Francophonie

Le sieur Charles Deschamps de Boishébert

Charles Deschamps de Boishébert« Un officier de grand zèle et fort méritant » le gouverneur Duquesne

« Car il ne faut pas oublier que de tous les étrangers qui ont abordé ou aborderont en Amérique, les Français sont les seuls à y avoir été invités par les autochtones » – Jean Marc Soyez (spécial Canada, Historama, Juin 1984)

Un homme commun dans sa maison normande de Raffetot qui s’éteignit à70 ans le 9 Janvier 1797…Ses voisins, savaient-ils que cet homme était la « bête noire, la hantise » des Britanniques en terre d’Acadie pendant de longues années…Robert Sauvageau dans son livre « L’Acadie » : « Boishébert demeure dans l’histoire l’homme qui, avec des moyens dérisoires, sut faire échec aux Anglais, après la chute de fort Beauséjour de 1755 à 1760.Pendant ces 5 longues années, il maintint la présence française contre des forces ennemies très supérieures sur un immense territoire qui s’étendait du haut de la rivière Saint-Jean jusqu’à la baie de Miramichi.Ce véritable miracle militaire, il l’a réussi grâce à son art consommé de la guérilla. Méthode de guerre « à l’indienne» dans laquelle Acadiens comme Canadiens étaient passés maîtres. Lui-même y avait été initié dés son plus jeune âge.N’avait-il pas participé, à 19 ans, à cette attaque contre Grand-Pré, conduite de nuit en plein hiver, qui reste un modèle du genre ? Opération où il s’était distingué et où il avait été blessé ? ».Les techniques de commandos permirent aux français de se maintenir « facilement » à 1 contre 10 contre les Britanniques. Ces guerres ou plutôt cette guerre de 100 ans que les Américains nomment « Guerres Franco-Indiennes » figurent comme une épopée à la façon du « Dernier des Mohicans » version Française…

Cet homme, comme tant d’autres héros oubliés était un maître de la « guerre furtive » technique étudié par l’Américain Patrick Malone (« The Skulking Way of War »), la guerre de partisan, de la guérilla, laisser le combat lorsque l’on est inférieur et se retirer en bon ordre et sans lâcheté. Fondre sur l’ennemi lorsque la proie est saisissable, infliger à l’ennemi de durs revers en l’obligeant à maintenir sur place d’énormes forces sur tout le territoire. A la fois partout et nulle part, un cauchemar pour les godons…Sortir de pièges, comme pendant l’affaire du Fort Saint George, capable aux sacrifices comme pour la destruction du Fort Saint-Jean, profiter et vaincre comme à Petitcodiac. Résister et tenir comme à Miramichi. Cette guerre si elle avait comprise des officiers venant de France et pratiqué méthodiquement contre l’Anglais, nous aurions surement vaincu, cela aurait changé la face de la Francophonie. Il suffit de lire les appréciations de Montcalm et Bougainville sur les actions de Boishébert et d’autres combattants non réglés militairement.

