Agriculture & terroirs

TOTAL SOUTIEN AUX ELEVEURS 

« La France est en train de liquider son agriculture. Le symbole est fort, il est même épouvantable. On s’apprête à sacrifier la viande française, dont chacun connaît les exigences de qualité et de précaution, pour faire entrer de la viande argentine via le Mercosur, une viande trafiquée aux activateurs de croissance et aux hormones. Paysans, tenez bon ! Vous êtes les derniers Français ! Annie Genevard devrait démissionner. » Philippe de Villiers

« …le 22 mai 2023, la Cour des comptes a publié un rapport sur « les soutiens publics aux éleveurs de bovins » en émettant plusieurs préconisations dont celle de réduire le cheptel bovin… »

Depuis hier, les éleveurs et les agriculteurs résistent contre la décision d’abattre quelque 207 vaches « Blondes d’Aquitaine » pour un cas de dermatose identifié. Même vaccinées, elles sont et seront abattues !
Ce massacre infernal se pratique alors que l’on nous prépare à accepter l’importation de viandes venant d’Amérique du Sud aux normes sanitaires plus que douteuses…
Les lycées agricoles ont rejoint le mouvement de contestation contre ce carnage consistant à détruire nos cheptels bovins. Entre les normes dictatoriales européennes et la « Cour des comptes » préconisant la diminution de 25 % du cheptel français, on comprend la colère paysanne, sur fond de signature du Mercosur par ailleurs.

On notera le silence des « bobos », soi-disant défenseurs de la souffrance animale, alors que quelque 3000 vaches ont déjà été tuées, fragilisant plus d’une centaine d’exploitations et parfois dans des conditions inadmissibles (voir article précédent : Résistance). Peu importe la souffrance des éleveurs, le système envoie ses forces serviles agir contre les Français, c’est tellement plus facile que de réprimer les racailles comme d’arrêter les narcotrafiquants. On est dans le deux poids deux mesures, ce « gouvernement » est devenu, avec Foutriquet en tête, la honte dans cette destruction infernale du tissu social de notre pays. Les agriculteurs sont piétinés comme les salariés de Brandt qui passeront de tristes fêtes de Noël…

Notre jour Viendra !

Résistance !

Devant la honte et l’insupportable abatage des cheptels de nos éleveurs, il est de notre devoir de soutenir le monde agricole dans la souffrance. Lorsqu’on voit l’arrivée des « cerbères » du gouvernement, pour tuer arbitrairement les animaux, nos poings se serrent.

Ce système n’a plus rien d’humain et nous dirige vers les pires catastrophes comme le prophétisait Bernanos. Il est vrai qu’il est beaucoup plus facile de terrasser une famille d’éleveurs que des racailles des cités !

Les larmes des enfants voyant tuer les veaux et les vaches qu’ils connaissent n’émeut pas nos fonctionnaires aux ordres et cela même sur les animaux qui sont vaccinés contre la dermatose !

Ce « gouvernement » avec foutriquet qui impose le Mercosur est le fossoyeur de la France, soumit à une Europe ayant décidé de supprimer nos élevages comme notre agriculture. Aidons nos agriculteurs et éleveurs à résister comme à vivre…

N’oubliez pas tout ce qui de près ou de loin nous est cher, est chaque jour détruit par ce système mais Notre jour viendra !

GAR

La Destruction de notre économie :


IV – Point sur notre France et sa survie (suite articles précédents)

« Jamais la menace totalitaire n’a été aussi présente, aussi probable, depuis la peste brune et la peste rouge qu’avec la macronie finissante. » Philippe de Villiers

Le gouvernement macroniste avec Néron en tête parle de réindustrialisation de notre pays alors que depuis son arrivée au pouvoir ce ne sont que délocalisations, rachats et faillites d’entreprises. Nous avons pour cette année moins de créations que de faillites d’entreprises, sachant qu’en 2023 57729 entreprises disparaissaient !


Mais continuons le bilan catastrophique de l’infatué :
– Thomson pour l’électronique
– STX pour les paquebots
– les infrastructures d’autoroutes
– les barrages pour l’énergie
– Suez pour le gaz et Saint-Gobain pour les matériaux
– Paribas et le CCF pour la finance
– Essilor, leader des verres ophtalmiques
– Matra pour la mécanique


Puis dans la foulée la macronie à accepter que SAFRAN transfère toute sa technologie afin de favoriser le groupe indien « Hindustan Aeronautics Limited » dans sa recherche de moteur d’avion de chasse. Je vous laisse imaginer ce que doit penser Dassault dans cette fourberie !
Il est vrai que Latécoère, leader en technologie de l’aéronautique est partie en 2019.

Nous avons perdu Doliprane pour nos médicaments, les Etats-Unis ont « engrangé » plus de 130 milliards de ce qui faisait nos fleurons, notre fierté économique, quelques 1570 entreprises françaises (Les Echos). Dormez Français car pendant ce temps, sans bruit un gisement important de thorium dans les Vosges a été cédé à une entreprise chinoise (Le Journal Economique). EDF vient de céder aussi Exaion (supercalculateurs blockchain) aux USA, « Mara Holdings » prenant 64% du capital pour 168 millions de $ avec la perspective de 75% à l’horizon de 2027. C’est pourtant là aussi une technique importante du crypto français qui part vers un fond américain. ArianeGroup, le 27 octobre 2025 « a officialisé un changement majeur dans la chaîne de production du lanceur Ariane 6, avec la signature d’un accord transférant l’assemblage du moteur supérieur Vinci de Vernon (France) vers Lampoldshausen (Allemagne). » C’est par conséquence quelques 600 emplois qui disparaissent en France. On peut rajouter d’autres exemples comme les aciéries de Bonpertuis qui, depuis 600 ans existaient dans notre beau pays où l’épée de François Ier avait été forgée. Sa fermeture est la conséquence comme nombre de petites entreprises et commerces du coût de l’électricité. Ce prix de l’énergie lui-même la conséquence de l’indexation de nos prix à ceux de l’Europe comme la politique destructrice de Macron et consort sur le nucléaire, avec la fermeture de Fessenheim…


