’industrie nucléaire est réapparue avec des personnes disant, nous faisons partie de la solution. Nous sommes écolos, nous n’émettons pas de CO2. Une technologie propre. Je vais vous donner la raison commerciale qui explique pourquoi le nucléaire ne sert plus à rien. Il ne reviendra pas. C’est terminé. Certains viendront débattre sur le côté idéologique. Je préside un groupe des 120 compagnies les plus importantes du monde. Et l’informatique, la logistique, les transports, l’énergie, les utilitaires, les constructions, nos compagnies savent très bien que tout cela est terminé. J’ai vu quelques politiques se faire avoir.

Voici les arguments : il existe 443 centrales nucléaires dans le monde aujourd’hui. Elles sont vieilles. Et elles ne représentent que 6% de toute l’énergie que nous produisons. Pour avoir un impact minime sur le changement climatique, selon le Groupe d’experts sur l’évolution climatique de l’ONU, 20% de notre énergie aurait du être nucléaire pour avoir un impact minimum, ce qui est irrationnel pour la renaissance de ce secteur. Ce qui voudrait dire que nous devrions remplacer les 443 anciennes centrales, en construire un millier et avoir environ 1500 centrales en service pour les 25 prochaines années pour des milliards et des milliards de dollars. Quelqu’un pense vraiment que ça va marcher ?

Deuxièmement. On ne sait toujours pas quoi faire des déchets nucléaires. 60 ans que l’on se sert de cette technologie, et pendant 60 ans l’industrie nucléaire a déclaré qu’elle trouverait un moyen de stocker les déchets nucléaires. On ne sait toujours pas quoi en faire. Dans mon pays, on dépense 8 milliards de dollars de taxes. 18 ans pour construire un voûte dans une montagne appelée la montagne Yucca, pour stocker ces déchets nocifs et se serait sans danger au bout de 10 000 ans. Mais voilà le problème, on a terminé la construction de la voûte et avant même d’y déposer les déchets nucléaires on a eu des problèmes de construction dans les fondations, car la planète est perpétuel mouvement à cause des plaques tectoniques. On ne peut les stocker nulle part. Quand Fukushima a explosé et je sais que la France n’a même pas parlé de Fukushima. Ca dérange, les journaux n’en ont même pas parlé. Le véritable problème était en fait les barres nucléaires qui ont causé les fuites radioactives. Elles sont exposées, pas les cœurs, les réacteurs. La France entière et dans le monde entier il y a des barres nucléaires dans les sites nucléaires qui sont totalement exposées le moindre petit accident peut provoquer un nouveau Fukushima.

Troisièmement, l’Agence internationale de l’énergie atomique a déclaré que nous ferons face à un déficit en uranium entre 2025 et 2035, comme pour les 400 centrales que nous possédons mais le prix de l’uranium va encore augmenter il ne diminuera jamais.

Et quatrièmement, la France à une génération de centrales nucléaires qui peuvent recycler l’uranium en plutonium. Voulons-nous du plutonium sur toute la planète ? Ainsi que des centaines de centrales nucléaires à l’heure du terrorisme ? C’est de la folie.

Pour finir, et je veux que toute la France l’entende, 40% de toute l’eau potable consommée dans toute la France est utilisée pour refroidir les réacteurs nucléaires. J’espère que tout le monde a bien entendu cela. Quand cette eau est rejetée, elle est chaude et déshydrate l’écosystème nécessaire à un secteur agricole vivant et durable. Il y a aussi des centrales nucléaires à base d’eau salée. Malheureusement elles sont sur les côtes où l’on trouve les plaques tectoniques, les tsunamis et où les populations urbaines se trouvent. Il n’y a pas suffisamment d’eau pour faire tout cela.

