Francophonie

Edith Butler, le grain de mil

Remercions bingotopdog pour la vidéo sur Edith Butler chantant au grand rassemblement francophone d’Amérique, la chanson  » Le grain de mil « .

Cette chanson fait partie de notre histoire américaine, elle retrace la vie des femmes travaillant dans l’attente de leurs hommes défendant la frontière face aux intrusions perfides des anglais ne respectant aucun traités.
Les Indiens en savent quelque chose…

Carolyne Jomphe, Évangéline

Nous remercions SuzieJ2008 d’avoir publié cette vidéo retraçant l’aventure d’Evangéline et de Gabriel, contraints de se séparer en raison de la déportation des Acadiens par les Britanniques en 1755.
Cette histoire retrace, par le poème de Henry Wadsworth Longfellow la dramatique déportation dit « Le grand Dérangement » du peuple Français d’Acadie.
Celui-ci fut, éparpillé dans l’Amérique et ailleurs, dans des conditions qui préfigureront les déportations ethniques plus tard dans l’histoire…

Caroline Jomphe interprête merveilleusement cette tragédie, n’oublions jamais les Français d’Amérique…

DEERFIELD 1704

Kebbec (rétrécissement du fleuve en Algonquin) , je me souviens…400 ANS
Jean-Baptiste Hertel de Rouville et Tsohahisen, Wendat

« Car il ne faut pas oublier que de tous les étrangers qui ont abordé ou aborderont en Amérique, les Français sont les seuls à y avoir été invités par les autochtones »
Jean Marc Soyez (spécial Canada, Historama, Juin 1984)

deerfieldAprès un père épuisé par de longues aventures en Amérique, Hertel de Rouville fut capturé par les Iroquois à 19 ans et en apprit la langue avant de s’échapper après deux ans de captivité. Il participa à des campagnes contre eux en 1660 et 1680 ou il se distingua parmi nos alliés Peaux-Rouges. Il participa à l’attaque contre les Sénécas (Iroquois) en 1687, prit part avec deux de ses frères à l’attaque de Salmon Falls en 1690 ou 50 Franco-indiens surprirent à l’aube, le poste et les 3 maisons fortifiées, tuant 34 britanniques et ramenant 54 prisonniers.Il devient comme tant d’autres Français à l’époque, spécialiste des raids en territoire ennemi, notamment dans le Maine avec 30 hommes de troupe et 200 Kanienkehaka (Mohawks, Iroquois)…

Les Wôbanakiac (Abénaquis) rameutèrent leurs guerriers à la suite de l’assassinat d’un indien Penobscots, une des quatre tribus faisant parti de la confédération Wobanaki du Maine. Cet indien était parent d’une indienne mariée à un noble français.
Hertel partit, à la demande du gouverneur et du chef Wôbanakiac (Abénaquis) avec 4 frères : René Hertel de Chambly 29 ans, Lambert Hertel 27 ans, Pierre Hertel de Moncours 17 ans et Michel agé de 19 ans et les enseignes René Boucher de la Perrière et François Marie Margane de Batilly.Le tout, 250 hommes dont deux cent Amérindiens Kanienkehaka (Mohawks), Wobanaki (Abénaquis) et Wendat (Hurons).Le chef Wendat Tsawenhohi et son jeune neveu Tsohahisen, sont de l’expédition et ils appartiennent à la tribu des Attignaenongnehac (tribu de la corde) fondatrice avec la tribu des Attignawantan ( tribu de l’ours) de la confédération Wendat (Huron) des 5 nations.Tsohahisen est la deuxième génération après la triste dispersion du peuple Wendat par les Iroquois en 1650 et la terrible épidémie qui ravagea la nation Wendat.Son clan, celui du Loup vient de deux ou plusieurs ancêtres maternels commun. Il est originaire de la ville de Teanaustaye (St Joseph).Les Wendats de Wendake-Lorette près de Québec ont cultivés les alliances avec les autres peuples longeant le Saint Laurent, les Kanienkehaka (Mohawks) vivant à Kahnawake (Sault au Récollet,près de Montréal) et depuis la grande Paix de 1701 avec les Wobanaki (Abénaquis) vivant à Odanak (St Francis, Trois Rivières).Ils firent aussi des raids avec les Penobscots (Maine), une des 4 nations de la confédération Wobanaki qui, par langue et culture sont Algonquins.

Ils se dirigèrent vers Deerfield, le premier établissement Anglais sur les frontières du Massachusetts en Février 1704.Déjà les Abénaquis avaient effectués plusieurs raids, le 06 Octobre 1693 et le 16 Septembre 1696 à Deerfield et Hartfield en ramenant des prisonniers. Il fait parti de la seconde riposte du nouveau gouverneur Frontenac, faisant suite aux exactions Iroquoises à Lachine, fomentés par les anglais. Le détachement partit de Montréal et traversa les glaces de la rivière Richelieu et du lac Champlain. Les raquettes aux pieds, en équipement hivernal avec toute la rigueur difficile à imaginer aujourd’hui dans notre confort moderne. Le 28 Février, ils sont devant la bourgade. Il fait nuit et atrocement froid, l’enceinte de bois est face à eux…Quatre pieds de neige sur le sol, vent glacial, les éclaireurs n’ont pas vu de sentinelles, sûrement chassés par le froid et qui penserait voir les Français ici ?