Relatons quelques souvenirs dont il nous reste quelques traces dans les archives anglaises, Journal de Montcalm ou ses propres mémoires publiées en 1763.Alors que les « godons » , nom donné depuis Jeanne d’Arc aux Anglais parce qu’ils jurent toujours en disant « my god » (mon Dieu), prennent 2 forts Français sans combat, les officiers s’étant rendus, Boishébert lui, se retire avec ses hommes, armes et bagages, en amont de la rivière St Jean. Ne pouvant faire face au surnombre des agresseurs et refusant de se rendre comme le firent les deux autres postes, il choisit la solution plus dure de se retirer afin de continuer la lutte et comble de tout, fait sauter le poste dit Fort La Tour , c’est déjà pour l’époque, une manière d’agir défiant les règles de guerre européennes. L’ennemi face à une telle réaction, n’ose se frotter à lui, car plus de fort pour se replier et un territoire hostile peuplé « de sauvages » alliés des Français.Quel dommage que les 2 autres officiers n’set eu pareille réaction pour regrouper leur force et frapper…Comme le dit Robert Sauvageau : « Boishébert sautait à pieds joints sur 45 ans de défense statique et de refus de guerre de manœuvre.Par là, il rejoignait la grande tradition de guerre de mouvement, à la Saint Castin , à la d’Iberville, à la Villebon , jadis promue par Frontenac.» Cet acte de stratégie exemplaire, réalisé par un jeune homme de 21 ans faisait parti de célèbres normands aux origines vikings. Le fait de choisir la guerre d’embuscade avec les conditions de vie difficile, misère, dureté, résistance, alors qu’il est plus facile de rendre les armes et d’aller en prison avec les lois de la guerre du XVIIIème siècle, est une révolution. Robert Sauvageau note dans son magnifique ouvrage « L’Acadie » en parlant des officiers Français s’étant rendus aux Anglais : « Tous les soldats, même courageux à d’autres égards, ne sont pas prêts à accepter la rude vie de guérillero à laquelle Charles de Boishébert se condamnait par sa décision de guerre à outrance contre l’envahisseur anglais…En 1755, il avait 28 ans. Un homme jeune accepte plus volontiers le risque et l’inconfort perpétuels. Lorsqu’ils avaient préféré la capitulation à la guérilla, Severcase avait 49 ans, et Villeray 54 ans. Circonstance qui permet de mieux comprendre leur attitude, sans l’excuser.» Comme St Castin, Français devenu chef des indiens Abénaquis et redoutable combattant, il est entré très tôt, à l’âge de 13 ans dans le monde des hommes. Né en 1727, il est en 1739 « cadet à l’aiguillette », enfant d’officier en apprentissage des armes. En 1742, il devient Sous-aide Major à la garnison de Québec.En 1743 envoyé en mission d’éclaireur sur les positions britanniques de Sarasto, entre le Fort St Frédéric et le lac Champlain, il permet l’attaque et la destruction du poste. Nommé Aide-Major à 16 ans, il participe à la reprise de Louisbourg et par la même occasion de la Nouvelle-Ecosse. De nouveau envoyé en éclaireur, il donne des renseignements précis sur la présence Anglaise à Port Lajoie. L’attaque Française qui s’en suit est terrible, commandée par Legardeur de Montesson, Charles y est présent avec des Canadiens, des Abénaquis et des Micmacs.Ils se ruent sur les Britanniques équipés de 2 bâtiments de guerre, 16 et 24 canons sur l’autre, belle victoire. En 1746, il est au siège d’Annapolis-Royal ou il décrit, dans ses mémoires la scène : «On campa devant la ville le 31 Septembre.A Annapolis-Royal, 1500 hommes de garnison, outre ceux qui étaient sur le Chester (54 canons) et les deux bateaux qui avaient tenté une descente à Port-Lajoie et qui étaient dans le port. Au total, 2000 hommes étaient assiégés ou bloqués par 600, car il n’en restait pas davantage à Ramezay. Le siège de la ville dura pendant 24 jours consécutifs, marqué par beaucoup de petits combats. Les manœuvres habiles de Ramezay trompèrent les assiégés sur les forces réelles des assiégeants et ils n’osèrent engager une action.» La flotte de La Jonquière ne pouvant venir pour prêter main forte, une retraite en ordre s’opéra et on attaqua Grand Pré au début de l’année 1747. Boishébert décrit la scène :

«250 Canadiens partirent de Baubassin pour reprendre le village. Ils apprirent d’un espion acadien que les Anglais étaient au nombre de 600 et retranchés dans les maisons. Chaque officier canadien attaqua la maison qu’il occupait l’année précédente. L’attaque eut lieu à 4 heures du matin. Boishébert avec 25 hommes attaqua un corps de garde défendu par 300 Anglais. Après un combat d’une heure, tous les Anglais furent tués. On comptait 4 blessés dans la troupe de Boishébert. Lui-même fut blessé d’une balle à travers son bonnet. A cause de la neige, de la nuit noire et du vent violent, le bruit de l’attaque ne fut point entendu de deux petits bâtiments qui étaient à la côte à une portée de fusil. Après la prise du corps de garde, Boishébert monta sur les vaisseaux et s’en empara. Il y avait 15 hommes d’équipage, et c’était le magasin de poudre et de vivre des Anglais.Au point du jour, les Anglais se rallièrent. Les Canadiens, en firent autant, et on se battit jusqu’à 3 heures après midi. L’ennemi, poussé vivement, s’était retiré sur une hauteur et retranché dans un moulin avec 4 pièces de canon, chargés à mitraille. Mais il n’avait pas de munition et il ne tarda pas à capituler : on lui permit de se retirer à Annapolis.Il ne manquait à une action si hardie et conduite avec tant de vigueur qu’un plus beau théâtre pour illustrer les officiers qui y participèrent… »
Juin 1747, il attaque avec le chevalier La Corne et des amérindiens, le Fort Clinton près de New-York.Ils étrillent durement une colonne britannique tentant une sortie. En automne 1747, à 21 ans, il est promu lieutenant lors d’un échange de prisonniers. Sous les ordres de La Galissonnière , en Avril 1749, il part vers la rivière St Jean, pour s’opposer aux Britanniques qui tentaient de s’y réinstaller. Boishébert commente : « Depuis Québec jusqu’à Horpank, habitation française, on marcha en raquettes sur la neige, traînant les vivres et les bagages avec des fatigues incroyables.Boishébert, suivant ses ordres, alla camper au bord de la rivière St Jean,et, dès que la navigation fut libre, il embarqua son détachement sur des chaloupes et se rendit au havre de Menacoche.Là, il arbora le pavillon de la France , ainsi qu’il lui était prescrit.».

Févier 1753, il est envoyé par Duquesne dans l’Ohio pour y construire un fort près du lac Erié, avec un magasin de ravitaillement à la baie de Quinté. En Avril de la même année, il est nommé commandant du Fort de la rivière aux Bœufs jusqu’en hiver.

1754, il retourne en Acadie comme commandant du Fort La Tour.

