Les enseignements des Guerres de Vendée :

Faisons un survol rapide des évènements : le 14 juillet 1789 éclate une révolution à Paris, pendant la nuit du 4 août 1789 c’est l’abolition des privilèges et des droits féodaux, le 26 août 1789 c’est la signature de la déclaration des Droits de l’Homme, le 12 juillet 1790 la Constitution civile du clergé est adoptée, le 21 septembre 1792 c’est l’abolition de la Monarchie, le 21 janvier 1793, Louis XVI est exécuté par les révolutionnaires.

La convention déclare la guerre à l’Europe afin de propager les idées révolutionnaires et « libérer » soi-disant les peuples du joug des Rois et des aristocrates. De 1792 à 1797, une première coalition militaire est formée par plusieurs États européens contre la France. Le 1er février 1793 la Convention déclare la guerre à l’Angleterre et aux Provinces-Unies.

Pour faire face à cette formidable coalition, la convention décide la levée en masse de trois cent mille hommes, pris parmi les célibataires ou veufs de 18 à 25 ans, le 23 février 1793. C’était la première fois qu’une mobilisation générale était décrétée. Car aux yeux des révolutionnaires, tous les citoyens se devaient d’être égaux devant la guerre. Surtout si cette guerre se fait en faveur de la république et de ses idéaux ! Principe totalitaire issu du rousseauisme : Jean-Jacques Rousseau écrivait : « Tout citoyen doit être soldat par devoir, nul ne doit l’être par métier. »
« Considérations sur le gouvernement de Pologne et sur sa réformation projetée » par J.-J. Rousseau, en avril 1772, Collection complète des œuvres de J.-J. Rousseau, Citoyen de Genève, tome second Contenant les Ouvrages de Politique, À Genève, 1782, p. 380.)


Alors que cette révolution avait été bien accueilli au départ dans les provinces françaises, les persécutions religieuses, ainsi que toutes les fautes, toutes les vexations, l’assassinat du Roi et maintenant la levée en masse imposant d’aller se battre obligatoirement au service de la république, ont été autant d’étincelles pour mettre le feu aux poudres. Et ce sera surtout les campagnes de l’ouest qui s’illustreront formidablement dans la résistance face à ce régime totalitaire incarné par la Convention. C’est le 3 mars 1793 avec les premières émeutes à Cholet que débuteront ce que l’histoire nommera : « Les Guerres de Vendée », associées à la Chouannerie…


Nous ne rentrerons pas dans les détails du déroulement de ce conflit civil, ce n’est pas l’objet de notre analyse, nous vous invitons pour cela à découvrir les œuvres de l’historien Reynald Sécher ou de Jean-François Chiappe par exemple.
Notre objectif est d’analyser certains épisodes de cet événement historique, afin d’y puiser l’enseignement que nous pouvons tirer de l’expérience de ces premiers royalistes face aux forces républicaines.

Nous allons commencer par ce refus de la part des Chouans et Vendéens d’aller se battre pour la république en rejetant la conscription. La levée en masse de 1793 n’est que l’ancêtre de ce qu’on appellera plus tard les fameuses « mobilisations générales » devenues malheureusement célèbres avec les deux conflits mondiaux du XXè siècle. Pourtant, seuls les Royalistes de 1793 la refuseront, alors que ceux de 1914 et 1939 s’y soumettront. Au final, le constat est là. En refusant de se battre pour la république, et ceux qui l’incarnent, les chouans et les vendéens, qui n’étaient pourtant que de simples paysans pour la plupart, ont mené l’une des plus farouche et héroïque résistance contre le régime républicain. Mais stratégiquement parlant était-ce une bonne chose d’agir ainsi, sachant que la France était attaquée de toute part par les forces ennemis de l’extérieurs ? L’historien Claude Mazauric spécialisé dans la révolution de 1789 et encarté PCF, avait formulé cette réponse lors d’une interview faite par le magazine « Historia » de décembre 1998 sur le génocide vendéen :
Il parlait de « … la trahison en pleine guerre des prêtres, nobles et chefs de village qui créèrent en 1793 une « Armée catholique et royale » au service de la coalition antifrançaise qui envahissait le pays. »
Claude Mazauric – Historia N°624 décembre 1998 – p47