Hertel bondit dans la place avec ses hommes et les indiens poussant des cris de terreur. Ils se divisent en plusieurs bandes pour frapper tous les points en même temps. Les maisons sont assaillis et 47 défenseurs perdent la vie. Pendant l’assaut d’une maison, l’enseigne de Batilly tombe gravement bléssé et c’est dans la seconde attaque que le chef Tsawenhohi est blessé mortellement.Les Hurons le portent à l’abri en retrait pendant qu’ils continuent l’attaque avec Hertel se lancant à son tour.Il est touché au bras, il y met un chiffon et rattaque.Cela fait déjà 3 heures que le combat à commencé et déjà, les indiens emmènent leurs lots de captifs.Le village est en feu.Soudain, côté sud, Hertel entend du bruit, annonçant sûrement des renforts britanniques. Il à prévu ce risque par un point de repli le long du fleuve.Il fait couvrir la retraite par son frère René et des miliciens, des Wôbanakiaks et Wendats et se retire.Les Anglais tentent de poursuivre le « commando » encombré de 120 prisonniers mais ceux-ci, dissimulès en embuscade, mousquets aux poings, les attendent.Les godons (Anglais) se font une nouvelle fois étriller et s’enfuient en laissant encore quelques mort sur la neige.Après distribution des mocassins pour la marche des prisonniers, l’enseigne françois Marie de Batilly meurt.Le grand chef Tsawenhohi meurt aussi des suites de ses blessures.Le rituel indien demande le sacrifice dans la torture et le feu d’un prisonnier. Le père de Couvert s’y oppose car cela est contraire aux enseignements de l’Evangile dont de nombreux indiens commencent à être imprégnés et surtout ceux de Lorette.Tsohahisen sympathisa avec le prisonnier devant être sacrifié et montra au britannique qu’un indien n’est pas un être du diable. Un conseil se forma après le décès pour parler du sacrifice du prisonnier. Pour de nombreux indiens un drame de conscience se posait entre le respect de la tradition autochtone du sacrifice dans d’atroces souffrances et les préceptes chrétiens enseignés par les pères de l’Eglise.
Tsohahisen intervient et prend la parole avec fougue en proclamant sa fierté de chrétiens de Lorette ne voulant pas salir la réputation de sa communauté dans un bain de sang inutile et honteux. D’autres répliquent en insistant su le respect des traditions ancestrales permettant de maintenir la crainte et la terreur menaçante chez les ennemis.Tsohahisen a compris et en fin diplomate, réclame sa part de prisonnier en guerrier et notamment celui devant être immolé.Il appui son exigence par la fermeté et personne n’ose le contredire. La route est longue pour le retour qui dure quelques mois. Les 19 jeunes guerriers rentrent au village, fier de leur combats.Tsohahisen est maintenant un homme mûr et il a gagné l’estime des anciens dans sa façon d’agir sans brusquer ni la tradition ancestrale du peuple Wendat, ni sa nouvelle foi chrétienne. Trois prisonniers seront donc adoptés dans sa tribu après l’acceptation de la grand-mère de Tsohahisen : Ashshutä, selon la tradition. Ceux-ci s’intègreront et aideront la tribu, Jonathan, adopté au clan du Loup de la tribu Attignaenongnehac, aura comme nom Hihwaten (mon neveu).Il se passe un peu de temps et Hihwaten, ami de Tsohahisen, devient un bon pêcheur et chasseur, fabrique des raquettes et des canoës. Mais un jour à Québec, il est enlevé par le fils d’un gouverneur Anglais et disparait des yeux de Tsohahisen et de sa tribu…Tsohahisen devient un grand guerrier, craint et respecté, un ondwtayuehte de yarihwa (chef de guerre du clan du Loup).

L’historien américain William Smith (History of Vermont) : « Conduits à Montréal, ces infortunés, y furent reçus avec humanité par les Français, contrairement à ce qui se passait à Boston, où les prisonniers abénaquis et canadiens subissaient les plus mauvais traitements». Plusieurs enfants britanniques seront rachetés aux amérindiens par les canadiens et grandiront en Nouvelle-France en demandant leur naturalisation en 1710-1713.(de la Nouvelle Angleterre à la Nouvelle France, M.Fournier,1992). John Carter amené au Canada à l’âge de 9 ans par les Iroquois de Kahnawake : « est racheté par Jacques Vandry de Pointe-aux-Trombles » est nationalisé en 1710, se marie, a 7 enfants et se fait baptisé en 1724…Martha French, prisonnière à 9 ans et reste deux ans chez les indiens, rachetée par Antoine Pacaud est nationalisée en 1710, se marie et à 10 enfants…

Lors de l’attaque de 1709 par les armées de Anglaise de Nicholson, le marquis de Vaudreuil , battit le rappel de tous les combattants et Tsohahisen fut de ceux-ci.Il fut remarqué à tel point que le père jésuite Louis d’Avaugour, écrivit de lui qu’il s’était bien battu, toujours le premier, incitant à bien vivre et combattre, couvert de blessures honorables et que si on avait trouvé dix tels que lui, dans les autres nations du Canada, il y aurait bien longtemps qu’il n’existerait plus d’ennemis aux Français…
L’alliance amérindienne fut réactivée en 1720 pour répondre aux attaques anglaises sur les Abénaquis de Nouvelle-Angleterre. Le village de Lorette fut endeuillé par la perte d’un autre chef lors de l’attaque sur Rutland en 1723.
Hertel obtint avec le gouverneur Frontenac, une commission dans les troupes de la marine après 9 ans de guerre et un titre de noblesse en 1716 par Louis XIV. Il fut promu lieutenant en 1696 et capitaine en 1712.Il se marie en 1698 et obtient la Croix de St Louis (haute distinction militaire de la Royauté ) en 1721.En 1708, il fit parti du raid manqué sur Haverhill (Massachusetts), son frère René y trouve la mort. En 1709, il renouvelle son attaque sur Deerfield, beaucoup moins spectaculaire…
Souvenons-nous…

Frédéric WINKLER

Piskaret, chef Algonquin

« Le 9 Juin, les Algonquins se livrent à une grande réjouissance : sur une place publique les femmes et les filles sont alignées sur une file. Les hommes rangés derrière elles chantent d’une seule voix. Aussitôt femmes et filles quittent leurs robes de peaux en les laissant tomber à leurs pieds et apparaissent entièrement nues, « monstrant leur nature » d’autant mieux qu’elles s’épilent. Le chant terminé et ponctué d’un vigoureux Ho, ho, ho, toutes remettent leurs robes ; à la reprise du chant les robes tombent à nouveau. La danse se fait sur place, marquée par quelques gestes ; on lève un pied puis l’autre en frappant le sol. Pendant les danses, le sagamo des Algonquins est assis devant les femmes et les filles entre deux bâtons où pendent les têtes coupées de leurs ennemis. »Voyez comme nous nous réjouissons de la victoire sur nos ennemis ! »Les chants reprenant, c’est au tour des hommes de quitter leurs vêtements. Ces danses et chants achevés, viennent des courses : deux par deux les hommes les plus habiles de chaque nation s’affrontent, avec une agilité sans pareille. » d’après les souvenirs de Samuel de Champlain dans le livre d’Yves Cazeaux « Le rêve Américain ».