L’énergie nucléaire est intéressante car elle est le reflet d’une pensée du 20è siècle centralisée. Je vais faire une analogie, et dire pourquoi c’est vieux et dépassé et n’aura aucun rôle même pas en France dans 34 ans. Ce n’est pas comme si il demain il n’y avait plus d’énergie nucléaire. Mais vous n’allez plus construire de centrales nucléaires et voilà pourquoi : l’industrie musicale n’a pas compris le partage des fichiers musicaux. Des milliers d’enfants ont créé des logiciels de façon latérale afin de partager la musique. Les maisons de disques ont rigolé, puis se sont inquiétées, puis ont fait des démarches judiciaires pour légiférer ce phénomène et en 5 ans tout s’est effondré. Les journaux n’ont pas compris la blogosphère. Des millions de personnes créaient leurs propres informations et l’on partagé de façon latérale. Et maintenant les journaux se retirent des affaires ou créent des blogs. L’encyclopaedia Britanica se moquait de wikipedia. Des milliers de personnes qui partageraient leur savoir ? Avec la même précision que l’encyclopédie Britanica ? Maintenant l’encyclopaedia Britanica est quasiment en train de faire faillite. Bill Gates n’avait pas compris Linux. Des milliers de personnes qui s’aident avec des codes des milliers de personnes qui s’entraident. Linux est un acteur mondial. Ce que je veux dire par là, c’est la même chose avec l’énergie. Quand des millions et des millions de millions de millions d’immeubles collectent leurs propres énergies, les stockent, les hydrogènent et les partagent avec les autres continents, le pouvoir latéral de millions et de millions de petits acteurs qui partagent cette énergie latéralement, cela écrase tout ce que vous pouviez faire avec le nucléaire. Tout comme des millions personnes qui ont une bonne connaissance de la technologie qui se connectent sur de tout petits ordinateurs, l’énergie distribuée amoindrit ce que l’énergie centralisée peut faire.

Maintenant, ce que les jeunes devraient imaginer en France : c’est l’année 2050.
Quatre générations qui grandissent avec internet habilités à créer leurs propres informations et a les partagées dans des lieux ouverts et communs. Vous croyez vraiment qu’ils vont êtres entourées par des centrales nucléaires peu sûres, du 20 è siècle, centralisées, hiérarchisées et démodées ? C’est une blague ! Vous souriez, moi aussi. Les politiques doivent se rendre compte de ce que la nouvelle génération est en train de faire.

Régionalisme intégral – 3

Libérons nos régions de la république antisociale :

“Relisez votre histoire et foutez-nous la paix avec votre république…”
Job de Roincé

VOLEM VIURE AL PAIS
(Vivre et travailler au pays)

Belle marianneSous l’Ancien régime, existe de nombreuses différences entre les provinces, langues, mesures, droits et privilèges. En pays d’Etat, tout le monde paye la Taille (impôts sur les biens et la terre)
« Nous sommes autonomistes, nous sommes fédéralistes…Un groupe de patriotes Bretons vient de demander, pour leur illustre province, le rétablissement des anciens Etats…nous voulons une assemblée souveraine à Bordeaux, à Toulouse, à Montpellier…Et ces assemblées régiront notre administration, nos tribunaux, nos écoles, nos universités, nos travaux publics… »
Déclarations des Fédéralistes

« Majorité de ruraux, honte de la France » disait le républicain A. Crémieux.
Les luttes viticoles du Languedoc (début XXe.s), les mineurs de Decazeville (1961), le Larzac (1971), attentats en Bretagne contre Mac do (2000, 1 mort), attentat à Versailles (1978, 3 ans de prison pour les Bretons), mouvement dans l’Aude (1976), échange de tirs entre vignerons et policiers (2 morts)…
La ripoublique des scandales détruit :
– la spécificité Française et nie toute identité régionale et historique
– tout ce qui de près ou de loin, nous est cher.

L’organisation européenne montre combien la république avec ses découpages départementaux fut rétrograde. Etre moderne, dynamique économiquement et commercialement, voir hardi socialement et culturellement demandait la survivance et la continuité réformatrice du système monarchique. Mais les intérêts privés et financiers de quelques uns en avaient décidés autrement. Aujourd’hui, on essai de reconstituer, tant bien que mal, de grandes régions afin de pouvoir tenir tête, aux grandes provinces compétitives des pays étrangers, qui eux eurent la chance de ne pas subir les destructions révolutionnaires…Notre pays est exsangue (guerres nombreuses dont 1e désastre de 1914, dénatalité), déficitaire et épuisé, depuis plus de 200 ans de gâchis républicain. Que vaut un “Bas-Rhin” ou le “Haut”, que l’on ne veut plus nommer Alsace, face au “Land” Allemand de Bade-Wurtemberg, s’exclamait Jean Dumont. “Les rogatons ne pouvaient rien, sinon se faire avaler, annexer peu à peu. Par l’achat des entreprises, de la main d’oeuvre ou des maisons de villages. Ainsi que le dit un industriel strasbourgeois interrogé récemment par un grand quotidien parisien : d’une part, à Paris, l’Alsace n’est pas “positionnée”, selon la formule du marketing, c’est à dire n’intéresse personne ; d’autre part, en Alsace même, “la priorité, c’est l’Allemagne”.
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La démocratie d’apparence – 3

démocratie2III – A quelles conditions la démocratie fonctionne-t-elle ?