Beaucoup comme lui doivent avoir cet avis. Mais alors ? Y-a-t’il eu trahison de la part de cette « Armée catholique et royale » envers la France ?
Pour y répondre, analysons sur quoi repose cette affirmation. Pour ceux qui ne font aucune différence entre la France et la république, alors oui, il y a eu trahison. Car dans cette logique, trahir l’un c’est forcément trahir l’autre. Mais pour ceux qui savent distinguer les deux, alors seule la république fut trahie, et ce en faveur de la France. Pourquoi en faveur de la France ? Parce qu’avant la révolution, les pays européens coalisés contre la France n’était pas en guerre contre elle. C’est la convention qui leur a déclaré la guerre en utilisant la France comme support de ses idéaux. De ce fait, cette guerre n’était que l’émanation de la logique universaliste de l’idéologie républicaine, incarnée par l’irresponsabilité et le bellicisme des membres de la Convention. Un retour à la Monarchie aurait stoppé rapidement ce conflit absurde. Donc trahir la république, c’était sauver la France !
Ainsi, pour savoir si oui ou non les chouans et les vendéens furent des traîtres à la France, il suffit de savoir si la distinction entre France et république était pour eux pleinement acquise.
La réponse, c’est le général Charette qui la formulera lors de son discours à ses officiers. Il disait :
« Notre Patrie à nous, c’est nos villages, nos autels, nos tombeaux, tout ce que nos pères ont aimé avant nous. Notre Patrie, c’est notre Foi, notre terre, notre Roi… Mais leur Patrie à eux, qu’est-ce que c’est ? Vous le comprenez, vous ? Ils veulent détruire les coutumes, l’ordre, la tradition… Alors, qu’est-ce que cette Patrie narguante du passé, sans fidélité, sans amour ? Cette Patrie de billebaude et d’irréligion ? Beau discours, n’est-ce pas ? Pour eux, la Patrie semble n’être qu’une idée ; pour nous, elle est une terre. »


La distinction entre ces deux Patries est totale. Le général Charette distingue bel est bien la Patrie charnelle, historique, culturelle et religieuse de celle idéologique et abstraite issue du philosophisme des « lumières ». En d’autres termes, la distinction entre la France et la république. Il n’y a donc pas eu trahison, mais bel et bien résistance contre un ennemi de l’intérieur. N’en déplaisent à Mazauric et à ses partisans pseudo-révolutionnaires pour qui France et république ne font qu’un, et ce au détriment des 1300 ans de Monarchie Chrétienne qui bâtiront et forgeront la France.
Mais une autre question demeure. Pourquoi les royalistes de 1914 et 1939, n’ont-ils pas su faire cette distinction, et ont répondu à l’appel de la Mobilisation générale avec les conséquences désastreuses qui en découlèrent ? En 1914, le principal mouvement nationaliste et royaliste était l’Action française. Charles Maurras était le doctrinaire et l’une des figures emblématique de ce mouvement. A l’appel de l’Union Sacrée par le président de la république Raymond Poincaré, Charles Maurras y répondit, favorablement.

Mais pourquoi ? Pourquoi Charles Maurras fut-il si favorable à l’Union Sacrée qu’il qualifia de « Compromis nationaliste » ? Voici un extrait d’un de ses articles paru dans le journal AF du 11 septembre 1914 fournissant un début d’explication :
« Devant l’ennemi de 1914, nous avons fait la réconciliation nationale ; devant l’ennemi de 1870, l’opposition républicaine se réjouit des défaites de l’empereur ; après Sedan, elle n’hésita pas à opérer; pour le renverser; une révolution devant l’ennemi. Et cette opposition républicaine qui avait demandé, en 1869, l’abolition des armées permanentes s’intitule gouvernement de la défense-nationale et fit parade d’un patriotisme effrontément et verbeusement militaire. »
Charles Maurras – L’Action française du 11 septembre 1914

On peut parfaitement comprendre que Charles Maurras, dans un souci d’empirisme, ait cherché à retenir les leçons de la défaite de 1870. L’invasion par un ennemi de l’extérieur lui faisait viscéralement horreur, d’autant plus si cet ennemi c’était l’Allemagne, lui qui fut réputé pour sa germanophobie. Pourtant dans ce constat qu’il fit du comportement des républicains de 1870 lors du conflit face aux Prussiens, il n’a pas su tirer les leçons de la victoire du parti républicain. Car au final, qui a su profiter de l’instabilité conséquente à la défaite de Sedan pour s’imposer ? Les républicains ! Et ces derniers feront proclamer, en la personne de Gambetta, la désastreuse IIIè république le 4 septembre 1870. République tant souhaitée par l’ennemi de l’extérieur, Bismarck, qui avait bien conscience de la faiblesse d’un tel régime pour notre pays, voir nos vidéos sur la guerre de 14. A bien y regarder, les républicains de 1870 se sont un peu comportés comme les Chouans et les Vendéens de 1793 sur cet aspect-là. Et force est de constater que stratégiquement pour ce qui est de la conquête du pouvoir, Gambetta et ses acolytes, ont su particulièrement bien œuvrer ! Pourtant Charles Maurras ne veut y voir qu’un désordre inopportun face à la Prusse ! Pourtant si les Royalistes de cette époque avaient su s’imposer de la même manière, nous aurions pu nous en réjouir et nous aurions eu un XXè siècle totalement différent…