Ennemi redouté des Iroquois, le chef Algonquin Piskaret fit parler de lui dans les années 1640.Faisant suite à des actes hostiles et massacres de la part des iroquois, vu l’échec d’une intervention armée contre eux, le chef parti accompagné de 4 autres chefs bien décidé à punir les alliés des britanniques. Ils allèrent en canoë, attendre vers la rivière Richelieu, un passage éventuel. Soudain un fort parti de 5 canoës de chacun 10 iroquois surgit. Il avait pris soin de préparer plusieurs mousquets de balles de plombs reliées entre elles avec du fil d’archal. Ils firent alors, malgré le surnombre des adversaires un beau carnage. Ils tirèrent dans les canoës d’écorce, qui prirent vite l’eau. Ils terminèrent les quelques rescapés au casse-tête et la victoire fut totale…Il devint vite réputés parmi ce peuple de cultivateurs, les Algonquins faisaient pousser les citrouilles et les courges. Ils avaient aussi des vignes pour de savants breuvages racontait encore Champlain visitant le village Choûacoet. « Ils semaient sur de petites touffes de terre quatre ou cinq graines de leurs blés et autant de fèves du Brésil qui s’enlaçaient autour des tiges de blés d’Inde. » (Y. Cazaux)

Une autre fois pour vous montrer le personnage, seul, dans l’hiver finissant, il s’approcha d’un village ennemi, surement Iroquois. Il s’approcha en raquettes prenant soin de les chausser à l’envers, inversant ainsi les traces de ses pas. Il se cacha et la première nuit, surgit tel un loup dans une cabane, massacre ses occupants et repart se cacher aux alentours. Le lendemain, panique et stupéfaction dans le village, on s’élance dans ses traces inversés. Nuit suivante, il ressurgit dans une autre cabane, casse les têtes, scalpe et se recache. Nouvelle consternation ce qui ne l’empêche pas de récidiver encore une fois pour terrasser une sentinelle en lui fendant le crane. Il s’enfuit avec 6 guerriers à ses trousses dans la forêt. La chasse à l’homme est longue mais il est fort. Il réussit encore à les distancer, non sans les avoir plusieurs fois provoqué sur le chemin et se cache de nouveau le soir. Les 6 guerriers s’arrêtent pour se reposer et dormir un peu. Ils sont harassés et pendant leur sommeil, Piskaret bondit et dans une lutte terrible les tues et les scalpe.(souvenir de La Potherie )

Malheureusement selon les souvenirs de Perrot il mourut plus tard dans une rencontre avec 6 autres Iroquois, lors de la reprise des hostilités…

Voilà le destin d’un de nos fidèles alliés, le chef Piskaret dont Québec, fondé le 3 Juillet 1608 doit le nom algonquin…

Frédéric WINKLER

Le Québec est un bout de France en Amérique

drapeau quebecC’est la forteresse « Francophonie » du continent américain, sans oublier les autres territoires comme l’Acadie, la Louisiane et les minorités disséminés en Amérique du nord (Manitoba…). Tout ce qui peut travailler à la survie, la libération et l’indépendance, nous le soutiendrons. Nous ne voulons pas cautionner l’anglicisation de notre peuple ainsi que notre culture !!! Vive l’Amérique Française, vive le Québec.

l’ECOSSE

Nous portons pour l’Écosse, une autre attention, non seulement nous l’aimons pour sa culture celtique mais aussi et surtout parce que les Écossais sont nos frères. L’Auld Alliance, la vieille alliance entre l’Écosse et la France , signée en 1295, par Philippe le Bel, donnait aux Écossais comme aux Français, la libre circulation d’un pays à l’autre !!!. Bref les Écossais étaient reconnus sujets Français (jusqu’au début du XXème siècle)

Les volontaires Écossais depuis se battirent largement avec nous contre les Anglais, facilitant ainsi notre libération à la guerre de 100 ans… Nombreux seront ceux, qui resteront chez nous et fonderont des familles. Les rois auront une Garde Écossaise (Charles VII) incorporée dans la « Maison du Roi » et des régiments seront crées comme « le Royal Écossais » auxquelles viendront s’ajouter après les régiments Irlandais fuyant aussi l’oppression britannique ! Rappelons l’entrée de Jeanne d’Arc dans Orléans au son des cornemuses et  la Reine d’Écosse à demi Française, Marie Stuart.Dans une même idée nous soutenons le Parti national écossais (Scottish National Party ou SNP), né en 1934, qui triompha aux élections et au référendum en 1997. L’Écosse possède ses propres institutions et gouverne en matière économique, culturelle et sociale mais dépend encore de l’Angleterre pour l’armée, la monnaie et la politique internationale. Elle possède de nombreux atouts économiques : l’industrie électronique, le pétrole de la mer du Nord, l’activité bancaire.. Il est dommage que la France ne se souvienne pas autant que Écosse de ce vieux traité, il est vrai que nos rois ne sont plus là, pour rappeler la mémoire de notre peuple. A quand leur retour pour notre libération…

Frédéric WINKLER

Corlar, la riposte canadienne

« Le Canada n’a actuellement que 4484 habitants en état de porter les armes depuis l’âge de 14 ans jusqu’à 60, et les 28 compagnies de troupes de la marine que le roi y entretient ne font en tout que 628 soldats. Ce peu de monde est répandu dans une étendue de 100 lieux. Les colonies anglaises ont 60 000 hommes en état de porter les armes, et on ne peut douter qu’à la première rupture elles ne fassent un grand effort pour s’emparer du Canada ». Lettre de M de Vaudreuil au ministre Pontchartrain en 1714…Le 5 Aout 1689, des bandes Iroquoises (entre 12 à 1500) déferlent en pleine nuit sur le Québec à Lachine (ou La Chine ). Tous les hommes sont massacrés sans avoir eu le temps d’une quelconque défense «Les autres garrottés, subirent, au milieu des bâtiments en flammes, les plus effroyables supplices ; les enfants embrochés vifs, étaient mis au feu comme des bêtes à rôtir ; les mères étaient obligées, sous les coups, de tourner ces broches avant d’être déchirées et brûlées elles-mêmes ; des femmes étaient éventrées, d’autres empalées vives, les cadavres déchiquetés et dévorés palpitants. En moins d’une heure deux cents victimes avaient succombé dans ces horribles tortures. » ( La Nouvelle France ). Une centaine de soldats tentèrent de s’interposer dans un fortin pres de Montréal mais furent tous exterminés dans d’atroces souffrances. L’ile de Montréal, à l’entrée du lac St Louis, connut à ce moment là une infernale nuit apocalyptique de cauchemar. Les incursions durèrent jusqu’au mois d’Octobre…