1755 , les godons prennent les Forts Beauséjour et Gaspareaux puis tombe en échec avec Boishébert au Fort La Tour , faisant exploser celui-ci comme cité plus haut…Il empêche les Anglais de contrôler la région…La guerre de partisan mené par Boishébert dans l’Acadie Occidentale permet aux Français de maintenir pendant 5 ans une pression sur les troupes d’occupation. Le projet d’éradication de la présence Française dans la région ne put être réalisé. Ecoutons encore Robert Sauvageau comparant la souffrance Acadienne à celle Vendéenne pendant la Révolution : « Il est frappant de comparer cette résistance acadienne qui dura 5 longues années, de 1755 à 1760 aux guerres de Vendée, 40 ans plus tard. Les colonnes punitives anglaises à travers l’Acadie évoquent irrésistiblement les « colonnes infernales » du général Turreau. Même férocité incroyable : pillages, incendies des maisons et d’église, viols, massacres, scalps d’Acadiens , meurtres de petits enfants (comme ceux de Joseph Godin), etc. De même, les Acadiens montrèrent une valeur combative égale à celle de leurs cousins poitevins de Vendée…» Boishébert maintint la pression sur les Britanniques, tout comme St Castin ou Joseph Broussard dit Beausoleil. Il couvre la rivière St Jean à la Baie Verte , partout et nulle part, se glissant d’un endroit à un autre, parfois à la barbe des Anglais avec une agilité calqué sur les Amérindiens ses amis, surgissant, frappant et disparaissant…

Chef militaire et administratif, regroupant réfugiés et familles, postant aux endroits stratégiques ses officiers et de petites troupes bigarrés composées d’Acadiens, d’Amérindiens et de quelques soldats perdus…Les différentes attaques du colonel Scott contre Boishébert se soldant par des échecs, les Britanniques redoubleront de brutalité sur le peuple Acadien insoumis. Puisque les Acadiens résistent, assimilons les aux « sauvages » et scalpons les, sur demande de Scott, Lawrence fit une proclamation : « 30 livres pour tout prisonnier indien, 25 pour toute prisonnière ou enfant, 25 pour tout scalp « indien », ou prétendu tel». Inutile de dire les conséquences de telles déclarations sur la soldatesque anglaise en mal d’argent…Un survivant, Pierre Suret témoigna de ce qu’il avait vu à Memramcook : « Le commandant de ce parti avait ordre de se saisir de tous les Acadiens dans cet endroit, de faire mourir incontinent tous ceux qui s’y trouveraient en état de porter les armes, de leur lever la chevelure…d’emmener tout le reste après avoir laissé au bout d’un piquet une lettre pour M. de Boishébert à peu près de ce style : « Vous avez commencé. Nous continuons sur ce même ton jusqu’à ce que vous vous retiriez de ce canton avec vos Sauvages. On dit chez vous aux sauvages qu’autant d’Anglais qu’ils tueront, ce sera autant d’échelons pour aller au Paradis. Nous ajoutons que c’en sera deux pour nos gens pour autant d’Acadiens qu’ils détruiront…» »

Le peuple Acadien subissait un véritable martyre, certains Acadiens, cette « vermine » selon Winslow, réussirent à s’échapper dans les forets en fuyant la déportation décrété en 1755, d’autres rejoignent les pôles de résistance disséminés dans toute l’acadie. La plupart meurt tués, déportés, certains de froid ou de faim…Note de l’intendant Bigot , le 5 Septembre 1755 : « Mr de Boishébert et le père Germain nous demandent des vivres, des effets, poudre, balles et plomb pour des familles qui se sont réfugiées dans les bois pour n’être pas prises…» Boishébert ne reste pas inactif, il est conscient de faire face seul, comme il dit : «Il parcourut ensuite la côte de Peckcodamon-Quanty et enleva avec 4 chaloupes une goélette anglaise, chargée de vivres et effets pour la garnison de Port-Royal. Elle était monté de 15 hommes et armée de 8 pierriers. On y fit prisonnier le commandant de l’artillerie de Beauséjour…» Plus loin dans son mémoire, il rajoute : «Là, employer à propos les menaces, les caresses et les stratagèmes…l’exemple de tout ce qui se faisait de grand en Canada. Représenter vivement les victoires sur le général Bradock à Chouaguen, au Fort Saint George, à Carillon et tant d’autres événements glorieux. Tantôt cacher habilement les entreprises, les forces et les succès de l’ennemi…»