La folle politique idéologique visant aux voitures électriques est aussi catastrophique où nos industries automobiles (300000 emplois) s’effondrent. Les entreprises d’équipement, les fournisseurs, les métallurgie, mécanique… vont en amont disparaître aussi car il faut bien comprendre les conséquences sociales et économiques sur les populations, les villes et les régions après. Les « Hauts de France » ont perdu 39,6% d’emplois, la Bourgogne-Franche-Comté : 40,9%, le « Grand-Est » : 43,9%, l’Ile de France : 40,3%, l’Auvergne-Rhône-Alpes : 22,5% (Le Figaro) …
A Villefrance-sur-Saône, Blédina qui existe depuis 1881, va fermer ses portes. « Le dernier biscuit est sorti à 9h35 » titrait « France 3 Nord Pas-de-Calais », la chaîne de production « LU » ferme ses portes à Château-Thierry…


Il est terrible de dire que la liste s’allonge de jour en jour et nous pouvons ajouter pour Novasco (Acier, ex-Ascometal) autre fleuron Français, que les dernières informations annoncent que trois sites sur quatre de l’aciériste sont sur le chemin de la liquidation avec quelques 549 emplois (sur 693 salariés) devant disparaitre. Le plus grand site à Hagondange en Moselle ferme, seule l’usine de Leffrinckoucke (vers Dunkerque) resterait (AFP, 17 novembre). L’actualité catastrophique de ce système antisocial continue car ces jours-ci : le groupe Brandt (électroménager) voit son avenir fortement en danger par un redressement judiciaire. Ce sont quelques : « 700 salariés en France, dont 450 en Centre-Val de Loire, répartis sur les deux sites de Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret) et de Saint-Ouen, près de Vendôme (Loir-et-Cher) », selon l’AFP, qui vivent l’angoisse de cette période avant Noël. Pour mieux comprendre l’impact, il faut imaginer les familles derrières ces salariés et toutes les infrastructures sociales autour : magasins, villes, écoles…
Tout cela se passe dans un silence de mort pendant que discrètement la diplomatie tente de spolier le territoire national d’outre-mer des îlots Matthew et Hunter, à 300 kilomètres de la Nouvelle-Calédonie (Est), représentants quelques 350 000 kilomètres carrés de rayonnement maritime stratégiques, d’une valeur inestimable. Tout cela pour les beaux yeux du Vanuatu !


Un lointain historique rappel à nos mémoires l’abandon des iles Minquiers et Ecrehous par le pouvoir socialiste en la personne de Lionel Jospin, dont nos marins-pêcheurs ont largement payé la triste note (600 familles impactés entre Pimpol et Cherbourg, sans parler de la perte stratégique des kilomètres marins, lire le Projet de société).


Ce système détruit chaque jour un peu plus des siècles de construction, il est temps de se réveiller avant qu’il ne soit trop tard et Notre Jour Viendra ! (Tiocfaidh àr là !)

La Dermatose et le Mercosur

III – Point sur notre France et sa survie

« Soutenir l’agriculture, c’est faire respecter l’exception agriculturelle. » Philippe de Villiers

La dermatose nodulaire bovine est une épizootie, c’est-à-dire une maladie affectant une espèce animale sans transmission à l’être humain, et l’abattage du troupeau entier pour une seule vache malade est une idiotie affreuse, rappelant les médecins « diafoirus » de Molière. En est-on si éloigné lorsque l’on examine sérieusement la politique sanitaire mise en place lors du covid ?

Tuer tout un troupeau pour une vache malade, n’est-ce pas un crime contre la nature ?

Les Français doivent savoir que les vaches saines ont été abattues sans aucune justification et des cheptels entiers ont disparu…

La raison peut être cherchée ailleurs dans ce plan macabre de l’Union européenne faite pour détruire les nations. Les officines sanitaires aux ordres obscurs ont tué les vaches, les mères devant les enfants, les unes après les autres, quelquefois sous les yeux des familles d’éleveurs, devant les enfants en pleurs…

L’Italie et la Grèce ne l’ont pas fait, connaissant l’inutilité de l’acte, et les Suisses vaccinent les vaches…

Oui, c’est un crime contre la nature avec des massacres pour rien !

Une vache représente en France le résultat d’une sélection sur plusieurs générations. Les jeunes éleveurs ne se relèveront pas d’un tel sacrifice et le suicide des paysans est suffisamment alarmant pour ne pas en rajouter. Les éleveurs ont reçu un simple appel téléphonique avec l’arrivée de forces de gendarmerie, plus promptes à persécuter le monde agricole que les trafiquants de drogue. Nos agriculteurs sont persécutés par des ordres incohérents, des normes, une concurrence déloyale et tout cela généré par un système antisocial.

La trahison du Mercosur :

Dans le Mercosur, il est souhaité depuis longtemps que notre agriculture et notre élevage disparaissent au profit d’autres pays importateurs, tels que l’Argentine, le Brésil, la Bolivie, le Paraguay et l’Uruguay, qui inondent déjà notre marché alimentaire. Tant pis pour les naïfs qui croyaient encore aux paroles de ceux qui piétinent ce qu’il reste de notre patrimoine agricole. Souvenez-vous de la « botte de foin » pour parler aux « bouseux » où s’adresser en bras de chemise au salon de l’agriculture, il n’y a que les naïfs pour y croire. Seuls les paysans mobilisés peuvent faire trembler le système et ça, le gouvernement le sait !