MAURRAS Charles par PETIT Pierre ©Archives-Zephyr/Leemage

Mais pour Charles Maurras, la priorité était avant tout de chasser l’ennemi de l’extérieur. Priorité somme toute logique et légitime dans un conflit entre deux ou plusieurs nations. Mais lui qui disait si justement que la république était le règne de l’étranger, il aurait dû admettre qu’au côté de cet ennemi de l’extérieur qu’était la Prusse, il y avait aussi et surtout un ennemi de l’intérieur qui était le parti républicain. Et qu’avant de chercher à combattre le premier, il fallait d’abord se débarrasser du second. C’est ce qu’avaient compris les contre-révolutionnaires de 1793, mais Charles Maurras, aveuglé par sa germanophobie, n’hésita pas à faire alliance avec cette incarnation du règne de l’étranger qu’est la république, au détriment de la vraie Patrie décrite par le général Charette. Il alla même jusqu’à écrire dans l’article cité précédemment :
« …nous saluons les Carnot, les Cambon et tous ces membres de la Convention qui réussirent le sauvetage de la Patrie. Nous n’avons jamais ménagé nos hommages au souvenir de cette dictature du salut public. »
Charles Maurras – L’Action française du 11 septembre 1914

Tous les combattants contre-révolutionnaires de 1793 apprécieront de là-Haut, d’autant plus de la part d’un penseur contre-révolutionnaire…

Charles Maurras misait tout sur l’unité des français face à l’ennemi de l’extérieur. Mais était-ce réellement efficace ? Après 1,5 millions de morts en 4 ans, peut-on parler de victoire ? Alors que cette même Action française pouvait prendre le pouvoir avant cette guerre fratricide, alors qu’elle en avait les moyens, qu’elle n’aura plus après… Sa zone d’influence touchait les milieux aussi différents que les anarchistes et l’extrême gauche, tant le personnel républicain était haï, les travaux du Cercle Proudhon demeurent une belle illustration. Ces ententes disparaîtront lorsque l’AF optera pour l’Union sacré !

Et la seconde mobilisation générale de 1939, nous a-t-elle été réellement bénéfique face à l’Allemagne nazie ? Encore moins ! Et pourquoi cela ? Tout simplement parce qu’on ne peut pas combattre efficacement un ennemi de l’extérieur aux côtés d’un cheval de Troie nommé république. Maurras aurait pu être le Gambetta royaliste du XXè siècle s’il avait su profiter de ce premier conflit mondial pour prendre le pouvoir, comme le firent habilement les républicains de 1870 pour imposer leur république. Les occasions ne manquaient pas. L’historien Pierre Bécat fit d’ailleurs cette précision dans son « regard sur la décadence » : « Une seconde occasion de renverser la république, et cette fois bien plus sûre, se présenta lorsque le 3 septembre 1914, le gouvernement désemparé s’enfuyait à Bordeaux, laissant les pleins pouvoirs à l’autorité militaire. Situation qui dura cinq mois et à la faveur de laquelle, grâce à des complicités certaines, le coup était parfaitement réalisable. Mais Maurras avait promis à Poincaré de soutenir le gouvernement chargé de la défense nationale. […] Là encore, son loyalisme et la crainte de favoriser l’ennemi l’emportèrent. »
Pierre Bécat « Regards sur la décadence » (1985) Ed. du Trident – p103

Le compromis nationaliste de Charles Maurras n’est valable seulement si on a l’assurance complète que ce compromis ne se fera pas au détriment de la civilisation Française. Mais avec le système républicain, c’est fort peu probable que cela puisse arriver… Donc : PAS DE COMPROMIS AVEC LA REPUBLIQUE MÊME EN TEMPS DE GUERRE !