Malgré les victoires des commandos Franco-indiens-indiens, le gouverneur n’osa pas reprendre l’Acadie aux Anglais, malgré les suppliques des 9000 âmes restantes en Acadie après qu’environ 9000 autres furent déportés. Une petite intervention aurait emporté le pays, vaudreuil hésitait et pourtant, il aurait pu sans risque, frapper un grand coup en hiver. Le Canada étant protégé naturellement par la neige et les glaces en hiver, les britanniques restant chez eux, alors que les franco-indiens étaient des spécialistes des opérations d’hiver. Ils en avaient depuis longtemps la maîtrise, combien de fois sous -30 à -40 degré étaient ils descendu terrasser les godons aux portes de Boston ? Selon de Bourbes écrivant, de Louisbourg à M de Surlaville : « Beaucoup de Canadiens se sont offerts à Mr de Vaudreuil pour aller cet hiver en parti…» Mais il semble que Vaudreuil n’apportait pas grande considération à l’Acadie, quel gâchis. Il pensait plutôt rapatrier les survivants des déportations au Canada afin d’en renforcer ses défenses. Quelle erreur de calcul, la formidable forteresse Française de Louisbourg ne pouvait vivre qu’avec la protection de l’arrière pays Acadien comme pour le Canada avec le tampon Acadien sur le continent. La Galissonnière l’avait compris comme La Jonquière, pas Vaudreuil…L’hiver 1756-57 sera terrible pour ces Acadiens et Amérindiens car ils manquaient de tout et le gouverneur n’enverra rien. Il échappe à une embuscade (Janv.1756) sans perte à Cocagne. Il fallut chercher à manger et plusieurs périrent de faim dans l’hiver glacé. «Tous les enfants moururent…On se nourrit ensuite des peaux de castor qu’on put trouver. On mangea jusqu’au souliers faits de peaux de chevreuil» dit Boishébert.Tout cela jusqu’au 16 Mai ou arriva un navire de provision. 17 Mars 1756 il est capitaine et en 1757 son QG est à la rivière Miramichi, lieu de refuge et de résistance à l’oppresseur britannique…

Voilà le triste sort d’un peuple abandonné par la métropole mais jamais vaincu, attaché à la France et ses traditions. L’époque dite des « Lumières » voyait en France certains philosophes comme Voltaire détourner l’opinion pour influencer le Roi en résumant l’Amérique à « Quelques arpents de neige ». Il est vrai que Voltaire avait des intérêts aux Antilles avec la canne à sucre et qu’il fallait tout faire pour en récolter les fruits.9 Septembre 1758, attaque du Fort Saint George, les godons tendent une embuscade qui se retourne contre eux, écoutons Boishébert : les Anglais « furent battus avec perte de 46 hommes et de 22 prisonniers.MM de Boucherville, Cery de Richerville, et Saint-Simon…se distinguèrent beaucoup. Le dernier, quoique blessé au bras, ne contribua pas peu au succès de cette rencontre…» Vaudreuil rajouta le 18 octobre 1758 : « Ce détachement anglais attira M de Boishébert dans une embuscade. Mais il fonça avec tant de vivacité sur l’ennemi qu’il tua le commandant, plusieurs autre Anglais…»

Quel beau sujet de roman ou de film que le sieur de Boishébert…

Frédéric WINKLER

Pierre Le Moyne d’Iberville et ses frères

Pierre Le Moyne d’IbervilleAnobli en 1668, troisième de 14 enfants d’un marchand de Montréal, il est intéressant de noter ici l’ascension sociale d’une famille qui passe du commerce au métier des armes. Ce petit détail pour les histrions républicains parlant d’un blocage de la Monarchie dans la caste noble. Pierre est instruit, éduqué, rusé et intrépide. Il resta quelques temps chez les Iroquois et en apprit la langue et servit aussi pour les négociations. Sa bravoure impressionna les Iroquois qui lui laissèrent la vie après l’avoir capturé et l’adoptèrent en faisant de lui leur représentant aupres du gouverneur.Ami de Dollard des Ormeaux dont il devait partager la tragique fin s’il n’avait été prit par ses travaux dans son domaine, il se maria et eut 13 enfants.Ce nom illustre les familles au service du Roi donc de la France : St. Helene bléssé mortellement au siège de Quebec, De Chateauguay tué lors de la prise du fort Bourbon en1694, Bienville tué d’une balle dans la poitrine dans l’attaque d’une maison défendue par les Iroquois.

Il commença à se faire connaître, lors d’une expédition en 1686 avec ses 2 frères Jacques et Paul, visant à déloger les Britannique de la Baie d’Hudson. Cette petite troupe composée de 70 Canadiens (miliciens/trappeurs) et de 30 soldats des troupes de Marine attaqua le Fort Moose sur l’ile Hayes. Ils passèrent dans les courants et rapides de la rivière Outaouais, le lac Temiscamingue, les rivières Abitibi et Monsioni.L’événement est intéressant car il révèle la personnalité de Pierre qui se trouva, lors de l’assaut, seul, pistolet dans une main et épée dans l’autre, entouré de 17 Anglais, qu’il captura avec rage et témérité…Saint Hélène s’illustra aussi en prenant le flanc gauche du fort avec 18 hommes, en parlementant la réédition il aperçut un anglais pointant un canon sur eux, il le foudroya d’une balle entre les deux yeux. Il sauva du même coup son frère et ses hommes. En peu de temps le sud de la baie devint française, il prit le poste de commandant du Fort Moose, rebaptisé St Louis.

Il se dirigea à 10 jours de marche vers le poste de traite de Rupert, St Hélène en éclaireur, attaque le fort Rupert qui sera rebaptisé St Charles pendant que le 3 Juillet en canoë avec 13 hommes d’Iberville prend d’assaut le vaisseau « Le Craven » ancré près du fort.Le troisième Albany(Quichichouane) tomba dans la foulée.