UN NOUVEAU GOUVERNEUR
Ecoutons Bernard Pothier : « Des vétérans endurcis du commerce des fourrures avaient fait partie des expéditions et l’on tint compte de leur expérience et de leur aptitudes : robustes, énergiques et indépendants, ils avaient adopté un grand nombre des techniques indigènes. Ces hommes portaient le costume des Amérindiens, avaient adopté leur nourriture et parlaient leur langue ; en outre, souvent ils prenaient comme épouses des femmes amérindiennes. A force de poursuivre le castor et de livrer des combats pour défendre leurs pelleteries contre les Iroquois à l’affût, ces Français étaient parvenus à surmonter les fatigues dues à la géographie et au climat hostile du pays. »Frontenac arrive à 70 ans à Québec dans une situation plus que désespérée…Il commença par renvoyer les chefs des cantons iroquois prisonniers en France chez eux en ayant préalablement conquis certains à notre cause…Il renforça les fortifications autour de Montréal et décida de frapper un grand coup au cœur des possessions anglaises. Trois expéditions sont décidés, une vers Orange commandée par les lieutenants d’Aillebout de Mantet et Le Moyne de Saint-Helene, réputés intrépides et accompagnés d’officiers tels que M de Repentigny, d’Iberville, de La Brosse , de Montigny, 114 français, 80 indiens du Sault St Louis et 16 Algonquins. Février 1690, froid intense, raquettes aux pieds, sacs de couchage et provision en portage ou en bandoulière avec le fusil. On dort sur le sol sans abri et on approche de la nouvelle York. Finalement, on se dirige sur Corlar à 6 lieux d’Orange et 9 jours de marche dans des conditions terribles, le froid et les marécages jusqu’aux genoux. Quatre vingt maisons sont repérées derrière la palissade. L’attente du petit jour est impossible tellement le vent glacial pénètre les chairs sans parler de la neige. Personne n’imaginait à Corlar que les français pourraient défier les éléments de la nature si loin de chez eux pour venir menacer les britanniques. «L’effrayant cri de guerre des sauvages donna le signal de l’attaque ; les maisons et un fort gardé par quelques soldats furent promptement enlevés ; le feu consuma ensuite les bâtiments. Un soixantaine de prisonniers, pour la plupart femmes, enfants ou vieillards, eurent la vie sauve. Une veuve, habitant Corlar, avait à diverses reprises donné des témoignages de compassion aux captifs français amenés dans ce pays ; elle avait soigné des malades, fourni des vivres et des vêtements à plusieurs ; ses bienfaits ne furent pas oubliés et sa maison ne subit aucun dommage. »( La Nouvelle France )Après quelques escarmouches, ils revinrent en mars à Montréal et l’effet psychologique porta ses fruits «…la terreur s’empara des colons anglais lorsque ce hardi coup de main leur fut connu, et nos plus acharnés adversaires comprirent que la distance ne les sauverait plus des représailles des Canadiens »( La Nouvelle France )Le 28 Janvier 1690, François Hertel partit de Trois Rivières avec trois fils et 55 canado-indiens.Ils arrivèrent le 27 Mars au bourg anglais de Salmon Falls.Ils se divisèrent en 3 bandes, les deux forts sont pris ainsi que la place et la grande maison barricadée. « Tout ce qui résistait fut taillé en pièces» ( La Nouvelle France )

«…beaucoup de peine à arrêter la fougue de nos Canadiens qui, faisant de grands cris à la façon des sauvages, ne demandaient qu’à jouer des couteaux » d’après le chevalier de Troyes lors de la prise du fort Moose en 1686…


Frédéric WINKLER

Hurons et Iroquois

Kebbec (rétrécissement du fleuve en Algonquin) , je me souviens…400 ANS

huron« Les os de nos frères blanchissent la terre, ils crient contre nous ; il faut les satisfaire.Peignez-vous des couleurs lugubres ; saisissez vos armes qui portent la terreur.Que nos chants de guerre, nos cris de vengeance réjouissent les ombres des morts » Chant entonné par les sorciers Algonquins, Nippissings et Hurons, rapporté par Champlain pour l’emmener à la guerre…

L’arbre fait parti des éléments de la nature que l’on respecte ainsi que le soleil « Areskoui » pour les Hurons et « Agrishoué » pour les iroquois…En 1615, Champlain décrivait le pays Wendake (la Huronie), comme un petit territoire occupé de nombreux villages comme Cahiagué de 200 cabanes protégé par une triple palissade de bois.Les Wendats (Hurons) quitteront ce pays en 1650 par la pression des Iroquois et les terribles épidémies, notement de variole.La confédération Wendat comprenait les Attignawantan ( tribu de l’ours), les Attignaenongnehac (tribu de la corde), les Arendaronon ( tribu du rocher), les Tahontaenrat (tribu du daim) et les Ataronchronons (tribu du marais).

Les Wendats s’éparpilleront, plusieurs centaines vers Québec auprès des missionnaires et d’autres chez les Tionontati (Petuns) et les Atiwendarons (Neutres).Nombreux seront assimilés par les Iroquois, leurs cousins.Bien avant l’arrivée des Français, les guerres inter-tribus étaient terribles, les prisonniers étaient soit adoptés et intégrés, soit torturés à mort et tué.Les Hurons habiles commerçants, achetaient des peaux de castors aux « Pays d’en haut » pour la revente…Ils disaient à Champlain «Habitez notre pays, amenez-y femmes et enfants de sorte que vous voyant vivre et cultiver vos terres, nous apprendrons plus en un an qu’en vingt à ouïr discourir ».L’alliance militaire avec les Wendats et les Français dâte de 1616.Les Hurons, nom donné à cause de la coiffure en hure de sanglier, appelé Wandats (Ouiendats), en quittant leurs frères Iroquois furent considérés par ces derniers comme des traitres qu’il fallait détruire.

Les Iroquoiens, représentent une variété linguistique spécifique comprenant les Wandats, les Cherokees, les Eriés ou Andastes, qui seront éliminés par les 5 nations.Les Rotinonsionni (confédération Iroquoise)des 5 nations puis 6, comprenaient les Kanienkehaka (Agniers ou Mohawks), les Oneiouts ou Oneidas, les Onondagas, les Sénécas ou Tsonnontouans, les Cayugas ou Goyogouins et les Tuscaroras. Ce sont des peuples sédentaires (Hurons et iroquois) qui cultivaient le tabac, la courge, le maïs et le haricot et vivaient de la cueillette, de la pêche et de la chasse. Ils introduisirent l’agriculture dans l’est Américain. «Groupés en villages, ces guerriers sédentaires vivaient dans de vastes cabanes.Chaque village, entouré de palissades, était ceinturé par des champs où la culture du maïs dominait…situation géographique, leur nombre, leur organisation et leurs vertus guerrières en faisaient des adversaires redoutés » ( B.Lugan, La Louisiane Française ).