Un autre enseignement des Guerres de Vendée, fut le sens du sacrifice des paysans. Alors qu’entre 250 000 et 300 000 huguenots quittèrent la France à la suite des dragonnades et de la révocation de l’édit de Nantes du 18 octobre 1685, les chouans et les vendéens dans leur grande majorité étaient restés fidèles à leur terre natale, prêts à en découdre avec les armées républicaines. Sachant d’autant plus que la répression qu’ils subissaient était bien plus terrible que l’épisode sanglant de la Saint Barthélémy. Le fait d’avoir femmes et enfants étaient pour eux la meilleure excuse pour aller au combat. On est loin d’une certaine mentalité d’aujourd’hui poussant quelques-uns se disant nationaliste ou royaliste, à justifier leur inactivité à défendre la France qu’ils prétendent aimer, en rétorquant qu’ils ont d’abord une famille à s’occuper. La défense de la France n’inclus pourtant en rien la négligence des familles pour ce qui est du militantisme politique. Sans oublier ceux qui expriment ouvertement leur désir de partir à l’étranger en cas de futur conflit sur notre sol national ! La fameuse résistance à distance bien connu d’un certain général…

Ce qu’il y a à retenir également de l’expérience des Guerres de Vendée, c’est au nom de quoi les Chouans et les Vendéens se sont battus. Ils se sont battus pour Dieu et le Roi ! Non pas pour la France et le Roi, mais pour Dieu et le Roi ! Soit, pour la Religion et la Monarchie. Avec l’Action française, la priorité était éminemment politique. Charles Maurras étant agnostique, considérait qu’il fallait d’abord s’occuper des affaires politiques pour remettre l’ordre dans le pays. Stratégiquement parlant, ce n’était pas faux, mais son « politique d’abord » ne fut pas sans failles.
C’est en 1904 que Maurras énonça pour la première fois ce principe qui allait régir définitivement l’Action française. La religion catholique et l’éthique traditionnelle imprégnaient toujours la grande majorité des français de ce début du XXème siècle. « Politique d’abord » signifiait pour Maurras que la priorité était avant tout de s’occuper à résoudre la question politique en France. Pas au détriment de la religion catholique bien au contraire, mais au service de celle-ci.

A cette époque, il partait du principe que l’Eglise était encore assez forte pour pouvoir gérer ses propres difficultés, et qu’il fallait de ce fait se concentrer sur le domaine politique afin de créer les conditions nécessaires à l’épanouissement de l’Eglise en France. Il est exact que la Troisième République fut particulièrement offensive envers l’Eglise catholique particulièrement avec la loi de 1905. La stratégie de Charles Maurras était semble-t-il justifiée, mais malheureusement l’avenir lui donnera tort !
Depuis son erreur stratégique du Ralliement en 1892, l’Eglise Catholique n’a eu de cesse de décliner inexorablement au fil des années pour aboutir au Concile Vatican II, version révolutionnaire et libérale du catholicisme.
« Politique d’abord » c’était aussi faire confiance en l’éducation traditionnelle des Français de cette époque. Il n’était donc pas forcément nécessaire d’y inclure une initiation spécifique individuelle pour les militants afin de les rendre plus efficace à la reconquête. Leur éducation traditionnelle issue de leurs foyers respectifs suffisait à leur donner le tempérament nécessaire pour affronter l’impossible. Les diverses activités menées par la Fédération Nationale des Camelots du Roi en seront la plus belle démonstration, sans oublier les douloureuses épreuves des deux conflits mondiaux.


Au travers de ces exemples caractérisant ce sanglant XXème siècle, nous pouvons dire facilement que le « Politique d’abord » du vieux maître de Martigues était encore parfaitement justifié au plus, jusqu’à la seconde guerre mondiale.
Néanmoins des critiques à ce sujet commencent à apparaître dans les années 50. L’historien Michel Mourre écrivait dans son opuscule sur Maurras :
« Le « Politique d’abord » n’est vrai cependant que par rapport à une certaine situation historique déterminée. On ne saurait lui accorder une vérité absolue. Il était vrai en 1900, peut-être encore en 1920, il semble bien ne plus l’être aujourd’hui. En effet, quand une institution mauvaise dure depuis bientôt deux siècles, elle finit par détruire à peu près complètement l’être de ce que Maurras appelait le « Pays réel ». Ce fameux « Pays réel » semble bien n’être plus qu’un mythe. »