En 1687, voulant quitter le fort avec sa cargaison de fourrure, il se trouve face à 2 navires de 3 mats Anglais d’au moins 24 canons chacun sur la rivière Albany, coincés par les glaces. Le frère de D’Iberville, De Maricourt harcela durant tout l’hiver avec un petit groupe de commando canadien les 85 Anglais essayant de se ravitailler sans succès. Le scorbut atteignit les marins anglais aux abois, d’Iberville en flibustier se saisit de l’occasion et fit prisonnier tout ce petit monde. Il en prit un autre dans les jours qui suivirent et arriva à Québec avec 3 vaisseaux et 85 prisonniers capturés par 16 Canadiens.

Il envoi trois hommes en reconnaissance vers un bâtiment Anglais prit dans les glaces près de l’ile Charleston.Ils se font prendre, sauf un qui s’échappe. Le printemps arrive, le commandant du navire se noie, ne reste que 6 hommes. Ils délivrent un canadien pour les aider à manœuvrer qui, profitant du fait que les Anglais étaient à la voilure, se saisit d’une hache, tue les deux marins près de lui, libère son ami et retrouvent d’Iberville venu les secourir sur le chemin…

Février 1689, il continu de faire parler de lui. Trois détachements que l’on peut qualifier de commandos décident d’attaquer les établissements Anglais du nord de la Nouvelle-Angleterre. Un groupe est aux ordres de son frère Le Moyne de St Hélène, l’autre à Nicolas d’Ailleboust, officier aguerri et le troisième sous ses ordres, le tout composé de 114 Canadiens et 96 Amérindiens.Partant en avant les coureurs des bois avec les Abénaquis et des Mahicans ou Loups. Il faut se figurer la température qu’il fait en hiver au Canada, lors de ses attaques et la distance parcourue avec les vêtements de l’époque…La corpulence de ses hommes de Louis XIV, traversant l’Amérique en canoë, à pied ou en raquettes, avec des mousquets à un coup, poignards et tomahawk… On laisse les canoës au lac Champlain puis on chausse les raquettes, on ne fait pas de feu, gourdes d’eau de vie et lard froid..Ils arrivent en pleine nuit du 18 Février à Corlaer aujourd’hui Schenectady, état de New-York et passent à l’attaque. Ils hurlent des cris de guerre comme les iroquois, lors du massacre de la colonie Française de Lachine, l’année précédente. L’établissement fut pillé et brûlé. Ils repartirent avec 50 chevaux chargés de butin et 25 prisonniers à Montréal. « Grâce à de semblables coups de main où les Canadiens se montrèrent plus résistants que les meilleurs guerriers iroquois et parfois plus cruels que leurs ennemis, la colonie put tenir sans aide venue de France, pendant plus de 3 générations » (L’Amérique Française d’Henri Servien)

En 1690, 80 hommes et 3 vaisseaux, il attaque le Fort New Severn sur la baie d’Hudson, sud-est de fort York.

En 1691, après la chute de Port Royal, il fallut faire face à Québec à une attaque Anglaise de 32 navires dont 4 de 3 ponts bien armés et 2000 miliciens, qui fut repoussée…Frontenac n’était pas homme à se laisser impressionner et répondit aux anglais : « Je n’ai point de réponse à faire à votre général que par la bouche de mes canons et à coups de fusil » St Hélène et son frère ainé de Longueil blessé au bras, décimèrent avec 200 volontaires le débarquement britannique aux ordres du major Walley sur les rives proches.Maricourt arriva dans la ville et s’occupa d’une partie de l’artillerie…Deux jours de combat, des cris de joie quand un boulet fracassa le pavillon Anglais du vaisseau amiral. Le 21 Octobre, variole, blessés et moral au plus bas, l’escadre anglaise partit, Québec était sauvée…Maricourt fut nommé capitaine, officier de marine chez les Iroquois, qui l’adoptèrent comme fils, les chefs Iroquois Onontagués lui donnèrent le nom de Taouestaouis(le petit oiseau toujours en mouvement) en le nommant ambassadeur. Cela préparait la « Grande Paix de 1701 » .Son frère Longueil lui succèdera plus tard dans ses fonctions auprès des Iroquois.Pierre devint capitaine de frégate.Il était souvent accompagné du corsaire Denys de Bonaventure…

En 1692, il capture 3 navires Anglais.

En 1694, prise du Fort York de la baie d’Hudson et rebaptisé Fort Bourbon avec 120 Canadiens et quelques indiens du Sault St Louis.Opération éffectuée par les 3 frères, d’Iberville commandant la Salamandre , Sérigny le Poli avec Châteauguay comme enseigne qui mourut lors de l’attaque…

En 1696, le 14 Juillet, voilà une date plus intéressante à fêter, il court aider Joseph Robineau de Villebon, gouverneur d’Acadie au prise avec 3 vaisseaux britanniques. Il bondit avec ses frégates, capture le Newport de 24 canons pendant que les deux autres s’enfuient.

Il en profite pour attaquer le Fort William Henry sur la frontière entre Acadie et Nouvelle-Angleterre.Avec le corsaire Baptiste et Bonaventure embarquant Villebon et 50 guerriers, il est aidé du baron de St Castin, chef Abénaquis arrivé avec 240 guerriers.Il le détruit et renvoi les prisonniers à Boston.