Imaginons partager un repas avec nos frères amérindiens, écoutons Jacques Jaubert dans « Le Baron Sauvage »: « La Sagamité était une bouillie indéfinissable…Il y nageait des morceaux d’un aliment qui, à l’odeur, devait être du poisson…La bouillie était du blé d’Inde pilé, torréfié, que l’on ne pouvait avaler d’un trait car il s’y trouvait de grosses fèves à moitié cuites.Le tout avait un goût de poisson, mais un poisson qui aurait oublié depuis longtemps sa rivière, et de graisse rancie… ».

Les iroquois furent chassés du haut du saint Laurent par une confédération de langue algonquine composé de Micmaques, d’Algonquins et de Montagnais(1610).Les Iroquois vainquirent vers 1628 leurs rivaux de la confédération Mohicanne.Ces guerres intertribales et la guerre du Castor (fourrures pour les occidentaux) épuisèrent les tribus. Les Iroquois belliqueux continuèrent à assoir leur prédominance en guerroyant contre les Hurons(Wyandots) , Petuns(Wyandots), Algonquins et Neutres (1649-1651), les Chats (Eriés) de 1653 à 1656.Pour comprendre la situation de l’époque, en 1649, face aux 25000 iroquois bien armés et aux britanniques, les français avaient 400 soldats…
Peter Stuyvesand, gouverneur néerlandais, le 7 Avril 1648 donna des consignes pour délivrer quelques 400 mousquets aux iroquois, donnant une supériorité manifeste sur les autres tribus. « Les descendants des François qui s’habitueront audict pays, ensemble les sauvaignes qui seront ammenés à la connoissance de la Foy et en feront à leur mieux profession, seront censés et réputés naturels François.S’ils viennent en France, jouiront des mesmes privilèges que ceulx qui y sont nés »(Richelieu, Compagnie des Cent-Associés).La conception Française fut de pacifier les nations s’entretuant au Nouveau-monde et donc éviter la distribution d’armes à feu, ce qui entraîna la quasi disparition des Hurons nos alliés.

Ce genre de disposition, toute emprunte d’humanisme, nous coûta cher. En 1634, 1636 et 1639 des épidémies de rougeole, variole, dysenterie et grippe (1 Huron sur 2) les décimeront. Cela devient une chance pour les Iroquois, peuple courageux, endurant et très entrainé voyant enfin l’opportunité d’écraser la nation rivale Wandat, insouciante, apathique et mal organisé. Les Hurons deviennent après leur massacre par les Iroquois, les enfants du Roi de France, écoutons Kondiaronk en 1682 disant à Frontenac : «Sarestsi ton fils, Onontio, se disoit autrefois ton frere, mais il a cessé de l’estre car il est maintenant ton fils, et tu l’as engendré par la protection que tu luy a donnée contre ses ennemis ».Les Hurons, diminués s’allieront à la « Confédération des trois feux » du Pays d’en haut, dont faisait parti les Sauteux, les Pouteouatamis et les Outaouais.D’autres viendront rejoindre cette association comme les Sioux, les Miamis et les Illinois.Ces derniers demanderont même, après le funeste « Traité de Paris en 1763 » de venir s’installer en France. « La sainte iroquoise Tekakouita, qui supporte dignement les plus lourds sacrifices avec la joie de les offrir à Dieu…Certaines conversions sont restées fameuses. Celle, par exemple, du grand chef iroquois, Garakonité »(Raymond Douville et Jacques Casanova,Les Colons de Dieu,Historama, Juin 84)

Des Iroquois, alliés des Anglais depuis notre choix premier d’aider les Hurons, convertis à la religion chrétienne, viendront s’installer à l’abri des Missions et serviront de supplétifs aux commandos Franco-indiens dans les attaques contre les Britanniques.« Les plans de colonisation anglaise ne tenaient aucun compte des tribus indigenes.Dans les combinaisons françaises, les indigènes étaient tout en tout. La politique espagnole anéantissait l’Indien. La civilisation anglaise le dédaignait en lui faisant sentir son mépris. La France , seule, savait l’accueillir et s’en faire aimer »d’après l’historien de Boston,Parkman.Quand aux Cherokees (Géorgie), ils resteront de fidèles alliés aux Français de Louisiane.Après l’épuisement de nos forces en 1760 et le ralliement des Chactas sentant le vent tourner en faveur des Britanniques, les Cherokees feront seuls, face aux Chactas et Chicachas alliés aux Britanniques.Ils sauveront la Louisiane par leurs attaques redoutables…Les Hurons-Wendats sont aujourd’hui autour de 8000, sachant qu’en 1535 ils étaient entre 30 à 40000…Si vous allez au Canada, allez voir nos frères Wendats qui vivent au village Huron de Wendake à Loretteville près de Québec.D’autres, les Wyandots (Wendats américains) sont éparpillés dns l’Ohio,le Michigan, Kansas et Oklahoma.

N’oublions pas.

Frédéric WINKLER

La Grande Paix de Montréal

kondiaronk

«La civilisation espagnole a écrasé l’indien ; la civilisation anglaise l’a méprisé et négligé ; la civilisation française l’a étreint et chéri » Francis Parkman, historien Américain

PREAMBULE

Que dire de mieux en guise d’introduction. Il faut rappeler sans cesse, certaines choses importantes comme la note de Richelieu inscrite dans « La charte de la Compagnie des Cent Associés » et cité dans le livre « La Nouvelle France » d’Eugène Guénin disant : « Les descendants des Français qui s’habitueront au dit pays (le Canada), ensemble les sauvages qui seront amenés à la connaissance de la Foi , et en feront à leur mieux profession, seront censés et réputés naturels Français. S’ils viennent en France, jouiront des mêmes privilèges que ceux qui y sont nés », donc les indiens convertis pouvaient être des sujets du Roi. L’illustration significative, dont les Amérindiens nous sont encore reconnaissants, à une époque où ils se massacraient allègrement, fut « La Grande Paix de Montréal de 1701». Alors qu’en Virginie, on achète les premiers esclaves noirs. Chez les Indiens, la guerre est une raison d’être, comme le dit Yves Cazaux : « Le moindre traité commercial, c’est-à-dire de paix et d’amitié, doit comporter une clause d’alliance contre les ennemis des contractants. La paix devient dès lors une cause de guerre ». Nous réussîmes le projet fou d’unir les nations indiennes d’Amérique dans une grande paix sous l’œil bienfaiteur du Roi de France Louis XIV. S’il fallait résumer notre action coloniale en Amérique, cet événement serait hautement symbolique.