Le cynisme de la Macronie répand la misère tout en creusant une dette abyssale pour notre pays. La France doit retrouver son autonomie alimentaire et fermer ses portes à l’invasion de produits qui viennent d’Ukraine, d’Amérique du Sud ou autres par des barrières douanières protégeant notre économie.

_La société multinationale MHP produit les poulets d’Ukraine. Son directeur Yuriy Kosyuk est un milliardaire proche de Zelenski, basée à Chypre fiscalement et coté en bourse à Londres. Elle est financée par l’Europe à hauteur de 100 millions d’euros…

Il est inacceptable de constater que plus de la moitié des viandes consommées dans nos cantines en France proviennent de l’étranger. La frontière doit être rétablie pour protéger notre agriculture et notre industrie d’une politique libérale injuste et déloyale de libre-échange.

Signalons l’agitation des vignerons dans le Sud-Ouest, alors qu’il y a peu de temps, des primes européennes étaient versées pour l’arrachage de nos vignes, alors que l’on finance les vignerons d’Afrique du Sud ?

La trahison du foutriquet de l’Élysée n’est plus à démontrer, véritable Néron gesticulant devant notre pays en flammes !

Les agriculteurs représentent la sève de notre nation, ils sont les protecteurs de nos paysages et ce sont eux qui contribuent à la beauté de notre pays. En 2021, 18 % vivaient sous le seuil de pauvreté, alors que chez les éleveurs c’était 25 % (source : INSEE). En 1970 nous avions 2374000 agriculteurs pour ne retrouver que 701000 en 2020 (Source : AGRESTE, recensement agricole 2022). Nous allons perdre notre souveraineté alimentaire sachant que nous l’avons déjà perdu en politique. Le monde rural (agriculture, élevage…) ne demande que la justice, travailler en paix, comme de supprimer les normes inutiles et la masse de contraintes administratives étouffantes. Il est impératif de nous libérer de l’Europe afin que l’agriculture puisse vivre de son travail sans l’esclavage des subventions. Il en va de la dignité de cette honorable profession qu’il faut défendre, soutenir et protéger.

Il ne reste au peuple français qu’une seule solution pour survivre, c’est la libération en sortant de cette Europe qui nous tue !

Notre jour viendra !

GAR

@anais.foulquier

#fyp #agriculture #mercosur #loveyou #vache Merci à @La Ferme des Cochons Laineux pour cette vidéo sur le mercaut sûr. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a serré le cœur. Peut-être parce que j’ai quitté ma ferme, ma vie d’avant, pour tout recommencer dans la Loire avec mon compagnon. Et honnêtement… ça fait mal. Ça fait peur. On ne sait pas où on va. Il y a un mélange de tristesse, un peu de colère aussi, mais surtout un vrai merci. Merci pour ce que vous partagez, pour ce que vous transmettez. Ça compte plus que vous ne le pensez. La vidéo est disponible sur YouTube. Je vous invite à aller la voir pour comprendre ce qu’il se passe vraiment.

♬ Finitude – Gabriel Albuquerqüe

La Tour du Pin… contre le traité Mercosur !

En relisant les textes du marquis René de La Tour du Pin (véritable théoricien du royalisme social et du corporatisme français) décédé il y a tout juste cent ans, le 4 décembre 1924, quelques lignes me sautent aux yeux, et me paraissent d’une grande actualité en ces temps de débats sur les traités de libre-échange dont celui avec le Mercosur n’est que le dernier exemple en date. Après avoir évoqué la nature du contrat de travail en France et ce qu’il pourrait (et devrait) être, La Tour du Pin souligne, à raison, que « les traités internationaux doivent être conclus, non pas dans l’intérêt du fisc, ni même dans celui du consommateur, mais avant tout en vue de la protection morale et matérielle que le travailleur doit rencontrer dans l’Etat chrétien » (1). Au-delà du temps, cette phrase écrite en 1882 n’a rien perdu de sa valeur, et il n’est pas inutile de la rappeler, mais aussi d’en montrer, en quelques lignes, le sens et la portée, tout en la contextualisant et, pourquoi pas, en la réactualisant.

Dans sa pensée, qui est profondément enracinée dans une foi catholique très vive, La Tour du Pin place l’homme-producteur, l’homme créateur de richesses, maître de sa production sans en être forcément le destinataire, avant celui qui doit en profiter par l’achat et l’usage, l’homme-consommateur : c’est, aujourd’hui, l’exact inverse dans notre société de consommation qui privilégie la consommation au détriment des conditions de travail et de vie du producteur lui-même, mais aussi au dépens de la nature, des ressources d’icelle, qu’elles soient souterraines et extraites du sous-sol ou de surface et récoltées, récupérées ou prélevées. Dans ce système dans lequel il s’agit de « consommer pour produire » et de « faire consommer pour produire », le producteur de base est trop souvent négligé, voire largement exploité et considéré, dans les temps de crise de consommation, comme une variable d’ajustement susceptible d’être éjecté socialement du système et de la possibilité d’être à son tour et en rétribution de sa peine, un consommateur…

Dans la logique contemporaine du libre-échange, s’applique le terrible principe de la « liberté du travail » qui, l’histoire et la philosophie économiques le rappellent à l’envi, n’est nullement la liberté des travailleurs ni la qualité du travail elle-même, mais la liberté du capital qui s’impose au travail et aux travailleurs, en salariant ces derniers selon les nécessités des propriétaires de capitaux et selon les revenus qu’ils espèrent en tirer, dans une logique de profit qui, parfois, ne tourne qu’au désir d’une profitabilité toujours plus grande, voire démesurée au regard des conditions de travail et de salaire imposées aux travailleurs, parfois très éloignés du marché final de consommation, dans le grand et terrible jeu de la mondialisation. C’est vrai dans le monde de l’industrie, ça l’est aussi dans celui de l’agriculture désormais intégrée quasi-totalement (en particulièrement dans les pays développés, du Nord comme du Sud) à la globalisation commerciale, au risque de favoriser les grandes féodalités de l’agroalimentaire et d’étouffer les petits et moyens producteurs, cultivateurs comme éleveurs.