Hiver 1696/97, Il va à Terre-Neuve, accompagné du gouverneur Brouillan et de 80 volontaires. « Pendant neuf jours, les Canadiens marchèrent dans les bois épais, sur un sol détrempé, brisant la glace à chaque instant sous leurs pas, traversèrent des rivières et des marécages avec de l’eau jusqu’à mi-corps, et couchèrent sur la dure. »( La Nouvelle France ) Ils prennent St John’s et 36 établissements anglais, 200000 quintaux de morue et « …pendant deux mois parcoururent le pays, enlevant les points fortifiés, brûlant les établissements, répandant la terreur parmi les habitants. Ils tuèrent deux cents ennemis qui se défendaient les armes à la main, et firent plus de sept cents prisonniers… »( La Nouvelle France ) Les groupes de « Canadiens, raquettes aux pieds, allèrent par petits détachements dans les hameaux isolés où étaient installées les pêcheries qu’ils incendièrent et pillèrent comme ils avaient fait à Saint-Jean »(L’Amérique Française »d’Henri Servien).

Avant de pouvoir finir, il est demandé à la baie d’Hudson où, sur le chemin, séparé du reste de la flotte, à bord du Pelican de 44 canons et 150 combattants(40 malades du scorbut), il trouve en face de lui le Hampshire, 250 hommes et 56 canons, le Dering de 36 et le Hudson’s Bay de 32.Pas question de fuir dans la Royale , il manœuvre comme un génie, se range en bataille et attaque comme un loup de mer. Il désempare ses officiers en donnant ses ordres défiants les règles de manœuvre et plaçant son navire au vent. Ecoutons Henri Servien : « Le Moyne cria des ordres rapides : Armez tribord ! Les chefs de pièces à ,démâter, à couler pour le second pont ! La barre dessous, bordez les écoutes !

La brusque manœuvre contraignit la conserve du Hampshire à s’écarter ;les deux vaisseaux à portée l’un de l’autre lâchèrent leurs formidables bordées en même temps :45 grosses pièces tonnèrent de concert. Une partie des boulets anglais passèrent en ronflant au dessus du pont français. Dans la fumée et les cris, la voix d’Iberville dominait.

Armez bâbord ! Chefs de pièces à couler ! Feu de bordée !

Le Hudson’s Bay n’avait pas eu le temps de tirer. Comme pour le Hampshire les boulets du Pelican lui causèrent de graves dégâts. Il préféra virer de bord et s’écarta. Au deuxième passage, encore noyées dans des bancs d’épaisse fumée, les coques de chêne éclatèrent en échardes meurtrières ». Bienville fut grièvement bléssé au commandement d’une des batteries d’artillerie. D’Iberville veut en finir et positionna son navire bord à bord en envoyant une bordée sur la ligne de flottaison du Hampshire. Celui-ci la coque crevée sombra avec tout son équipage sous les hourras des Français victorieux. Le Hudson’s Bay stupéfait devant tant de hardiesse se rendit sans combattre. Le Pelican durement éprouvé lors de l’accrochage, par des avaries multiples, laissa le During s’enfuir…

L’histoire enseigné dans nos écoles a oublié tout ces héros de jadis et comme je le disais à une assemblée de jeunes lors de mes repas, c’est les enterrer une seconde fois que de ne plus en parler…La baie d’Hudson est maintenant Française. Mais la campagne n’était pas terminée : « sans vivres, sans effets de rechange, d’Iberville prit le parti désespéré d’attaquer le fort Bourbon et, de l’enlever d’assaut. Mieux valait périr dans un combat acharné que de succomber au froid et à la faim sur ces plages glacées. Il allait engager l’action lorsque le Palmier, le Wesp et le Profond parurent à l’embouchure de la rivière. C’était le salut, et un renfort suffisant pour réduire bientôt à merci la garnison du fort déjà démoralisée par la destruction de la flotte de secours. Aussitôt les approches furent faites et les batteries établies. Quarante huit heures d’un violent bombardement déterminèrent les Anglais à capituler pour éviter un assaut… »

La gloire de d’Iberville est alors, connu de tout le Canada. Habile et clairvoyant, il avait écrit sur la vallée du Mississippi : « Si la France , ne se saisit pas de cette partie de l’Amérique, qui est la plus belle, pour avoir une colonie assez forte pour résister à celle qu’à l’Angleterre dans la partie de l’est depuis l’Acadie jusqu’à la Caroline , la colonie anglais, qui devient très considérable, s’augmentera de manière que dans moins de cent années elle sera assez forte pour se saisir de toute l’Amérique du Nord et en chasser les autres nations ».On lui demande de reconnaitre un endroit du Mississipi pour y établir un fort. A l’époque, ce n’était guère aisé, car la région, très humide et marécageuse était difficile, fièvres, bois pourrissant, insectes…Il fait construire le Fort Maurepas dans la baie de Biloxi aujourd’hui Océan Springs pour contrôler les mouvements dans la région. Il est le premier Canadien à recevoir, la Croix de St Louis, haute distinction militaire des rois de France, en demandant par la même occasion, une colonisation rapide de la Louisiane.