Même avant les années 50 quelques-uns commençaient à émettre des doutes comme Georges Bernanos qui écrivait en 1939 dans Scandale de la Vérité :
« La société moderne est à refaire. La société française est à refaire, et la trahison du maurrassisme a été de la persuader qu’il n’en était rien, qu’elle pouvait parfaitement servir telle quelle, grâce à la Monarchie, bien entendu »

Michel Mourre ajoute :
« Il n’y a pas eu trahison, certes, car l’erreur ne fut pas consciente, mais il y eut durcissement en vérité absolue, valable pour toutes les situations, de la vérité historique, valable pour 1900, du « politique d’abord ». »
On l’a bien compris, le « Politique d’abord » de Maurras est tout sauf intemporel ! Il suffit d’observer la société française en ce début du XXIème siècle pour constater qu’effectivement le pays réel ne correspond en rien à la définition qui lui avait été donné un siècle auparavant. Proportionnellement d’ailleurs à la diminution de la pratique religieuse…

Donc traiter du royalisme en ne s’occupant que de politique est à ce jour une erreur. Car ce n’est pas avec une jeunesse américanisée ou déracinée que l’on pourra faire progresser efficacement les idées royalistes en France. Il faut que le combat royaliste inclue dans ses objectifs l’initiation de la jeunesse à redevenir ce fameux pays réel digne de ce nom, c’est-à-dire redevenir français dans son âme et son éthique forgés depuis des siècles, incluant la force spirituelle qui va avec. Cette problématique typique de notre temps, Maurras ne l’a jamais connu ! Ce qui explique en partie sa stratégie du « politique d’abord ». Le philosophe et sociologue Antoine Blanc de Saint Bonnet écrivait dans La Restauration française : « Le mal est religieux, la révolution est religieuse, le remède est religieux, nous ne guérirons que religieusement » – Antoine Blanc de Saint-Bonnet – « De la Restauration française » (1851) – Chap XLVIII – p132

Son constat est assez juste et c’est en quelque sorte l’antithèse du « Politique d’abord » de Maurras. Mais là encore, le tout religieux ne servirait pas plus que le tout politique. C’est l’alliance des deux qui crée la force, comme nous le montre l’expérience des Chouans et des Vendéens, mais également Saint Remy et Clovis avec le Pacte de Reims. Bref la phrase de Paul Valéry prend ici toute son importance lorsque nous la reprenons : « La véritable tradition dans les grandes choses n’est pas de refaire ce que les autres ont fait mais de retrouver l’esprit qui a fait ces choses et qui en ferait de tout autre en d’autres temps ». Il faut donc être prudent lorsque l’on reprend les idées d’un auteur contre-révolutionnaire quel qu’il soit, car l’important reste toujours de remettre le contexte de la situation du moment des actions comme des écrits…

A contrario les paroles de Jeanne d’Arc restent intemporelles comme éternelles, lorsqu’elle nous rappelle : « En nom Dieu, les hommes d’armes batailleront et Dieu donnera la victoire ». N’oublions pas aussi que les révolutionnaires en 1789 n’ont pas seulement attaqué la monarchie politiquement, ils l’ont fait avant tout religieusement, comme socialement, car il s’agissait de changer l’homme et c’est en cela que ceux-ci continuent aujourd’hui ! Pour une véritable efficacité dans notre combat, nous devons donc être forts sur ces deux terrains ! Le « politique d’abord » de Maurras est de ce fait obsolète à ce jour, car l’empirisme que le vieux maître de Martigues préconise comme méthode d’analyse, nous pousse à allier force spirituelle et force politique, suivant les expériences de Jeanne d’Arc et des Guerres de Vendée entre autres. C’est d’ailleurs pourquoi l’empirisme organisateur, science par excellence sortie du laboratoire de l’Action française reste une méthode d’analyse à pratiquer jusqu’à l’excès pour les faits comme pour l’histoire mais surtout à nous-mêmes et au sein des organisations contre-révolutionnaires, si elles désirent être réactives aux changements de situations comme aux hommes. Cela évite une stagnation comme un vieillissement des idées car la tradition est critique, c’est toute la différence avec le conservatisme conservant même le mauvais. Mr de Charrette comme le vieux maître de Martigues étaient loin d’imaginer le monde dans lequel nous sommes aujourd’hui…

Notre combat, pour affronter efficacement les vicissitudes de demain doit se faire, pour Dieu, la France et le Roi ! Voilà une formule qui a fait ses preuves ! Il ne tient qu’à nous de ne pas réitérer les erreurs passées afin d’être plus efficace dans notre combat.

Notre jour viendra !

P-P Blancher et Frédéric Winkler