Or, les grandes puissances économiques étatiques (2), souvent de moins en moins politiques et de plus en plus gestionnaires, s’abandonnent aux facilités de la fiscalité comme une excuse à leur propre impuissance face aux acteurs dominants de la mondialisation, et elles espèrent ainsi donner l’illusion de la maîtrise d’un système que, généralement, elles ne contrôlent plus. En fait, ce constat est surtout vrai dans les Etats les plus anciennement industrialisés et démocratiques (à des degrés divers, selon les histoires particulières des Etats et de leur entrée dans la modernité consommatoire) et la France, qui longtemps resta fidèle à cette double idée que sa politique ne se faisait pas à la Corbeille (3) et que « l’intendance suivra » (4), paraît désormais moins assurée sur cette logique pourtant nécessaire : le fait d’avoir déléguée une part de sa souveraineté à des institutions monétaires européennes et de se retrouver apparemment incapable de préserver son pré carré législatif et éco-diplomatique à cause de ses engagements « européens », contredit la citation de La Tour du Pin, sans l’invalider dans sa nécessité, bien au contraire !

Le traité Mercosur, qui risque bien d’être imposé par l’Union européenne à la France d’ici peu, et cela malgré le refus affiché du président de la République et des parlementaires français il y a quelques jours encore, en est la triste démonstration : ce traité de libre-échange, qui n’est ni écologique ni social (5), est souvent vanté par ses promoteurs comme le meilleur moyen de faire des affaires pour les consommateurs européens mais aussi sud-américains, quand la question du sort des producteurs de base (¬6) est trop souvent éludée, voire évacuée. L’on sait pourtant que ce traité se traduira aussi par des désespérances paysannes et par des dévastations écologiques, au nom d’un Développement qui ne peut être durable, et cela par essence même…

Face à cela, il ne nous est pas possible d’être indifférents ou neutres, et nos prédécesseurs nous donnent quelques clés d’explication et nous fixent quelques devoirs militants. La Tour du Pin, dont il paraît tout à fait utile de relire les principaux textes regroupés dans quelques ouvrages dont le fameux « Vers un ordre social chrétien », souvent évoqué par son sous-titre « Jalons de route », s’inscrit dans cette logique que l’Eglise rappellera à sa suite dans l’encyclique Rerum Novarum de 1891 et qui veut que le travail assure au travailleur le pain quotidien (et un peu plus même) pour toute la famille, et qu’il ne doit pas être source de malheur et d’exploitation mais d’accomplissement… Est-ce choquant de vouloir ce qui semble de bon aloi et de bonne justice, éminemment sociale ? Dans un monde capitaliste qui, comme le souligne aussi La Tour du Pin, semble être, avant tout, « la souveraineté de l’argent », le combat pour une bonne pratique de la justice sociale n’est pas un « divertissement d’activiste », il est la condition même d’une vie sociale équilibrée. La Tour du Pin, en catholique conséquent, évoque l’Etat chrétien protecteur du travailleur : au regard de l’histoire de la France, cet Etat ne peut être que royal. Et il n’est obligatoire d’être soi-même chrétien pour le reconnaître et l’approuver : le souci politique de la justice sociale suffit à conclure de la même manière pour une Monarchie royale éminemment sociale, non par conjoncture mais par nature

Jean-Philippe Chauvin






Notes : (1) : Extraits de « Vers un Ordre social chrétien ; Jalons de route, 1882-1907 », Marquis de La-Tour-du-Pin La Charce, édité à la Nouvelle Librairie Nationale, 1907.

(2) : Je précise étatiques, car désormais les grandes puissances économiques sont, surtout, des FCT (Firmes Capitalistiques Transnationales), peu enclines à se soumettre (sauf honorables exceptions) aux Etats eux-mêmes et à leurs règles sociales : nous voici revenus au temps des grands féodaux qui s’émancipent des nécessaires devoirs sociaux qui, normalement, incombent aux puissants envers les moins aisés ou les plus fragiles, et, au-delà, envers le bien commun…

(3) : Le surnom de la Bourse, dans des temps pas si anciens que cela…

(4) : Selon la fameuse formule attribuée au général de Gaulle qui, en lecteur ancien de Maurras et en conformité avec la tradition capétienne – au moins sur ce plan… – considérait que le bon usage du « politique d’abord » était le meilleur moyen d’assumer et d’assurer les charges et devoirs de l’Etat et la protection de la nation et de ses citoyens, et de faire « de bonnes finances »…

(5) : Ce n’est d’ailleurs pas la motivation ni le but d’un tel accord…

(6) : Je ne parle donc pas des grandes sociétés soucieuses de s’ouvrir de nouveaux marchés à moindres frais, au bénéfice de leurs propriétaires comme de leurs actionnaires, mais bien plutôt des petits et moyens agriculteurs, qu’ils soient français, européens ou, de l’autre côté de l’Atlantique, brésiliens ou uruguayens, qui risquent de faire les frais de ces échanges inégaux et, finalement, économiquement comme socialement injustes.



Le traité Mercosur, nous n’en voulons pas !