En 1700, il construit le Fort Mississipi, plus au nord en établissant de chaleureuses relations avec les tribus environnantes.

En 1701, c’est l’établissement à Mobile, du Fort St Louis. D’Iberville, sans relâche, entretient prioritairement les bonnes relations avec nos alliés autochtones. Pour cela, il favorise l’envoi de missionnaires et l’établissement de « coureurs des bois » qui vivent et se marient avec les indiennes. C’est aussi l’époque où un édit de Richelieu stipulait, que tout sujet amérindien christianisé, pouvait se considérer comme sujet du Roi de France, humanisme inconcevable pour un sujet britannique puritain. Il faut signaler que les Dauphins de France grandissaient souvent avec comme camarade de jeu, un ou deux enfants amérindiens, confiés par leur père, souvent chef de tribu…

D’Iberville commence à être fatigué, plusieurs crises de malaria l’affaiblissent mais il reste à l’affut pour empêcher toute expansion britannique à l’ouest des Appalaches.

En 1706, il arrive de France avec 12 vaisseaux et terrasse les godons aux Antilles. St Christopher est ravagé sans merci. Nevis et Charlestown capitules en Guadeloupe et 24 vaisseaux Anglais sont pris. Il se dirige sur Cuba à la Havane et s’éteint…Voilà le destin d’un grand homme que l’on pourrait largement citer aux jeunes générations en remplacement de quelques stars pailletées à grand frais, sans dimension…Il est vrai que les peuples ont les gouvernements qu’ils mérites et par symétrie, les idoles que l’on peut…

Frédéric WINKLER

Québec 400 ans, je me souviens… Madeleine de Verchères

madeleine de vercheres

Pourquoi ne parlerions-nous que des hommes alors que notre histoire démontre que le sang Français générait des héros dans les deux sexes. Jeanne d’Arc, Jeanne Hachette, Geneviève et bien d’autres encore. Nous parlerons aujourd’hui de Madeleine de Verchères. Nous sommes sous Louis XIV et le gouverneur est Mr de Frontenac. Les conflits sur cette terre d’Amérique sont d’une cruauté inouïe malgré cette période de guerre en dentelle. La guerre fait rage avec les Iroquois. Le fort de Verchères est à 25 km de Montréal où Madame de Verchères est allée. Monsieur de Verchères lui, est à Québec. Madeleine, âgée de 14 ans est restée avec ses 2 frères Louis et Charles au fort avec le domestique La Violette , 2 soldats La Bonté et Galbet et quelques femmes…

Elle étend le linge avec les femmes en contrebas, quand tout à coup des cris de terreur annoncent l’arrivée des Iroquois. Il faut bien comprendre que l’arrivée de ceux-ci créé la panique et c’est une fuite éperdue vers le Fort où quelques femmes malheureusement ne pourront parvenir…

On ferme les portes pour organiser la résistance quand Madeleine s’aperçoit que les deux soldats sont résolu à s’abandonner l’un à la mort et l’autre à l’explosion du dépôt de munition…Elle décide de prendre les choses en main en les secouant, prend un mousquet en main et donne les ordres pour la défense de la place.Elle avait déjà été témoin de la résistance de sa mère, Marie Perrot à plusieurs attaques Iroquoises, bon sang ne saurait mentir…

Les deux soldats, interloqués obéissent, les femmes se ressaisissent et tout le monde fait face aux rempart. Un combat terrible s’engage contre les cruels Iroquois tandis que les blessés dans le fort, rechargent les armes. Pendant cette lutte sans merci, Madeleine aperçoit une famille accourant en se frayant un chemin dans la horde sauvage. Elle fait ouvrir les portes et couvre avec La Violette d’un feu nourrit leur arrivée. C’est Pierre Fontaine, le coureur des bois avec sa femme et ses enfants qui réussissent à pénétrer dans le fort. Les Iroquois en rage redoublent leur attaque mais heureusement pour les défenseurs, le Fort tient bon.

Les jours passent, les nuits avec les tours de garde, entrecoupés de coups de canon pour tenter d’avertir des secours sur la détresse du Fort et impressionner les Iroquois. La fatigue, les blessés, la nourriture et l’eau commencent à manquer, puis une tempête de neige s’abat…

Imaginons un instant ce que devait ressentir ces héros du temps du Roi soleil. Le moral n’est pas bon mais Madeleine encourage son petit monde à la résistance. Elle explique avec une maturité précoce, que le fait de rendre difficile la prise de la moindre position Française, fera craindre aux Iroquois tout autre attaque contre la Nouvelle France. Pendant plus d’une semaine le Fort tient bon, quand les renforts arrivent enfin. Ils trouvent Madeleine toujours au guet, prête au combat. Elle remet les armes aux mains de La Monerie qui dans la grâce qui caractérise les temps classiques, lui répond que jamais main plus digne les avaient tenus. Un Iroquois prisonnier révélera une tentative d’attaque de nuit échoué à cause de l’attentive surveillance de madeleine aux remparts.

