Chroniques de la Monarchie populaire – La démocratie médiévale – 5

 

« L’histoire semble avoir été écrite par ses propres ennemis » PIRENNE

 

UNE SOCIETE DE SERVICES

« La féodalité au sens médiéval du mot, ne répondait plus à rien en 1789 »   ALBERT SOBOUL

 

Il faut, pour comprendre la vie de nos ancêtres, nous débarrasser de tous préjuger ancrés dans nos esprits par l’enseignement étatisé de la République, dont le but est justement de détruire toute référence au passé et pire, le dénaturer en y apportant des images les plus caricaturales possibles (cages de Louis XI, rois fainéants, arbitraire royal, esclavage de la société, etc…). Tout ce qui peut salir notre passé pré-révolutionnaire est accueilli avec délectation pour ainsi renforcer et glorifier l’arrivée des « lumières » et 1789 comme une « libération populaire » attendue depuis huit siècles. Il faut regarder, comprendre, étudier, avec les yeux et l’esprit d’alors, afin d’éviter de grandes maladresses, des jugements trop hâtifs et une incompréhension totale des situations vécues. Loin d’idéaliser cette période, pourtant obscurcie à souhait par nos contemporains, gardons l’esprit critique, regardons la vie communautaire vécue alors intensément, écartons les affres du temps, épidémies et guerres et comparons certaines conditions de vie et nous verrons ce que nous pouvons tirer comme enseignement pour aujourd’hui et demain…

LE COMMERCE

« En une heure de voiture, on passe d’un bon pays dans un mauvais, d’une terre grasse à un sol ingrat…Il suffit d’un jour de grêle pour mettre un village dans la désolation. Une récolte qui s’annonce bien en juin est misérable en juillet. Un printemps ensoleillé rachète un hiver détestable. D’une année à l’autre tout change. D’une province à l’autre, tout varie… » (Pierre Gaxotte).

Malgré des hauts et des bas suivant les époques, le commerce connaissaient depuis longtemps les échanges internationaux et des produits du monde entier étaient vendus sur nos marchés de France. Jean Pierre Poly, dans « La Provence et la société féodale » disait : « Lorsque les Lombards viennent aux foires de Saint-Gilles ou de Fréjus, ce n’est pas seulement pour apporter la soie et les épices et remporter les fourrures; ce qu’ils chargent dans leurs grosses nefs, c’est le sel qui passe au tonlieu de Gènes, le bois descendu par le Rhône jusqu’à Saint-Gilles; c’est le blé…, les ballots de draps qui ont passé tous les tonlieux.» Dans « L’identité de la France », Fernand Braudel cite les foires ou se vendaient les draps de Saint-Riquier, de Chartres, d’Etampes, de Beauvais, d’Amiens, d’Arras…Au XII-XIIIème siècle, la France était en plein essor, Rouen, Laval, Arras, Reims s’enrichissaient. Les tapisseries, les filatures de lin et de chanvre, les teintureries et les drogues, draperies, soie et toiles fines, faisaient le bonheur des grands marchés et foires comme Tournus, Mâcon, Bar-sur-Seine, Troyes, Cluny. La Normandie au XIème siècle, avait la jouissance du port de Dungeness en Angleterre. Au XIIème siècle, la Guyenne exportait vers l’Angleterre 900.000 barriques de vins, chiffre que Bordeaux ne retrouvera qu’en 1953.

LE TRAVAIL On oublie que « la renaissance du XIe siècle » fut le fruit de l’organisation féodale ; grâce à elle, l’anarchie antérieure disparut et le progrès économique en sortit : défrichements, élan démographique, perfectionnements techniques, villes nouvelles… Certains domaines seigneuriaux représentaient de grandes exploitations employant quantité de main-d’œuvre et battaient le tocsin de l’embauche saisonnière à chaque moisson. La rémunération y est intéressante. Ecoutons J.M.Richard, G.Sivéry et G.Duby dans l’Histoire de la France rurale de 1340 à 1789 : « Vers 1320, les moissonneurs artésiens de Thierry d’Hireçon prélèvent en guise de salaire la douzième gerbe. En 1334-1335, à Renault-Folie, sur les bords de la Sambre, dans le domaine du Comte de Hainaut, il fallait au maximum 130 jours de travail au faneur le plus mal rémunéré (6 deniers tournois par jour) qui achetait du froment au prix fort (33 sols le muid de Mons), pour acquérir environ 500Kg de pain, soit (en gros) sa consommation annuelle de céréales. Mieux, autour de 1338, un journalier provençal pouvait, en se louant moins d’un quart d’année à la commanderie des Hospitaliers à Bras, recueillir en salaire l’équivalent… des profits d’une exploitation paysanne de 12 hectares » . N’oublions pas que la France est diversité et qu’à d’autres endroits le travail est moins rémunéré, que certains seigneurs parviennent juste à se nourrir et que les communautés rurales se dégagent petit à petit de l’emprise de ceux-ci. Il faut considérer que la production agricole française représentait la principale force économique de notre pays donc soumise aux aléas du climat. Les populations vivaient avec les risques d’épidémies et disettes sans compter les bandes armées et pillards divers, encore mal maitrisés par le pouvoir royal s’organisant. Quand aux guerres, elles se passaient le plus souvent à l’extérieur de nos frontières.

