Les lycées sont aujourd’hui le centre de toutes les attentions politiques, comme à chaque fois qu’une crise déborde dans la rue : mais les jeunes n’ont guère confiance dans un « pays légal » qui promet beaucoup mais ne tient que rarement ses promesses. Un article publié ce mardi 6 octobre sur le site internet du journal Le Figaro le souligne en quelques mots et chiffres : « Près de huit jeunes sur dix (78%) estiment que les responsables politiques « préparent mal leur avenir » et 64% « ne font pas confiance » aux candidats à la présidentielle pour prendre en compte leurs préoccupations, selon une enquête publiée mardi et réalisée auprès de 3000 jeunes de 18 à 29 ans. Selon cette enquête en ligne réalisée du 23 juillet au 5 août par Ipsos/BVA, seulement un quart des jeunes jugent que « les responsables politiques comprennent leurs difficultés quotidiennes » et « prennent des décisions qui vont dans l’intérêt des jeunes ». »
La République et ceux qui en convoitent la direction sont ainsi décrédibilisés aux yeux de jeunes qui n’en ont pas encore subi toutes les conséquences, et c’est fort révélateur de leur intuition que, malheureusement, la réalité confirmera ensuite… Cette crise lycéenne rajoute à la défiance envers une classe politique qui n’a pas voulu « prendre des risques » et qui a laissé, par faiblesse comme par incompétence, s’aggraver les défauts d’une Education nationale qui n’en manquait déjà pas dès ses origines.
Pour autant, les slogans entendus dans les manifestations lycéennes ne s’attaquent qu’aux effets et non aux causes, ce qui peut être intéressant, certes, mais bien insuffisants surtout : en cela, ils risquent d’enfermer la contestation dans une spirale de l’échec et de la violence que la République saura utiliser ensuite, sans régler les véritables problèmes scolaires et la baisse dramatique du niveau des élèves, baisse confirmée et théâtralisée par le classement PISA de septembre dernier.
Ecole
Quelle politique scolaire pour la France ?
Les écoliers de France sont rentrés lundi 4 septembre et le lendemain mardi 5, après le retour des professeurs dès vendredi 1er septembre dans la plupart des cas. Un nouveau ministre, aux ambitions politiques plus ostentatoires que le précédent, préside (mais est-ce le terme exact dans une République si « présidentielle » ?) aux destinées de l’Education nationale, et ses annonces tonitruantes et martiales, populaires dans le pays, laissent néanmoins sceptiques les enseignants. Sans doute parce que le ministre, tout à ses occupations de communication, n’évoque guère ce qui, aujourd’hui, peut être considéré comme des plus inquiétants : le déclin des connaissances générales des élèves ; leur difficulté à se concentrer et à travailler, réfléchir, écrire sur le long terme ; la concurrence des modes alternatifs de socialisation, d’éducation et d’instruction via les réseaux sociaux… La matière grise est l’une des principales richesses de notre nation et elle semble se dessécher dangereusement depuis quelques décennies, plus rapidement que nos nappes phréatiques pourtant déjà bien mal en point : c’est cela qui devrait, d’abord, inquiéter le gouvernement, ce qui n’empêche évidemment pas d’autres motifs d’inquiétude…
Il semble bien que la République ne s’intéresse plus que marginalement à l’école, laissant désormais (presque) ouvertement d’autres acteurs (privés et, parfois, communautaristes) se charger des fonctions d’instruction, d’éveil et de formation des intelligences. Cela, d’ailleurs, n’est pas toujours inutile ou néfaste, et je ne suis pas hostile, a priori, à une certaine séparation de l’Ecole et de l’Etat, voie ouverte à une régionalisation de l’enseignement en France, mieux adaptée aux enjeux sociaux et économiques des différents territoires de France : que les nécessités scolaires, au-delà d’un tronc commun national qu’il s’agit d’organiser principalement autour des matières scientifiques et techniques, soient diversement abordées selon l’endroit considéré serait plutôt une bonne chose, et cela existe déjà (un peu, au gré de quelques professeurs fort investis et souvent enracinés) dans la pratique, à défaut de s’inscrire dans les programmes parisiens de l’Education nationale.
Mais, ici et maintenant, ce qui me semble importer avant tout (dans un temps de l’urgence qui ne doit néanmoins rien céder à la précipitation toujours mauvaise conseillère), c’est, d’une part un véritable renforcement et valorisation des savoirs et connaissances des élèves, d’autre part un (ré)enracinement de ces derniers dans la nation plurielle française, à la fois pour intégrer les jeunes populations dans « l’être français » aujourd’hui négligé au profit de la mondialisation et du « consommatorisme » prônés par les féodalités financières et industrielles, et pour « faire de la force française » dans un monde de plus en plus ensauvagé et « décivilisé » : l’avenir de la France mérite ce double effort, cette double politique, surtout au moment où nombre de nations, en particulier celles des « peuples jeunes », se réveillent et se créent, parfois artificiellement ou seulement idéologiquement, une identité conquérante (et la religion retrouve là, souvent, son rôle premier d’unification des groupes humains constitués autour de quelques idées simples – voire simplistes – d’une forte attractivité dans un monde déboussolé) et parfois fort intolérante. La matière grise et l’unité française (et non l’uniformité, qui est la négation même de l’unité historique de la France et de sa pluralité) sont les deux jambes sur lesquelles l’école devrait s’appuyer pour aller de l’avant et reprendre le terrain qu’elle a pu laisser aux féodalités mondialisées ou communautaristes. La République, qui n’a comme ligne d’horizon que la prochaine élection présidentielle (« ils » ne pensent plus qu’à cela et, déjà, les médias ne parlent plus de politique que par rapport à « 2027 »…), a montré, concrètement, qu’elle n’avait ni le ressort ni la volonté et sans doute même pas les moyens de mener cette nécessaire politique scolaire dont l’ambition doit être, encore et toujours, le service de la France et des Français, pour mieux aborder le vaste monde mais aussi y porter la parole de la France, puissance qui doit retrouver sa vocation première de grande médiatrice géopolitique et de modèle de civilisation…
Jean-Philippe Chauvin