Louis XIV entendit relater les faits de Madeleine et demanda au gouverneur M. de Frontenac de la récompenser. Celle-ci ne réclama qu’une modeste pension de veuve d’officier, pendant que son nom traversait de bouche à oreille les récits héroïques de la Nouvelle France …Elle épousa Pierre Thomas Tarieu de la Naudière, sieur de Pérade, brave officier du temps et mourut en 1747, avant de voir disparaître les Lys en terre d’Amérique. Plus tard dans la défense de Québec en 1759, nous retrouverons Tarieu de La Naudière , fils de Madeleine, officier des troupes de marine, beau frère de Boishébert, héros Acadien. Celui-ci se fera remarquer dans sa proposition intelligente de construction de petits radeaux, porteurs de canons pour faire face à une intrusion Britannique sur les eaux du Saint Laurent…

Frédéric WINKLER

Le sacrifice d’Adam Dollard

DollardHéros de la bataille de Long-Sault, il fait le sacrifice de sa vie pour sauver la colonie de Ville-Marie en 1660.
Nous sommes en 1660, sous Louis XIV. La situation en Nouvelle-France est dramatique : une population d’à peine 1 500 habitants se trouve confrontée à une colonisation britannique beaucoup plus dense, ainsi qu’aux menaces incessantes des raids iroquois. Ceux-ci empêchent tout commerce et les marchands menacent de fuir ; la colonie risque de disparaître. Face aux Iroquois Adam Dollard, sieur des Ormeaux, s’est vu confier une terre à Ville-Marie par M. de Maisonneuve.Cela fait deux ans qu’il est arrivé de France ; il a vingt-cinq ans, il est officier de la petite garnison. Il est du sang dont on fait les héros, et la France d’alors en prodiguait beaucoup… Il emprunte un peu d’argent en signant « Dollard » pour équiper son expédition, puis il part. Il est suivi par seize jeunes compagnons de dixsept à vingt-trois ans, par quarante guerriers hurons, et par le grand chef algonquin Annaotaha avec quatre guerriers. Il veut attaquer les bandes d’Iroquois qui passent à la fin de l’hiver sur la rivière des Outaouais, chargés de fourrures destinées aux Anglais. Et ce à Long-Sault, un lieu stratégique qui, libéré, permettrait aux trappeurs et aux alliés amérindiens de venir vendre leurs fourrures en Nouvelle-France.
Ils surprennent des Iroquois qu’ils mettent en fuite à l’île Saint-Paul, aujourd’hui l’île des Soeurs. Le 1er mai, ils arrangent comme ils peuvent un vieux fortin algonquin à Long-Sault mais aperçoivent déjà les Iroquois. Non pas une bande de chasseurs, mais une masse de trois cents guerriers bien armés, qui arrivent sur le « sentier de la guerre » pour exterminer ce qu’il reste de la colonie française. L’affrontement est terrible. À l’époque, plusi

Eugène Guénin relate les combats dans son magnifique ouvrage La Nouvelle-France : « Des Hurons, franchissant la palissade, allaient au milieu du feu couper la tête d’un chef qu’une balle avait tué et la plantaient sur un des pieux de l’enceinte. » Un instant on se prend à espérer, quand six cents autres Iroquois arrivent. La panique gagne ; quelques Hurons s’enfuient mais sont vite massacrés. Au fil des jours, les denrées diminuent, mais la fuite est impossible. L’ingénieux Dollard tente de lancer un tonneau de poudre sur les assiégeants ; une erreur de manoeuvre le détourne vers le fortin et c’est l’horreur pour les Français, leurs flèches pouvaient être lancées avant le rechargement d’une arquebuse… Les Iroquois en possédaient depuis longtemps, fournies par les Anglo-Hollandais, alors que la France reculait toujours la distribution, consciente des génocides perpétrés entre eux par les Amérindiens. L’enfer du fortin la première, puis la seconde et la troisième vague d’assaut sont repoussées. Français, Algonquins et Hurons sont « au coude à coude » et résistent face aux « diables rouges ».

dont plusieurs meurent. Les Iroquois en profitent ; un terrible corps à corps s’ensuit selon le témoignage d’un survivant huron.Quand les Iroquois pénètrent dans la modeste position, ils rencontrent cinq Français et quatre Hurons qui défendent chèrement leur vie. Un Français gravement blessé est torturé à mort sur place, tandis que les quatre autres sont partagés entre Onneiouts, Agniers et Onontagués, constituant trois des cinq nations Iroquoises d’Amérique ; ils finissent torturés et sans doute dévorés comme le veut la coutume…
Le sacrifice de Dollard des Ormeaux et de ses compagnons aura sauvé la toute jeune ville de Montréal d’une extermination programmée : lourdement étrillés par la petite résistance courageuse, les Iroquois préfèrent rentrer chez eux. Trappeurs et Amérindiens reprennent le commerce des fourrures. Radisson et Des Groseillers, de célèbres explorateurs, se rendent à Québec avec soixante canots remplis de fourrures…
Qu’on ne les oublie pas.

Frédéric WINKLER