Les deux premières parties de cet exposé sont de nature à surprendre le lecteur car elles conduisent à une vision paradoxale ou en tout cas inhabituelle des faits sociaux. Il en ressort que la démocratie conçue comme un projet révolutionnaire destiné à changer le monde et la société est une utopie impraticable et néfaste qui n’a d’ailleurs aucune existence tangible. Mais il en ressort aussi que la technique démocratique qui consiste à prendre en compte les courants sociaux, à reconnaître leur existence et à développer l’autonomie des individus et des collectivités est indiscutablement utile.
Et le paradoxe continue lorsque nous constatons que cette pratique ne peut fonctionner convenablement qu’à des conditions précises tout à fait contraire au messianisme démocratique « grand public».
Première condition : un cadre strict :
La pratique de la démocratie suppose, on l’a déjà dit, une petite structure politique à taille humaine afin que le rôle de l’individu y soit effectif. Dans de petits Etats comme la Suisse, cette condition peut être remplie, mais dans les grands Etats, peuplés de plusieurs dizaines ou centaines de millions de personnes ce n’est plus le cas. Il faut alors l’implanter à l’échelle locale grâce à un système décentralisé qui favorise les libertés locales et l’autonomie des petites entités, ce qui pose la question du contrôle de l’Etat sur cette mosaïque politique.
Un autre cadre possible aux pratiques démocratiques peut être fourni par une structure aristocratique et inégalitaire. A ce moment là, des autorités arbitrales liées à la tradition, à la compétence ou à l’hérédité peuvent prévenir les éternelles dérives du système démocratique, à savoir l’anarchie, le clientélisme et la démagogie. C’est l’idée du régime mixte que nous avons déjà évoquée précédemment.
L’idée n’est pas nouvelle puisque Aristote la développait déjà et l’un des succès de la Monarchie française à son apogée fut sans doute de savoir concilier l’autorité du Roi avec les innombrables libertés locales. On oublie un peu vite que sous l’Ancien Régime les fonctions étaient électives chaque fois qu’elles n’étaient pas réservées à certaines catégories de personnes en raison de leur naissance ou de leur compétence…
A l’inverse, il n’y a rien de plus défavorable au développement de la démocratie que les vastes Etats aux contours flous et mal délimités ou l’homme se sent perdu et dépassé par les événements.

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Deuxième condition : un population unie et cohérente :
La démocratie implique que les électeurs qui vont tenter de concourir à une volonté commune aient un certain nombre de choses en commun et ne constituent pas des communautés hostiles qui cherchent à imposer leur point de vue par la loi du plus fort. Pendant très longtemps cette condition était remplie dans les nations européennes, et c’est encore le cas en Suisse en raison de l’histoire à part de ce petit pays à la population homogène en dépit des différences linguistiques et religieuses.
Mais dans les autres pays d’Europe ouverts à toutes les religions, les ethnies et les cultures, où les mouvements de population sont de plus en plus importants et où l’individualisme est prédominant, ce fond commun a disparu en grande partie. On dit que Rousseau avait conçu son système politique et sa théorie de la volonté générale en pensant à la République de Genève telle qu’il l’avait connu dans son enfance. Est-il sérieusement envisageable de transposer un tel système à un empire cosmopolite et multinational comme l’Union Européenne ? C’est la grande interrogation de notre collègue Pierre Manent, Professeur à l’Institut d’Etude Politique de Paris, qui se demande si la démocratie est possible sans le cadre de la nation traditionnelle.