La reprise de la contestation agricole ces derniers jours n’est pas vraiment une surprise : les promesses faites aux agriculteurs l’hiver dernier sont largement restées lettre morte, d’autant plus depuis la dissolution hâtive et désordonnée de l’assemblée nationale en juin dernier par le président de la République ! La résistance de la France face à la perspective de la signature du traité dit du Mercosur par l’Union européenne est-elle suffisante pour amoindrir la colère paysanne ? Il semble bien que cela ne puisse plus suffire car la Commission européenne et l’Allemagne (entre autres) sont bien décidées à ne pas tenir compte de la position française sur ce plan-là comme sur beaucoup d’autres ces dernières années : que fera la République française si, d’aventure, le traité est signé ces heures prochaines ? S’inclinera-t-elle (ou, plutôt, s’humiliera-t-elle…) pour respecter les règles d’une Union européenne qu’elle entend ne pas remettre en cause quoiqu’il advienne ? Sacrifiera-t-elle ainsi une grande partie de nos éleveurs (entre autres) auxquels cette même Union impose des règles et des normes qui, pour ne pas être toutes inutiles, sont le plus souvent comminatoires et fort peu appropriées aux enjeux du moment, particulièrement sociaux et, ici, ruraux et agricoles ?

Ce projet d’accord avec les pays d’Amérique du Sud révèle à l’envi toute l’hypocrisie d’une Union qui se veut écologiquement irréprochable chez elle (ce qui peut prêter à sourire, en fait) mais accepte toutes les dérives loin du continent européen, comme si l’éloignement garantissait l’impunité aux destructeurs de la forêt amazonienne et de la savane du Cerrado : en somme, l’Union européenne délocalise les productions agricoles de son propre continent après avoir laissé les grandes entreprises délocaliser notre industrie depuis plus de quarante ans, avec les conséquences économiquement et socialement désastreuses que l’on connaît… L’environnement des pays sud-américains et les emplois des agricultures européennes seront les principales victimes de cet accord « bœuf brésilien contre voitures allemandes », mais qu’importe aux idéologues de la mondialisation libérale qui ne jurent que par le libre-échange et en oublient les producteurs de base !

Il est pourtant bien possible que nous arrivions à la fin d’un cycle, et que le temps du libre-échange incontesté soit en passe d’être révolu : le durcissement probable de la politique d’extrême protectionnisme des Etats-Unis dans les mois prochains et la prise de conscience de nombre d’Etats qu’un protectionnisme raisonnable est d’abord préservateur de leurs propres intérêts et qu’il tend aussi à diminuer les effets d’une circulation trop intensive (et fortement carbonée…) des produits autour de la planète, sont autant de signes annonciateurs de cette dévaluation dans les esprits de la logique (et de la pratique ?) de la mondialisation sans entrave. L’empressement allemand à signer le traité avec le Mercosur se conjugue désormais avec la peur de la désindustrialisation Outre-Rhin, ce processus qui a commencé tranquillement en 2016 sans, alors, alerter la chancelière Merkel ni les acteurs publics allemands persuadés de l’éternité de l’industrie triomphante allemande.

Les agriculteurs français ne doivent pas faire les frais de l’aveuglement des élites mondialisées qui siègent à Bruxelles ou à Francfort, ni de la faiblesse et de la bêtise d’une République française qui a, depuis plus de quarante ans, si systématiquement désarmé industriellement et productivement le pays, au risque d’une dévitalisation économique et d’une explosion de l’endettement (public comme privé) français. « Faites-moi de bonnes politiques, je vous ferai de bonnes finances », affirmait crânement le baron Louis au pouvoir royal en 1830 : sa formule devrait inspirer tous ceux qui se targuent aujourd’hui de se mêler de politique et des affaires de l’Etat : cela leur éviterait quelques errements…






Le traité Mercosur contre l’agriculture française.

L’agriculture française sera-t-elle sacrifiée au libre-échange par la Commission européenne ? Après vingt ans de négociations, la possibilité d’un accord de l’Union européenne avec les quatre pays d’Amérique du Sud qui constituent le Mercosur (1), se précise, au grand dam des agriculteurs de notre pays qui s’en alarment et contre l’avis de la France qui s’y oppose toujours, pour des raisons à la fois sociales et environnementales. Mais la présidente de le Commission européenne, Mme Ursula von der Leyen, et la plupart des Etats européens souhaitent accélérer le processus d’accord, pour l’annoncer officiellement lors du prochain sommet du G20 qui se tiendra les 18 et 19 novembre au… Brésil ! Dans certains journaux libéraux, la position française est fustigée et les inquiétudes balayées d’un revers de la main, avec un dédain fort peu aimable pour ces « sceptiques » qui remettent en cause les « bienfaits » du libre-échange qui, pourtant, mérite au moins une remise en cause avant une remise en ordre des relations commerciales internationales et de leurs aspects, aussi bien sociaux qu’environnementaux. Mais, aussi surprenant que cela puisse être, il est possible d’y trouver quelques articles moins laudateurs de ce fameux traité Mercosur, comme dans L’Opinion (2), sous un titre évocateur : « L’agriculture européenne face à un rouleau compresseur ». Il faudrait le citer en entier, tant il décrypte les pièges de l’accord et en prévient des conséquences probables, mais je n’en retiendrai ici que quelques éléments, significatifs et révélateurs (3).

Les seuls intertitres, en eux-mêmes, nous signalent quelques unes des particularités négatives du traité annoncé : « Bœuf : le raz-de-marée » ; « Poulet : des antibiotiques dans la recette » ; « Sucre et éthanol : attention, tangage » ; « Maïs : la foire aux pesticides » ; « De rares gagnants »… Rien de très rassurant, n’est-ce pas ? L’introduction de l’article est tout aussi inquiétante : « Un accord « Vaches contre bagnoles » ? « C’est juste », selon Alexandra Kirsch, agro-économiste à la tête du think tank Agriculture stratégies. « En 2020, la balance commerciale de l’Union européenne avec le Mercosur était positive de 25 milliards d’euros pour les services et les biens industriels – les voitures allemandes -… et négatives de 15 milliards sur les produits agricoles. L’accord Mercosur va creuser cet écart. » Ainsi, c’est bien la stratégie industrielle d’une Allemagne en cours de désindustrialisation sur son propre territoire qui semble dominer le débat (et les prises de décision ?) au sein de la Commission : ainsi, au lieu d’être une solidarité constructive comme elle le proclame à longueur de temps (4), l’Union européenne prend ici la forme d’une domination acceptée et assumée de l’un au détriment de l’autre, comme du temps de la ligue de Délos qui, d’alliance des cités grecques, s’est rapidement transformée en dictature d’Athènes sur ses alliés jusqu’à son éclatement et la guerre qui allaient préparer le triomphe futur de Philippe et d’Alexandre de Macédoine… Il n’est donc pas certain que ce modèle soit sain et éternellement durable : sans doute prépare-t-il, même, les conflits et les paralysies de demain, à moins qu’il n’explique, en fait, ceux d’aujourd’hui !