 

DEMOCRATIE et LIBERTES DES COMMUNAUTES

Les villages, communes, paroisses se géraient entièrement et pourraient faire pâlir par leurs vigueurs nos communautés d’aujourd’hui. Les pères de famille se regroupaient dans des confréries destinées aux devoirs religieux, aux discutions d’intérêts communs (entretien de la voirie, entraide, assistance aux pauvres, ordre public…). On se retrouvait souvent après la messe dans l’église, ou devant, pour débattre des problèmes en cours, dans l’ancienne France on votait beaucoup et plus qu’aujourd’hui. Les hommes sont tous des féodaux, si le seigneur est armé, le marchand l’est aussi dans ses déplacements. On retrouve l’esprit de l’époque romaine où l’homme était soldat et agriculteur. F.F.Brentano dans « Le Moyen-âge » disait : « Les patriciens vont au combat entourés de leurs clients, comme les barons escortés de leurs vassaux ».

Il était courant de voir les mères de famille se réunir après la messe pour l’élection d’une sage femme attitrée. Nous sommes loin de la pagaille démocratique mais c’est peut être pour cela que l’organisation monarchique était plus humaniste, plus responsable et donc, de caractère  sociale. Comprenons bien la véritable démocratie, ou plutôt démophilie, on votait pour des choses concrètes et non, comme nous le voyons trop souvent inutilement car les jeux sont faits…

 

Que valent nos consultations dites démocratiques aujourd’hui ?

Le Président de la République Nicolas Sarkozy, le 21 juillet 2008 « Les Irlandais devront revoter » le traité de Lisbonne qu’ils ont rejeté par référendum le 12 juin. Le Danemark, après avoir voté «non» en juin 1992 au traité de Maastricht, a finalement voté «oui» un an plus tard. L’Irlande, en 2001, qui avait déjà voté «non» au traité de Nice, a aussi finalement voté «oui» un an plus tard. Le référendum français sur le traité établissant une constitution pour l’Europe, le 29 mai 2005, fut négatif et pourtant… faudrait-il parler de toutes les élections, sponsorisé par millions, que nous payons et dont la représentation est partisane et non mérité ! A quand la compétence choisie et non l’idéologie, ce serait un progrès, l’avenir, sommes-nous si évolué pour ne pas avoir compris cela ! Alors qu’aux temps médiévaux, si imparfait pourtant, les élections étaient plus efficaces et représentatives qu’aujourd’hui ! Voilà l’empirisme, voilà les leçons du passé, voilà pourquoi le passé n’est plus enseigné, le citoyen pourrait comprendre. La vérité rend libre…

 

L’Eglise dans cette société chrétienne recoupait les fonctions laïques et religieuses où tout évènement est annoncé aux sons des cloches du village. L’Eglise suppléait à l’ordre social mais ne dirigeait pas l’Etat car le Roi de France était sacré comme un évêque et donc tempérait les exigences des ecclésiastiques. « L’organe essentiel de la communauté était formé par la réunion des chefs de famille, qui pouvaient y siéger et y voter. On voit parfois les veuves y tenir leur place » (on peut signaler la place de la Femme alors, n’oublions pas qu’en République son droit de vote est récent…) Continuons avec « L’Histoire de la France rurale de 1340 à 1789 » : « L’assemblée des « manants et habitants » se tenait un dimanche « à l’issue de grand-messe » après annonce par le desservant au trône. Dans les solides communautés du Midi, riches de leurs traditions médiévales, on se réunissait à la maison de ville, sous la présidence des consuls. Ailleurs, la séance se tenait à « la porte et principale entrée » de l’église et l’on peut encore voir, dans certains villages, le porche garni de bancs de pierre qui servaient à cet usage…L’assemblée jouissait d’une très large liberté, même lorsqu’elle était présidée par les officiers seigneuriaux. C’est elle qui prenait toutes les décisions importantes pour la vie de la communauté, qui élisait ses représentants et ses agents…De même, l’assemblée était consultée sur toutes les affaires concernant la communauté : érection d’une justice seigneuriale nouvelle, transfert du revenu de la cure, création d’un marché, rédaction des coutumes. » On y discutait de tout, impôts, exemptions, droits et privilèges communautaires (en fait tous possédaient des privilèges dans l’ancienne France), choix du maître d’école, aménagement et constructions… Les pauvres avaient des droits : glanage et usage des chaumes après les récoltes, utiliser les biens communaux, etc… On partageait les tâches de la vie communautaire pour le bonheur de tous. On est loin de l’assistanat d’aujourd’hui.