Troisième condition : un contrôle effectif par l’électeur :
La démocratie n’est intéressante que si l’électeur a l’impression qu’il a un pouvoir véritable et que les dés ne sont pas truqués. C’est une évidence, mais il est bon de la répéter lorsque l’on voit certaines dérives de la Veme République en France.
Dès lors, moins il y a d’intermédiaires entre l’électeur et le pouvoir, mieux la démocratie fonctionne. A l’inverse, plus il y a d’intermédiaires, plus elle court le risque de dégénérer.
La démocratie directe présente donc des avantages indiscutables par rapport à la démocratie représentative qui déforme la volonté des électeurs et crée des oligarchies parasites qui prétendent exprimer la volonté du Peuple mieux que le Peuple lui-même. C’est ainsi que des pratiques telles que le référendum d’initiative populaire, le mandat impératif donné aux représentants, ou le droit pour la population de contrôler directement l’emploi des fonds publics pourrait être utilement introduits dans les institutions. Or la plupart des hommes politiques y sont hostiles car ils redoutent à tort ou à raison de tomber dans l’anarchie et le « populisme ».
En réalité, la crainte qu’inspire la démocratie directe n’est légitime que lorsque l’on prétend tirer toute la légitimité politique de la volonté populaire, ce qui nous ramène une fois de plus au caractère dangereux de l’idéologie démocratique. Car avec la démocratie directe l’Etat risque en effet de devenir ingouvernable. En revanche, si des éléments de démocratie directe sont insérés dans un système politique qui reconnaît l’existence d’autres formes de légitimités politique, le risque est bien moindre du fait de ces contrepouvoirs.
Montesquieu ne se serait pas exprimé différemment, lui qui voulait que « le pouvoir arrête le pouvoir ».

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La démocratie d’apparence – 2

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II – A quoi sert la démocratie ?

Encore faut-il, une fois de plus, savoir de quoi l’on parle car la démocratie se présente tantôt comme un dogme, tantôt comme une pratique.

Utilité de la démocratie comme dogme ou comme idéologie ?
Au risque de paraître décidément provocateur et de choquer certains, nous sommes convaincus pour notre part qu’en tant que dogme à caractère sacré, en tant que religion des temps modernes, la démocratie non seulement ne sert rigoureusement à rien, mais encore risque d’avoir un effet franchement nocif en distillant dans le corps social des ferments de jalousie et de haine à l’endroit de ceux qui ont une position sociale supérieure.
En outre cette idéologie postule la supériorité de la quantité sur la qualité, de la masse sur l’individualité, du non-sens sur le sens, du relativisme absolu sur la recherche de la vérité. Elle postule aussi que la majorité a toujours raison et que la minorité doit nécessairement s’incliner, ce qui est contraire au développement de la civilisation, heurte le bon sens le plus élémentaire et risque de provoquer des régressions inacceptables. On sait aujourd’hui que la politique criminelle menée par Adolphe Hitler était soutenue, en tout cas dans ses débuts, par une large majorité d’allemands. Une majorité d’erreurs ne fera jamais une vérité !
Pour notre part nous voyons dans l’idéologie démocratique un système à la fois faux et pernicieux, une erreur intellectuelle fondamentale de l’homme moderne à l’instar du marxisme-léninisme et du national-socialisme, autres grandes idéologies matérialistes et réductrices de l’occident contemporain. Cette idéologie est en outre à l’origine du phénomène de confiscation du pouvoir par les oligarchies que nous avons évoqué dans notre première partie.
Si la divinisation de la démocratie est perverse, en revanche il n’en va pas de même de sa pratique bien comprise.

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Utilité de la démocratie comme pratique ?
Nocive en tant que philosophie universaliste, la démocratie est en revanche fort utile quand on la remet à sa place et qu’on la conçoit comme un mode d’exercice du pouvoir ou un mode d’organisation sociale parmi d’autres.
L’histoire européenne montre en effet que dans nos sociétés le pouvoir a été lié tantôt à l’hérédité (autrement dit à une idée de propriété familiale), tantôt à la compétence, tantôt enfin à l’élection. Le pouvoir est donc soit monarchique, soit aristocratique (au sens aristotélicien de l’élite), soit démocratique. Or il est indiscutable que la pratique démocratique a un effet positif dans un certain nombre de cas, ne serait-ce que parce qu’elle constitue un contrepoids aux autres sources du pouvoir.