Pourtant, si la Commission européenne et l’Allemagne décidaient de passer outre l’opposition de la France sur ce dossier, le système du vote à la majorité qualifiée que pourrait utiliser Mme von der Leyen leur donnerait sans doute satisfaction, et la France serait, une fois de plus, la dupe de cette manœuvre institutionnellement légale à défaut d’être complètement honnête. Cela ne rendrait que plus impopulaire auprès de l’opinion française cette Union européenne déjà peu appréciée du pays réel, celui du travail et de la proximité : mais les populations aisées et déracinées des métropoles s’en rendent-elles compte, tout à leur idéologie de la mondialisation obligatoire et de l’Europe sans frontières ? La grande fracture entre le pays réel enraciné et le pays légal mondialisé, déjà béante depuis des décennies, risque de s’élargir encore…

Les agriculteurs français alertent l’opinion publique, mais sont-ils écoutés ? Crise après crise, ils sont de moins en moins nombreux, de plus en plus méconnus ou ignorés par des consommateurs qui s’intéressent plus aux prix qu’aux hommes ou à l’écologie et qui veulent qu’ils soient forcément bas, même si, dans ce cas-là et le plus souvent, la qualité n’est pas au rendez-vous. La société de consommation fonctionne ainsi, c’est sa logique même, et il paraît peu probable qu’il soit possible de changer cela de façon significative. Cela explique d’ailleurs que, après une embellie liée au confinement et à une sorte de moment – éphémère – de grâce (les consommateurs semblant retrouver le sens du « bien-manger » autant sur le plan gustatif que sur celui de la santé), les produits issus de l’agriculture biologique sont désormais à nouveau boudés par le grand public, et particulièrement par les plus jeunes, ce qui n’est guère rassurant (5). De plus, la Grande Distribution ne fait pas grand-chose, à part quelques effets d’annonce, pour privilégier les produits français ou locaux, et il suffit de se promener dans les rayons alimentaires des super- ou hyper-marchés pour le constater de visu. Les promotions, et l’écoute des messages publicitaires le confirment tout autant que la promenade dans les centres commerciaux.

L’argument des partisans du traité Mercosur serait que les avantages marchands seraient plus importants que les inconvénients, et qu’il forcerait notre agriculture à devenir « de plus en plus compétitive » : est-il sûr que cette compétition-là soit de bon aloi ? Car nous parlons bien de ce qui doit remplir nos assiettes (entre autres, la question des bio-carburants et celle des nouveaux matériaux végétaux de construction ne devant pas être négligées), ce qui nous incite à réfléchir aussi à la qualité sanitaire des produits agricoles et pas seulement aux quantités produites et vendables. De plus, le souci environnemental doit aussi intervenir dans les choix politiques et économiques agricoles, ainsi que le maintien des écosystèmes historiques et la possibilité d’un redéploiement rural, à mon sens absolument nécessaire, pour les générations françaises présentes et à venir. Or, comme le soulignent Marine Colli (spécialiste des politiques publiques agricoles) et Franck Laborde (agriculteur et président de l’Association générale des producteurs de maïs) dans un récent article publié par le Journal du Dimanche (6), « le différentiel de compétitivité entre l’agro-industrie exportatrice brésilienne et la ferme France ne se joue pas sur quelques normes qu’il s’agirait d’abaisser, mais bien sur une véritable opposition structurelle de modes de production. (…) Les agriculteurs européens ne souhaitent en aucun cas reproduire, sur leur territoire, ce modèle brésilien qui ignore les enjeux environnementaux et sanitaires. » Ce modèle, effectivement, n’est guère plaisant, comme le rappellent les auteurs de l’article : « (…) ces exploitations du Mato Grosso qui cultivent soja et maïs OGM sur des surfaces pouvant atteindre jusqu’à 500 000 hectares – soit la superficie d’un département français ! – là où, plus tôt, se tenait la savane du Cerrado (…). 77,5 % des substances actives utilisées au Brésil et en Argentine sur maïs sont strictement interdites en France (…). Les élevages de volailles brésiliens sont cinquante fois plus grands que nos élevages français (…). Les animaux y sont dopés avec des antibiotiques utilisés comme accélérateurs de croissance. » Un modèle à ne surtout pas imiter, au moment où les abus du productivisme agricole contemporain montrent leurs terribles conséquences en France avec des sols tellement dégradés que beaucoup ne peuvent plus produire sans l’apport de produits chimiques et que les grands élevages sont régulièrement frappés par des pandémies redoutables qui entraînent l’holocauste de basses-cours et de troupeaux entiers ! Alors que la France sort peu à peu de ce modèle mortifère, il serait tout de même sacrément paradoxal et scandaleux que le traité Mercosur permette aux grosses sociétés agro-industrielles sud-américaines d’écouler leurs productions issues de la destruction des écosystèmes naturels et paysans locaux !

« Face à la menace du Mercosur, c’est bien la survie de nos exploitations et de notre agriculture qui est en jeu » : il faut donc souhaiter que l’Etat français ne cède pas aux pressions « européennes » et libre-échangistes… Mais, Etat faible face aux féodalités financières et économiques, encore affaibli par une situation politique chaotique depuis la dissolution de juin dernier, la République saura-t-elle résister ? La réponse n’est pas certaine…


Jean-Philippe Chauvin





Notes : (1) : Le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay.