« Les descendants des François qui s’habitueront audict pays, ensemble les sauvaignes qui seront ammenés à la connoissance de la Foy et en feront à leur mieux profession, seront censés et réputés naturels François.S’ils viennent en France, jouiront des mesmes privilèges que ceulx qui y sont nés » (Richelieu, Compagnie des Cent-Associés).

Le terme de père est accepté de toutes les nations indiennes parlant du Roi, du gouverneur ou de ses officiers. On entre alors dans une conception familiale d’alliance. Il est vrai que les deux cultures n’ont pas la même définition du rôle paternel, pour les Français c’est l’autorité, pour les Amérindiens c’est la générosité protectrice. Le Moyne de Maricourt reçut au mois de juillet 1700 à Montréal, six représentants de la confédération Iroquoise en vue de traité de paix et invitèrent le gouverneur de Montréal ainsi que La Joncaire (aussi adopté par les indiens) et le missionnaire père Bruyas à venir ramener les prisonniers de leurs cantons. Il fallut concilier les tribus comme les « Iroquois ayant attaqué dans leurs territoires de chasse des Miamis dont ils avaient tué plusieurs, ils n’avaient pas à se plaindre d’avoir à leur tour subi de justes représailles » ( La Nouvelle France ).Ce préambule à la Grande Paix était représenté par 19 représentants Hurons, Outaouais, Abénaquis et iroquois chrétiens, écoutons R.Guénin ( La Nouvelle France ) : « l’orateur des cantons exposa brièvement que les Iroquois avaient renoncé à faire la guerre aux alliés des Français, et qu’ils étaient venus à Montréal malgré la défense du gouverneur anglais qui pouvait vouloir s’en venger ». Les indiens espéraient trouver dorénavant à Montréal ce qu’ils n’obtiendraient plus des Anglais, vivres et armes. Tous acceptèrent les conditions de paix et signèrent l’acte le 8 septembre 1700 annonçant celui de l’assemblée générale de 1701.Au bas de l’acte figurent les signes distinctifs des nations présentes : les Onnontagués et les Tsonnontouans par une araignée, les Goyogouins par un calumet, les Onneyouts un bois en forme de fourche, les Agniers par un ours, voilà pour les Iroquois.Les Hurons par un castor, les Abénaquis par un chevreuil et les Outaouais par un lièvre…Le gouverneur M.de Callières envoya M.de Tilly de Courtemanche solliciter ceux des nations « d’en haut » absents aux pourparlers de paix en vue du grand rassemblement de 1701. Pendant l’hiver, inlassablement et avec l’art et l’expérience dans les palabres et discours, habitués aux tractations avec les Amérindiens.Il obtint l’adhesion des nations les unes apres les autres : Outaouais et Hurons de Michillimakinac et Miamis, Poutéouatamis, Sokokis, Outagamis, Illinois, Mascoutens, Sakis, Puants, Maloumines et Kikapous au sud des lacs… « Délivrance des prisonniers, apaisement des luttes intestines, des amours-propres froissés, toutes les difficultés furent surmontées et Courtemanche, ayant réuni les députés de ces nations, partit de Michillimakinac pour Montréal à la tête de cent quatre-vingts canots… » (R. Guenin, La Nouvelle France )

L’entente commune de « La Grande Paix de Montréal de 1701 » reste le caractère intemporel de la Monarchie depuis St Louis, le recours à l’arbitrage dans les conflits de la personne du Roi de France symbolisé ici par son représentant gouverneur ou Ononthio pour les indiens. La main de justice venant du fond des âges, depuis les rois bibliques comme Salomon et renouvelé ici au fond des forêts touffues d’Amérique du nord. « jamais dans le passé les tribus indiennes n’auraient pu imaginer un tel rassemblement » (Jacques de Vanssey, L’Amérique Française, enjeu européen, 1524-1804).Reste l’exemple du gouverneur Frontenac qui devant les représentants des tribus Outaouais et Huronnes se livra à une démonstration significative en direction des Iroquois belliqueux. Il décrivit des cercles avec une hache autour de sa tête en entonnant un chant de guerre, puis la remit aux chefs indiens présents comme le veut la coutume et ils firent de même en dansant… « Ce dut être un spectacle inoubliable que celui de ce vieillard, en grande tenue de gouverneur, donnant ainsi le signal violent d’une fête de sauvages ; ceux-là seuls pouvaient regretter qu’il renonçât un instant à la dignité de sa charge, qui ne comprenaient pas la valeur sur l’esprit des indigènes d’une semblable manifestation» (Lorin) Le gouverneur et ses officiers, costumés des plus beaux atours et enrubannés n’hésiteront pas aux démonstrations en pleine foret pour épater leurs alliés Amérindiens, comme couper un arbre, les tailler et construire une cabane.

«Accueillis par les sauvages chrétiens de la résidence, les envoyés entrèrent dans un grande cabane…douze sauvages se mirent en rond au milieu de la cabane, chacun tenant une petite calebasse pleine de pois, et chantèrent le calumet en remuant leurs gourdes en cadence. Un chef outaouais, debout derrière les chanteurs, tenait ce calumet »( La Nouvelle France ).On imagine l’ambiance qui devait régner mais écoutons La Potherie : « On avait attaché une brasse de tabac à une perche ; un chef se leva un quart d’heure après le commencement de cette chanson du calumet et, prenant une hache, il en frappa un poteau. Les musiciens se turent aussitôt. « J’ai tué quatre Iroquois il y a cinq ans à tel endroit», et, arrachant un bout de ce tabac, il le prit comme une médecine pour se refaire l’esprit. Les musiciens applaudirent par des cris et un mouvement précipité de leurs gourdes, et l’on entendit le bruit de deux à trois cents sauvages d’un bout à l’autre de la cabane à peu près comme celui d’une mousqueterie qui se perd dans une forêt ou dans les rochers. Tant que le tabac dura, on ne manqua pas d’acteurs qui citèrent leurs beaux exploits. On apporta trois heures après six chaudières pleines de chiens et d’un ours que l’on expédia en un moment. On dansa ensuite. Le soir, on servit huit grandes chaudières pleines de maïs bouilli et chacun en remplit son écuelle de bois ».