La pratique démocratique constitue tout d’abord un instrument de contrôle de l’état de la société et une véritable soupape de sûreté lorsque les élites qui sont en charge de la nation s’égarent. L’absence de représentation électorale est probablement une des causes de la Révolution française puisque le Roi ne disposait d’aucun moyen pour connaître l’état véritable de l’opinion publique. Certains historiens estiment même que si le suffrage universel, qui est par nature conservateur, avait existé en France dès la fin du XVIIIe siècle, aucune des révolutions ultérieures n’aurait eu lieu.
C’est ce mécanisme d’auto-sécurité, cette soupape de sûreté qui a permis à la Grande-Bretagne au début des années 1980 de rompre avec les dérives dangereuses d’une sociale-démocratie délétère et au gouvernement de Mme Thatcher d’initier un spectaculaire redressement économique.
Mais encore faut-il que la soupape de sûreté soit encore en état de fonctionner, autrement dit que l’alternance ne soit pas fictive…

Deuxième avantage lié à l’introduction de mécanismes démocratiques dans la société, l’amélioration de la mobilité sociale. La faiblesse des sociétés aristocratiques tient souvent au fait qu’elles tombent dans l’immobilisme d’un système de castes sclérosé. A l’inverse le libre accès aux fonctions et la possibilité de promotion sociale rapide permet de faire émerger des talents individuels en grand nombre qui seraient restés figés et endormis dans un système dominé par les hiérarchies traditionnelles.
Les institutions électives et démocratiques, comme celles fondées sur la compétence individuelle, jouent donc un rôle d’accélérateur social. Au contraire l’hérédité des fonctions et des positions joue un rôle de stabilisateur social. Les deux présentent des avantages et des inconvénients ; il faut savoir les combiner comme ont su le faire les anglais pendant des siècles.

Troisième avantage, les pratiques démocratiques, du moins lorsqu’elles sont comprises de manière à la fois modérée et loyale, permettent l’implication des individus dans la vie publique et sociale. Dans la France du XVIIeme siècle, l’activité économique était faible et les progrès de l’instruction publique modeste. Une personne sur deux savait lire et écrire avant la Révolution et il y avait peu d’échanges. Avec la révolution industrielle et le développement économique, on entre dans des sociétés mobiles dotées d’un fort dynamisme propre qu’il n’est plus possible de gouverner « ex cathedra » à la manière d’un Richelieu ou d’un Louis XIV. C’est ce tournant de la modernité que la monarchie française a été malheureusement incapable de prendre.
L’utilisation d’institutions démocratiques adaptées aux circonstances et en particulier à l’échelle locale permet d’améliorer le fonctionnement de l’Etat par une sorte de processus d’autogestion dont on voit des exemples en Suisse. C’est autant de charge en moins pour l’Etat central qui est alors dispensé de l’obligation de tout régenter et qui peut se concentrer sur les grandes orientations de la nation.
Un autre avantage encore est de permettre à l’individu de s’impliquer dans un projet collectif qu’il fait sien, sans que celui-ci ne lui soit imposé de manière hiérarchique par les élites au pouvoir, puisque élites il y aura toujours quelque soit la forme de l’Etat.

Tous ces avantages sont réels. Mais il ne faudrait pas croire que seules les pratiques démocratiques sont vertueuses. Les pratiques aristocratiques peuvent l’être tout autant lorsqu’elles aussi sont intelligemment comprises : le dépassement de soi, le sens de l’honneur et du devoir, la générosité, le mépris de l’argent, l’élitisme et le raffinement des mœurs, l’originalité et la créativité individuelle apportent autant à la société que les pratiques démocratiques.
En vérité la folie de l’homme moderne est d’opposer ce qui devrait être complémentaire. Mais là n’est pas notre sujet et puisque nous avons résolu d’ausculter ici la démocratie. Voyons maintenant à quelles conditions elle peut fonctionner ?

Olivier Tournafond

La démocratie d’apparence

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Introduction :

La démocratie est devenue la grande affaire de l’homme occidental. Jadis l’homme se souciait du bien et du mal, de la divinité, de l’éternité de l’âme, du bien commun, de la justice, du progrès, etc… Aujourd’hui il se soucie essentiellement de la « démocratie ».