(2) : L’Opinion, 23 octobre 2024, sous la plume d’Emmanuelle Ducros.

(3) : Il est possible que d’autres extraits en soient présentés ici au fil de l’actualité des prochaines semaines…

(4) : Proclamation n’est pas forcément raison, ni action…

(5) : La vague Greta Thunberg des années 2018-2019 avait quelque peu atteint une petite frange, très médiatisée, des jeunesses occidentales, et j’en avais vu quelques effets bénéfiques (car il y en a eu !) dans certaines classes de mon lycée versaillais : une plus grande attention portée par les élèves aux questions environnementales (au-delà même de la problématique climatique) ; un certain engagement pour consommer moins et mieux ; une orientation vers une alimentation plus saine, plus naturelle, plus biologique. Tout cela n’a duré qu’un temps très court – une année, tout au plus – et les anciennes habitudes de gaspillage et de malbouffe ont ensuite vite repris le dessus… On peut sincèrement le regretter !

(6) : Le Journal du Dimanche, 3 novembre 2024.


La crise céréalière française : quels risques ?

Depuis la naissance de l’agriculture, les céréales ont toujours été à la base de l’alimentation et des échanges commerciaux entre nations, et la France, bien servie par ses milieux naturels, est, de longue date, une puissance céréalière de premier plan. Or, cette situation privilégiée est en train de disparaître peu à peu, et sans doute plus rapidement même que ce que l’on craignait il y a quelques années encore : ainsi, la production de blé, emblématique de notre agriculture et à la base de notre modèle alimentaire fondé sur le pain, est cette année en chute libre : environ 26 millions de tonnes pour le blé tendre, soit un quart de moins que la production moyenne de la période 2019-2023. C’est la plus mauvaise récolte depuis une quarantaine d’années ! Comble de malchance, comme le souligne Jean-Pierre Robin (1), « la contreperformance française est cette année totalement à contrecourant du marché mondial. Les Etats-Unis et la Russie, les deux plus gros exportateurs de la planète, ont enregistré d’excellentes récoltes, avec pour conséquences un effondrement des cours. La céréale du pain, qui se négociait plus de 400 euros la tonne sur les marchés internationaux en 2022, est tombée aux alentours de 210 euros à la mi-août. » Dans un cadre de libre marché, cette nouvelle de la chute des cours pourrait apparaître comme une bonne nouvelle pour le consommateur français qui verrait le prix du pain se maintenir, voire baisser. Mais, en fait, si la première option peut se défendre aisément, la seconde est plus problématique, au regard de l’économie générale de la France et, surtout, dans le cadre de la production elle-même et de la défense des intérêts des producteurs agricoles français : « Les céréaliers français, dont les coûts de production s’établissent entre 220 et 240 la tonne, subissent une double peine : ils perdent sur la quantité et sur le prix de vente. » Certes, dira-t-on, les céréaliers ont souvent été bénéficiaires (surtout les propriétaires des plus grandes exploitations, en Beauce par exemple) dans l’économie contemporaine, au risque parfois d’en oublier les autres aspects et secteurs de l’agriculture française, aujourd’hui bien mal en point (et c’est un aujourd’hui qui a commencé il y a déjà fort longtemps !). Mais, la situation actuelle met en péril la pérennité à moyen terme de notre production céréalière nationale, au risque de rendre la France dépendante des autres puissances productrices qui n’hésiteront évidemment pas à prendre la place vacante si les céréaliers français venaient à faire défaut ! Or, nous savons que la souveraineté alimentaire (dont le ministère de l’Agriculture se prévaut aussi dans son intitulé complet) est un élément essentiel de toute politique d’indépendance nationale, particulièrement pour la nation française : « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France », affirmait Sully, l’homme du renouveau économique de l’après-guerres de religion et fidèle ministre du roi Henri IV. Si la citation peut paraître aujourd’hui un peu limitative sur les capacités productives et d’entrées financières de la France (n’oublions pas l’industrie, les services, et le tourisme, par exemple), elle n’en reste pas moins parlante et avérée pour l’alimentation de nos concitoyens.

De plus, il ne faut pas négliger que si les prix sont tirés vers le bas au niveau mondial, mettant ainsi en difficulté nos propres céréaliers, c’est justement en raison d’une mondialisation qui repose d’abord sur une libre concurrence souvent faussée par des règles bien différentes selon les pays et par des coûts de main-d’œuvre comme de production bien inférieurs à ceux en cours dans notre pays. C’est en particulier le cas chez un pays producteur européen que la France aide militairement mais qui profite de la situation pour avancer ses pions au niveau agricole international, à nos dépens (2) : l’Ukraine, dont les normes environnementales sont loin d’être aussi rigoureuses que les normes appliquées en France, et qui semble bénéficier de coûts de production deux fois moins élevés qu’en France, en particulier grâce à l’immensité de ses exploitations (10 à 15.000 hectares) et la faible rétribution des travailleurs agricoles. Une concurrence en somme déloyale qui constitue un drôle de remerciement aux efforts financiers déjà consentis par la France et les autres pays de l’Union européenne pour la soutenir face aux armées de Vladimir Poutine… Et, en définitive, tout cela profite à… la Russie, trop contente aussi de voir la France en difficulté et de prendre sa place sur nombre de marchés méditerranéens et africains que la France ne peut plus fournir en céréales… C’est tout de même le comble !