Le lendemain, une marée de canoë arrive à Ville Marie, l’ile de Montréal. Mille deux cent Peaux-Rouges, trente représentants de nations aussi diverses que l’étendue de l’Amérique se présentent, accueillis au bruit du canon des grandes occasions sous les cris de joie de la population. Des centaines de canoës, des captifs retrouvant la liberté, des cadeaux et des provisions, ils cabanèrent et on amena des branches d’arbre pour les protéger du soleil. Le chef Huron Kondiaronk, dit Le Rat, très influent, déclara à M de Callières : «Notre père, tu nous vois auprès de ta natte ; ce n’est pas sans beaucoup de périls, que nous avons essuyés dans un si long voyage. Les chutes, les rapides et mille autres obstacles ne nous ont point paru si difficiles à surmonter par l’envie que nous avions de te voir et de nous assembler ici». Le gouverneur de Callières les remercia, celui-ci sans avoir le prestige de Frontenac « …en possédait tout le solide, des vues droites, une fermeté toujours d’accord avec la raison, un grand sens, beaucoup de probité et d’honneur, et une pénétration d’esprit à laquelle une grande application et une longue pratique avaient ajouté tout ce que l’expérience peut donner de lumières ; il avait pris dès le commencement un grand empire sur les sauvages qui le connaissaient exact à tenir sa parole et ferme à vouloir qu’on lui gardât celles qu’on lui avait données »(Charlevoix). Le 1er Aout, pendant qu’un chef Huron parlait, Kondiaronk se sentit mal. On le mit dans un fauteuil et il parla. Il était très écouté de tous. Heureux de l’union des nations indiennes sous les lys de France et dans la nécessité de la paix. « Ce grand chef tint lui seul toute l’audience, malgré l’état languissant où il était. Les nations l’écoutaient avec admiration et, à chaque affaire différente dont il parlait, elles l’applaudissaient par des tons de voix qui partaient du creux de l’estomac, dont les sauvages ont coutume de se servir» ( La Potherie ).Il mourut dans la nuit. Une grande tristesse endeuilla ce grand jour de paix. Imaginons ce grand moment d’histoire ou côte à côte se trouvent des Amérindiens qui se massacraient la veille et cela depuis des siècles.

Les chefs Iroquois vinrent pleurer la mort du grand guerrier aimé et admiré de tous et offrirent des cadeaux aux Hurons, pourtant ennemis la veille. Il est enterré en grande pompe le 3 Aout et suivant la tradition, une chaudière de cuivre à droite, une épée et un fusil à gauche. M.de Frontenac « lui avait en effet conféré le rang de capitaine et lui en faisait remettre le solde…» ( La Nouvelle France ). Tout le monde y participe en grande tenue, soldats sous le commandement de M.de Saint Ours, Amérindiens aux multiples couleurs et plumes et fermant la marche le gouverneur M.de Vaudreuil et les officiers. Ce chef Chrétien est enterré dans l’église. Dans le doute d’une fin des négociations, le chef Aouenano des Tsonnontouans (Iroquois) rassure l’assemblée en célébrant les désirs de paix, s’en suit des palabres incessantes sur les modalités de commerce et calumet de bouche en bouche, échanges de ceintures de porcelaines et question de territoire…Placé bien en vue des représentants des Nations, M.de Vaudreuil accompagné des officiers écoutaient, tels St Louis sous le chêne, les doléances des uns et des autres. Il commença à s’exprimer en signifiant qu’il désirait les voir déposer les haches et fraterniser : « conclure la paix entre eux, et leur faire connaître que désormais il voulait être le seul arbitre de leurs différends ; il les invita à remettre leurs intérêts entre ses mains, promettant de leur rendre toujours justice et, s’il arrivait quelque désordre, de punir les agresseurs. »(R.Guénin).Des traductions dans les différentes langues furent distribuées, aux Abénaquis et Algonquins par le père Bigot, aux Iroquois par le père Bruyas, aux Miamis, Illinois et peuples de l’Ouest par Nicolas Perrot, les Hurons par le père Garnier, aux Outaouais par le père Anjelran…Grande gaieté et joie en ressorti, beaucoup d’espérance avec effusion de sympathie comme les indiens savent faire, quel grand moment ce devait être. « afin que le traité fût scellé d’une manière inviolable, trente et un colliers furent distribués aux chefs des nations qui s’avancèrent successivement pour les recevoir et remettre leurs prisonniers au gouverneur. Chacun d’eux prononça un discours ; ils dirent tous qu’ils sacrifiaient leurs intérêts particuliers à la paix générale, et qu’ils obéissaient surtout au désir de contenter leur père Onontio. » (R.Guénin, La Nouvelle France ).Les tenues chamarrées pour certains, le ton grave pour d’autres avec parfois une attitude ou des vêtements moitié européanisés, faisaient du moment quelque chose en dehors du temps. Le chef Outagamis, le visage peint de rouge saluant come d’un chapeau avec les restes d’une perruque poudrée sur la tête…

Celui du Sault St Marie avec les plumes en rayons derrière la tête… « celui des Poutéouatamis s’était coiffé avec la peau de la tête d’un taureau dont les cornes lui pendaient sur les oreilles…Le chef des Algonquins, vêtu en voyageur canadien, avait accommodé ses cheveux en crête de coq avec un plumet rouge qui pendait par derrière. C’était un grand jeune homme qui, à la tête de trente guerriers dont le plus âgé n’avait pas vingt ans, avait défait et tué auprès du fort Frontenac le principal chef de guerre onnontagué, la Chaudière noire, un de nos adversaires les plus redoutables » ( la Nouvelle France ). Ils fumèrent la pipe offerte par les Miamis, M.de Vaudreuil, M. de Champigny, M. de Callières, les chefs Iroquois et les autres Nations…Trois bœufs coupés dans dix grandes chaudières furent consommés. « La politique française éleva en quelques jours des barrières qui subsistèrent un demi-siècle et dont le premier effet fut de paralyser l’action des colonies anglaises dans la guerre qui allait bientôt intervenir » (Garneau) et comme le dit si bien Mr Guénin dans son magnifique livre sur la Nouvelle France , cet acte eut « une influence considérable sur toutes les nations indigènes, en établissant entre elles et nous une espèce de droit international. » .Tous les chef indiens reçurent des présents du roi de France pour cette occasion et chacun repartis avec un autre regard rejoindre sa tribu. Pour ramener les prisonniers oubliés, Maricourt rentra avec les Onnontagués(Iroquois) et Joncaire avec les Tsonnontouans(Iroquois).Même les Agniers, arrivés en retard, pour ne rien perdre de cet événement, s’excusèrent et signèrent de leur signe distinctifs les accords passés, échangèrent des cadeaux et repartirent. Voilà la grande œuvre rêvée et entreprise par le regretté gouverneur sieur de Frontenac et magnifiquement réalisé par son successeur M.de Callières…

«Le lendemain, solennellement conclu, le traité marque le tournant capital de la politique française en Amérique. Ses conséquences se poursuivront bien au-delà de sa présence sur le continent. Ce succès illustre en même temps le génie de la colonisation française en Amérique et son pouvoir d’adaptation au milieu indien. Ratifié plus tard par les Agniers, absents aux débats, le traité marque la fin d’un conflit ouvert depuis Champlain et qui a failli, aux heures les plus sombres, être fatal à la présence française. » (Jacques de Vanssey).
Le gouverneur ancra les accords par la disponibilité de marchandises à bon prix au fort Détroit, reconstruit grâce à sa bonne diplomatie en accord avec les Iroquois de l’endroit. Il gagnait aussi sur le tableau de la proximité des postes britanniques qui perdaient de ce coup leur influence dans la région… M. de La Mothe-Cadillac  en fut responsable avec un renfort d’une centaine d’hommes de garnison.