Dans la presse, dans les médias audiovisuels, à l’université, dans les partis politiques, dans les sphères du pouvoir, dans les clubs mondains, tout un chacun se gargarise de ce mot qui a évidemment perdu en signification ce qu’il a gagné en extension. Désormais la référence à la démocratie est quasi incantatoire ; il n’est pas rare de trouver le mot répété jusqu’à quinze fois dans un article politique ou juridique, comme au XVIIe siècle le mot « chrétien » dans la littérature officielle.
S’agit-il d’un phénomène de mode ? A ce stade il vaudrait mieux parler d’un phénomène à caractère religieux car on dépasse très largement en temps et en ampleur le simple phénomène de la mode. Or ce phénomène de société ne manquera pas de surprendre tout esprit critique épris à la fois de lucidité et de modération pour qui la démocratie n’est guère qu’un mode de gouvernement parmi d’autres. Mode de gouvernement qui a comme les autres ses avantages et ses inconvénients, mais dont on ne saurait attendre qu’il apporte à lui seul la solution aux maux de l’humanité. Car on peut être certain que le simple jeu des mécanismes démocratiques comme le suffrage universel ne permettra pas de résoudre les défis du XXIe siècle s’il n’est pas associé à d’autres mécanismes qui feront appel à l’intelligence, à la créativité, au courage et à la qualité des individus, donc à des valeurs qui découlent plutôt d’une vision aristocratique de la société et de l’homme, aristocratique au sens philosophique du terme évidemment…

(suite…)

Action Sociale Corporative N°17

SOMMAIRE :

– Nos maîtres :
Armand de VILLENEUVE-BARGEMONT
P 3, 4 et 5

– BRISONS NOS CHAÎNES :
– Un peuple drogué
Frédéric WINKLER
P 6
– L e problème de l’eau
Frédéric WINKLER
P 7, 8 et 9
– Révolution intégrale
Frédéric WINKLER
P 10 et 11
– Du militantisme royaliste
Augustin DEBACKER
P 12
– La stratégie de notre révolte
P. JEANTHON
P 13
– Une poignée d’hommes suffit
ARISTE
P 14
– La crise n’est pas finie
Jean-Philippe CHAUVIN
P 15
– Maîtriser le temps pour affronter la crise
Jean-Philippe CHAUVIN
P 16

– Un grand inconnu :
le docteur Paul CARTON
André-Georges HENRY
P 17 et 18

– Supprimer les partis
Benjamin GUILLEMAIND
P 19

– Base doctrinale :
Le métier et les conditions de travail
P 2O et 21

– Qu’est ce que le malthusianisme ?
Augustin DEBACKER
P 22 et 23

La crise n’est pas finie…

crise-financiere

La nouvelle crise financière qui est en train de dérouler ses effets sur les pays occidentaux en plein mois d’août n’est pas exactement une surprise, et feindre l’étonnement devant les récents événements et l’effondrement d’une part du système financier états-unien et européen serait faire preuve de cynisme ou de naïveté de la part des analystes et des hommes d’affaires qui ont tant participé à ce « système de crise », voire à ce que l’on pourrait nommer de façon plus simple « le Système », fait de globalisation, technophilie et société de consommation. De multiples avertissements, ces dernières années mais aussi bien avant 2007 et la crise des «subprimes», ont été lancés dans une indifférence presque totale, et je n’ai pas été le dernier à évoquer la possibilité d’une crise qui ne soit pas que conjoncturelle mais aussi structurelle, même si je ne savais pas quelles formes exactes elle allait prendre, ni quand elle allait survenir en tant que telle : désormais, il est possible de prendre 2007 ou/et 2008 comme point de départ. La zone euro résiste mal à la crise… A force de jouer les éternels Cassandre, rôle ingrat et nécessaire mais qui ne ferme pas forcément la porte à l’espérance, une certaine fatigue teintée d’amertume peut parfois m’envahir : le danger serait de se réfugier dans une sorte de retraite méprisante et désabusée, impolitique et donc totalement négative.

Or, faire de la politique, c’est refuser le fatalisme et chercher les voies institutionnelles d’une « sortie de crise », qu’elle qu’en soit le domaine. Dans le cas spécifique et au regard de son histoire et de sa culture politique, il me semble indéniable que l’Etat a un rôle à jouer dans l’économie, non pour la diriger mais pour lui éviter de défaire ce qui doit être préservé, que cela soit l’environnement ou de justes rapports dans la société : le comte de Paris disait jadis que « la mission du Pouvoir est de rendre les gens heureux » et, au-delà d’une formulation qu’il faut, à mon avis, préciser, cela fait sens. J’avoue que, pendant longtemps, une stricte lecture maurrassienne me faisait rechigner à user du terme «bonheur» considéré comme trop moral ou trop vague pour être vraiment autre chose qu’une nuée, une abstraction saint-justinienne qui avait fait tant de mal dans l’Histoire, en particulier durant la Terreur ou au temps de l’Union soviétique…