Le prochain ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire devra s’atteler à soutenir les producteurs céréaliers français, non par de simples subventions (surtout en période de disette budgétaire…), mais par une politique de préservation des intérêts des agriculteurs français face aux désordres de la mondialisation concurrentielle : une pression – amicale mais certaine – sur le secteur de la distribution alimentaire pour privilégier les achats à bon prix aux producteurs nationaux, sans doute en supprimant ou en contournant quelques intermédiaires, serait la bienvenue. Il ne s’agit pas de remettre en cause la liberté des échanges mais de remettre un peu d’équité dans un système qui valorise trop souvent le moins-disant social pour vendre encore plus aux consommateurs, au risque de gaspillages fort peu écologiques le plus souvent… De plus, assurer des « prix protégés » pour nos céréaliers, au moins le temps de cette année, pour éviter la perte d’exploitations agricoles qui, en définitive, s’avère être à terme une perte de production et de productivité pour le pays tout entier. Là encore, en cette période de forte dette publique, il paraît plus que nécessaire de préserver ce qui existe pour assurer le lendemain et le redémarrage agricole à promouvoir pour que notre pays retrouve en ce domaine le chemin de l’excellence, tant sur les quantités que sur la qualité.

L’Union européenne oserait-elle s’opposer à cette politique française si elle était véritablement engagée ? Si tel était le cas, cela montrerait, en définitive, que cette Europe bruxelloise ne correspond pas exactement à ce qui est juste et bon pour nos producteurs nationaux et, donc, pour l’économie française.

Jean-Philippe Chauvin


(à suivre : Les causes climatiques ne sont pas les seules raisons à la crise de la production céréalière ; etc.)


Notes : (1) : Jean-Pierre Robin, Le Figaro, lundi 2 septembre 2024.

(2) : En fait, l’Ukraine ne fait que profiter d’une situation qu’elle n’a pas créée, et elle montre par là toute l’importance (voire la nécessité) d’un nationalisme économique qu’elle sait utiliser habilement dans le cadre de la mondialisation concurrentielle pour pouvoir poursuivre et financer sa construction et son renforcement étatique, cela même si elle est fortement menacée aujourd’hui par ses créanciers internationaux.




Quand l’oligarchie trahit la France.

La mondialisation contemporaine est aussi une affaire d’oligarques, sûrs d’eux et de leur pouvoir, et affligés de voir que le « bon peuple » ne les croit ni ne les aime (ce dont ils se fichent bien, en fait) : la colère paysanne, après le soulèvement des Gilets jaunes, les agace et ils n’ont de cesse de reprendre le contrôle, tout en vantant les mérites de l’ouverture à tout vent des sociétés et, surtout, des marchés. Ainsi, Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC et ancien membre de la Commission européenne, qui dans un entretien publié ce lundi dans L’Opinion, soutient avec vigueur le fameux traité Mercosur que M. Macron (1) a fait échouer il y a quelques semaines, quand les tracteurs avaient envahi les routes et qu’ils faisaient entendre leur colère toute légitime contre un libre-échangisme qui favorise la déloyauté commerciale des grands groupes agroalimentaires et de quelques pays opportunistes. Et ce monsieur, qui se dit socialiste (sic), rappelle comment il avait humilié la France tout en expliquant ce que devrait faire la Commission européenne pour contourner le refus français du traité Mercosur : « Si la Commission a du courage, elle demandera un vote à la majorité qualifiée, quitte à séparer la partie commerciale de l’accord. Je l’ai fait lorsque j’étais Commissaire européen pour importer en provenance des pays les plus pauvres sans restrictions quantitatives ni droits de douane (2), la France a voté contre, à cause du sucre, et a été mise en minorité. » Et c’est ainsi que ce triste sire, qui devait son poste… à la France, a trahi son propre pays, au nom d’une mondialisation qui ne devait jamais être freinée et était censée être heureuse pour les pays émergents quand elle profitait, et c’est toujours le cas, aux féodalités financières et économiques beaucoup plus qu’aux populations locales…

Son cynisme n’a d’égal que son mépris à l’égard des petits quand, au détour d’une argumentation sur « l’ouverture des marchés » et sur la priorité donnée aux consommateurs au détriment des producteurs et propriétaires locaux, il déclare, en évoquant l’histoire de France : « D’où un grand nombre de petits agriculteurs. Trop d’ailleurs, on en paye encore les conséquences aujourd’hui »… Cette dernière phrase dit tout, ou presque : « trop de petits agriculteurs », évidemment, ce sont des paysans qui cherchent à vivre de leur travail et de leurs terres, et ne se pensent pas comme de simples employés de grandes entreprises agroalimentaires, et qui sont encore capables de se révolter contre ce désordre établi qu’est cette mondialisation oligarchique et libérale. Des gêneurs, sans doute, des « enracinés » et non des fétus de paille taillables et corvéables à merci…

En tout cas, ces quelques phrases de M. Lamy montrent bien qui est l’ennemi de notre agriculture et de son « peuple de la terre », selon la belle expression du philosophe Robert Redeker… Ce M. Lamy n’est pas une voix isolée, il est juste le porte-voix de ceux qui feront toujours passer leur mondialisation et leur « Europe » (sic) avant les intérêts de nos paysans, de nos ouvriers, de nos classes laborieuses, celles qui travaillent et non celles qui profitent du travail des autres !



Jean-Philippe Chauvin



Notes : (1) : M. Lamy, dans une petite phrase pleine de fiel et de sous-entendus, rappelle que l’actuel président « est bien dans la culture politique française, et il n’a pas oublié son passage chez Jean-Pierre Chevènement » : en somme, en économie, M. Macron serait protectionniste, voire nationaliste… Si seulement c’était vrai, et pas seulement en économie ! Malheureusement, le chevènementisme supposé du président reste bien modeste, dans le meilleur des cas…

(2) : N’est-ce pas le cas pour l’Ukraine aujourd’hui, et son poulet produit en batterie dans des exploitations qui ne respectent pas exactement ce qui est obligatoire, au nom du bien-être animal, en France comme dans les autres pays de l’Union…