« Car il ne faut pas oublier que de tous les étrangers qui ont abordé ou aborderont en Amérique, les Français sont les seuls à y avoir été invités par les autochtones » Jean Marc Soyez (spécial Canada, Historama, Juin 1984)

Frédéric WINKLER

Antoine Laumet dit Lamothe-Cadillac

lamothe-cadillac« Mila Diu ! y a qué lous Gascoun per fa aco ! » (Mille Dieu ! Il n’y a que les Gascons pour faire cela)

« De voir une assemblée de Français sans reproches, mépris, envies et noises de l’un à l’autre, c’est autant difficile que de voir la mer sans ondes » Samuel de ChamplinC’est un personnage qui ne fait pas l’unanimité par son comportement comme pour le reste. Il faut le considérer comme un aventurier qui, en servant la France , s’est bien servi aussi !!! Est-il le seul…Arrivé en Acadie, autoproclamé officier avec un nouveau nom, vit dans un univers et croit lui-même en ses mensonges de méridional poussés à l’extrême. Un temps corsaire avec Guion, il épouse sa nièce et écume avec lui les côtes anglaises.Il participe, en Juillet 1687 avec le Marquis de Denonville dans l’expédition contre les Tsonnontouans (iroquois). «Revenant de ma mission d’information, je fus aussitôt enrôlé dans cette expédition punitive avec François Hertel, Maricourt et son frère Pierre Le Moyne d’Iberville, trois coureurs des bois particulièrement bien entraînés et combatifs.Après de brèves mais rudes escarmouches, nous boutâmes les Anglais hors des forts et humiliâmes à jamais une bande d’Iroquois, les surprenant une nuit dans un campement : les uns, assis sur un ployant, s’accompagnaient languissamment sur un théorbe désaccordé et chantaient des chants d’amour ou dansaient des sarabandes, les autres badinaient, batifolaient ou se lutinaient entre eux, le genou cagneux enserré dans des rotondes de rubans, vautrés çà et là, cul à l’air, dans l’avoine de leurs chevaux ! » (Robert Pico, Cadillac, l’homme qui fonda Detroit). Il se crée des inimitiés mais aussi des amitiés en la personne du gouverneur Frontenac.Il est envoyé en mission et donne satisfaction, se voit nommé capitaine et obtient le poste de commandement du fort de Michillimakinac dans l’ouest. Il participe à la défense de Québec avec le gouverneur Frontenac contre l’invasion britannique de Phips : »Des soldats à pied attaquèrent par vagues successives, tentant d’ébranler les montures des palissades ou de les escalader ; ceux qui parvenaient à passer étaient cloués à coups de flèche ou de lance, dépecés en trois coups de couteau et jetés en morceaux aux chiens indiens qui attendaient leur pitance…Le lendemain, nos assauts furent encore plus efficaces, mettant hors de combat deux navires et cinq ou six chaloupes.Phips et Walley furent contraints d’interrompre momentanément leurs tirs, et de s’aller réfugier dans les baies de l’île d’Orléans pour réparer leurs bâtiments endommagés. Puis, peut être par manque d’outillage ou de techniciens compétents, ils levèrent le siège et battirent en retraite vers le Massachusetts, perdant plusieurs navires à cause des intempéries ; l’un d’eux se fracassa contre les rochers d’Anticosti, et plus d’une cinquantaine de marins anglais périrent dans les eaux »(Robert Pico, Cadillac, l’homme qui fonda Detroit).

Il fait fortune en 3 ans, exceptionnel parcourt mais grâce aux trafics et à la malhonneteté.Il échoue dans sa mission auprès des tribus. »C’était un esprit aventureux, fort éveillé, connaissant bien les colonies anglaises, et appréciant tous les dangers de ce voisinage…et rendu de grands services par son initiative et sa connaissance des mœurs des sauvages »( La Nouvelle France.R .Guénin) Il échoue encore dans la création d’une colonie à Détroit ou existait déjà un fort. Les tribus se déchirent, il voit des complots partout. Un véritable réquisitoire est fait contre lui sur ses échecs, colonie, tribus, malhonnêteté, trafics…On le remet à l’épreuve en le nommant gouverneur de la pauvre terre de Louisiane, immensité de 21 Etats aujourd’hui. Il est étonné du vice et de la malhonnêteté qui y règne, comme quoi ?

Il est pourtant ingénieux et cherche en développant ses intérêts à faire fructifier la Louisiane en cherchant des richesses à découvrir. Avec Bienville, aventurier aussi et ancien officier des troupes de marine, ils iront à la Rivière Rouge , la rivière Ouachita, la vallée de l’Ohio et exploreront une partie du Texas.

Le Moyne de Bienville, frère de d’Iberville, était apprécié pour sa politique avec les tribus de la région de la Louisiane …Nous sommes en 1715 et les manières brutales Britanniques finissaient par nous servir directement dans nos amitiés avec eux. Un homme l’aide dans son entreprise, Louis Juchereau de Saint Denys.Ils fonderont ensemble le fort de Natchitoches sur la rivière Rouge et feront du trafic avec les indiens du Texas dont Louis connaissait toutes les langues. Comme le dira H.Servien, les Français sont différents mais il en ressort un point commun, c’est cette toile d’araignée d’alliances avec les tribus Indiennes, tissé au fil de l’histoire et des déplacements des aventuriers, explorateurs, trappeurs, colons et soldats. Partout les liens se créent et les Français marquent d’une durable amitié l’esprit des guerriers indiens.

« Car il ne faut pas oublier que de tous les étrangers qui ont abordé ou aborderont en Amérique, les Français sont les seuls à y avoir été invités par les autochtones » Jean Marc Soyez (spécial Canada, Historama, Juin 1984)

Frédéric WINKLER