Mais, en fait, lorsque le comte de Paris écrit la formule évoquée, il ne s’agit pas pour lui de parler d’un « mythe » ou d’user d’une facilité de langage démagogique, mais de rappeler que l’Etat a pour devoir d’assurer le bien-être de ses citoyens ou, du moins, de le préserver du pire, de la défaite ou de la misère, de la toute-puissance des forces économiques et des injustices sociales qui résultent d’une application trop stricte de la « liberté économique », celle du « renard libre dans le poulailler libre » qui oublie les règles de l’équilibre de toute société. L’Etat français, aujourd’hui encore et malgré la République, est conscient de cette tâche qui lui revient, non seulement de droit mais de devoir et de légitimité, et le président Nicolas Sarkozy, dans son discours de Toulon de 2008, rédigé par le gaulliste social Henri Guaino, avait alors pris le contre-pied de ce qu’il avait dit quelques semaines auparavant, au risque même de contredire la lettre et l’esprit du traité de Lisbonne dont il se veut le « père » (de façon un peu exagérée, d’ailleurs) et qui est de stricte orthodoxie libérale… Son actuelle et indéniable activité politique face à la crise de la zone euro et sa proximité avec la chancelière allemande (proximité qui peut, sur certains points, être fort critiquable) montrent que deux Etats actifs et volontaires sont plus efficaces et plus engagés que les institutions officielles de la Commission mais aussi de la BCE, sans même parler du Parlement européen qui poursuit tranquillement ses vacances…

Le couple franco-allemand, qui fait ce que l’UE n’est pas capable de faire, à 17 ou à 27… Il est d’ailleurs significatif que les propos récurrents de M. Guaino expliquant qu’il ne fallait pas hésiter, en cas de besoin, à passer par-dessus les critères de Maëstricht (propos qui, jadis, firent scandale !) forment désormais la réalité concrète de la politique des deux grandes puissances de la zone euro. Pied de nez au libéralisme, d’une certaine façon ! Avoir eu raison trop tôt (mais je n’étais pas le seul, évidemment, à prévenir des risques d’un libéralisme sans garde-fou ni freins) ne me console pas vraiment, parce que, lorsque ce qui est annoncé arrive, c’est encore Cassandre qui est accusée d’avoir attiré le malheur sur la cité et que les retournements de veste, bruyants à défaut d’être complètement sincères, couvrent les paroles des justes augures. Depuis plus de trois ans qu’elle est apparue visible, la crise n’est pas finie, et elle n’est, en fait et au-delà des péripéties multiples et quotidiennes, qu’une transition, un vaste transfert de richesses des classes moyennes du Nord vers celles, émergentes, de Chine et d’Inde, mais aussi, comme le montrent les déclarations des hauts responsables chinois (qui se payent le luxe de tancer les Etats-Unis et l’Union européenne pour leurs déficits…), un transfert de direction politique et économique des Etats occidentaux (désarmés et de plus en plus dépendants des oligarchies financières) aux Etats du « Sud conquérant », entre autres, comme je l’ai déjà dit maintes fois, sur ce blog comme dans des discussions avec mes élèves ou mes collègues : le rôle de Cassandre, aujourd’hui, s’achève, et doit laisser la place aux actions concrètes des Politiques, à ceux à qui il revient de forger les boucliers mais aussi les épées de demain, à ceux qui doivent, l’espérance au cœur, agir pour les générations qui s’annoncent et celles qui sont encore lointaines.

Dans son histoire, notre pays a traversé de multiples épreuves, il survivra à cette crise, sans doute, et cela même si l’euro monnaie unique disparaît, ce qui n’est pas tout à fait impossible : mais, le « mettre en Monarchie » aurait comme vertu d’inscrire le long terme dans l’Etat, élément nécessaire de tout amortissement et de toute résolution de crise et condition de la justice sociale, garantie par la loi nationale plus sûrement que par les règles d’une Union européenne, aujourd’hui percluse de libéralisme comme d’autres le sont de rhumatismes…

Jean-Philippe CHAUVIN